LETTRE VIII
Maladies de l'estomac et des intestins. — La dyspepsie et la gastralgie dohrent être distinguées l'une de l'autre, nosologiquement et pratiquement. — Indications qui se rattachent au traitement des conditions morbides dont la dyspepsie et la gastralgie sont symptomatiques. — Applications très-différentes des eaux de Vichy dans la dyspepsie et dans la gastralgie, et surtout résultats thérapeutiques très-différents. — Cancer d'estomac. — "Vomissements et pneumatoses. — Entérite et dysenterie d'Afrique.
Nous venons d'exposer la médication thermale de Vichy dans les divers éléments dont elle se compose, et les différentes formes sous lesquelles on l'administre. Nous allons présenter en regard un tableau succinct des maladies qui se rencontrent le plus communément à Vichy. Ce rapprochement était indispensable pour remplir l'objet que nous nous sommes proposé, car que serait la médication sans le malade? Gomme on peut dire, que deviendrait le malade sans la médication? Nous ne saurions faire passer sous les yeux du lecteur toute la clinique qui se fait à Vichy; une telle entreprise dépasserait les proportions convenables à cet ou-
vrage; mais nous tâcherons de lui en signaler les parties les plus intéressantes.
Les deux tiers au moins des malades que Ton rencontre à Vichy, viennent demander à ces eaux la guérison ou le soulagement de troubles des fonctions digestives. Pour la plupart des médecins, comme pour les gens du monde, les eaux de Vichy constituent une sorte de panacée de ce qu'on appelle maladies de V estomac. Ceci est vrai de la grande classe de faits que nous avons déjà étudiés, dans mainte publication, sous le nom de dyspepsie; mais, en dehors de ces faits, il importe d'établir des distinctions, au point de vue de l'opportunité des eaux de Vichy. Nous allons essayer de présenter une sorte de tableau nosologique des diverse&affections de ce genre que nous avons observées à Vichy, en indiquant ce que nous appelons le pronostic thermal, c'est-à-dire le degré relatif ou le sens suivant lequel chaque forme pathologique paraît de nature à être influencée par le traitement thermal.
11 est un grand nombre d'individus qui, lorsqu'on les interroge sur leur état de santé, répondent qu'ils digèrent mal. Leur appétit est ordinairement nul ou peu développé. Aussitôt après avoir mangé, ou quelque temps après leur repas, ils sont pris d'une sensation de pesanteur, plus ou moins douloureuse, à l'épigastre, de bâillements, d'éructations, d'aigreurs quelquefois, de céphalalgie, de faiblesse générale, d'accablement. Gela dure une heure ou deux, ou plus longtemps, suivant que l'opération de la digestion est plus ou moins longue à s'accomplir, puis, celle-ci effectuée, ils se retrouvent dans leur état normal, jusqu'à ce que le retour d'une nouvelle digestion réveille encore de nouveaux malaises.
Les différents phénomènes que nous venons de mentionne*
DYSPEPSIE ET GASTEALG1E. 0*
peuvent se montrer au plus haut degré; mais tous à peu près peuvent manquer également, de telle sorte que tantôt le malaise occasionné par la digestion se borne à certains phénomènes gastrique*, et tantôt, ce qui est beaucoup plus rare, il est vrai, ces derniers manquant tout à fait, ce n'est que par de la céphalalgie ou de la courbature, que la présence des aliments dans l'estomac vient à être décelée; de l'existence ou de l'absence, de la combinaison enfin de ces différents phénomènes, de la prédominance surtout des phénomènes gastriques ou de phénomène» éloignés, résultent des appa T rences fort diverses.
Mais, dans tous les cas, on remarque cette circonstance commune, que c'est par le seul fait des digestions, delà difficulté ou de la lenteur avec laquelle elles s'opèrent, que les troubles fonctionnels en question*apparaissent. Supprimons par la pqpsée le fait de l'introduction des aliments, et la ma* ladie n'aura plus de raison d'être.
Cest cet ordre de faits que, d'après la définition de Gullen, nous réunissons sous le nom de dyspepùe.
