LA. GUERRE CIVILE
A M. LE COMTE G. DE NELLESSEN, MEMBRE DE LA CHAMBRE DES PAIRS A BERLIN.
Monsieur le Comte,
Après les événements de Pologne , on s' est demandé, M. le Comte , pourquoi le peuple napolitain ne s* insurgeait pas en niasse comme les Polonais, s'il est vrai que les Napolitains défendent la même cause, leur autonomie et leur .indépendance. Voilà la justice du monde \ On s' intéresse aux Polonais qui ont perdu leur indépendance depuis 1772 et dont la servitude a été consacrée par la conquête et par des traités, et on ne s' intéresse point aux Napolitains qui ont perdu leur indépendance en 1860 contre h foi des traités. On trouve que les Polonais ont des droits qui n' ont pu être effacés par la guerre et la conquête , et ces mêmes droits, on les conteste aux Napolitains qui ont dû succomber devant r irruption de révolutionnaires cosmopolites et d' une puissance amie envahissant un royaume sans déclaration de guerre préalable et tandis qu'elle avait encore un ministre accrédité à Naples. Le partage de la Pologne a soulevé. de longs cris d' indignation, et la destruction de Y indépendance de Naples n' a pas même valu aux Napolitains un mot de stérile compassion. Les Busses sont des Scythes , et les Allobroges des It2|)ianissimes ! Pourquoi les Napolitains ne se lèvent-ils pas en masse comme les Polonais, si tant est que la Pologne entière se soit souleyée ? C'est
que, en Pologne , le sentiment de la nationalité est aussi souleniî par la révolution et couvert par le drapeau de la révolution européenne; dans le royaume deNaples la révolution combat^^au nom de la liberté, le sentiment de la nationalité. Autour du gouvernement russe les animosilés religieuses et les passions révolutionnaires^ produisent Tisolememt et Y indécision ; autour du gouvernement piémontais se groupe une minorité factieuse qui domine les masses par son audace. En Pologne, les autorités se détachent du gouvernement russe par penchant ou par crainte; à Naples, la révolution lie au gouvernement tous ceux qui ont obtenu des grades, des emplois , des honneurs , qui ont gaspillé les deniers publics , qui oift trahi, qui ont faibli, et surtout ceux qui redoutent le jour des représailles. Les propriétaires, dans les provinces, tremblent devant les Piémontais qui les menacent de la déportation , de la prison ou de la fusillade, et ils ne tremblent pas moins devant les. bandes eh pensant à la formidable jacquerie qu' elles peuvent organiser d'un moment à Vautre.
L'insurrection napolitaine n'a donc pas seulement à lutter contre 90,000 hommes de troupes régulières, mais encore contre 100, 000 gardes nationaux organisés par la. révolution Tet-Piémonlistes par crainte des Piémontais ; contre la garde nationale de Naples qui tremble pour ses boutiques ; contre la garde mobile, rapaassîs de garibaldiens de tous les pays, et contre la. légion hongroise. L'autorité et ïa force du gouvernement, une magistrature issue de? la révolution et toyjours prompte à sévir, les ressourcés de V filât et celles d' administrations locales imbues de l' esprit révolu- ' tionnaire sont d'autres ennemis de la réaction. Et pourtant toutes ces forces réunies n'ont pu l'anéantir en deux ans et demi !
