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LETTRE XVIII

Les eau minérales transportées ne peuvent suppléer an traitement thermal. — Mais elles peuvent constituer encore un médicament effectif. — Altérations que subissent les eaux de Vichy transportées. — Propriétés qu'elles conservent. — Usage des eaux de Yichy transportées. — Choix des sources.

L'usage des eaux minérales, loin des sources qui les fournissent, ne saurait, en aucune façon, remplacer un traitement thermal, c'est-à-dire suivi près des sources minérales elles-mêmes. L'altération que subit l'eau minérale conservée, par son contact avec l'air, avec la lumière, par son refroidissement ou par les variations de température auxquelles elle est exposée, par la perte de ses gaz, etc., n'en est pas la seule cause. C'est une chose fort complexe qu'un traitement thermal, et les différents modes d'administration des eaux y jouent un rôle très-important, auprès des qualités essentielles de l'eau minérale elle-même. En outre, les ma-

lades trouvent dans le déplacement et dans le changement de milieu qu'occasionne un voyage vers une de nos stations thermales, des conditions hygiéniques qui, pour la plupart d'entre eux, si ce n'est pour la totalité, prennent une part réelle et importante à la cure.

Cependant, malgré toutes ces considérations qui, mieux comprises aujourd'hui, attirent tant de malades aux eaux, il ne faut point négliger l'usage des eaux minérales transportées. Quoi que l'on puisse penser des altérations qu'elles ont subies, elles n'en constituent pas moins encore un médicament effectif, et qui, pour un certain nombre d'entre elles au moins, peut rendre de grands services à la thérapeutique.

On ne fait certainement pas des eaux minérales transportées tout l'usage qu'il faudrait. Le prix trop élevé auquel elles se vendent (1), et les notions insuflisantes que Ton possède sur les propriétés réelles de la plupart, en sont les premières causes. Mais il en est une autre qui dépend de l'idée que se font beaucoup de médecins, que les eaux minérales transportées ont perdu toutes leurs vertus. Si Ton excepte quelques eaux purgatives, et encore fréfère-t-on généralement les eaux artificielles aux naturelles, les eaux de Vichy et certaines sources sulfureuses, combien de médecins n'ont, systématiquement, recours à aucune eau minérale dans leur pratique? Mais il n'est pas plus exact de réduire ainsi à néant l'utilité

(1) Il serait à désirer que les propriétaires ou fermiers des sources thermales voulussent bien comprendre que, au point de vue industriel, le produit qu'ils débitent ne nécessitant aucuns frais de fabrication, le bénéfice qu'ils ont à en retirer doit être en raison, non pas du prix auquel ils le vendent, mais du débit qu'ils en font ; or, il est élémentaire, en matière commerciale, et il n'est pas un médecin qui ne puisse sur ce sujet particulier l'affirmer par expérience, que le débit doit être en raison de la moindre élévation des prix.

des eaux minérale» prises loin des sources, qu'il ne le serait de prétendre remplacer un traitement thermal par l'usage àeô eaux à domicile.

Un traitement thermal, c'est une médication. Une eau minérale transportée, ce n'est plus qu'un médicament. Telle est l'idée qu'il faut se faire, en thérapeutique, de chacun de ces moyens.

Nous nous proposons d'étudier, dans cette lettre, l'usage de l'eau de Vichy transportée, moins au point de vue de ses applications thérapeutiques, que sous le rapport du choix du médicament et de la manière de l'administrer.

Avant d'aborder ces divers points, nous devons commencer par exposer les conditions dans lesquelles se trouve l'eau de Vichy transportée, aûn que l'on puisse se faire une idée précise de la nature du médicament qu'elle constitue.

L'altération la plus ordinaire que subit l'eau de Vichy, transportée et conservée loin des sources, consiste dans le dégagement de l'acide carbonique d'un côté, et la précipitation, de l'autre, des carbonates terreux, et aussi du fer peroxyde, lequel entraîne avec lui l'acide arsénique.

Ces altérations sont naturellement proportionnées aux causes qui ont pu les déterminer, et dont les principales sont l'exposition prolongée au contact de l'air, le bouchage incomplet des bouteilles, leur conservation dans des magasins soumis à des variations de température (Bouquet). 11 est vrai que l'on ne peut généralement savoir dans quelle mesure l'eau minérale aura pu être soumise à chacun de ces accidents dans un cas donné, et, par conséquent, quel est au juste son degré d'altération.