Mais il peut arriver encore ceci : dans le plus grand nombre des cas, le cercle des manifestations symptomatiques est borné à l'époque et à la durée des digestions; encore celles-ci ne sont-elles pas toujours troublées, lorsque certaines précautions hygiéniques, diététiques ou autres, ont été prises. Or, chez un certain nombre de malades, ces malaises, incessamment renouvelés, le retentissement qu'ils exercent sur l'ensemble de l'économie, sur le système nerveux en particulier, le trouble particulier qui en résulte pour l'assimilation, finissent par altérer la santé générale, à ce point qu'il résulte un véritable état cachectique.
Mais la distinction la plus pratique que l'on puisse faire entre tous ces cas est celle qui résulte de considérations pa-
thogéniques. La dyspepsie est rarement occasionnée par des causes directes. Ce n'est guère dans ce sens qu'agissent les abus de la table. Les causes de la dyspepsie sont presque toujours empruntées à des circonstances qui n'ont, avec l'accomplissement de la digestion, que des liaisons indirectes, mais nécessaires cependant. Nous appelons ces causes hygiéniques ou physiologiques.
D est des fonctions qui peuvent continuer à s'exercer régulièrement, quel que soit l'état du reste de l'organisme, pourvu que les organes auxquels elles appartiennent soient sains eux-mêmes, et qu'aucun obstacle mécanique ne vienne en entraver le jeu; il en est ainsi des poumons, du cœur (à moins que celui-ci ne soit traversé par un sang altéré), mais non point de l'estomac.
La digestion est un acte essentiellement complexe, dans l'accomplissement duquel des phénomènes mécaniques, chimiques et vitaux, et par conséquent la circulation et Tin* nervation se trouvent mis en jeu, dans de telles conditions, que l'ensemble de l'organisme paraît y participer tout entier.
n suffît que l'équilibre de la circulation se trouve momentanément dérangé par l'immersion des extrémités dans l'eau chaude, par exemple, ou d'une partie du corps dans l'eau froide, pour que la digestion soit violemment troublée; il suffît, pour qu'il en arrive ainsi, d'une vive impression nerveuse, une frayeur, une émotion quelconque. Eh bien! ce qui se produit d'une manière immédiate et si manifeste, sous l'influence de ces causes accidentelles, arrive également sous l'influence de causes moins actives, mais continues, empruntées pour la plupart à des habitudes hygiéniques, la vie sédentaire, les préoccupations pendant le repas, le travail d'esprit, certaines occupations mécaniques immédiatement après, l'irrégularité dans les repas. Enfin, c'est là tout
un ordre de faits dans lesquels nous voyons la digestion se troubler et la dyspepsie s'établir, parce que l'individu se trouve accidentellement ou habituellement placé dans des conditions défavorables au libre accomplissement de cette fonction. Ce sont là des causes hygiéniques de dyspepsie.
Il en arrivera encore ainsi lorsque les conditions nécessaires à une bonne digestion se trouveront troublées par des modifications organiques ou fonctionnelles du système nerveux, de la circulation ou de la composition du sang.
Cest ainsi que nous voyons dans la chlorose, ou dans l'anémie, quel qu'en soit le point de départ, primitive ou consécutive, dépendant d'hémorrhagies, de fièvres intermittentes, d'une alimentation insuffisante, d'une profession insalubre, toutes conditions dans lesquelles la composition du sang aussi bien que la constitution du système nerveux sont profondément altérées, la dyspepsie apparaître comme un des phénomènes les plus constants, et même comme le plus saillant, de l'état constitutionnel.
Nous appelons ces causes de la dyspepsie, physiologiques, parce que d'une part elles agissent moins par un caractère morbide déterminé, qu'en changeant les conditions physiologiques de la digestion, et aussi, parce qu'il n'est pas nécessaire que ces conditions défavorables existent à un haut degré pour que les fonctions digestives en soient altérées; il est une limite qui atteint à peine l'état morbide proprement dit, et qui suffit cependant pour apporter quelque trouble dans les fonctions de l'estomac.
La dyspepsie provenant de causes hygiéniques pourra s'appeler primitive, celle provenant de causes physiologiques pourra s'appeler consécutive; mais dans tous les cas, elle se développe par le même mécanisme.
