‹ Lettres médicales sur VichyChapitre 15 sur 36 · LETTRE XI · texte numérisé non relu

LETTRE XI

Application des eaux de Vichy an diabète. — Action du traitement thermal sur les conditions chimiques de l'urine; sur l'état général de l'organisme. — Le traitement thermal ne dispense pas de suivre un régime approprié. — Contre-indications. — Appréciation des effets obtenus à Vichy. — Rapprochement de quelques résultats obtenus dans d'autres stations thermales.

Le diabète est une maladie sur la pathogénie comme sur le traitement de laquelle nous ne possédons que des données fort incertaines.

Sous le premier rapport, nous en sommes réduits à des théories qui, malgré le talent avec lequel elles ont été présentées et l'apparence satisfaisante qu'elles offraient d'abord, n'ont guère que la valeur déterminée d'études, intéressantes sans doute, mais insuffisantes pour obtenir une solution; et quant à la thérapeutique, nous nous trouvons en face de traitements palliatifs importants, mais non point encore de traitements curatifs.

Nous exposerons ici les résultats de noire pratique à Vichy, dans le traitement des diabétiques que nous avons eu à soumettre à l'usage de ces eaux thermales. La question du diabète a été Tannée dernière l'occasion de quelques communications à la Société d'hydrologie médicale de Paris. Nous mettrons ces communications à profit, mais aucune d'elles n'a eu pour objet le fond de la question pathologique ou thérapeutique du diabète.

Nous devons supposer le Recteur au courant et de la séméiologie de cette maladie, et des recherches importantes dues à MM. Bouchardat, Mialhe et Bernard, à son sujet. Nous nous dispenserons donc de reproduire une exposition que l'on trouve dans tous les articles sur le diabète, et nous nous bornerons à cette remarque, que nous soumettons aux réflexions du lecteur : que tandis que les théories de MM. Bouchardat et Mialhe, contradictoires entre elles, et tout à fait inacceptables, Tune et l'autre, si l'on veut les donner comme exprimant d'une manière formelle et complète la pathogénie du diabète, ont fourni d'importantes données thérapeutiques, d'un autre côté, les observations et les découvertes de M. Bernard, si précises et si certaines, n'ont pu encore être mises à profit pour le traitement de cette maladie.

C'est principalement par suite des vues théoriques et des recommandations de M. Mialhe, nous nous plaisons à lui rendre cette justice, que les alcalins et, à ce titre, le traitetement thermal de Vichy, ont été prescrits aux diabétiques.

La présence du sucre dans l'urine ne suffit pas pour constituer le diabète. Les observations de M. Reynoso ont appris que ce principe immédiat pouvait se montrer dans l'urine, par le seul fait de l'embarras de la respiration, et M. Dechambre a remarqué, d'un autre côté, que beaucoup de vieillards présentaient du sucre dans l'urine, ce qu'il semble na-

turel de rapporter à l'imperfection ordinaire de l'hématose dans un âge avancé.

Tous les diabétiques que nous avons traités à Vichy présentaient, à un degré prononcé, les symptômes du diabète. La soif, l'abondance des urines., la sécheresse de la bouche, l'amaigrissement et la perte des forces, caractérisaient la maladie de la manière ordinaire. Chez quelques-uns, l'embarras de la parole et la fétidité particulière de l'haleine révélaient, au premier abord, la nature de la maladie. L'appétit n'était exagéré, au moins actuellement, que dans un petit nombre de cas; beaucoup se plaignaient de dégoût et d'anorexie; les fonctions de la peau n'étaient pas toujours abolies.

La quantité de sucre contenue dans l'urine avait été rarement dosée. On sait, du reste, qu'au point de vue de la direction du traitement, et du degré approximatif de concentration du sucre, il suffit d'examiner l'urine à l'aide de réactifs, généralement faciles à employer : par exemple, la potasse ou la liqueur de Barreswil.

