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LETTRE III

Les sources dn bassin de Vichy. — Lear température. — Leur composition chimique.

M. Bouquet signale seize sources parmi celles qui appartiennent au bassin de Vichy : il y a ajouté l'étude de quelques sources distantes de plusieurs kilomètres, quelquesunes même de vingt à trente, telles que celles de Chateldon et de Médague, assez analogues de composition et même d'origine avec les précédentes.

Si nous négligeons les sources de Cusset, nous en trouvons treize, qui se rattachent directement au régime des eaux de Vichy : le Puits-Carré, le Puits-Chomel, la Grande- Grille, la source Lucas, l'Hôpital, les Célestins, la nouvelle source des Célestins, les sources de Saint-Yorre, la source Lard y ou de l'Enclos des Célestins, la source Brosson, dite du Parc, de Mesdames, de Vaisse et d'Hauterive. Les huit

premières sont naturelles, les cinq dernières ont été obtenues depuis peu par des forages artésiens (1).

Les sources de Vichy même (viens callidus), d'après une de ses étymologies, sont toutes thermales, et seulement les sources naturelles.

La source la plus abondante, le Puits-Carré, uniquement employé pour les bains et les douches, nous a donné 4o°, (M. Bouquet ne lui en attribue que 44), et le Puits-Chomel 44. La Grande-Grille, qui ne nous avait jamais offert que 31-32°, s'est élevée, par suite des travaux récents qui en ont considérablement augmenté le volume, à 41°, retrouvant ainsi, par une circonstance inattendue, la température qu'elle avait présentée, il y a environ un siècle, à Lassone. V Hôpital est à 30°,8, la source Lucas à 29«,2. Le Puits-Lardy a 23°, 6, et la source du Parc 22°,5, le puits intermittent de Vaisse, 27°, 8. Ces sources, les plus chaudes de tous les forages artésiens, possèdent, on le voit, une thermalité relative.

Les eaux de Vichy renferment, comme toutes celles de ce genre, des principes volatils et des principes fixes.

Les principes volatils sont, M. Bouquet n'y ayant retrouvé ni oxygène ni azote, l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré. Les autres ne doivent même être considérés comme fixes que dans de certaines limites.

Une partie de l'acide carbonique, en excès dans l'eau minérale, se dégage dès que celle-ci apparaît à la surface du

(1) Les sources suivantes ne coulent pas à Vichy même; nous en ndiquerons la distance approximative :

Source de Mesdames, à trois kilomètres de Vichy ; Source de Vaisse (intermittente), à un kilomètre ; Source tfHauterive, à cinq kilomètres; Source de Saint-Yone, à six kilomètres»

sol; sans doute même l'existence de cet acide carbonique libre n'est-elle pas étrangère aux phénomènes de migration et de combinaisons que ces eaux peuvent avoir à subir au sein de la terre. C'est le bouillonnement de ce gaz qui, joint à la sensation de chaleur que procure une eau à 45°, émerveillait madame de Se vigne, laquelle voyait une rose trempée dans la source minérale conserver sa fraîcheur, alors qu'elle se flétrissait dans l'eau bouillante. Une fois l'excès de ce gaz disparu, au bout de peu d'instants, et nous verrons plus loin que cette première modification de l'eau minérale n'est pas sans importance, on n'aperçoit plus que quelques bulles trèsfines se détacher du fond du verre. Mais l'eau conservée même à l'abri du contact de l'air, il arrive par le refroidissement et par un phénomène de décomposition spontanée, qu'une autre partie de gaz, non plus libre comme la première, mais combinée avec les principes fixes, s'en sépare, et les moins solubles de ces derniers, le fer en particulier, se précipitent et se déposent sur les parois du récipient. Aussi les eaux qui sortent du sol refroidies, se conservent-elles mieux que toutes les autres; aussi chaque jour ajoute-t-il à l'altération des eaux transportées.

Nous avons parlé d'hydrogène sulfuré parmi les principes volatils des eaux de Vichy. Les analyses chimiques n'en parlent pas, parce que ce gaz y existe en trop faible quantité pour y être apprécié, ou plutôt encore parce qu'il «'existe plus dans les eaux transportées; mais, au sortir de terre, les sources en renferment. L'odorat ne peut s'y tromper, et M. Chevallier en a parfaitement reconnu l'existence. Les réactifs le décèlent cependant. Les gaz de la source du Puitsfané noircissent en quelques heures une solution d'acétate de plomb, et M. Baudrimont a constaté, après Prunelle, existence de la sulfUraire autour de la source Lacas, Cer-

taines sources des environs de Vichy exhalent à un degré plus prononcé encore rôdeur d'oeufs couvis; la source d'Hauterive et la source de Mesdames, et une source intermittente encore qui tous les trois quarts d'heure vient, sur l'autre rive de l'Allier, jaillir en une nappe abondante mais passagère.

