‹ Lettres médicales sur VichyChapitre 18 sur 36 · GRAVELLE · texte numérisé non relu

GRAVELLE

modifiées par les eaux de Vichy, et en particulier dans une de ses manifestations les plus graves, la colique néphrétique. Pour l'action curative des eaux de Vichy, la colique néphrétique fait, et encore avec avantage, le pendant de la colique hépatique. Dans ces deux formes symptomatiques, nous avons vu les eaux réussir également dans des cas où il était permis de douter que les coliques fussent calculeuses.

La presque totalité des gravelles sont d'acide urique. Le nombre des gravelles d'une autre nature que nous ayons observées, oxalate de chaux ou phosphate ammoniaco-maguésien, est fort restreint. 11 nous a semblé que ces formes particulières de la gravelle ne subissaient pas moins que celle d'acide urique, l'influence salutaire du traitement thermal : cependant, comme on a dit le contraire, et que nous n'avons observé qu'un fort petit nombre de cas de ce genre, nous suspendrons notre jugement.

Un des premiers effets du traitement est, en général, d'éclaircir l'urine, et d'en faire disparaître les sédiments, s'il en existe, et le sable. Il est même beaucoup de graveleux qui cessent de faire du sable, dès qu'ils boivent de l'eau de Vichy transportée, ou seulement une solution de bicarbonate de soude.

Cet effet, sur les dépôts habituels, soit sédimenteux, soit graveleux de l'urine, s'observe à peu près constamment à Vichy : mais il est un certain nombre de malades qui, pendant le cours de leur traitement, rendent à plusieurs reprises soit du sable, soit des graviers. Seulement ce sont là des émissions isolées, et de graviers plus souvent que de sable.

Les symptômes dysuriques cèdent en général assez lentement au traitement, surtout s'ils se trouvent liés à un état catarrhal de la vessie. L'hématurie ne constitue pas unecon-

tre-indication au traitement thermal, tant qu'elle ne se trouve point liée à quelque lésion organique particulière. Dans tous les cas où nous avons eu des graveleux affectés de pissement de sang, ce symptôme a cédé au moins en grande partie au traitement.

Nous avons vu des gravelles d'acide urique, bien caractérisées, guérir d'une manière complète à la suite d'un ou de deux traitements par les eaux de Vichy, moyennant que l'usage des eaux de Vichy fût continué, sous une forme convenable, dans l'intervalle du traitement thermal, et que les malades ne vécussent pas dans des conditions par trop défavorables.

Cependant on ne peut dire que la guérison radicale de la gravelle soit une chose commune; nous croyons que ce n'est pas la faute du traitement et que les eaux de Vichy sont parfaitement propres à obtenir un pareil résultat. Mais la gravelle résulte très-rarement de causes accidentelles; c'est une des maladies au développement desquelles la double condition d'une constitution spéciale de l'organisme et d'habitudes hygiéniques particulières, prend la plus grande part. On comprend comment de telles conséquences doivent être fort difficiles à détruire; mais ce que l'on obtient dans la plupart des cas, c'est de réduire une maladie douloureuse et quelquefois non dépourvue de gravité, ou au moins d'imminences assez redoutables, en une affection parfaitement supportable et qui entraîne à peine quelques troubles fonctionnels. La colique néphrétique en particulier est presque sûrement enrayée par les eaux de Vichy. Il peut arriver cependant qu'elle se trouve déterminée, comme la colique hépatique, par le traitement lui-même; mais c'est un cas infiniment plus rare et qu'il est presque toujours permis d'attribuer à un traitement mal dirigé.

GRÀVELLE. 167

Chez les graveleux qui ne souffrent que fort peu des reins et qui n'ont pas de coliques néphrétiques ou n'en ont que de rares atteintes, le traitement est fort simple : des bains journaliers et de l'eau, soit de la Grande-Grille, soit des Célestins, qu'on peut élever à une assez haute dose, de six à huit ou dix verres.

Mai3 s'il y a un état habituel de souffrance assez prononcé vers les reins, s'il y a surtout quelque peu de dysurie, le traitement doit être dirigé avec beaucoup plus de ménagement. Rien de plus ordinaire, en effet, que de voir les douleurs rénales s'exaspérer sous l'influence du traitement, dès qu'on a atteint certaines doses d'eau minérale. Ainsi beaucoup de malades ne peuvent dépasser 1 quatre, cinq ou six verres.