Chez tous ces malades, à l'exception d'un seul, la durée de la maladie remontait à plus d'une année; chez quelquesuns même, les premiers symptômes, souvent méconnus pendant longtemps, paraissaient dater d'un temps beaucoup plus long.

Presque tous avaient déjà été soumis à un traitement ap* proprié. On sait que le traitement actuel du diabète ne varie guère ; privation d'aliments féculents ou sucrés, plus ou moins scrupuleusement suivie, régime animal toujours, insistance plus ou moins grande sur le vin ou les spiritueux, frictions toniques ou stimulantes, boissons sudorifiques, bains de vapeur quelquefois, toniques à l'intérieur, alcalins dans quelques cas; telles sont les prescriptions auxquelles la plupart des diabétiques sont uniformément soumis.

Tous ces malades avaient vu leur état s'améliorer dans une certaine mesure, dès qu'ils avaient suivi ce traitement. Mais si chez quelques-uns cette amélioration avait persisté à un degré important, ne laissant plus que des traces, manifestes encore, mais fort amoindries, de la maladie, chez la plupart celle-ci s'était arrêtée à un point qu'elle n'avait pu dépasser; et les accidents les plus considérables du diabète reparaissant dès l'instant où les malades se relâchaient imperceptiblement du régime ou du traitement qu'on leur avait imposé, la santé générale allait toujours se ruinant, et les progrès de la maladie ne paraissaient avoir été que retardés, plutôt que véritablement enrayés.

Ce tableau général nous paraît aussi propre que quelques observations isolées, à donner une idée fidèle du groupe de malades dont nous voulons entretenir le lecteur.

Diabète bien caractérisé, durant depuis un temps assez long; intervention du traitement thermal consécutivement au traitement ordinaire du diabète, celui-ci n'ayant eu généralement qu'une action fort incomplète sur la marche de la maladie, tels en sont les caractères les plus importants. Nous allons exposer maintenant les résultats que nous avons obtenus du traitement thermal, considéré d'une manière abstraite et indépendamment des diverses formes suivant lesquelles il peut être employé.

Le premier effet du traitement est, en général, de diminuer la quantité du sucre contenu dans l'urine. Cet effet ne manque presque jamais de se faire sentir, quelquefois dès le second jour, pour la plupart des cas dans les six premiers jours ; il n'y a que de rares exceptions à cela.

Cette action du traitement thermal sur les conditions chimiques de l'urine n'est pas persistante. Dans les cas où le sucre avait disparu complètement à Vichy, il s'est toujours

montré de nouveau; mais, dans la plupart des cas, alors, il ne reparaît plus dans les mêmes proportions. Nous devons ajouter cependant que nos observations n'ont pas dépassé encore, sous ce rapport, un espace de six annét*s. Cette réapparition du sucre, que l'on ne voit guère s'opérer pendant la durée môme du traitement thermal, a lieu quelquefois plusieurs mois seulement après le départ de Vichy; encore estelle soumise à l'observance d'un régime convenable, car, comme nous le verrons tout à l'heure, le traitement thermal de Yichy ne préserve que jusqu'à un certain point de suivre le régime diététique indiqué dans le diabète. Sous ce double point de vue, de la réapparition du sucre et de la nécessité du régime dans une limite quelconque, l'expérience de M. Petit parait semblable à la nôtre.

En résumé, action généralement très-rapide du traitement sur les conditions chimiques de l'urine, amenant une diminution considérable, ou môme une disparition absolue, du sucre; persistance possible de ces effets après le traitement, mais pendant un temps limité; réapparition du sucre, souvent moindre qu'avant le traitement; nécessité de combiner toujours, au moin3 dans de certaines limites, un régime convenable au traitement thermal : telles sont les remarques générales que nous trouvons à faire, relativement à l'action du traitement sur le sucre contenu dans l'urine.