Cependant il ne faut pas s'exagérer le degré suivant lequel ces causes peuvent agir sur la composition dé l'eau minérale, et la modifier après son puisement. Nous trouve-

rons, dans l'excellent travail de M. Bouquet sur les eaux de

Vichy, des renseignements importants sur ce sujet.

M. Bouquet a toujours constaté une perte d'acide carbonique, dans les eaux de Vichy transportées à Paris, laquelle égalait en général 10 pour 100 de la quantité totale. L'eau de la source des Cél&tins, seule, n'en avait subi qu'une perte insignifiante, tandis que celle de la source Lucas en avait perdu 1 8 pour 100 : tels ont été les deux extrêmes. En somme, malgré la perte éprouvée, il restait non seulement une quantité d'acide carbonique suffisante pour constituer à l'état de bicarbonates les bases alcalines et terreuses, mais encore de l'acide carbonique libre. Le professeur Frésenius s'est également assuré que l'eau d'Ems, expédiée au dehors en cruchons, renfermait encore 5,29498 grains d'acide carbonique libre, par livre d'eau, au lieu, il est vrai, de 10,69509 grains qu'on y trouve à la source même (1).

L'expérience suivante, dans laquelle les conditions d'altération de l'eau ont été poussées le plus loin possible, et ne sauraient se reproduire dans la pratique, donne une idée de la manière dont l'eau de Vichy peut s'altérer, mais aussi des limites dans lesquelles elle peut résister à la décomposition de ses principes.

Dix litres d'eau de la Grande-Grille, pris dans un dépôt d'eaux minérales à Paris, ont été versés dans de grandes capsules de porcelaine, placées, pendant quinze jours, dans une pièce inhabitée, dont la température a varié, pendant ce temps, entre 5 et 15«.

Cette eau avait perdu, au bout de ce temps, 53 pour 100 de son acide carbonique, perte à laquelle M. Bouquet attribue

(1) Spengler, Études balnéologiques sur les thermes d'Ems, trad. de M. Kaula, 1895, p. 80.

h peu près exclusivement la formation du précipité insoluble qui fut recueilli. En effet, la presque totalité de la chaux et les trois quarts de la magnésie s'étaient séparés à l'état de carbonates neutres, et avec ces bases il s'était précipité un tiers de la silice. Une partie de la magnésie, une très-petite quantité de chaux, la totalité des alcalis et de l'acide chlorhydrique, enfin presque tout l'acide sulfurique étaient restés en dissolution; mais la proportion de l'acide carbonique dissous était descendue de 4 gr. 418 à 2 gr. 083, et cette proportion étant de beaucoup inférieure à celle qui est nécessaire pour constituer à l'état de bicarbonates les bases alcalines et terreuses restées en dissolution, par conséquent, une partie des alcalis, potasse et soude , se trouvait dans la liqueur à l'état de carbonates neutres (1).

Il est une autre altération qui provient, non plus du dégagement dej'acide carbonique, mais de l'action oxydante de l'atmosphère; elle est relative au protoxyde de fer et à l'acide arsénique qui l'accompagne, en général, d'une manière proportionnelle.

M. Bouquet s'est assuré que les eaux minérales ferrugineuses de Vichy perdent, aussitôt après leur émergence, une partie de leur protoxyde de fer et de leur acide arsénique. L'élimination de ces deux principes est déterminée par l'a£- Uon oxydante de l'air; mais cette première action de l'oxygène atmosphérique étant épuisée, ces eaux semblent retenir, dans un état de dissolution beaucoup plus stable, la portion du principe ferrugineux qu'elles ont conservée. Les dosages comparés du protoxyde de fer, effectués sur ces eaux avant et après leur transport à Paris, établissent en outre, de la ma-

(1) Bouquet, Étude chimique des eaux minérales cl thermales de Vichy, Cusstt, etc., 1854, p. W.

nière la plus positive, que la quantité de ce protoxy de resté dissous par elles, même après un long voyage, n'est pas de beaucoup inférieure à celle qu'elles renferment à la source même (1).

En résumé, nous voyons que les eaux de Vichy sont soumises à deux causes d'altération : l'altération par oxydation et celle par perte d'acide carbonique.

