LETTRE XVII
Que faut-il entendre par saison thermale? — Vieux langage ; Tieillô* idée*. — De la saison qui contient le mieux pour un traitement thermal. — Durée du traitement.
Il ne s'est pas créé seulement des idées toutes particulières à l'usage de la médecine thermale : on a encore inventé à son sujet un vocabulaire à part et qui réclame une traduction pour être compris. Qu'est-ce qu'une saison thermale ? On entend quelquefois par là l'époque à laquelle on a restreint arbitrairement l'usage des eaux j mais surtout on emploie ce mot dans le sens de traitement. On dit : il faut faire une, deux saisons, une demi-saison; ou bien : j'ai fait une bonne saison, comme peuvent s'exprimer les industriels qui sont venus exploiter, à une station thermale, les besoins et les caprices du public.
Dans quelque sens que l'on prenne le mot de saison, il nous semble qu'il y aurait tout avantage à le rayer, nous
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no dirons pas du langage thermal, car fl ne doit pas y avoir de langage thermal plus que d'idées thermales, mais des habitudes thermales, et à lui rendre sa signification vulgaire. Employer ce mot dans le sens delà saison où il faut prendre les eaux, c'est préjuger ce que nous croyons au moins douteux, qu'il y ait une relation formelle entre l'usage des eaux minérales et une saison quelconque. Quant à dire : faire une saison, une longue saison, on remarquera simplement que ce n'est pas français, et que le mot traitement ou le mot cure, usité par les Allemands, serait beaucoup plus convenable et plus facile à comprendre.
Cependant, réunissant ici tout ce que, à tort ou à raison, on a rattaché à la saison thermale, nous passerons en revue les questions suivantes :
Ne convient-il de faire usage des eaux que pendant une saison particulière? Quelle est la saison où il convient le mieux de faire usage des eaux de Vichy ? Quelle doit être la durée du traitement ?
C'est une croyance généralement répandue, que les eaux minérales ne doivent être prises qu'à des époques déterminées, généralement assez restreintes et à propos desquelles on confond avec trop de complaisance l'usage médical des eaux avec les convenances administratives des établissements, ou bien encore avec le cortège de distractions et de plaisirs qui, dans beaucoup de localités thermales, font partie intégrante de la question hygiénique et thérapeutique.
Au point de vue de l'action thérapeutique des eaux considérée en elle-même, il est bien clair que la saison qu'il fait ne saurait changer en aucune façon la manière dont elle s'exerce. Quelque idée que l'on se fasse de l'action intime et moléculaire des eaux, on ne saurait admettre raisonnable-
ment que cette action change suivant la saison et se trouve soumise elle-même aux influences atmosphériques. Nous ne connaissons aucune médication qui se trouve dans un pareil cas, et d'ailleurs il n'est pas une eau minérale dont on ne fasse usage utilement, loin des sources, à quelque époque de Tannée que ce soit.
Mais il est certaines circonstances relatives au mode d'administration des eaux minérales, qui ne sont pas aussi indépendantes de la saison. Ainsi il est clair qu'une saison froide est une circonstance peu favorable à l'usage journalier des bains et des douches. Mais encore ceci s'applique-t-il davantage aux conditions d'aménagement des localités thermales qu'à la nature du traitement lui-même. Il est certain en effet que les eaux de Vichy pourraient être aussi bien prises, de la manière la plus complète possible, l'hiver que Tété, en s'astreignant aux précautions exigées par la température. Que la forme du traitement dût être modifiée par suite de cette dernière, ceci n'est pas en question. Et d'ailleurs nous sommes souvent obligés d'en faire autant à l'époque en apparence la plus favorable, par suite des vicissitudes de la saison, des chaleurs extrêmes, etc. 11 est vrai encore qu'il est un certain nombre de stations thermales que la rigueur de la température ne permettrait pas de songer à aborder l'hiver ; il en est même dans les Pyrénées et dans les montagnes de l'Auvergne, que leurs habitants abandonnent durant plusieurs mois de l'année. Il est bien clair que ce n'est pas de ces eaux-là que nous parlons.
Ce qu'il importe de savoir, c'est que si les médications thermales ne sont point usitées pendant l'hiver; cela tient à des circonstances étrangères à leur action thérapeutique elle-même, et que les conditions de saison ou de température doivent seulement entraîner de simples modifications
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dans leur mode d'administration et un certain ordre de
précautions.
Tout cela ne signifie pas qu'il ne faille point avoir égard à la saison, lorsqu'on doit suivre un traitement thermal. D'abord il y a une série d'affections, celles de l'appareil respiratoire, qui ne s'accommoderaient pas aisément d'un déplacement et d'une vie en plein air, pendant un temps froid. Ensuite, et c'est là ce qui justifie le mieux les limites restreintes pendant lesquelles les établissements thermaux sont hantés, la plupart des maladies qui réclament les eaux minérales ont une marche lente et une longue durée qui n'assignent pas précisément un caractère d'urgence à leur traitement, et qui permettent de choisir l'époque la plus opportune. La question ainsi posée, il n'y a pas de doute qu'il est préférable d'aller prendre les eaux pendant la belle saison; mais il est évident aussi que les limites sacramentelles dans lesquelles se renferme habituellement la saison destinée à leur usage, n'ont point de raison d'être.
