A MONSIEUR DE GRIGNAN
Il n'y avait que vous , mon cher Comte , qui puissiez me résoudre à donner ma fille à un Provençal ; mais , dans la ï- 19
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vérité, cela est ainsi, j'en prends à témoin Caderousse et Mérin ville'; car si j'avais trouvé autant de facilité et de disposition dans le cœur de ma fille pour ce dernier que j'en ai trouvé pour vous , et que je n'eusse pas été la reine des incidents, par la peur que j'avais de conclure, c'en était fait. Ne doutez jamais de ma véritable amitié, et d'une estime trè»-distinguée ; un moment de réflexion vous fera voir que je dis vrai. Je ne suis point surprise que ma iille ne vous parle point de moi : elle m'en faisait autant de vous l'année passée; croyez donc, sans qu'elle vous le dise, que je ne vous oublie jamais. La voilà qui gronde, et qui dit que vous prenez ce prétexte pour excuser votre paresse ; je laisse entre vous ce débat, et je vous assme que quoique vous soyez l'homme du monde le plus heureux à être aimé, vous ne l'avez jamais été ni ne le pouvez être de personne plus sincèrement que de moi. Je vous souhaite tous les jours dans mon mail; mais vous êtes glorieux : je vois bien que vous voulez que je vous aille voir la première. Vous êtes bien heureux que je ne sois pas une vieille maman , et que je sois ravie d'employer le reste de ma santé à faire ce voyage. Notre abbé en a plus d'envie que moi ; c'est quelque chose. Adieu , mon cher Grignan; aimez-moi toujours bien; donnez-moi de voire vue, je vous donnerai de mes bois.