Cependant ce sont surtout les principes fixes qui constituent la spécialité chimique des eaux de Vichy, et d'abord le bicarbonate de soude, 5 grammes environ par litre> d'après les analyses de Lonchamp, et les analyses plus récentes de M. 0. Henri, de M. Lefort et de M. Bouquet.

C'est à cette prédominance du bicarbonate de soude que nous devons toute la médecine chimique qui, depuis près de vingt ans, fleurit à Vichy, en dépit des préceptes sensés et des règles d'exactitude qui dirigent ailleurs la thérapeutique contemporaine, et en dépit aussi des lumières que la chimie organique est venue répandre sur les obscurs phénomènes dont l'organisme est le théâtre. Séduit par la simplicité apparente, mais décevante, de quelques expériences de laboratoire qu'on s'est plu à reproduire en pensée dans le sein de nos organes, on n'a plus aperçu dans l'eau de Vichy que le bicarbonate de soude, qu'une solution alcaline, et Ton a appelé la médication par les eaux de Vichy une médication fluidifiante ou dissolvante.

Si l'on attachait toujours aux mots, qui ont pourtant été imaginés pour cela, toute la signification qu'ils comportent, il y avait là de quoi faire fuir Vichy aux dix-neuf vingtièmes des malades qu'y attire l'espoir légitime d'y rétablir leur santé.

11 y a à Vichy un hôpital militaire qui reçoit à peu près exclusivement, officiers ou soldats, des malades provenant de notre armée d'Afrique. Les uns, après un court séjour

qu'ils n'ont pu prolonger dans un tel climat sans en ressentir l'atteinte meurtrière, les autres, après un long temps qui n'a pas suffi à les acclimater, apportent ici les résultats de ce qu'on a appelé cachexie africaine. Diarrhée ou dysenterie, engorgement du foie ou de la rate, fièvres intermittentes actuelles ou passées, ces] conditions pathologiques diverses laissent chez la plupart des traits identiques : teinte plombée de la face ou ictérique, bouffissure, anémie, enfin une apparence cachectique prononcée.

Qu'y a-t-il à dissoudre chez ces malades?

Un tiers environ des malades que des diverses parties de la France les médecins envoient à Vichy (233 sur 650 observations recueillies par nous-même et que nous avons sous les yeux), sont affectés de dyspepsie, de gastralgie ou d'entérite chronique.

Qu'y a-t-il à fluidifier chez eux?

Laissons donc là ces mots dépourvus de sens, ou plutôt pourvus de contre-sens, et poursuivons.

L'analyse, devenue classique, de Lonchamp, donne, sur un litre d'eau de la Grande-Grille, environ 5 gr. de carbonate de soude, et 1,50 gr. d'autres éléments; ces derniers sont : le muriate et le sulfate de soude, environ 1/2 gr. chacun, puis des carbonates de chaux, de magnésie, de la silice et des traces d'oxyde de fer.

A quoi servent tous ces principes divers et chacun d'entre eux? Ils servent à faire de l'eau de Vichy. Et encore, réunissez dans une bouteille tous ces éléments, et parvenez à les dissoudre dans de semblables proportions, vous n'aurez pas de l'eau de Vichy : dussiez-vous y ajouter l'arsenic que M. Chevallier y a récemment rencontré, et même l'iode, la strontiane, le brome, l'alumine que M. 0. Henri y a annoncés, mais qu'on n'a pu y retrouver dans une analyse plus

récente faite à l'école des mines, vous n'auriez pas de l'eau de Vichy. 11 est vrai qu'il y a encore une matière organique; mais la plupart de ces eaux ne paraissent en contenir qu'une faible quantité.