A Vichy, l'établissement thermal est officiellement ouvert le 15 mai et fermé le 6 octobre. Cependant en deçà et audelà de cette époque, l'usage des eaux en boisson est permis et il n'est pas impossible de prendre des bains. Mais rétablissement thermal n'a pas encore été disposé de manière à se prêter à l'usage individuel des eaux. 11 ne peut guère fonctionner qu'en grand. Ainsi il ne faudrait pas songer à se faire administrer des douches en dehors de l'espace de temps que nous venons d'indiquer. Nous croyons qu'il entre dans les vues de l'administration actuelle de Vichy d'étendre, au-delà de ses limites habituelles, la durée de ce qu'on appelle la saison thermale, peut-être même d'organiser une saison d'hiver. Ce serait une excellente mesure et qui recevrait de certaines et utiles applications. Aujourd'hui, Vichy n'est
guère peuplé de ses malades que pendant les mois de juin, juillet et août, surtout pendant le mois de juillet; or, ceci se trouve précisément l'inverse de ce qui devrait être.
Lucas, le médecin inspecteur qui a précédé Prunelle, et sous la direction duquel Vichy a réellement acquis le déve* loppement et là réputation qui en font aujourd'hui un des premiers établissements thermaux de l'Europe, avait institué à Vichy, pour nous servir du langage de convention, deux saisons. La première durait pendant les mois de mai et de juin; mais l'établissement thermal était fermé pendant le mois de juillet, pour s'ouvrir de nouveau au mois d'août. Lucas avait remarqué, comme nous pouvons le faire tous les ans, que si les temps froids ne sont pas précisément une condition favorable au traitement thermal, les grandes chaleurs n'en constituent pas une meilleure. Alors, et surtout par les temps d'orage, la surexcitation du système nerveux, la disposition aux congestions actives, rendent les eaux plus difficiles à tolérer, leur action excitante se développe, les diarrhées se multiplient, il faut en surveiller l'emploi avec beaucoup de circonspection, souvent même les suspendre.
Il y a trente ans, le nombre des malades qui fréquentaient les localités thermales était beaucoup moindre qu'aujourd'hui. Le médecin inspecteur s'y trouvait souverain maître, pour tout ce qui concerne l'hygiène et la thérapeutique. Aujourd'hui, la foule qui encombre nos eaux ne permettrait plus de clore nos établissements pendant la belle saison, et les médecins inspecteurs, à tort ou à raison, ont été dépouillés de toute initiative administrative. Les temps sont bien changés. Notre pensée n'est assurément pas de demander que l'établissement de Vichy soit fermé pendant le mois de juillet. Mais nous voudrions que l'on arrivât à comprendre que le choix de cette époque de l'année est tout simplement
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une affaire d'habitude et de mode, et qu'il est infiniment préférable de prendre les eaux par une température modérée, que pendant les ardeurs de la canicule.
Les deux époques les plus convenables pour suivre avec fruit le traitement de Vichy, c'est depuis le 1 er mai jusqu'à la fin de juin, et depuis le 15 août jusqu'aux premiers jours d'octobre, ou tant que les pluies d'automne n'ont pas commencé; et comme le mois de mai est habituellement pluvieux, le meilleur temps pour venir à Vichy se trouve certainement du 45 août à la fin de septembre. L'automne est, en France, la plus belle saison de l'année, la plus égale, la plus propice à une médication de ce genre. Il est vrai que beaucoup de personnes ne se trouvent bien autour de sources minérales, comme dans un salon, que lorsqu'il y a cohue et qu'on ne peut plus se retourner. Le traitement en souffre : comme un établissement thermal n'est pas élastique, l'encombrement rend difficile et insuffisant le service des bains et des douches. N'importe, il y avait foule, les eaux n'ont pu manquer de faire grand bien. Mais il est inutile d'insister sur ces considérations qui deviennent extra-médicales. Nous n'avons pas besoin non plus de nous arrêter sur la question de la salubrité de Vichy, dans l'automne. Nous avons dit ailleurs ce qu'il fallait penser des fièvres du mois de septembre, dont on a fait un épouvantail pour la généralité des malades et des médecins.
La nature de la maladie ou de la constitution du malade doit encore être prise en considération, dans le choix de la saison que l'on préférera pour l'application du traitement thermal. Les maladies de foie éviteront particulièrement la saison la plus chaude, que les individus très-affaiblis et les constitutions lymphatiques devront rechercher au contraire. On préférera pour un individu pléthorique, ou sujet aux