Le peuple napolitain est fatigué, non découragé :. son calmç ap* parent est le résultat (Jes grandes espérances qu'il nourrit encore. Le souvenir des Bourbons se conserve pieusement dans tous les cœurs : ce j)euple opprimé a foi dans un meilleur avenir. Loin de croire l' Europe disposée à sanctionner une conquête faite au méprisde la morale et de la justice, il tient les yeux obstinément fixés sur r horizon politique. Pour la masse du peuple, la restauration
n'est qu'une Tiueslion de temps. On a assez de perspicacité,, même dans les classes inférieures, pour voir que le gouvernement actuel n'est pas solide, que la banqueroute et l'insurrection peuvent lui porter le* dernier coup d'un moment à l'autre: tout le monde fonde ses espérances ou sur un' Congrès qui évitera là guerre, ou sur une guerre qui aboutira à un Congrès. La guerre sera une . conflagration générale dans laquelle le Piémont verra son armée se fondre et la révolte éclater partout, te Congrès aura la justice de ne pas sanctionner le droit aveugle et brutal de la force. Il ne faut donc pas se fier à ce calme apparent du plus grand nombre^. On peut dire de N^ples ce que Y ambassadeur français disait de l'Angleterre en 1786 : le mécontentement est grand et général, mais la crainte de maux pires encore retient tous ceux qui ont quelque chose à perdre. Un an îtprès, la révolution, qui y rencontrait encore des obstacles jugés insurmontables, était accomplie. A Naples, on marche sur une mince couche de cendres soùs laquelle brûle encore la lave. Le peuple napolitain a souffert pendant unr siècle et demi de la domination espagnole ; il vpyait avec résignation tout l'argent du- royaume passer dans les coffres des ministres à Madrid, lorsqu'un impôt sur les fruits fit éclater la révolution de 1647. Il fallut la combattre avec les meilleures troupes de r Europe^* sous les ordres D. Juan d' Autriche, un des premiers capitaines de son temps. N' imperte: sans la trahison, la révolution eût triomphé. Qui sait si les Vêpres Napolitaines ne feront pas un jour oublier Jes Vêpres Siciliennes!
En attendant, il y a 90,000 hommes campés dans le royaume de Naples comme les Turcs en Europe ; il y a 30,000 hommes et* l'élite des carabiniers piémontais dans cette Sicile qui a dévoré trente-trois généraux ou préfets. Le Piémont occupe le pays mais il n'y maintient pas l'ordre, mais il ne s'y sent pas sûr de l^venir. Les dispositions des populations l'inquiètent plus que jamais, car il est bien évident que si la réaction n'avait à espérer aucun appui des populatiops, elle serait aujourd' hui étouffée.. Il n'ose pas môme compter sur les forces organisées par la révolution, puisqu' il se trouva à cteique instant dans la nécessité de dissoudre des corn-
paguies et même des bataillons de garde nationale , de licencier des cohortes de garde mobile et de destituer des conseils municipaux soupçonnés de connivence avtfc pnsurrection. On remplace ces conseils par des commissaires envoyés de Turin :. étrange façon de respecter. le principe du suffrage populaire! Il y a plus. les maires peu zélés pour T extirpation. du brigandage ont été maltraités et jetés en prison -; ceux des communes du Gargano ont été condamnés hu pain et à T eau , la peine des soldats indisciplinés ! Si les troupes sardes se maintiennent dans le pays, c'est grâce aux rigueurs de Y état de siège. Le gouvernement applique sans pitié la loi martiale. Sous: Y ancien régime, Naples fut nus en état de siège après une insurrection, mais pendant trois jours seulement, sans que personne ait été arrêté, sans que la liberté de la presse ait été suspendue. L'état de siège imposé par les Piémontais a été maintenu à Naples pendant six mois ; on a traité les Napolitains , non comme des hommes qui combattaient pour leur liberté et leur indépendance, mais comme dés esclaves révoltés contre leurs maîtres. Or, le .sang versé appelle le sang. Il en a toujours été ainsi dans les'guerres civiles, et le royaume de Naples est en proie à la guerre civile et à la guerre étrangère!
On a exterminé , M. le Comte f ceux qui ne voulaient pas se soumettre. Les plus horribles souvenirs des guerres tiviles pâlissent, devant les atrocités des troupes piémonlaises. Les Plnelli, les Neri, .les Galateri, les Fumel aAnoncèrent une guerre d* extermination,- dans laquelle la pitié était un crime. Partout où les insurgés sont tombés entre les mains des Piémontais, ils* ont été fusillés sommairement et sans miséricorde; on a vu parfois des sacriflces humains de quarante ou cinquante prisonniers à la fois. A Montecilfone , par exemple, sur quatre-vingts prisonniers , quarante-sept^furent passés par les armes ; â Montefalcione, cinquante hommes réfugiés dans la maison même de Dieu, y furent égorgés. On ne s'est pas contenté de fusiller les insurgés pris les armes à la main ; quiconque était soupçonné d* avoir pris part à l'insurrection, avait le même sort. Un jour, un bergei' endornii dans les champs^ près de Pouzzuole, fut surpris par un officier comnotan**
dantuD délachement piémoDlais; cet officier, ne voulant pas perdre son temps à prendre des informations sur le copple de ce malheureux, trouva plus simple de le faire fusiller séance tenante.