N'y a-t-il pas entre tous ces faits, que nous rassemblons
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sou» le nom do dyspepsie, do notables distinctions à faire? Oui, sans doute; mais il nous paraît encore difficile d'en arrêter la base. Sera~ce sur le mode symptomatique que l'on s'appuiera, suivant que les symptômes locaux domineront ou les symptômes généraux, suivant que telle ou telle sorte d'aliments trouvera l'appareil digestif plus spécialement réfractaire, permettant d'accuser ainsi d'insuffisance ou d'altération les sécrétions gastriques ou bien les sécrétions intestinales ? Prendrait-on les causes de la dyspepsie pour point de départ de l'arrangement des faits, les causes prochaines ou éloignées, hygiéniques ou physiologiques^ l'irrégularité des habitudes diététiques, la contention d'esprit, les peines morales, ou bien la chlorose, la leucorrhée, etc. ?
Sous ce double point de vue, les limites où devrait se restreindre la division des faits sont fort difficiles à préciser et très-faciles à étendre, en quelque sorte indéfiniment. Et ce qui arrête surtout, c'est qu'aucune ne peut s'appuyer sur quelque modification organique particulièrement appréciable de l'estomac lui-même; en un mot, la dyspepsie, telle que nous l'entendons^ est une maladie sans anatomie pathologique.
Du reste, si l'on considère les choses sous le rapport nosologique, on ne peut nier que la notion de la dyspepsie, telle qu'elle est ici présentée, et malgré ce qu'elle offre encore d'imparfait, ne constitue un progrès, puisque tous les faits qu'elle comporte sont, dans le langage de la plupart des médecins, confondus avec la gastralgie. U y a là une distinction sur laquelle nous ne cesserons d'insister jusqu'à ce qu'elle soit généralement acceptée, et elle le sera, car on ne manquera pas de reconnaître la convenance de séparer des faits aussi différents par leur définition nosologique, par leurs caractères symptomatiques, par leur pathogénie, par leur traitement enfin.
Nous appelons gastralgie la névralgie douloureuse de l'estomac. Nous ne voyons pas trop ce que l'on pourrait objecter à cette définition, qui est parfaitement fidèle au sens du mot qu'elle traduit et à la nature des faits qu'elle exprime. Mais si on l'accepte, il faut bien admettre la distinction de la dyspepsie et de la gastralgie, car il n'est pas plus juste d'appeler gastralgie des dérangements de digestion non douloureux, que d'appeler dyspepsie les douleursd'estomac sans trouble de la digestion. Quant au côté pratique, il suffit de faire remarquer que, tandis que c'est l'élément douleur qu'il importe d'attaquer dans la gastralgie, on serait fort embarrassé pour le combattre dans la dyspepsie, alors qu'il n'y existe pas, et que les moyens propres à remplir cette indication spéciale deviendraient par suite, non-seulement inutiles, mais certainement nuisibles.
La névralgie douloureuse de l'estomac se montre sous plusieurs formes assez bien déterminées et dont nous avons à signaler les suivantes :
La forme type est l'accès de gastralgie ou crampes d'estomac. Nous n'avons pas à décrire ici ces crises, habituellement si violentes, pouvant atteindre le caractère atroce des coliques hépatiques, d'une demi-heure à plusieurs heures de durée, ordinairement accompagnées de vomissements, débutant et se terminant d'une manière assez soudaine, amenant un ralentissement et surtout un rapetissement considérable du pouls.
D'autres fois, ce sont des douleurs cardialgiques non continues, mais habituelles ou apparaissant à des époques indéterminées et ne revêtant plus le caractère d'accès; D'une intensité tolérable, elles se montrent surtout à jeun et sont plutôt soulagées que ramenées par l'introduction des aliments.
11 y a un certain nombre de gastralgiques chez lesquels existe une douleur cardialgique continue, avec ou sans exaspérations, et que souvent l'introduction des aliments n'augmente en rien. Ce sont souvent de jeunes filles chlorotiqucs. Cette douleur, ordinairement accrue par la pression, presque toujours limitée, surtout par la sensibilité à la pression, à un espace très-restreint vers la pointe de l'appendice xyphoïde, remontant quelquefois sous le sternum et s'accompagnant de dyspnée, n'atteint jamais la violence des crises gastralgiques et se trouve souvent plus difficile à supporter par sa persistance que par sa vivacité.
Enfin, il est une forme de gastralgie non moins commune cbez les jeunes filles chlorotiques, dans laquelle l'introduction des moindres aliments ou de certains aliments détermine des douleurs excessives et souvent de très-longue durée. Ici, comme dans la dyspepsie, c'est bien à la présence des aliments que se rattachent les manifestations symptomatiques ; mais celles-ci consistent alors essentiellement dans la douleur, ce qui n'existe pas dans la dyspepsie elle-même.