A mesure que le sucre diminue dans l'urine, les divers symptômes diabétiques diminuent, en général, dans la môme proportion. .

D'abord la quantité de l'urine; en môme temps celle-ci se colore et reprend un peu d'odeur urineuse. Elle perd aussi rapidement que dans les autres maladies l'acidité que nous lui avons toujours trouvée avant de commencer le traitement, et même elle nous a paru prendre plus constamment

des caractères franchement alcalins. Nous avons souvent trouvé dans l'urine des diabétiques une certaine proportion d'albumine. Nous n'avons pas remarqué que celle-ci fût influencée d'une manière notable par le traitement; elle persistait au ménie degré, malgré la diminution, ou même la disparition du sucre.

La soif et la sécheresse de la bouche sont ordinairement les premiers symptômes qui paraissent influencés par le traitement thermal.

Les malades accusent, sous ce rapport, un soulagement immédiat, que traduisent aussitôt leur prononciation et leur physionomie. On sait, en effet, ce qu'a de caractéristique l'aspect inquiet et grimaçant d'un diabétique dont la langue se colle au palais, dont les lèvres ne parviennent pas à s'humecter, dont le gosier aride ressent péniblement l'air même qui le traverse. En même temps que la soif s'apaise-, que le besoin de rendre les urines s'éloigne, le sommeil reparait, l'agitation nerveuse de la plupart des diabétiques se calme, et leur moral ne tarde pas à se relever.

Nous n'avons guère eu occasion d'observer l'action du traitement thermal sur l'appétit désordonné des diabétiques* Plus souvent nous avons vu, sous l'influence des eaux, le dégoût qu'inspirait le régime exclusivement animal diminuer, les digestions lourdes et pénibles se régulariser, l'appétit reparaître. Quant à l'haleine nauséabonde et pénétrante, et vraiment spécifique, qu'exhalent quelques diabétiques, et dont les appartements où ils ont passé quelques minutes conservent encore des traces au bout de plusieurs heures, nous ne l'avons jamais vue céder au traitement thermal, lors même que celui-ci amenait des changements notables dans la composition de l'urine, et même dans la santé générale. Mais il faut ajouter que les diabétiques qui présentent cette

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circonstance sont, en général, affectés à un très-haut degré et ne se trouvent guère susceptibles que d'un retour fort imparfait. En un mot, c'est là un symptôme d'un pronostic certainement fâcheux.

L'action du traitement thermal sur les fonctions de la peau mérite d'être étudiée avec attention.

Chez la plupart des diabétiques, la peau ne fonctionne presque plus. La sécheresse extrême de la surlace cutanée, . sa rudesse, un état manifeste d'atonie enfin, constituent un caractère important du diabète, mais non pas un caractère essentiel, c'est-à-dire.constant. Plusieurs de nos diabétiques, bien que la maladie offrit chez eux une durée déjà longue et un degré considérable, n'avaient point cessé de transpirer, et la peau ne présentait pas de caractères particuliers. La plupart cependant se présentaient, sous ce rapport, dans les conditions ordinaires.

Nous avons été plusieurs fois frappé d'un fait, que l'on a peut-être signalé du reste; c'est que, de tous les symptômes diabétiques, la sécheresse de la peau est celui qui résiste le plus au traitement ordinaire, et principalement diététique, du diabète. La soif, la sécheresse de la bouche diminuent» ^abondance et les caractères sucrés des urines s'amoindrissent, les forces reparaissent même; mais la peau ne reprend pa* ses fonctions, ou ne les reprend que dans une proportion bien moindre. Dans les cas légers et récents, sans doute, il n'est pas très-difficile de rétablir les fonctions de la peau; uiais nous voulons parler des cas où la maladie est prononcée, du degré auquel on la rencontre le plus souvent dans la pratique, car le diabète ne sera sans doute jamais une ma* kdie que l'on ait communément à traiter dès son début.