Un autre jour, un détachement rencontre un paysan jsur la roule de Bénévent, l'arrête et Tinterroge. Cet homme proteste de son innocence, se? dit expédié «u courrier par le $ous-préfet, et montre ses dépêches..... on prend les dépêches, et on le fusille.'
Plusieurs paysans des environs de Nota, de Sansevero, d'Avellino, de Bovino, de Melfi, de paisibles charbonniers du Gargano, surpris -sur une routé' battue par le^ insurgés, ont été massacrés par la ti'oupe de ligne... De vieux pâtres inoffensifs, des enfants ont été tués à coups Àe bayonnettes. En .1862 il n'y eut pas moins de quatre-vingt-deux exécutions dans le seul ' district, de Gcraci (Calabre), parmi lesquelles il faut compter celle du baron Franco et de son oncle, dénoncés comme pouvant avoir eu des relations avec Borges qui venût de passer. Une dénonciatioa quelconque était suffisante. Parfois, les soldats eux-mêmes ont fusillé
parce qu ils s'ennuyaient de leur service. Treize prisonniers furent un jour fusillés près de Lecce, par les soldats de l'escorte, et quand le magistrat * déma|ida à ceux-ci ce qu' étaient devenus les brigands, ils lui répondirent en souriant qu'ils reposaient près de la ville. Dernièrement les Plémontais entrèrent à S. Giorgio la Molara et en' emmenèrent troiç propriétaires désignés comme partisans des' insurgés qui venaient d'en sortir. La Cour criminelle, à qui on avait remis up procès iait à la hâte, les déclara innocents. Maie lorsqu'on chercha les détenus , on sut que les Piéfflontais les avaient fusillés.. L'impatience de ces bourreaux n'a pas même permis aux victimes de recevoir les dernières consolations de la religion.
Il •vous souvient*, Mcftisieur le Comte , îu cri d' horreur .qui s éleva en Europe quand un général espagnol fit fusiller la mère de Cabrera. Or, combien de mères ont été fusillées dans les Deux- Siciles pour avoir porté ou parce qu'on les soupçonnait de porter du pain à leurs fils insurgés ou réfractaires ! L'obscurité de ces fils a laissé ignorer à l' Europe le supplice de leurs mères. Hom-
me», femiQes, vieillards, enfants, on les passe Ions par les armes tantôt comme parents, tantôt comme complices, comme parents des complices, ou complices des parents. Quelques réfractaires Tendent de débarquer dans Y île de Pantellerie: la troupe se met à leur poursuite et les traque comme des bêtes fauves. Bs se réfugient dans une caverne , et pour les en dénicher on y jette des broussailles
enduites de résine et on v met le feu. L'oiBcier.du détachement
traitait les Siciliens comme on a traité les Kabyles. Pantellerie
n'esl-elle pas en effet voisine de l'Afrique?
Dernièrement, un détachement entoure, li nuif, une maison de Petralia Soprana, pour surprendre un réfraclaire. Le paysan qui Thabilait s'était vu surpris peu de temps auparavant par des voleurs qui r avaient dépouillé et avaient outragé sa fille. Il refuse d'ouvrir et tire un coup de fusil; l'officier met le feu à la m^ûson et trois personnes périssent dans les flaoQmes. '*
A Montescoglioso, un capitaine fait enfermer dans une chau-. mière dix ou douze laboureurs qui ne l'avaient pas bien renseigné sur la marche des insurgés , et les brûle en présence de leurs familles.
Le capitaine Bigdlli fait passer par lés armes, à S. Francesco de Policastro, plusieurs individus qu'iU'suppose complices des insurgés; un de ces malheureux, qui n'avait pas été atteint, restait debQut i Y officier le tue à coup de sabre. *
On a raison de dire^ M. le Comte, que, dans le midi de Tltalie, tout individu porteuir d' une capote se croit en droit de tuer ceux qui n'«n ont pas. En juillet 1.861, un détachement arrive à Somma, petit bourg au pied.du Vésuve. Le commandant fait-arrêter six malheureux qu'on lui désignait comme complices des in* surgés, et, sans autre information, ordonne de les mettre à.mort. Et pourtant il y avail*parmi ces victimes un officier de là garde nationale, à p^ine âgé dé*vingt ans et marié depuis quelques jours. Et lorsque l'indignation publique exigea que cet officier (le capitaine comte del Bosco) fût livré à la .justice militaire, la justice le proclama innocent! Le conseil de guerre de Turin, au lieu de juger le bourreau, flétrit les victimes ; pour absftudre le premier,
il déclara par un* jugement posthume que celles-ci s'étaient ren-
dues coupables de connivence avec les insurgés. lifais quel magistrat avait jugé ces malheureux? Quelle loi leur slvait-on appliquée?
