OE LA SAISON
congestions actives, une température peu élevée, tandis qu'un rhumatisant se trouvera mieux dans des conditions
Un des points les plus importants dans la direction du traitement thermal est relatif à la durée qu'il faut assigner au traitement; mais c'est celui dont on s'est préoccupé le moins jusqu'ici, ou plutôt c'est celui à propos duquel le plus d'absurdités thermales sont commises.
Dans toutes les médications, même les plus innocentes, s'agit-il de sucs d'herbes ou de prises de rhubarbe, la durée en est mesurée avec soin, d'après les circonstances, et le . médecin est appelé à en décider. En médecine thermale, il en est autrement. Dans chaque établissement, la saison doit avoir une durée déterminée d'avance, en général de vingtet-un jours; il en est du moins ainsi à Yichy. Qui a inventé cela ? Cette institution remonte dans la nuit des temps. Nous permettrons-nous de reprocher à nos prédécesseurs de s'y être docilement assujettis? Que vous soyez légèrement indisposé ou gravement atteint, cela n'y fait rien, la saison est de vingt-et-un jours. La première action des malades à leur arrivée à Vichy est de retenir leur place pour le jour du départ, c'est-à-dire le vingt-et-unième jour au soir ou le vingt-deuxième; ils vont ensuite consulter un médecin. Si vous voulez les retenir davantage, ils jettent les hauts cris. Si vous voulez abréger le traitement, la plupart ne pouvant s'en aller avant le vingt-et-unième jour, continueront leurs bains, pour employer le temps. C'est par bains en effet que se comptent les jours du traitement, et les femmes ne manquent pas d'ajouter au nombre de jours obligé, celui qu'il leur aura fallu soustraire aux bains quotidiens.
Cependant toutes les saisons ne sont pas de vingt-et-un jours. Quand on se croit très-malade, on s'ordonne deux
saisons, c'est-à-dire quarante-deux jours, et lorsqu'un malade entend faire ses deux saisons, il faut habituellement que le médecin en passe par là. Le malade, aux eaux minérales, est essentiellement volontaire. D'ailleurs deux jours de table d'hôte l'ont mis parfaitement au courant de ce qu'il a besoin de savoir pour se soigner d'autorité. Le médecin, qu'on a appelé ailleurs ministrans naturœ, belle et noble servitude, n'est plus là que l'humble valet de la naïade, de ses vieilles habitudes, de ses petites manies, de ses routines séculaires, et de la saison. Tu Vas voulu, Georges Dandin! Malgré le vieux dicton suivant lequel tout ce qui existe a sa raison d'être, malgré le respect que nous portons naturellement aux habitudes d'autrefois, et que nous devons surtout aux prescriptions et même aux tolérances de nos anciens, nous espérons bien voir tout cela changer autour de nous, et, entre autres choses, la saison de vingt-et-un jours, laquelle est une chose aussi déraisonnable que l'expression en est incorrecte. Les malades qui viennent à Vichy auraient tous la même maladie, qu'une durée uniforme de traitement serait contraire à toutes les règles de la pratique, chacun devant se trouver impressionné à sa manière par un traitement identique, et les conditions individuelles de tolérance variant pour chaque malade. Mais à plus forte raison une telle idée est-elle insoutenable quand il s'agit d'appliquer les eaux à tant d'états divers et même opposés.
Tout cela rentre dans ce vieux système d'administration des eaux minérales, dans lequel le médecin ne se trouvait annexé à l'établissement thermal que comme un ornement inutile, la formule étant la même pour tous, et la baignoire où chacun vient se plonger à son tour un symbole unitaire, auquel l'art et la science n'avaient rien à voir. Aujourd'hui on commence à comprendre que la médecine, aux eaux