Or, un bon nombre de nos malades arrivaient à Vichy après avoir subi, pendant un temps plus ou moins long, le

traitement ordinaire, et particulièrement diététique, de cette maladie. Ils se portaient mieux, comme nous l'ayons indique plus haut, le sucre avait diminué, et l'ensemble des symptômes était avantageusement modifié ; mais ils avaient la peau rude, sèche, parcheminée, comme auparavant, ou bien à peu de choses près.

Sous l'influence du traitement thermal, au contraire, on voit peu à peu la peau s'adoucir, s'assouplir, s'humecter enfin. Nous n'avons presque jamais vu de sueurs abondantes s'établir : il est rare que les eaux de Vichy agissent précisément à la manière des diaphorétiques; mais, comme dans tant d'autres maladies chroniques, où l'atonie de la peau est un des caractères et devient un des éléments de la maladie, les fonctions si importantes de ce système se rétablissent lentement et graduellement.

La constipation est ordinaire chez les diabétiques; une constipation opiniâtre, et qui parait tenir surtout au traitement des sécrétions intestinales. Les eaux de Vichy n'agissent que très-lentement, et secondairement, sur ces sortes de constipations. Mais on obtient d'excellents résultats des douches ascendantes, qui, continuées avec un peu de suite, parviennent quelquefois à rétablir définitivement, en partie au moins, les fonctions du gros intestin.

Quant à l'état général, quant au rétablissement des forces musculaires, du moral, du sommeil, il suit de très-près et d'une manière très-prononcée les changements subis par l'urine et par les symptômes essentiels du diabète. Cest ce retour considérable et rapide qui caractérise surtout le traitement thermal, et c'est principalement sous ce rapport qu'il est si souvent nécessaire pour compléter l'action insuffisante du traitement purement diététique.

Tels sont les effets généraux du traitement thermal de

Vichy sur les diabétiques qui y sont soumis. Mais tous ne les subissent pas de la même manière. Comme il arrive dans toutes les maladies et à propos de toutes les médications, il se rencontre ici des circonstances favorables et défavorable^ des indications et des contre-indications : il s'agit de les définir.

Cette tâche n'est pas aisée, en présence de l'obscurité qu enveloppe la pathogénie du diabète. 11 est probable que cette maladie ne reconnaît pas, dans tous les cas, la môme cause prochaine. 11 est permis de supposer que des altérations primitives, fonctionnelles ou matériellement appréciables, de l'appareil hépatique, de la respiration, du système nerveux, peut-être de la digestion intestinale, du sang lui-même, peu* vent prendre une part toute particulière dans son développement. Mais il faut avouer que jusqu'ici nous sommes dépourvus de moyens propres à nous guider dans cette sorte de diagnostic pathogénique, et que nous ne saurions trouver, dans des conditions organiques préexistantes au diabète, d'éléments qui soient de nature à nous aider à diriger le traitement en question. Voici les seules remarques que nous ayons pu faire dans ce sens, et qu'il nous paraisse utile de consigner ici.

11 est des diabétiques chez lesquels dominent les phénomènes nerveux : c'est ce qu'on pourrait appeler la forme nerveuse du diabète. Mais nous ne sommes pas en mesure de décider si cette apparence appartient au fond môme de la ma ladie, ou se trouve purement accidentelle. Des phénomènes amaurotiques et d'affaiblissement paralytique des membres en sont les caractères les plus saillants. Notre savant ami, M. le professeur Landouzy, fait remarquer, dans sa clinique, que les troubles amaurotiques de la vision, qui sont généralement primitifs dans l'albuminurie, sont toujours consécutifs

Ut LETTRES SUR VICHY.

dans le diabète; ils paraissent annoncer, dans ce dernier cas, une atteinte profonde subie par l'organisme, bien qu'ils soient encore susceptibles de quelque retour sous l'influence d'un traitement approprié. Quant à l'affaiblissement des membres, cette circonstance, constante chez les diabétiques, prend quelquefois un caractère tout particulier, et par lé degré d'intensité qu'elle acquiert, et par sa limitation, ordinairement aux membres inférieurs, simulant alors une véritable paraplégie.