Souvent aussi dans les cas de ce genre, l'eau des Célestins est trop irritante, et celle de la Grande-Grille ou même de Y Hôpital doit être préférée. En général les malades et même les médecins ont le tort d'attribuer à la source des Célestins une sorte de spécificité dans les maladies de ce genre. Il n'en est rien. La température froide et le goût plus agréable de cette source sont la principale cause de la recherche qu'on eu fait dans certaines maladies. Cependant on ne saurait nier qu'elle n'ait quelques propriétés diurétiques de plus que les autres sources de Vichy; mais si cette circonstance justifie une préférence habituelle, elle est trop peu prononcée pour lui mériter cette réputation de spécificité qui lui a été attribuée.

Nous avons l'habitude de prescrire à la fois l'eau de la Grande -Grille (le matin), et celle des Célestins (le soir) : telle est la pratique qui nous a paru la meilleure.

Les douches sur la région lombaire sont généralement fort avantageuses contre les douleurs lombaires et ne sont

certainement pas dépourvues de toute efficacité relativement à l'issue du sable ou des graviers. C'est un moyen qui, sauf contre-indication spéciale, ne doit jamais être négligé dans le traitement de la gravelle. Mais il faut y renoncer s'il y a la moindre imminence de coliques néphrétiques, et se garder d'y insister s'il paraît d'abord exaspérer les. douleurs.

Le traitement de la gravelle peut en général être prolongé tant que les organes urinaires n'en paraissent pas fatigués. C'est une des maladies où la prolongation du traitement peut être la plus utile. Mais comme il est souvent assez difficile de retenir les malades assez longtemps à Vichy, surtout lorsque le peu de dérangement apparent de leur santé ne leur en fait pas sentir assez vivement l'utilité, il faut y suppléer par l'usage de l'eau transportée ou du bicarbonate de soude. Nous préférons l'eau de Vichy transportée.

Nous conseillons habituellement aux graveleux de reprendre l'eau de Vichy un mois après leur traitement et d'en continuer l'usage de mois en mois, avec des intervalles égaux à la durée de temps qu'ils en prennent. L'eau de la source à' Hanter ive est de beaucoup préférable à toutes les autres pour cet usage.

Pour ce qui est de la pierre et de son traitement par les eaux de Vichy, c'est une question qui nous paraît jugée aujourd'hui; aussi nous contenterons-nous de présenter à ce sujet de comtes observations.

Les calculs siégeant dans le rein ou dans la vessie* gros ou petits, c'est-à-dire trop volumineux pour être spontanément rejetés au dehors* nous paraissent inattaquables par l'eau de Vichy, comme par toute autre préparation connue, chimique ou autre. Nous pensons qu'on s'était fait illusion, lorsqu'on a avancé le contraire. Lorsqu'il existe un /calcul, soit dans la vessie, soit dans l'uretère, soit dans le rein, une

GHAVELLE. 109

seule chose pourrait le dissoudre, ce serait l'urine; or, il nous semble impossible que celle-ci acquière, par l'eau de Vichy au moins, des propriétés dissolvantes à un degré suffisant pour dissoudre la plus petite pierre. Si les graveleux guérissent, c'est que leurs graviers ont été évacués, et qu'ensuite, sous l'influence de la médication thermale et des modifications subies par l'ensemble de l'organisme et par la sécrétion rénale en particulier, il ne s'en est pas produit de nouveaux.

Aussi les eaux de Vichy peuvent-elles rendre de grands services à la suite de la lithotritic et aux calculeux eux-mêmes, pourvu toutefois que le traitement, dans ce dernier cas, au lieu d'être dispensé avec une libéralité dissolvante, soit approprié soigneusement aux conditions morbides ou aux susceptibilités particulières que la présence d'une pierre peut développer et entretenir dans l'appareil urinaire, pourvu surtout que les calculeux ne s'abandonnent pas à des illusions dangereuses, si elles détournent de soins ou d'opérations plus nécessaires ou plus efficaces.

Les suppositions faites au sujet de la dissolution par l'urine alcalisée au moyen de l'eau de Vichy, des éléments chimiques de la pierre, combattues par des raisons théoriques sur lesquelles il est inutile de nous étendre ici, ont fait place à cette autre explication plus plausible, que l'eau de Vichy opérerait simplement la désagrégation des calculs par la dissolution du mucus qui en réunit les éléments. Mais de simples boissons aqueuses nous semblent aussi propres que l'eau de Vichy à obtenir ce qu'il y a de possible dans cet ordre d'idées, et enfin, car les faits ont en pareille matière beaucoup plus d'autorité que tous les raisonnements du monde, nous ajouterons : que si les eaux de Vichy communiquaient aux urines la faculté de détruire les pierres, soit en en dis-

solvant les éléments chimiques, soit en en désagrégeant, par la dissolution du mucus, les éléments moléculaires, on Terrait des calculeux guéris par les eaux de Vichy . Mais on n'en Toit pas.

'-t^sg\^\§Se^^

Page 1