La première, prise dans sa forme la plus simple, détermine la précipitation, à l'état d'arséniate hydraté tribasique de sesqui-oxyde de fer, d'une portion de l'arsenic et du principe ferrugineux. Sous l'influence de la seconde, ces eaux abandonnent de la silice, des carbonates neutres de chaux, de ma* gnésie, de strontiane, de manganèse, peut-être de protoxyde de fer, et enfin des traces de sulfates et de phosphates (2).

Maintenant que nous savons à quel médicament nous avons affaire, esquissons rapidement les principales indications auxquelles l'eau de Vichy transportée peut satisfaire; nous parlerons ensuite du meilleur mode d'administration de ces eaux, du choix des sources, etc. C'est cette dernière partie qui est le principal objet de ce travail.

On peut vouloir, au moyen de l'eau de Vichy, agir spécialement sur les conditions locales de l'estomac, ou bien adresser ce médicament à quelque état organique distant et particulier, ou bien, enfin, constituer une médication générale ou diathésique.

On fait un fréquent usage des alcalins, dans ces gastralgies où Ton suppose qu'il s'opère dans l'estomac une sécrétion exagérée d'acides, mais qu'il nous semble plus exact de considérer, dans la plupart des cas au moins, comme un état d'exal-

(1) Bouquet, loc. cit. % p. 72.

(2) Bouquet, loc, cit., p. 74.

tation nerveuse de l'estomac, tel, que les acides normaux n'y sont supportés que douloureusement ou sont rejetés au dehors. Cependant on ne peut nier qu'il n'y ait des cas où l'estomac se trouve le siège de réactions acides, à des époques éloignées des digestions, et, alors qu'il ne devrait s'y passer que des réactions alcalines.

Ces cas sont les seuls peut être où le bicarbonate de soude peut indifféremment suppléer à l'eau de Vichy, et souvent même lui être préféré. En effet, c'est une médication spécialement alcaline que l'on recherche alors, et les principes qui y sont étrangers ne peuvent précisément être supportés qu'avec peine par certains estomacs gastralgiques. *

Mais dans les cas, sans nombre, où Ton a affaire, non plus à cet état particulier d'exaltation nerveuse de l'estomac, mais à ces dérangements de digestion que Ton range, d'une manière générale, sous la dénomination de dyspepsie, et en réalité dans tous les cas où le traitement thermal de Vichy pourrait être indiqué, nous n'hésitons pas à poser en règle que les eaux de Vichy transportées doivent être préférées au bicarbonate de soude, lequel ne saurait en aucune façon en . tenir lieu. Il est clair en effet, et à priori, que l'on suppléera mieux au traitement thermal dont on ne fait point usage, par l'eau qui, bien qu'altérée, se rapproche encore à un haut degré de celle qui le constitue lui-même, que par une solution comprenant seulement une partie isolée de ses principes.

Si nous ne posons pas ici la réciproque, en disant que toutes les fois que l'eau minérale transportée aura été utilement employée, le traitement thermal se trouvera indiqué, c'est qu'il est des cas de peu de gravité où cette première médication suffît dans sa simplicité.

Nous ne passerons pas en revue tous les cas où l'usage de

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l'eau de Vichy peut être utile. Ce serait reproduire la nomenclature assez étendue des maladies que l'on traite à Vichy; ce qui n'offrirait aucun intérêt, s'il (allait se borner à une simple énumération, et nous entraînerait beaucoup trop loin si nous devions entrer dans les moindres détails à propos de chacune d'entre elles.

Nous nous contenterons de rappeler que c'est surtout au traitement des maladies du foie, de la gravelle ou du diabète, que les eaux de Vichy transportées prennent une part importante. Beaucoup de médecins croient pouvoir prescrire indifféremment l'eau de Vichy ou le bicarbonate de soude dans la gravelle urique : c'est à tort, selon nous. Il est trèsvrai que le bicarbonate de soude a, sur le symptôme essentiel de la maladie, l'apparition du sable rouge dans les urines, une influence très-directe et très-marquée. Mais on ne fait par là que la médecine du symptôme. Si l'on veut faire la médecine de la maladie, il faut autre chose. Il y a plus d'une manière d'attaquer la disposition, ou la diathèse qui préside à cette formation de graviers uriques, par des moyens hygiéniques surtout. Quant aux médications proprement dites, le traitementt hermal de Vichy offre l'une des plus efficaces, au point de vue curatif, et l'eau de Vichy transportée, sans le remplacer, s'en rapproche du moins beaucoup plus que la simple solution de bicarbonate de soude.

