LA RESTAURATION
AU MÊME
Milord,
« Le despotisme, à ce que je vois » , disait Louis XIV lui-même, « n*est boD à rien, dût-il forcer un grand peuple à être heureux ». Que dire du despotisme qui a voulu forcer , Tépée à la maiû , le peuple napolitain à être heureux! Chez vous , une conquête plaça un duc de Normandie sur le trône d'Angleterre , mais cette- conquête livra aussi toute la population anglaise à la tyrannie de la race normande ; la conquête d'une nation par une autre fut rarement plus complète, a dit à ce propos un de vos historiens. Mais si les Plantagenels avaient réussi à la réunir à la France sous leur sceptre, il est probable, Milord , que TAngleterre n'aurait jamais eu d'existence indépendante. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas eu de bataille d'Haslings dans le royaume de Naples ; les Napolitains ne sont pas des Saxons du XF siècle. Trois ans se sont écoulés depuis l'invasion de Garibaldi et la chute de Gaête ; si la hache révolutionnaire peut renverser un trône , si l'épée d'un ennemi parjure peut effacer une monarchie de la carte d'Europe , une nation, Milord, ne se détruit point. Si, par impossible, elle venait à disparaître après une longue oppression, pour combien de temps l'Europe n'en serait-elle pas troublée et agitée? Et l'Angleterre n'aura-t-elle pas un jour à déplorer d'avoir permis l'absorption
cTone principaota et d'un peaple qui forent sans cesse les amis des iotërêls brilaoniques?
La monarchie de Charles IH, qomqa'unie par les liens dn pacte de fomllle à celles de France et d' Espagne, ne tourna jamais ses armes contre la Grande-Bretagne. Sar la fin du siècle dernier, pour avoir voulu suivre la fortune de l'Anglelerre, le souverain de Na* pies fut contraint de se retirer en Sicile, comme les princes normands et aragonais l'avaient déjà Eût, lors des précédentes invasions, n vit le royaume mis à feu et à sang par les phalanges répur blicaines et par la guerre civile. Peu d*années s*écoulèrent, et pour être resté fidèle à Y alliance anglaise, de nouvelles phalanges françaises le contraignirent une second fois à regagner celte île où il resta, dix ans, dépouillé de la plus belle partie de son royaume. Durant ces dix ans, ses peuples combattaient pour la cause anglaise; les soldats napolitains allaient sous le drapeau britannique combattre en Espagne contre d^autres soldats napolitains qui suivaient les aigles françaises. C'était la guerre civile italienne transportée dans la péoisule hispanique. Que recueillit-il, ce souverain, de tant de sacrifices, de tant de malheurs, et de son exil? Il ne fit pas partie do Congres de Vienne, n'en reçut aucun accroissement de territoire et se vit môme dépouillé d* une partie de ses possession. Pendant que les petites principautés elles-mêmes, le Piémont, la Suéde, la Toscane s'enrichissaient des dépouilles d'autres Etats, la monarchie napolitaine perdait T île d'Elbe et les présides de Toscane, et se voyait réduite à payer des indemnités à quelque prince dépossédé.
Quarante-six années s'écoulèrent depuis cette époque, et à l'aide d'une paix bienfaisante et d'une prédilection presque exclusive, les intérêts britanniques furent toujours protégés et favorisés dans le royaume deNaples. Mais, de son côté, la monarchie napolitaine devait se croire protégée par les traités de Vienne, dont les grands puissances d*Europe s'étaient portées garantes: elle comptait surtout sur la protection du peuple anglais dont les intérêts politiques et commerciaux se trouvaient enchaînés^ à son existence. Il y eut, à la vérité, des troubles politiques dans le royaume après la restau-
ration, mais ils ne difieraient en rien de cens qni agitèrent presque toute FËurope, depuis la lonlaine Russie jusqu'au Portugal. Les crises politiques de Naples, comme les autres agitations qui troublèrent r Europe à cette époque, avaient rapport à la forme des institutions du pays , mais ne tendaient nullement à effiicer une monarchie du nombre des Etats et à détruire Tindépendance d'un peuple. Un principe de nationalité qui, s'il parvenait à se substituer à la légitimité, mettrait en doute toutes les droits consacrés pai* les traités et parle temps et réduirait en lambeaux les plus grands Etals, a seul pu déterminer une catastrophe aussi malheureuse et qui menace Tayenir de l'Europe entière.
