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LETTRE IX

Action spéciale des eaux de Vichy dans les maladies du foie. — Engorgements du foie. — Nature présumée de la maladie. — Ascite et anasarqtte dépendant de maladies du foie. — Résultats du traitement thermal dans l'engorgemen du foie. — Coliques hépatiques. — Sont-elles toujours calculeuses T — Action des eaux de Vichy sur les calculs biliaires. — Le traitement thermal réveille les coliques hépatiques. — Mode d'administration de ce traitement.

Les eaux de Vichy présentent certainement une aptitude toute particulière au traitement des maladies du foie. La notoriété qu'elles possèdent à cet égard n'a rien d'exagéré, bien qu'elle ait besoin d'être mieux raisonnée; et non-seulement le traitement thermal avec tous les moyens dont il dispose, mais encore l'eau minérale transportée, se trouvent légitimement indiqués dans la plupart des cas où les fonctions du foie sont troublées ou bien la texture de cet organe superficiellement altérée.

Les effets directs que l'eau de Vichy exerce dans ces maladies, s'expliquent peut-être par la facilité avec laquelle les

agents médicamenteux qu'elle renferme abordent l'appareil hépatique; on peut dire en effet que c'est de première main que le foie reçoit les principes minéralisateurs introduits dans l'estomac et saisis par les vaisseaux absorbants. H serait intéressant d'analyser le foie d'animaux soumis depuis quelque temps à un régime d'eau de Vichy. Cet organe ne retiendrait-il pas une partie des éléments chimiques qui s'y rencontrent? Et la bile elle-même ne viendrait-elle pas à s'en charger, de manière à sa trouver effectivement modifiée dans sa composition, et à remplir l'office d'agent d'élimination? 11 est superflu, jusqu'à ce que ces expériences, trèspraticables, aient été faites, d'insister davantage sur ces suppositions. Contentons-nous de signaler ce fait incontestable, que, dans l'administration de l'eau de Vichy, c'est l'appareil hépatique qui reçoit le plus directement et le plus rapidement les éléments minéralisateurs introduits, que ce mut à simple titre de passage ou d'organe condensateur, comme on l'appelle volontiers aujourd'hui.

Cependant, il s'en faut que les eaux de Vichy se trouvent indiquées dans tous les cas où le foie est malade. Alors que l'altération de cet organe est constituée par la présence d'éléments nouveaux, ou par la dégénérescence des éléments du foie, par exemple cancer, tubercules, tissu fibreux, hydatides, cirrhose même, le traitement thermal de Vichy n'a rien à faire alors; son moindre inconvénient serait de demeurer impuissant contre de telles altérations.

Il n'y a point d'année que nous ne voyions arriver à Vichy des malades atteints d'ascite ou d'anasarque dépendant d'une maladie du foie, A cette époque de la maladie, le diagnostic anatomique de l'affection hépatique est ordinairement impossible à établir avec précision, l'épanchement abdomina soustrayant le foie lui-même à toute inspection directe. La

plupart de ces malades succombent à Vichy , les autres ont grand'peine à s'en retourner chei eux. Cirrhose ou cancer du foie, tel est en général le diagnostic que la marche de la maladie, à défaut de données plus précises, nous permet de porter» Nous ne pouvons qu'engager virement les médecins à épargner aux malades qui se trouvent dans de telles conditions, un voyage sans résultat possible, et souvent funeste par les efforts même qu'il suscite; et il est d'ailleurs un degré d'altération de la santé où le changement de milieu et de régime, si favorable par lui-même dans tant de circonstances, entraîne au contraire une aggravation assurée.

La maladie du foie au traitement de laquelle les eaux de Vichy se montrent surtout appropriées, c'est l'engorgement du foie. Qu'est-ce que l'engorgement du foie?

Chacun de nos organes présente une aptitude particulière vers tel ou tel état pathologique. Dans l'encéphale, ce qu'on observe surtout, ce sont des modifications variées et passagères de la circulation sanguine, c'est la congestion encéphalique; les poumons sont surtout disposés à l'inflammation aiguë, franche ; le foie et la rate, à l'engorgement chronique ou subaigu; dans ce dernier organe sous l'influence à peu près exclusive des fièvres d'accès, dans le premier, outre ce même ordre de causes, sous l'influence présumable de dérangements dans les fonctions digestives, et d'autres fois encore, si l'on peut ainsi dire, proprio motu. L'engorgement du foie se montre souvent comme une maladie simple et primitive, au moins dans le ressort de nos moyens d'observation.

11 existe une notable analogie de structure entre le foie et le poumon. Ces deux organes sont essentiellement constitués par un tissu cellulaire abondant et par une circulation sanguine extrêmement active, appartenant à un double sys-

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terne, et en outre, par un système de canaux afférents aux fonctions particulières de chacun d'eux.