Maintenant, il est un certain ordre de faits où nous trouvons combinés ensemble les symptômes de la gastralgie et de la dyspepsie, et que nous appellerons dyspepsie gastralgique ou gastralgie dyspeptique, suivant que l'une ou l'autre de ces formes dominera ou bien encore représentera l'élément duquel l'autre procédera. L'analyse de ces faits est très-facile à concevoir.
Il peut arriver que, chez un dyspeptique, et par suite môme du trouble entretenu par la lenteur des digestions, le système nerveux local s'exalte au point de donner lieu à des phénomènes gastralgiques; ou bien encore il peut se faire que, chez un gastralgique, le retour des douleurs finisse par troubler le mécanisme des digestions et détermine un état
dyspeptique. Cette confusion apparente de symptômes et d'éléments morbides provient tout simplement de ce que les formes suivant lesquelles les éléments organiques de l'estomac et les fonctions qu'ils mettent en jeu peuvent être troublés, sont fort complexes et dans leurs combinaisons et dans leurs réactions mutuelles, et surtout ne se prêtent pas nécessairement à un arrangement nosologique.
La gastralgie et la dyspepsie, toutes distinctes qu'elles soient l'une de l'autre, se peuvent donc rencontrer sur le même terrain et multiplier ainsi les indications thérapeutiques qui appartiennent à l'une et à l'autre. Elles peuvent se rencontrer également sur le terrain de l'étiologie.
Nous avons insisté, dans de précédentes publications, sur ce que les causes de la dyspepsie étaient généralement dépressives et celles de la gastralgie plutôt stimulantes, les premières plus souvent générales et consistant en causes morales tristes, excès d'occupations intellectuelles, alimentation insuffisante, affections débilitantes, tandis que les causes locales, abus de régime, émotions passionnelles, etc., président plutôt au développement de la gastralgie. Ce contraste, pris d'une manière générale, est très-vrai; cependant il y a effectivement une foule de causes identiques qui produisent tantôt l'une, tantôt l'autre de ces affections, et il n'en saurait être autrement.
Les circonstances étiologiquesque nous venons d'énumérer agissent moins encore en raison de leur nature, en tant que causes, qu'en raison des conditions dans lesquelles elles trouvent l'estomac et surtout l'organisme auquel elles s'adressent. C'est ainsi que, chez une femme atteinte de leucorrhée considérable ou de pertes habituelles, l'appareil digestif se ressent presque immanquablement de l'état morbide de l'appareil utérin; ehbienîce sera tantôtsouslaforme de dyspepsie, tantôt
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sous celle de gastralgie. La dyspepsie se montre de préfet rence chez les femmes molles, faibles et lymphatiques, la gastralgie chez les femmes robustes, ou sèches et bilieuses. Ceci est du reste élémentaire en étiologie. Si la même maladie peut se développer sous l'influence d'un grand nombre de causes variées, une même circonstance étiologique peut présider à l'apparition des états morbides les plus divers.
Toute la thérapeutique de la gastralgie et de la dyspepsie est basée sur une semblable notion. Jetons un coup d'œil sur les ressources que nous présentent les eaux de Vichy à ce sujet.
La dyspepsie est presque toujours avantageusement modifiée par le traitement thermal de Vichy* Voici comment il faut 6e rendre compte de l'action du traitement vis-à-vis les phénomènes qui la constituent.
Le traitement thermal doit être considéré à la fois sous le double rapport de son action locale sur l'appareil digestif, et de son action générale sur l'ensemble de l'organisme et sur les autres états morbides qui peuvent coexister.
Lorsque la dyspepsie est simple et idiopathique, elle guérit habituellement d'une manière complète et facile, par l'usage des eaux de Vichy. Celles-ci agissent alors comme modificateur spécial et direct de l'appareil digestif.