Pour ce qui est de l'iode en particulier, en existe-t-il dans les eaux de Vichy? La chose parait vraisemblable, ne fût-ce qu'aux dépens de la matière organique. En effet, les matières organiques des eaux minérales, si nous ne nous trompons, renferment toujours de l'iode; M. Fontan le pense ainsi, et M. Thénard nous a exprimé la même opinion. Or, ces matières organiques ne peuvent avoir puisé cet iode que dans l'eau minérale elle-même, et témoigneraient au besoin d'une subtilité plus grande que l'analyse chimique, à séparer l'iode des liquides où celle-ci ne parviendrait pas à déceler ce principe. M. 0. Henri a vu de l'iode dans l'eau minérale de Vichy, M. Lefort aussi, M. Chatin aussi. M. Bouquet seul n'en a pas reconnu, et par conséquent n'en admet pas l'existence. Que fera-t-il contre trois? La Société d'Hydrologie médicale de Paris a nommé une commission dans laquelle tous ces habiles chimistes se trouvent réunis pour décider cette question : Existe-t-il de l'iode dans les eaux de Vichy?

11 y a longtemps, du reste, que Chaptal a fait le procès de toutes les eaux minérales artificielles. Mais si les eaux minérales naturelles n'agissaient qu'en vertu de principes dominants et opérant en vertu de procédés chimiques connus, ce seraient précisément les eaux minérales artificielles qui l'emporteraient.

Avouons donc nettement notre ignorance, lorsqu'il s'agit d'apprécier le mode d'action des eaux minérales dans le traitement des maladies chroniques. Reconnaissons que chacun des principes qu'y décèle l'analyse chimique y joue son rôle nécessaire. Tâchons sans doute de pénétrer le plus avant pos-

sible dans la recherche des rapports qui approprient la médication au malade : mais de cette étude pleine de doutes et d'incertitudes à une systématisation absolue, il y a encore tout un monde à parcourir. Ne transformons pas des hypothèses ingénieuses peut-être, des essais louables d'abord, en affirmations imprudentes et en doctrines impossibles. 11 est un terrain, le seul sur lequel nous poursuivrons désormais ces études, c'est l'observation des modifications subies par l'organisme sain ou malade, sous l'influence de la médication employée : tel est, après tout, le seul guide possible dans le choix et l'application du remède. Si quelque faveur a accueilli nos premières recherches sur les eaux minérales, c'est uniquement à leur simple cachet d'étude et d'observation clinique que nous l'avons dû, car dès que nous nous sommes hasardé, nous aussi, à pousser plus loin et à chercher à systématiser dans un sens différent des autres, nous avons dû reconnaître l'incertitude et l'insuffisance de notre point de départ.

Reprenons le cours de notre exposition.

Les noms des principales sources de Yichy se sont assez vulgarisés pour que nous puissions entrer dans quelques détails sur chacune d'elles : il n'est point de médecin qui ne connaisse, de nom au moins, les sources de la Grande-Grille, de l'Hôpital, des Cékêtin», même les sources plus récentes de Lardy et à' Hantent) e. Le lecteur pourra donc suivre avec intérêt ce que nous aurons à en dire. Nous allons du reste en ce moment passer rapidement sur leur sujet : nous y reviendrons prochainement plus au long en parlant de leur mode d'administration aux malades.

La division que nous avons proposée ailleurs, comme h plus naturelle et la plus pratique, de ces différentes sources, ^t la suivante s sources simplement alcalines, sources aka-

Unes et ferrugineuses, sources alcalines et sulfureuses. Peutêtre la faible proportion d'hydrogène sulfuré qu'exhalent ces sources ne mérite-t-elle pas cette dernière dénomination? Mais nous ne faisons allusion ici qu'à des qualités relatives.

Les sources simplement alcalines sont celles de Y Hôpital et de la Grande-Grille, thermales, et celle des Cêlestins, froide.

Entre Y Hôpital et la Grande-Grille, l'analyse comparative des principes minéralisateurs n'établit aucune différence, ou si peu, que nous n'en exprimerons pas ici les chiffres; un peu plus de soude et de chaux dans la première que dans la seconde, quelques milligrammes, ceci ne nous apprend rien. La différence de leur température ne dépassait pas 4°, lorsque, par 6uite des travaux récents de captage qui y. ont été opérés sous la direction de M. François, la température de la Grande-Grille s'est élevée à plus de 10» au-dessus de celle de Y Hôpital. On ne saurait dire que ses propriétés thérapeutiques en soient très-notablement modifiées. Cependant, il est des maladies, il est des constitutions aussi, auxquelles une eau aussi chaude cesse d'être convenablement applicable; il y a d'autres circonstances où il est au contraire avantageux de rencontrer une semblable température. Cependant nous verrons plus loin que l'une et l'autre ont des applications propres, et dans lesquelles elles ne sauraient, pour beaucoup de cas au moins, se remplacer mutuellement. Voici la différence la plus notable que nous constations : c'est que l'eau de Y Hôpital contient une quantité beaucoup plus considérable de matière organique. On sait qu'il n'est pas aisé de doser cette dernière : aussi nous contentons-nous d'énoncer le fait.