Exposé, par la pénétration de l'air atmosphérique, à toutes sortes de vicissitudes, le poumon est sujet aux inflammations franches et aiguës dont le foie, protégé de toutes parts, se trouve à peu près exempt, dans nos climats au moins. En outre, l'élément fluxionnaire subaigu et l'élément catarrhal, lorsqu'ils se portent sur l'appareil pulmonaire, trouvent à se fixer et à se dépenser en quelque sorte sur la muqueuse bronchique, qui, par ses infinies ramifications, fait corps avec le parenchyme de l'organe. Les canaux hépatiques n'offrent au foie rien de semblable, de sorte que les mêmes éléments morbides ne peuvent que s'épuiser dans le tissu de l'organe lui-même. De là peut-être ces engorgements qui ne peuvent guère se définir anatomiquement que par l'idée d'un épaississement du parenchyme celluleux de l'organe, consécutif parfois à une inflammation ou une irritation aiguë, mais quelquefois aussi primitif, et semblant tenir le milieu entre l'inflammation chronique et l'hypertrophie .

Voici les divisions que nous avons pu établir entre les cas nombreux d'engorgement que nous avons eu à observer.

Quelques-uns avaient succédé à des accidents aigus, ayant revêtu tantôt la marche d'une véritable hépatite, tantôt l'apparence plus simple et plus rapide de coliques hépatiques. Gela répondait à ridée d'une maladie aiguë passée à l'état chronique. L'engorgement hépatique nous a semblé, dans quelques circonstances, lié à l'existence de coliques hépatiques calculeuses.

Dans un certain nombre de cas, l'engorgement du foie avait paru se développer consécutivement à des troubles fonctionnels de l'appareil digestif de forme dyspeptique.

D'autres fois, il s'était développé graduellement sans trou-

ble fonctionnel déterminé. Il avait toute l'apparence d'uni» maladie essentielle.

D'autres fois, enfin, il était symptomatique d'une maladie du cœur.

La physionomie et la gravité de ces engorgements du foie varient singulièrement, suivant que les fonctions du foie, ou les fonctions digestives, ou la santé générale sont plus ou moins altérées.

11 peut y avoir un ictère léger ou très-foncé, des douleurs hépatiques, de la sensibilité dans tout l'organe, ou bien l'augmentation de volume du foie, générale ou partielle, avec ou sans déformation, ne s'accompagner à peu près d'aucun autre symptôme hépatique. De même les digestions peuvent être profondément troublées, les symptômes de la dyspepsie exister à un haut degré; mais les fonctions digestives peuvent également s'exercer en apparence d'une manière normale, les selles être naturelles. Enfin, il peut y avoir de l'amaigrissement, de la débilité, ce qui arrive ordinairement, s'il existe un ictère prononcé, accompagné de prurit surtout; il peut y avoir de l'cBdème dans les membres inférieurs, de l'ascite surtout. •

Ces engorgements simples du foie ne paraissent pas offrir par eux-mêmes une gravité absolue, dans ce sens qu'ils ne menacent pas directement la vie. Aussi les occasions de les étudier anatomiquement ne se montrent-elles presque jamais. Mais ce sont des maladies souvent longues, rebelles à la thérapeutique ordinaire, et qui doivent toujours laisser craindre par leur prolongation quelque transformation funeste. Les altérations organiques ou hétéromorphes sont sans doute très-souvent primitives, comme le cancer dans l'estomac, l'utérus, la mamelle, le foie; mais nul doute que les désordres chimiques, fonctionnels ou organiques de ces même*»

organes, ne leur constituent un terrain fertile où elles viennent aisément s'implanter, pour peu que la constitution s'y prête, alors que la préservation, par l'hygiène ou la thérapeutique, de ces conditions favorables à leur développement, eût pu en écarter indéfiniment l'apparition.

Telle est l'idée générale qu'on peut se faire de ces engorgements du foie que nous rencontrons en si grand nombre à Vichy. Les effets du traitement thermal ne sont pas, dans tous les cas, également prononcés : sous cette apparence extérieurement identique de simple accroissement de volume de l'organe, il se cache sans doute des différences d'organisation que nous ne savons pas définir. Mais dans ce cas encore, comme dans tant d'autres, il est bien rare que l'on n'obtienne pas du traitement thermal, sinon la guérison recherchée, au moins un certain degré d'amélioration des conditions générales ou locales, d'autant plus précieuse que l'insuccès du traitement thermal laisse en général peu de chances à une meilleure réussite d'un traitement quelconque.