L'existence de phénomènes de ce genre, si elle ne contre indique pas formellement le traitement thermal de Vichy, paraît diminuer singulièrement les ressources que l'on peut tirer de son emploi. Les malades supportent assez difficilement les eaux; le retour graduel et continu, que Ton observe dans la plupart des cas, n'a lieu chez eux qu'incomplètement et par secousses, et nous avons vu, circonstance assez remarquable, l'urine subir les changements les plus favorables au point de vue de la diminution du sucre, sans que les symptômes diabétiques en parussent le moins du monde influencés.

L'existence de phénomènes fébriles réguliers ou irréguliers constitue une contre-indication plus formelle au traitement. Si les faits que nous avons observés ne sont pas assez nombreux pour décider que le traitement thermal ne soit jamais utilement applicable dans les cas de ce genre, nous pouvons cependant affirmer qu'il réussit beaucoup plus difficilement, et, dans quelques cas semblables, il nous a fallu y renoncer, sous peine de voir l'état du malade empirer sensiblement.

Nous avons eu moins d'occasions d'observer des diabétiques offrant des symptômes thoraciques soit évidemment tuberculeux, soit propres seulement à éveiller des inquiétudes sur l'état d'intégrité des poumons ; mais il est probable

encore que le traitement thermal de Vichy trouverait difficilement une application convenable dans les cas de ce genre.

Deux de nos malades ont succombé, l'un quelques mois, après le traitement thermal, l'autre immédiatement après.

11 s'agissait, dans le premier cas, d'un diabétique albuminurique dont la santé avait paru sensiblement améliorée, sous ce double rapport, par l'usage méthodique des eaux, et qui, alors qu'il songeait à retourner à Vichy, succomba une gangrène de la jambe survenue à la suite d'une légère contusion. Le second malade est mort peu après le traite-» ment thermal, d'une manière presque subite. S'il n'y a au* cune conclusion à tirer d'un fait isolé, nous devons cependant signaler celui-ci, à titre de renseignement.

Après cet exposé assez complet de ce que nous avons vu à Vichy, nous ajouterons quelques mots sur l'appréciation de ce traitement.

Voici les conclusions d'un travail communiqué par M. Mialhe à la Société d'hydrologie médicale de Paris, dans la séance du 24 mars 1854 :

« Le glucose, en dedans comme en dehors de l'économie animale, est soumis aux mêmes lois chimiques.

« 11 ne peut s'unir à l'oxygène qu'après avoir été décomposé par l'intervention indispensable des alcalis libres ou carbonates en de nouveaux produits : acides ulmique, for-* mique, glucique, mélassique.

« La combinaison de ces produits avec l'oxygène est une véritable combustion, qui donne lieu à des résultats toujours identiques : eau, acide carbonique, matières ulmiques.

« Dans l'organisme, c'est le liquide sanguin qui fournit les éléments de décomposition et de combustion : carbonates alcalins et oxygène.

« Si ces éléments sont en quantité suffisante, le glucose

Iftft LETTRES SUR VICHY.

se détruit complètement et ne laisse aucune trace; s'ils sont en quantité insuffisante, le glucose non assimilé est rejeté par tous les appareils de sécrétion.

. « Conséquemment, pour remédier à l'affection diabétique, il faudra replacer l'économie dans des conditions nécessaires à la décomposition et à la combustion du glucose, en administrant les carbonates alcalins et en activant les phénomènes de circulation et de respiration. »

C'est donc bien à titre de neutralisant chimique que M. Mialhe emploie les alcalins, dans le traitement du diabète.