Nous ajouterons seulement que l'eau de Y Hôpital, autrefois beaucoup plus abondante que l'autre, fournit à un établissement spécial de bains, dont nous parlerons plus loin;

et que l'eau de la Grande-Grille, récemment accrue du reste, est celle qui, bien à tort, nous dirons ailleurs pourquoi, fournit la majeure partie de l'eau de Vichy bue à distance. L'eau de Vichy transportée, et sans désignation de source, c'est l'eau de la Grande-Grille.

L'eau des Célestins est froide, piquante, agréable au goût, et parait contenir un peu plus de principes minéralisateurs que celle de la Grande-Grille et du Puits-Carré, mais un peu moins que les sources du Parc, ù'Hauterive et de l'Enclos des Célestins (Bouquet). Gela porte du reste sur d'assez faibles proportions pour qu'on n'y attache pas une grande importance. Cette source, dont les dépôts prodigieux ont soulevé de vastes rochers au-dessus du faible jet qu'elle nous offre aujourd'hui, est de beaucoup la moins abondante des sources de Vichy, et semble menacer de disparaître, ce qui, vu le peu d'eau qu'elle fournit, ne serait pas une grande perte, si toutefois les projets relatifs à Hauterive se trouvaient mis à exécution, et que cette belle source fût amenée, avec succès, à Vichy même.

Les sources ferrugineuses viennent ensuite : elles sont froides ou à peu près; c'est la source Lardy et la source ù'Hauterive, toutes deux connues depuis peu d'années seulement. La source Lardy est à Vichy même, une précieuse acquisition du reste. Elle est la première de toutes les sources de Vichy (celle à'Hauterive non comprise), où le fer ait été dosé. M. Bouquet en a trouvé 13 milligrammes (de protoxyde) par litre d'eau, deux seulement dans la plupart des autres sources. Nous devons y ajouter la source de Mesdames (12 milligr.), que Ton s'occupe d'amener à Vichy même, d'une distance de deux à trois kilomètres.

La source à'Hauterive est moins ferrugineuse que les précédentes, et la saveur d'encre y est moins prononcée (8 mil-

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ligr. de protoxyde de fer par litre d'eau), mais elle renferme la proportion la plus élevée d'acide carbonique. Nous y reviendrons plus loin en parlant du choix à faire de l'eau de Vichy transportée. Haulerive est, à proprement parler, une source de Vichy, bien qu'elle en soit distante d'environ o kilomètres. Nous ferons remarquer que les seules sources de Vichy qui méritent le nom de ferrugineuses sont dues à des forages artésiens.

Les sources sulfureuses sont : la source Lucas, le Puits- Carré et le Puiis-Chomel.

Toutes ces sources sont faiblement, mais sensiblement hydrosulfurées. L'une d'elles, la source Lucas, s'appelait, au temps où l'on nommait chaque chose par son nom, source des Galeux. Cette dénomination quelque peu brutale a sans doute une signification pratique; cependant nous dirons plus loin que nous n'avons pas, par nous-même du moins, de raison de croire qu'on puisse tirer un grand parti de cette spécialité.

La source du Puits-Carré se trouve rangée ici par exactitude; mais quand son eau, exclusivement consacrée à l'usage externe, arrive dans les baignoires après avoir traversé les pompes ou séjourné dans les réservoirs, elle nous paraît assez dépouillée d'hydrogène sulfuré pour qu'il n'y ait plus à s'occuper de ce principe.

Il n'en est pas de même de la source Chomet, petit filet d'eau d'une température élevée, à 44°, et dont les applications sont plus directement en rapport avec sa composition.

On trouvera, à la fin de ce volume, les tableaux analytiques de M. Bouquet. Ces tableaux nous paraissent devoir être désormais substitués à ceux de Lonchamps, considérés jusqu'ici, à juste titre du reste, comme classiques.

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