Nous avons remarqué, au sujet du degré d'ancienneté de la maladie, qu'une date trop récente ou trop ancienne était également peu favorable aux résultats du traitement. C'est entre dix-huit mois et quatre ans de durée que la résolution de ces engorgements nous a paru s'opérer le plus facilement.

Nous n'avons jamais tu le traitement réussir, à peine avons-nous pu le faire tolérer, dans les cas d'ascite ou d'anasarque considérables 5 il est vrai que, dans tous ces cas, le diagnostic de l'altération organique du foie, au point de vue de sa nature, nous a laissé quelques doutes. Mais lorsqu'on ci'oit avoir de bonnes raisons pour n'admettre qu'un engorgement simple, un oedème des extrémités inférieures et même un léger degré d'ascite ne contre -indiquent pas le

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traitement, pas même toujours les bains, moyennant que l'action de ces derniers soit surveillée de fort près. *

Les effets primitifs du traitement s'exercent surtout sur les conditions générales de la santé et sur les fonctions digestives, ou demeurent, dans un grand nombre de cas, inappréciables. Ce n'est, en général, que consécutivement, soit à la fin du traitement, soit même après un laps de temps notable écoulé, que l'organe malade lui-même parait subir à son tour l'influence du traitement : remarque déjà faite depuis longtemps par Prunelle.

Lorsque l'état des organes digestifs ne s'y oppose pas, il faut employer les eaux à dose un peu élevée. L'engorgement du foie est une des maladies où l'eau minérale peut, avec le plus d'avantage, être administrée en assez grande proportion, et être ainsi tolérée sans peine. pourrait être intéressant de rechercher si la cause en est dans l'état du foie lui-même.

Les coliques hépaiiqueê sont une des maladies -dans lesquelles on peut le plus sûrement compter sur lçs effets thérapeutiques de l'eau de Vichy. Cependant elles .soulèvent souvent une question de diagnostic : sont-elles ou non calculeuses? et même s'agit-il réellement de coliques hépatiques?

Si l'on n'entendait absolument établir le diagnostic des coliques hépatique» calculeuses que sur la constatation directe des concrétions biliaires, on demeurerait dans le plus grand nombre des cas dans l'impossibilité de le préciser. Il est assez rare en effet que l'on arrive à pouvoir saisir sur le fait cette circonstance importante. La cause en est certainement dans la répugnance que sollicite en général ce genre de recherches, mais Surtout dans la difficulté d'en obtenir des résultats formels. 11 ne suffit pas en effet de chercher ces

concrétions, parmi les matières des déjections, à la suite des coliques; il faut remarquer qu'elles ne peuvent manquer, dans beaucoup de circonstances, de s'arrêter durant le long trajet intestinal qu'elles ont à parcourir, pour être expulsées au moment où l'on s'y attend le moins, alors qu'elles s'étaient soustraites aux premières explorations.

Nous croyons, dans un article publié il a plusieurs années, dans le Supplément au Dictionnaire des Dictumnaires de médecine, nous croyons nous être prononcé d'une manière trop exclusive au sujet de la nature calculeuse des coliques hépatiques. Il est impossible de n'être pas frappé de la ressemblance qui existe souvent entre ces coliques et certains accès de gastralgie ou d'entéralgie. On a beaucoup à apprendre encore au sujet des névralgies de l'abdomen. Nous avons vu des entéralgies simuler d'une manière frappante la colique néphrétique. La manière dont s'accomplit, pendant la durée ou à la suite des accès, la mixtion, peut suffire pour éclairer alors le diagnostic. Nous avons également remarqué plus d'une fois que des accidents de ce genre, simulant la colique hépatique, étaient accompagnés ou suivis d'une émission abondante de ces urines décolorées que l'on désigne sous le nom d'urine* nerveuses. Cette circonstance, qui nous parait peu conciliable avec l'idée de colique hépatique calculeuse, peut annoncer qu'il s'agit d'une véritable hépatalgie, et quelquefois, peut-être, d'une entéralgie dont le siège se rapprocherait du foie.

Nous devons rappeler ces difficultés de diagnostic, déjà maintes fois signalées du reste depuis plusieurs années, d'autant plus fâcheuses qu'elles se rapportent à des faits de caractère fort différent, et qui comportent nécessairement de notables différences dans le traitement. Cependant hâtonsnous d'ajouter que le traitement thermal de Vichy parait

également indiqué dans des circonstances en apparence aussi diverses, ce qui n'étonnera pas absolument, puisque nous l'avons vu nous fournir d'excellents résultats dans la forme de gastralgie qui précisément se rapproche le plus des accidents auxquels nous faisons allusion.