Nous en pourrions dire autant du diabète, dans lequel, non pas le bicarbonate de soude, mais l'eau de Vichy et en particulier les sources ferrugineuses de Vichy sont, à juste titre, devenues le complément ordinaire du traitement diététique et hygiénique de cette maladie. Les eaux de Vichy, dont la seule forme réellement efficace au point de vue de la curation palliative du diabète, est la médication thermale administrée de la manière la plus complète possible, ne sont

certainement pas le dernier mot de la thérapeutique dans le diabète; mais elles constituent aujourd'hui la plus précieuse ressource dont nous puissions disposer contre cette redoutable maladie.

Quant à la goutte, si le traitement thermal de Vichy exerce sur sa marche et ses manifestations une influence très-formelle, nous ne pensons pas que l'usage médicamenteux de l'eau de Vichy transportée ait par lui-même une grande valeur dans le traitement de cette maladie. Ce n'est guère que comme complément du traitement thermal que nous en conseillons l'usage.

Il est certain, du reste, que ce n'est pas seulement à Vichy qu'on apprend à connaître les ressources qui se peuvent tirer de l'eau de Vichy transportée, et les praticiens expérimentés savent très-bien saisir les indications qui en réclament l'usage, soit comme médicament passager, soit d'une manière continue. Ce que fort peu connaissent, c'est ce qui est relatif à certaines conditions d'administration de l'eau de Vichy transportée, au choix des sources surtout. Nous allons donner quelques éclaircissements sur ce sujet.

Les noms des principales sources de Vichy, comme des établissements thermaux les plus importants, sont assez connus dans le public médical, et il n'y a guère de médecins à qui les dénominations des sources de l'Hôpital, de la Grande-GriUe, des Célestins, ne soient plus ou moins familières. Les sources Lardy (de l'enclos des Célestins) et à'Hautervoe ont une popularité plus récente et plus restreinte. Mais on ne se fait pas en général une opinion très-juste de la valeur relative de ces différentes sources.

L'idée dominante est celle qui attribue à chacune d'entre elles des caractères de spécificité, et l'on ne manque guère de conseiller d'avance aux malades que l'on envoie à Vichy

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l'eau des Célestim y s'ils ont la goutte ou la gravelle, celle de la Grande-GrilU, s'ils ont une maladie de foie, etc., ignorant que l'eau des Célestm peut être très-nuisible à des goutteux ou à des graveleux qui se traiteront avec autant d'efficacité à d'autres sources, que celle de la Grande-Grille peut être entièrement contre-indiquée dans une maladie du foie, sans aucun détriment pour le malade, qui se trouvera parfaitement alors de l'eau de Y Hôpital.

Le choix des différentes sources de Vichy est subordonné, non pas précisément à la nature ou au siège de la maladie que l'on vient traiter, mais aux conditions particulières de l'appareil digestif qui reçoit la première impression du médicament, et aux conditions générales de l'organisme. Cest dans ce sens que le mode d'administration des eaux de Vichy, à Vichy même, offre une grande importance, à ce point que non seulement la réussite, mais même la tolérance du traitement, en dépende souvent à peu près exclusivement. Nous en pouvons citer quelques exemples.

Qu'un goutteux soit disposé aux étourdissements, ou aux palpitations, à un degré qui ne suffit pas pour contre-indiquer absolument le traitement, il faudra qu'il se garde avec le plus grand soin de l'eau des Célestini, et s'en tienne à celle de la Grande-Grille ou de Y Hôpital. Si l'eau des Célestins est généralement préférable dans les affections des voies urinaires, la disposition aux coliques néphrétiques, les douleurs rénales, l'irritabilité du col de la vessie la rendent souvent impossible à supporter, et ne permettent de tolérer que celle de l'Hôpital. Celle-ci remplacera également l'eau de la Grande-Grille, ordinairement prescrite dans les calculs biliaires, si les fonctions de l'estomac sont elles-mêmes altérées, si les coliques hépatiques sont imminentes. La source de Mesdames, ou la source Lardy, sera préférée, quelle

que soit la maladie,, lorsque les ferrugineux se trouveront indiqués.

En un mot, lorsqu'on a prescrit à un malade les eaux de Vichy, on n'a pas fait plus que si on a conseillé une médication narcotique, anti-spasmodique, altérante. 11 reste encore à formuler le choix de la source ou du médicament, la dose, le mode d'administration, etc.