Mais la question morale, Miiord, plane au-dessus de la question politique, car les principes de liberté et de justice sont la base de toute bonne politique. Eh quoi! l'Angleterre pourrait-elle permettre qu'un royaume, le jardin de 1 Italie, rempli des trésors de l'art» de la science et de la littérature, patrie de tant d'hommes illustres dans toutes les branches du savoir humain, florissant par son com* merce et son industrie fût à jamais rayé de la carte d'Europe? Une ville célèbre par la sérénité de son ciel, par l'abondance des dons célestes, par sa nombreuse population, se verrait réduite à l'état d'un simple municipe ? Un peuple remarquable par la vivacité de son caractère et de son esprit serait-il condamnée devenir le paria du Piémont? Les qualités, les avantages de toute nature dont le ciel a comblé les Napolitains devraient-ils donc devenir la cause de leur anéantissement politique? L'Angleterre laisserait violer lès traités au détriment d' une puissance amie et malgré les assurances les plus solennelles? Pourra-t-on, après ce sacrifice d'un peuple innocent, avoir foi dans le droit des gens, dans la force des traités? Osera-t-on convoquer un Congrès, après avpir permis au Piémont de recueillir les fruits de tant de perfidies et d'une guerre injuste contre un royaume assailli lâchement et dans le seul but de ren- Terser la monarchie des Bourbons ?
On a dit dans votre parlement, Milord, que ce qui a c<mmencé dans F iniquité doil finir dans la hcmle et la déception. En efiet l'unité de l'Italie, bien loin d'être un fait irrévocablement accompli.
est encore un proUème sans solution. De grandes forces, de puisfiantes institutions militaires peuvent bien donner pour quelque temps encore aux étrangers les moyens de prolonger leur tyrannie : un code pénal cruel et cruellement appliqué peut bien encore proléger pour quelque temps l'oppression, mais la race qu'on pré> tend avoir conquise n'est ni domptée ni assimilée. Voyez la guerre qu'elle fait depuis trois ans à ses oppresseurs ; voyez ces'hommes hardis qui, comme les héros de vos vieilles ballades, se réfugient dans les bois et sur les montagnes, résistent, combattent et versent sang pour sangl L'animosité de deux peuples en guerre l'un avec l'autre n'est pas à comparer à l'acharnement de deux races qui, séparées moralement, se combattent sur les mêmes lieux. Ce sont des éléments hostiles qu'on ne pourra jamais fondre dans une masse homogène. Ces bandes qu' on traite de hordes de bandits ont maintes etmaintes fois battu les troupes régulières et usent, chaque jour, les forces du Piémont. Mais, en admettant qu'elles rendent impossibles la domination du Piémont et la réalisation de l'unité italienne, elles ne pourront pas amener la restauration du souverain légitime et le recouvrement, par chaque Etat, de sa nationalité vendue.
U faudra donc, Milord, revenir tôt ou tard à un arrangement plus conforme aux traditions et aux tendances des différentes parties de l'Italie. L'Europe finira par comprendre que la révolution italienne est cosmopolite. On ne doit jamais défier la fortune, mais la conjurer, et s'il y a, dans la vie des peuples, des phases terribles comme une expiation,* les Napolitains ont déjà par trop de larmes, de ruines et de sang expié une faute d'un moment, s'il est vrai qu'elle fut la leur propre
Mais quel sera cet arrangement? Toute combinaison, Milord, qui n aurait pas la restauration pour but pourrait bien tout arranger , mais n'en serait pas moins impossible à réaliser. Pour prévenir une grande catastrophe voudra-t-on imposer au Piémont l'exécution du traité de Yillafranca et de Zurich? Âttend-on que cette unité improvisée qui ne repose ni sur les traditions, ni sur les intérêts communs, qui est en contradiction avec la situation géographique de
la péninsule, s'écroule d'elle-même? Mais alors l'Italie ne se fera ni ne se défera pas de si tôt. Attend-on. que la révolution jette le masque et aboutisse à je ne sais quelle République italienne? Attend-on, pour venir au secours de la contrée la plus fertile et la plus ravis* santé de Y Europe, qu'elle soit descendue aux derniers degrés de la misère, de la servitude politique et de la torpeur intellectuelle? Cimcta discordiis civilibus fessa sub nomine Principis imperium accepit, disait Tacite de Rome. Attendon que les Napolitains, si avides d'indépendance, de stabilité et de calme, acceptent un maître quelconque par lassitude? Après tout ce qui s' y passé en Italie et en présence de ce qui s'y passe, ces prévisions n ont riea de chimérique.