11 est incontestable que les eaux de Vichy constituent un traitement remarquablement efficace des coliques hépatiques calculeuses, cette maladie contre laquelle la thérapeutique offre si peu de ressources. Gomment agissent-elles? Est-ce en dissolvant ou en délayant les concrétions biliaires, sans doute par l'entremise de la bile qui, chargée des principes chimiques de l'eau de Vichy, apporterait dans la vésicule biliaire les matériaux de cette dissolution? Il y a beaucoup d'objections à faire à cette théorie de la dissolution, celle-ci entre autres, que les eaux de Vichy ne sont pas moins salutaires dans le traitement des concrétions de cholestérine que dans celui des concrétions de matière colorante, bien qu'on ne puisse leur attribuer, sur les premières, aucune action chimique quelconque.

Des recherchés que nous avons faites touchant l'étiologie des calculs biliaires, et que nous avons publiées il y a quelques années, nous ont porté à admettre que ces concrétions se formaient généralement par suite d'un ralentissement dans le cours de la bile cystique, parfois de la bile hépatique, ou de quelque obstacle apporté à sa libre circulation. Il est probable que les eaux de Vichy agissent surtout en accélérant le cours de la bile, en imprimant une activité particulière aux sécrétions hépatiques, en apportant aux organes excréteurs une tonicité nouvelle, peut-être enfin en modifiant, sous le rapport chimique, la production de la bile, mais non pas sans doute de la manière que l'on a supposée.

Il est certain que, sous l'influence du traitement thermal,

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l'expulsion des calculs se trouve singulièrement facilitée» sans douleurs quelquefois» mais plus souvent avec des coliques, qui surviennent à Vichy même» ou immédiatement après le traitement thermal. Quelquefois même cette disposition du traitement thermal à provoquer des coliques est tellement forte, que Ton voit les malades demeurer incessamment sous l'imminence de coliques qui se reproduisent à de courts intervalles, et se réveillent surtout dès que les limites d'une excessive réserve, dans l'administration du traitement» se trouvent un instant dépassées. Ce sont des faits de ce genre qui nous ont certainement fourni les cas les plus difficiles, en fait de direction du traitement thermal. Il faut une extrême persévérance pour continuer la médication è travers ces douleurs extrêmes» ces crises violentes, et le dé» couragement ou l'inquiétude qui saisissent le malade; en même temps, il faut apporter une délicatesse infinie dan» l'administration des eaux» une surveillance de tous las instants pour le régime, enfin un recours discret et opportun aux moyens, si souvent stériles, malheureusement» que la thérapeutique peut opposer à ces phénomènes douloureux. Du reste» les coliques hépatiques qui surviennent pendant ou aussitôt après le traitement thermal» annoncent presque toujours précisément une atténuation considérable de la maladie» sinon son entière disparition» et nous n'avons jamais eu k regretter d'avoir insisté, dans les cas auxquels nous venons de foire allusion» sur l'usage des eaux» au moins dans les limites qu'il nous semblait possible d'atteindre. Nous devons ajouter que nous avons vu ces coliques hépatiques, surve»nues pendant la durée du traitement thermal ou immédiatement après» s'accompagner beaucoup plus souvent de l'expulsion de calculs biliaires» que les coliques précédentes. Le traitement des coliques hépatiques, à Vichy» est gêné-

ralement fort simple. Des bains quotidiens, et qu'il est inutile de prolonger beaucoup, l'eau de Y Hôpital, si l'état de l'estomac en indique l'usage, le plus souvent celle de la Grande-Grille, dont la dose ne doit jamais dépasser de six à sept verres, telle en est la formule habituelle. Cependant nous y ajoutons souvent des douches ascendantes, indiquées par la constipation, habituelle dans cette maladie, et, quand il n'existe pas de menace actuelle de coliques hépatiques, des douches sur la région hépatique. S'il existe une disposition formelle aux coliques, il faut s'en tenir à l'eau de Y Hôpital, à très-faibles doses, coupée même d'une infusion quelconque, et aux bains de Y Hôpital, tous les deux ou trois jours. Si les coliques éclatent, on suspend aussitôt le traitement thermal, pour le reprendre, avec ménagement, mais assez promptement après la disparition des douleurs. Cependant il est bon de ne pas trop se hâter, et de savoir résister, autant que possible, à l'impatience des malades.

Dans les cas ordinaires, le traitement doit être un peu prolongé, et se continuer, s'il est possible, pendant trente ou quarante jours. 11 n'est pas moins nécessaire de revenir à Vichy, même quand les coliques ne se sont point reproduites, car, dans ces sortes de maladies, on ne sait jamais au juste où l'on en est, et il faut qu'un traitement, pour devenir curatif, dépasse les limites nécessaires, si l'on veut être assuré qu'il ait atteint un degré suffisant.

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