Mais lorsqu'il s'agit des eaux transportées, les principes qui doivent présider à leur administration sont tout autres. Une partie des différences qui existaient entre ces sources relativement à la température, à la proportion d'acide carbonique libre, se sont effacées. Ce qu'il faut surtout considérer, c'est le degré d'intégrité relative qu'elles sont susceptibles de conserver dans leur composition et dans leurs propriétés.

Nous avons eu de nombreuses occasions d'apprécier, par expérience, la valeur relative des différentes sources, et nous avons pu nous former sur ce point des opinions très-formelles. Il serait intéressant de rechercher jusqu'à quel point les résultats de l'analyse chimique viendraient à concorder avec ces données pratiques. Les expériences de M. Bouquet, les seules que nous connaissions sur ce sujet, ne nous fournissent que des renseignements assez incomplets. 11 faudrait, pour être suffisamment édifié à cet endroit, faire une série d'expériences sur des échantillons de toutes les sources, recueillis à la même époque et dans des conditions sensiblement identiques, et même reproduire ces analyses à des époques successives, de manière à apprécier directement ce que le fait seul du temps, en supposant les circonstances extérieures les plus favorables possibles, peut apporter d'altération à ces eaux. M. Bouquet n'a dressé ce tableau comparatif que relativement à l'acide carbonique et au fer, ce

dernier pour les sources qui seules méritent à Vichy le nom de ferrugineuses.

n est vrai que l'intégrité de composition de ces eaux tenant principalement à la présence d'acide carbonique en quantité suffisante, cette dernière constatation peut jusqu'à un certain point servir de mesure pour le reste.

Voici, d'après le tableau dressé par M. Bouquet, Tordre suivant lequel les principales sources dont il est ici question, perdent leur acide carbonique, en commençant par celles qui en perdent le moins : 1. Lardy (enclos des Célestins); 2. Grande-Grille et Puits-Carré; 3. Hauterive; 4. Hôpital; 5. Source Lucas.

• Biais si nous considérons, non plus la proportion d'acide carbonique perdue par le transport, mais la quantité que chacune de ces eaux retient après ce transport, et qui est constituée autant par la proportion inhérente à chacune d'elles que par la quantité conservée, nous trouvons un ordre différent : 1. Lardy; 2. Hauterive; 3. Célestins; 4. Grande-Grille, Puits-Carré; 5. Lucas; 6. Hôpital.

Ce tableau est presque identique avec celui que nous eussions dressé, avant l'analyse de M. Bouquet, pour représenter le degré d'efficacité que nous attribuons aux eaux transportées, et l'usage que nous en faisons : i. Hauterive; 2. Célestins; 3. Lardy (et source des Dames); 4. Grande-Grille.

Telles sont, suivant nous, les seules sources qu'il puisse être utile de prescrire. Nous ne voyons pas quelle pourrait être l'utilité spéciale de la source Lucas, laquelle du reste n'est presque jamais conseillée, et quant à l'eau de l'Hôpital, elle est encore beaucoup trop souvent prescrite à distance de Vichy, et nous croyons qu'on devrait entièrement renoncer à son usage dans de pareilles conditions. 11 est possible que ce soit à la matière organique qu'elle renferme, en propor-

tion beaucoup plus considérable que les autres sources, qu'elle doit d'être habituellement mal tolérée par l'estomac, et de présenter souvent une odeur d'hydrogène sulfuré fort désagréable. C'est de toutes les sources de Yichy celle qui perd le plus complètement sa propre sapidité, par le transport.

La source à'Hauterive nous parait la plus propre à remplacer, à distance, l'eau de Vichy qui ne peut être prise sur place : sa sapidité remarquable et la facilité avec laquelle elle est supportée par l'estomac ne la recommandent pas moins que les excellents résultats thérapeutiques qu'elle fournit. Et comme nous avons dit que, loin de Vichy, les applications spéciales de ces différentes sources s'effaçaient, c'est la source à'Hauterive que nous prescrivons nous-même, dans l'immense majorité des cas, et de quelque maladie qu'il s'agisse.

Cependant, il arrive quelquefois, peut-être en raison même de sa meilleure conservation, que l'eau à'Hauterive se trouve un peu trop stimulante. Il convient alors de la remplacer par la Grande-Grille.