Le major Fumel arrive avec une bataillon chez un M. Gampagna; après avoir bien dîné avec son hôte, il tire sa montre et lui donne trois minutes pour présenter, sous peine de voir brûler son château, la liste des brigands qui doivent se trouver dans le voisinage. La liste est présentée, le major réunit les victimes dans la cour, M. Gampana en tête, et ordonne de les fusiller. Le gouvernement fait suspendre Y exécution ; sur ce, le sarde pousse des cris de fureur et donne sa démission. Gependant , -peu après, le gouvernement se rep'ent de sa faiblesse et on veut le renvoier dans le9 Galabres. Et on crie contre Murawieff! Dans le midi de Tltalie, chaque officier,, chaque caporal se croit aussi .puissant que le général moscovite. ' . • .
Les maisons de campagne, Jes hameaux soupçonnés d* avoir servi de refuge aux insurgés sont livrés aux flammes ou rasés. Il est défendu aux payssans, sous peine de mort^ de sortir de leurs villages à la tombée de la nuit ou avant le lever du soleil , et de porter des vivres. Aussi ne trouve-l-on plus de bras pour l'es travaux des champs ; les animaux ont été retirés dans Tenceinte des villes et y meurent par milliers. Des familles entières privées de leurs pèrQs erraient déjà en 1861 sans pain et sans abri.
Une soldatesque effrénée a mis à feu et à sang toutes les localités où elle a essuyé la moindre velléité de résistance. J)u temps de Garibaldi, des populations entières ont assisté aux massacres d' Ariane, de Frasso, de Paduli, de Montemiletto, de Tarrecuso, de Paupisi, de S. Antimo, d' Isernia, de Gastelliiccîo, de Castclsaraceno, de Carbone, de Latronico, pacifiques asiles de l'agriculture et de Tinduslrie. Sous la con(|uêle, on a vu la destruction de S. Marco in Lamîs, deViesli, de Cotronei, deSpinello, daRignano, de Barrile, de Vico di Palma, de Campo di Miano, de Guardia Regia, de Monlefalcione à la suite d'ignobles scènes de pilla-v ge, de viol et de sacrilège.
Âuletta a été. envahie par àfis cohortes ivreâ de sang conduites par un chef qui, armé de son revolver , faisait feu sur fous ceux qu'on lui désignait comme réactionnaires. Le journal officiel de Naples a annoncé Y entrée des troupes piémontaises à Trevîgno, en avouant qu' on y avait tué quarante brigands: la vérité est que ces victimes n' étaient que de pauvres malheureux que la crainte faisait fuir, ou qui, ayant cru un instant la ville au pouvoir des partisans du Roi, avaient eu la malheureuse inspiration d* y rentrer avec un sauf-conduit du maire ! Tout le monde a^ connaissance de ces faits horribles-, mais la crainte a longtemps ferme toutes les bouches. Et cela se passait au moment même où un ministre piémontais osait dire, à la face de TËurope, que la pacification de Tex-royaume de Naples procédait lentement à cause du respect de lautorité pour les franchises constitutionnelles!
Le général Manhés a été, il y a un demi-siècle, la terreur des Calabres , mais ce Fumel français était, du moins» le seul de son espèce.