Mais la dyspepsie est le plus souvent symptomatique de quelque autre état morbide, général ou local. Il faut alors, pour obtenir la guérison de la dyspepsie, deux choses : que l'affection qui la domine se prête elle-même à l'action thérapeutique des eaux de Vichy; ensuite, que le traitement thermal soit dirigé en vue de cette autre affection. Cette double condition remplie, on sera certain d'obtenir du traitement des effets avantageux; mais on ne sera pas toujours sûr d'obtenir la guérison complète de la dyspepsie, car il est
DYSPEPSIE ET GASTRALGIE. w
souvent difficile d'arriver à la guérison complète de ces affections chroniques ou constitutionnelle*, dont la dyspepsie dépend si souvent. Alors il en est de ces malades comme de ceux qui ne peuvent ou ne savent se débarrasser de conditions hygiéniques vicieuses.
Que ce soit le malade qui retombe dans de mauvaises ha* bitudes, ou l'organisme dans des conditions anormales, il n'en résulte pas moins le retour à peu près nécessaire des accidents dyspeptiques, quelque prise que le traitement ait eue d'abord sur eux. Cependant même alors, telle est l'aptitude du traitement thermal de Vichy vis-à-vis les accidents de la dyspepsie, qu'on obtient presque toqjours au moins des effets palliatifs, importants et durables, Mais U faut bien comprendre surtout que la plupart des dyspeptiques que nous voyons à Vichy ont deux choses à combattre : l'état dyspeptique, mais qui n'est souvent en réalité que secondaire, et quelque autre condition morbide locale ou constitutionnelle, à. laquelle tient la dyspepsie elle-même. On voit aussi de quelle importance il est que le médecin chargé de diriger le traitement thermal porte un diagnostic attentif et certain. En effet, il arrivera une de ces trois choses ;
Ou les conditions morbides étrangères à la dyspepsie sont de najure à être avantageusement modifiées par les eaux de Vichy, et alors il importe de diriger dans ce sens particulier l'administration du traitement thermal; ou bien les eaux de Vichy ne sauraient remplir elles-mêmes toutes les indications réclamées par ces conditions morbides, il faut alors ajouter au traitement thermal tel ou tel moyen indiqué dans la circonstance; ou bien enfin il se découvre à côté de la dyspepsie des contre-indications formelles au traitement thermal, il feut naturellement renoncer à celui-ci, ou le renvoyer à. une époque ultérieure.
Ce dernier cas, s'il est de beaucoup le plus rare, n'est cependant pas le moins important à connaître. Mais, en résumé, on peut établir que les eaux de Vichy, moyennant qu'elles se trouvent adaptées à toutes les indications existantes, et qu'aux modes variés d'administration qu'elles présentent on ajoute au besoin des moyens thérapeutiques auxiliaires, offrent d'immenses ressources contre la dyspepsie et les états morbides qui l'accompagnent le plus habituellement.
H n'en est plus de même dans la gastralgie.
La seule forme de gastralgie dans laquelle nous ayons obtenu du traitement thermal de Vichy des résultats réellement avantageux, c'est celle par accès déterminés, crampes d'estomac, accès de gastralgie. Dans aucun des cas de ce genre, nous n'avons encore vu manquer les effets du traitement, dans le sens soit de la guérison, soit au moins d'une atténuation considérable de ces accidents si douloureux.
Dans tous les autres cas, de douleur cardialgique fixe, Continue ou non, ou nous n'avons obtenu aucune amélioration, ou même le traitement a dû être interrompu, sous peine de voir les symptômes de la gastralgie s'accroître sous son influence.
Voici comment ces résultats peuvent s'interpréter :
n est difficile d'admettre que le traitement thermal possède une action salutaire directe sur des accidents de forme purement névralgique. Ce n'est guère qu'en agissant sur des conditions générales de l'organisme, ou sur certains états organiques ou fonctionnels dont ces accidents névralgiques dépendent, que ceux-ci peuvent rentrer sous l'empire des eaux de Vichy.
D'un autre côté, l'existence actuelle de symptômes névralgiques contre-indique généralement l'usage du traitement thermal, qui manque raremen de les exaspérer.
11 faut donc deux conditions pour que les eaux de Vichy puissent être employées utilement dans la gastralgie. H faut, d'une part, que cette gastralgie tienne à des causes organiques ou fonctionnelles qui soient de nature à être effectivement modifiées par ces eaux; il importe, d'une autre part; que les phénomènes névralgiques n'existent pas actuellement, et ne se trouvent pas ainsi exposés à être exaspérés par le traitement.
Cette double circonstance peut se rencontrer, en effet, dans la gastralgie, par accès périodiques.