L'eau des Célestins est, après celle à'Hauterive, celle dont on doit attendre les meilleurs résultats; mais le débit de cette source est si peu considérable, que l'on n'en peut transporter qu'une minime proportion. L'exploitation en serait du reste entièrement supprimée au bénéfice de la source à'Hauterive, que nous n'y verrions aucun inconvénient.

C'est la source de la Grande-Grille qui, jusqu'à ces dernières années, a presque exclusivement fourni à l'usage des eaux de Vichy à domicile; c'était l'eau de Vichy banale. Le faible débit des Célestins, les moindres qualités de l'eau de V Hôpital (transportée), ne permettaient guère d'avoir recours à d'autre eau qu'à celle de cette source célèbre, jusqu'à ce

que celle à'Hauterive ait commencé à être connue, et nous n'avons rien négligé pour y contribuer nous-même. Nous avons même vivement engagé l'administration actuelle de Vichy à substituer l'eau à'Hauterive à celle de la Grande- Grille, pour les cas nombreux où l'eau de Vichy est demandée sans désignation de source. Nous avons cependant signalé plus haut quelques circonstances rares où la Grande-Grille doit être préférée à Hauterive.

Certaines sources de Vichy rendent de grands services à titre de ferrugineuses, et permettent de satisfaire, pendant le traitement thermal, à des indications d'une importance capitale. S'il est vrai qu'il convient de garantir les établissements thermaux, et Vichy en particulier, contre les abus du forage et contre la facilité dangereuse que Ton a de multiplier les sources minérales, il serait injuste de méconnaître que c'est à des puits artésiens que Vichy doit ce précieux complément aux richesses thérapeutiques qui lui appartiennent. Cependant les médecins de Vichy n'avaient pas jusqu'ici attribué une grande valeur à ces eaux ferrugineuses transportées. Les analyses de M. Bouquet viennent de réhabiliter ces dernières, en montrant qu'elles perdent leurs principes ferrugineux en moindre proportion qu'on ne le pensait.

Les deux sources de Vichy qui peuvent être usitées à titre de ferrugineuses, sont les sources Lardy et de Mesdames.

M. Bouquet trouve avant le transport :

Dans la source Lardy 0,013 gr. de fer.

Dans la source de Mesdames. . . , 0,012

Après le transport :

Source de Mesdames 0,011 perte. . . . 0,001

Source Lardy 0,010 perte. . . . 0,003

La différence, bien que peu considérable, laisse cependant l'avantage à la source de Madame*.

On prescrit le plus souvent l'eau de Vichy (transportée) aux repas. Ce n'est pas une mauvaise pratique, bien qu'elle soit appliquée d'une manière trop banale et sans raison déterminée. Les sécrétions gastriques, nécessaires à la digestion, sont favorisées par la présence de l'eau alcaline, et l'absorption de celle-ci ne s'en exerce qu'avec plus d'activité. Le mélange avec le vin, malgré les quelques décompositions qu'il détermine, et qui troublent la couleur de ce dernier, n'apportent aucune altération dans les propriétés de l'un ni de l'autre des liquides mélangés. Le tartrate acide de potasse (crème de tartre) du vin déplace avec effervescence l'acide carbonique de l'eau de Vichy, donne naissance à un tartrate double de potasse et de soude, et met le fer à nu. Nous nous sommes assuré nous-méme que l'urine s'alcalise aussi rapidement par l'usage d'eau de Vichy coupée de vin, que d'eau de Vichy pure (1).

L'eau de Vichy transportée peut aussi se prendre à jeun, comme on le fait dans le traitement thermal, mais toujours à moindre dose. Quelques personnes ont l'habitude de la faire réchauffer, dans le but de la rapprocher des conditions où elle se trouve naturellement. Ceci n'aurait pas d'effet pour l'eau d'Hauterive, qui n'a que 16°. Mais, dans tous les cas, c'est une pratique que nous croyons devoir condamner, comme propre seulement à ajouter au degré d'altération que l'eau peut avoir déjà subie par les diverses circonstances auxquelles elle a pu être soumise. Si l'estomac ne pouvait

(1) Des Eaux de Vichy sous les rapports clinique et thérapeutique, 1851, in-8°, p. 230.

supporter le contact d'un liquide aussi froid, l'hiver surtout, il vaudrait mieux, au moment de la boire, y ajouter un peu d'eau chaude, c'est au moins ce que nous avons l'habitude de conseiller.

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