Qui n'a entendu l'affreux récit (le la destruction de Pontelandolfo et de Casalduni? Une bande d' insurgés s'était jetée sur un détachement piémontais et lui avait tué quantité de soldats. On voulut faire un exemple : un détachement arriva au pas de course, . et bientôt tous les habitants hommes, femmes, vieillards, enfants, furent ensevelis dans les flammes et sous les. ruines! Le gênérai Cialdini , qui avait ordonné cette extermination , l'annonça au monde eq ces termes : justice a été faite, de Pontelandolfo et de Casalduni ! Plus tard , après les massacres de Gastellammare, en SicilQ , le questeur de Palerme fit insérer ceci au journal officiel : à Castellaiàmare les coupables ont été figoureusement punis . Le magistrat empruntait le langage du soldat. On ne trouve pas le même enthousiasme de férocité' dans la conquête de V Irlande ; et pourtant les Saxons et les Celtes étaient deux races aussi différentes que les Napolitains et les Piémontais. L'Angleterre eut à déplorer bien des guerres civiles, mais elle ne vit jamais des horreurs pareilles à celles de Pontelandolfo et de Casalduni. En Vendée , on ne tuait que les combattants.
On avait promis une amnistie et la vie sauve à tout brigand qui se présenterait spontanément aux autorités. Cependant ceux qui se rendirent à Livardi/à Caserle, à Nola et en beaucoup d'autre^ endroits furent aussitôt fusillés. Des parents infortunés, dont la douleur égarait là raison , ont été vus cherchant à travers les champs les restes de leurs enfants massacrés. Les egorgeurs de 1793 étaient capables de telles énormités ; et encore croyaient-ils punir des citoyens rebelles à la patrie et s'Opposer à Y invasion étrangère. Sur la fin de 1861 , vingt-cinq hommes tant Espagnols que Napolitains , décidés à abandonner le royaume et la cause de Tinsurrection , allaient se réfugier dans les Etals de l'Eglise. Entourés au moment où ils vont franchir la frontière, ils se rendent et déposent les armes, croyant avoir la vie sauvé : sans cet espoir, ils auraient opposé une résistance désespérée. Sur ce , on les désarme et on les fusille ! En 1843, les frères Bandîera, qui voulaient soulever le royaume, quoique pris les armes à la main furent néanmoins mis en jugement, curent des défenseurs; Tun des accusés fut même' absous; et quant aux autres, sur vingt-et-un, douze eurent la vie sauve. Il est vrai qu'on osa dire que les frères Bandiera, qui avaient répandu. des proclamations incendiaires, qui avaient poussé des cris de révolte, qui s'étaient battus , avaient été assassinés ! Borges , au contraire , et ses partisans, qui avaient cessé de combattre dans les 'rangs de l'insurrection, et avaient renoncé à la résistance, furent impitoyablement fusillés sur l'ordre d' un major pîémontais. Le sang est-il donc un holocauste nécessaire à Y unité de Y Italie ?
La vue du sang, comme il arrive toujours, a endurci les cœurs et rendu féroces même les hommes étrangers à la lutte, même tes patriotes qui se font lés auxiliaires bénévoles dé l' invasion. Ces ' dileltanii de chasse aux brigands se précipitèrent sur le village xle Tognano, envahirent les maisons, arrêtèrent et fusillèrent bon nombre d' habitants. On a raconté en plein parlement que trois de ces patriotes ayant arrêté une femme qui portail un morceau de pain à son fils, supposèrent que ce fil^ était un brigand, firent mettre la mèvâ à genoux et la fusillèrent. On y a attesté encore
qu' un malheureux avait été ainsi fusillé potir avoir volé un mouton. Ces atrocités furent longtemps et obstinément démenties. Il y • eut même un niembfedu parlament brit^tnnique qui osa dire que la conscription était populaire dans les provinces méridionale^, que la garde nationale était dévouée au Piémont ,. que les brigands se souillaient des plus grandes atrocités et que les soldats piémontais étaient des modèles de discipline et d* humanité ( On a la liste officielle des individus qui ont été fusillés en deux ans. Le rapport de la commission d'enquête en porte le chiffre à 7,1 SI. Pendant les trois premiers mois de 1863, on en a fusillé 118 autres, 110 en avril, et un plus grand nombre encore dans les* mois suivants.
Au moment où j'écris, la brutalité de la force n'a plus de bornes, la rMciion est une passion et deviendra bientôt un enthousiasme. La révolution et. la conquête, trop opiniâtres pour désister de leurs desseins, trop faibles pour les exécuter, éprouvent les suites funestes de la guerre civile (fh'elles-mêmes ont allumée. L'Ttalie en est émue, et cette fraternité à laquelle on avait fait appel, se retrouve maintenant au spectacle de tant de malheurs.
Albano, le 4 juillet 1863
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