Mais dût-on admettre comme vrais tous les faits théoriques invoqués par ce savant chimiste à l'appui de cette doctrine, dût- on attribuer effectivement au bicarbonate de soude la propriété d'introduire dans l'économie un principe qui s'y trouvait en proportion insuffisante pour permettre la destruction complète du sucre, il n'en faudrait pas conclure que la médication thermale de Vichy ne serait qu'une médication purement chimique et neutralisante.

Quelques faits communiqués à la Société d'hydrologie donneraient à penser que d'autres médications auxquelles les bicarbonates alcalins, indispensables suivant la théorie, sont complètement étrangers, pourraient agir sur les conditions chimiques du diabète, d'une manière en apparence aussi formelle que les eaux de Vichy elles-mêmes. Nous n'avons pas l'intention d'établir de parallèle entre ces diverses médications, mais seulement de présenter quelques documents propres à jeter des lumières sur la théorie et bons à utiliser pour la pratique.

M. Niepce, médecin inspecteur des eaux sulfureuses d'Aïlevard, a adressé à la Société d'hydrologie deux observations, dont voici l'analyse :

Un homme âgé de trente-six ans, robuste mais rhumatisant, menant une existence très-active dans les montagnes du Dauphiné, où il subissait de grandes variations de température, était diabétique depuis cinq mois. Les symptômes de la maladie étaient bien caractérisés, et l'urine renfermait une quantité considérable de sucre. Le traitement se composa de bains quotidiens, de une à cinq heures de durée; de douches générales et d'eau sulfureuse en boisson. 11 n'y avait, au bout de huit jours, aucun changement dans l'urine, ni dans les symptômes généraux. Mais alors il survint du frisson, une fièvre intense, des sueurs très-abondantes et une éruption d'urticaire. Aussitôt l'urine perdit de sa quantité et de la proportion de sucre qu'elle contenait. Ces accidents passés, le traitement fut repris, et, au bout d'un mois, il y avait une grande amélioration. Le régime diététique indiqué fut prescrit. (Fut-il exactement suivi?) Un an après, cet homme revint à Allevard, très-bien portant, quoique présentant encore un peu de sucre dans les urines. Aujourd'hui il paraît avoir entièrement recouvré ses conditions normales, et a repris ses travaux ordinaires.

Dans une seconde observation, il s'agit d'un homme de cinquante-six ans, diabétique depuis dix-huit mois, et chez qui le traitement de M. Bouchardat n'avait amené qu'une amélioration passagère. Lorsqu'il arriva à Allevard, les symptômes du diabète étaient très-prononcés, l'haleine fétide, la fièvre irrégulière; il y avait de la toux, et la respiration se faisait mal dans les poumons. Gomme dans l'observation précédente, il survint, au bout de huit jours de traitement, une fièvre intense et des sueurs abondantes, accompagnées d'une éruption miliaire. Ce ne fut qu'alors également que la quantité de sucre et l'abondance des urines diminuèrent sensiblement. Cette amélioration persista deux mois; mais,

au bout de ce temps, les accidents pulmonaires s'exaspérèrent et le malade succomba.

C'est ici, sous l'influence apparente de phénomènes critiques, que les caractères chimiques du diabète se sont affaiblis. Mais il n'en est pas toujours ainsi.

M. Le Bret a observé, à Balaruc, un malade qui présentait les symptômes les plus caractéristiques du diabète, particulièrement sous la forme nerveuse, tels que vomissements et dyspepsie au début, troubles variés de la vision, difficulté prononcée de la locomotion et amaigrissement, en rapport avec une quantité considérable de sucre dans les urines. Sous llnfluence de onze bains et de l'administration des eaux de Balaruc, à doses modérément purgatives, et d'un régime approprié (mais imparfaitement suivi), l'état général s'est promptement relevé; la vue et les forces musculaires ont recouvré leurs conditions normales, tandis que les proportions de sucre devenaient de moins en moins appréciables.