Il est facile, et c'est une circonstance capitale, de n'administrer le traitement que pendant les intervalles des manifestations de la maladie, et à des époques qui s'en trouvent aussi éloignées que possible; et nous devons admettre que toutes les gastralgies que nous avons traitées, tenaient à des conditions propres à être modifiées dans un sens favorable par le traitement.
11 n'en est plus de même dans les autres formes de la gastralgie, alors que la douleur cardialgique se montre d'une manière continue, sinon permanente. Le traitement venant à coïncider avec la manifestation, risque fort de l'exaspérer, ou du moins a beaucoup moins de prise sur elle, et, dans quelques circonstances, nous avons vu la santé générale s'améliorer, la digestion même altérée se rétablir, sans ^e la douleur cardialgique s'en trouvât très-sensiblement modifiée. Ceci paraît tenir à ce que l'élément névralgique peut s'être fait, primitivement ou consécutivement, une existence propre, et jusqu'à un certain point indépendante des autres conditions de l'organisme. La gastralgie ne serait pas alors symptomatique, mais essentielle.
Tels sont les principes généraux de l'application des eaux de Vichy à la gastralgie. On voit combien, sous ce rapport,
comme sous tant d'autres la distinction entre la gastralgie
et la dyspep&ie est importante à établir*
Nom avons dû entrer dans quelques développements au sujet de la dyspepsie et de la gastralgie, ees deux états qui sont peut-être, à eux seuls, aussi communs que tous les autres états pathologiques ensemble, car ils se lient presque immanquablement, à un degré quelconque, à la plupart des dérangements de la santé. Nous nous contenterons de quelques courtes indications, relativement à d'autres maladies, ou altérations fonctionnelles dominantes, de l'appareil gastrorlntestinal.
On envoie à Vichy des cancers d'estomac. Nous ne supposons pas que ce soit avec l'espérance de les voir guérir; mais quand les malades ne sont pas encore in extremis, c'est sans doute dans Tespoir de les soulager et de ralentir les progrès du mal. Mais ce sont là des espérances vaines, et le traitement thermal nous a paru plutôt propre à accélérer qu'à modérer la marche de la maladie. Mêmes remarques à propos du cancer de l'intestin.
On rencontre, encore de ces wmksements singuliers, d'apparence tout essentielle, qui reviennent tous les jours, en général aussitôt après le repas, et n'empêchant pas, du reste, l'appareil digestif d'assimiler ce qui reste, la nutrition de s'entretenir, et la santé générale de se soutenir; ou bien de ces pneumatose* énormes qui. rendent la vie de société presque impossible. Tous ces malades ne viennent, en général, à Yichy, qu'après avoir épuisé toutes les ressources de la thérapeutique. Les effets des eaux» fort remarquables dans les vomissements, sont beaucoup plus inconstants dans les pneumatoses.
Les maladies des intestins sont, de toutes les maladies
qu'on trouve à Vichy, celles peut-être dont le traitement est le plus difficile et réclame le plus d'attention.
Parmi ce qu'on désigne un peu arbitrairement sous le nom ù'entérite (mais c'est à propos des maladies chroniques que Ton s'aperçoit surtout de l'insuffisance et de l'incorrection de la nomenclature médicale, et ce n'est pas la nomenclature de M. Piorry qui y changera rien), il y a les diarrhées, et puis ces cas où l'on observe des alternatives de diarrhée et de constipation, avec ballonnement habituel, sensibilité du ventre, surtout vers la région cœcale. Bien des cas de ce genre, répondant parfaitement à ce qu'on observe dans la dyspepsie proprement dite, semblent mériter le nom de dyspepsie intestinale. Mais il y a là toute une pathologie à faire. C'est dans ces derniers cas surtout que les eaux réussissent, mais toutefois administrées avec une infinie réserve et dirigées avec une attention soutenue. On a de moins heureux résultats dans les diarrhées anciennes et continues, dans les diarrhées séreuses surtout où l'on n'obtient pas grand'chose; mais dans les diarrhées glaireuses, pseudomembraneuses surtout, on a plus de chances de réussir. Nous ne devons pas oublier de signaler les services considérables que les eaux de Vichy rendent dans les périodes erminales et consécutives des dysenteries d'Afrique.
-Cs^/Sg/g^^-