L'observation suivante nous a été communiquée par notre excellent collègue et ami, M. Regnault, médecin inspecteur des eaux de Bourbon-l'Archambault.

Une jeune fille de quatorze ans, d'une constitution remarquablement forte et développée, non réglée encore, fut prise de diabète à la suite d'un bal où, ayant très-chaud, elle avait bu beaucoup d'eau glacée. La maladie ne fut reconnue que quelques mois après, alors que l'enfant était tombée dans un état voisin du marasme. M. Bouchardat prescrivit alors l'abstinence d'aliments féculents, des excitants de la peau, et des bains de mer. La première partie du traitement amena une amélioration considérable, mais la plus petite infraction au régime ramenait une proportion considérable de sucre dans l'urine.

Les bains de mer furent remplacés par l'eau thermale de Bourbon-l'Archambault. Au bout de dix jours, il n'y avait

plus de traces de sucre; l'enfant pouvait manger impunément des pommes de terre et un peu de pain. Pendant plusieurs mois, elle paraissait avoir recouvré toute sa santé, mangeant des pommes de terre à discrétion et quelques tartines de pain par jour, mais en proportion mesurée. Au bout de ce temps, c'est-à-dire l'automne dernier, cette jeune fille fut vivement impressionnée d'un accident grave survenu à un de ses parents. Le sucre reparut immédiatement dans l'urine; mais il suffit d'un régime sévère, suivi pendant quelque temps, et de quelques toniques, pour rétablir la santé d'une manière définitive.

On trouve dans la Gazette Médicale de Lyon, numéro d'octobre 1850, un cas fort intéressant de diabète, qui a disparu, au moins pour un temps, sous l'influence d'un traitement hydrothérapique, chez une jeune fille de douze ans, affectée d'un diabète très-avancé, et contre lequel le traitement de M. Mialhe et celui de M. Bouchardat avaient échoué.

Enfin les bains de mer auraient été souvent employés utilement dans le traitement du diabète. Il y a quelques individus qui en sont aussi vivement influencés que par une eau minérale quelconque. M, Bouchardat a, si nous sommes bien informé, remplacé dans sa pratique les eaux de Vichy par les bains de mer. Nous doutons cependant qu'il ait à se louer de cette pratique nouvelle.

M. Gaudet, dont on connaît l'expérience éclairée dans tout ce qui se rapporte à la médication hydromarine, convient que les bains de mer peuvent être utiles aux diabétiques, en tant qu'ils concourent à la reconstitution de l'économie, ce qui est une indication vague, au point de vue de la maladie elle-même, mais importante au point de vue symptomatique. Cependant il fait remarquer que si l'usage des bains de mer, joint aux autres moyens indiqués dans le diabète, paraît

concourir au rétablissement de la santé des diabétiques affectés à un certain degré, ils empirent l'état des diabétiques avancés.

Que conclure de tous ces faits, que nous ne donnons ici, du reste, qu'à titre de renseignements ? C'est qu'il ne faut pas se hâter de voir dans les eaux de Vichy une médication chimique et spécifique du diabète, puisque, par d'autres médications de nature fort différente, on peut obtenir des effets thérapeutiques analogues, et quelquefois aussi prononcés, bien qu'aucune, il faut le dire, n'approche de celle de Vichy, pour la sûreté et la régularité de ses résultats, dans la grande majorité des cas. Il faut remarquer surtout qu'une telle médication, agissant dans le sens de la théorie, devrait posséder quelque vertu curative, dans les cas légers tout au moins, tandis qu'elle ne nous montre qu'une action purement palliative, fort supérieure pour le degré qu'elle atteint, mais fort semblable pour la marche et la physionomie qu'elle affecte, à la médication purement diététique.

Cette dernière proposition résume du reste, d'une manière très-exacte, ce que nous avons développé dans le cours de cette lettre, relativement à l'action des eaux de Vichy dans le traitement du diabète

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