Mais si le royaume d' Italie est une utopie qui ne peut pas sa réaliser , si son unité factice ne peut pas durer , si aucun homme d' Etat n' en doute en Europe , il ne reste plus qu' à souhaiter^ qu' à préparer la restauration. Est-ce qu' on songerait à un nouveau prince, comme on vient de faire pour la Grèce? C'est ce que la justice , la politique et la morale réprouveraient, car le vainca de Gaëte est toujours le représentant de la justice et du droit, et, par là , il est plus grand que son vainqueur. Pourquoi devrait-il céder son trône à un prince quelconque , et pour un nouvel essai que les faits ne tarderaient pas à condamner? Une possession de trois ou quatre ans , sans cesse combattue par les populations , pourrait-elle priver de ses droits la dynastie légitime? Invoquerat-on ce plébiscite, œuvre de T hypocrite ambition d'une minorité turbulente , et par lequel un royaume de dix millions d' habitants a été annexé à un rocher des Alpes? Ceux qui ont combattu et qui combattent ; ceux qui résistent et qu' on emprisonne , qu' on juge et qu' on fusille , ceux qui se démettent ou s' exilent , ceux qui résistent par la presse ou par Fabstention ne sont-ils pas plu9 nombreux et ne parlent-ils pas plus haut que ceux qui ont prononcé l'annexion? D'ailleurs, ce plébiscite a été fait en vue de l'unité de l'Italie? Comment donc, l'unité détruite, servirait-il de titre à tout autre dessein de reconstruction politique? En voulant ainsi résoudre la question, n'en aurait-on pas moins violé le droit des.
gens , le respect des tndtés et l'intérêt de Y Europe? Et puis , où troorer ce prince? Gomment surmonter les <U£Bcultés qu*on a deux fois rencontrées, en se mettant en qudie d* un roi pour la Grèce?
Il y a entre la Grèce et les Deux*Siciles des diffioitnces trop capitales pour qu' un rapprochement quelconque soit possible. Les rivalités des grandes puissances pour le démembrement de Y empire Ottoman , qui peut se détruire mais non se partager , n' offrent que trop de probabilités d' une conflagration générale. On s'est toujours coalisé, en Europe, contre toute puissance prépondérante : ainsi on se ligua même au XIII^ siècle contre Philippe- Auguste. Fera-t-on encore et pour la troisième fois une guerre d'un quart de siècle? La. conquête ou l'usurpation du royaume de Kaples excitera-t-elle moins d'appréhensions et de jalousies que ce renouvellement du pacte de famille, de ce mariage destiné à resserrer les liens qui unissaient la France à l'Espagne? En attendant, pourrai*t-on iûslituer des puissances protectrices du royaume de Naples, ou bien laissera*t-on les Deui-Siciles et tant de beaux ports au pouvoir d' une seule puissance donûnante ? Qui est-ce qui pourrait ambitionner la couronne de Naples, ou pourrait se flatter d'y avoir laissé des souvenirs? Il n'y a plus que deux ou trois généraux accablés par l' âge et les infirmités qui se souviennent encore de l'occupation militaire. Ceux qui cherchent leur conviction dans r histoire ne peuvent désirer une époque soldatesque. L'Angleterre , au XYIP siècle , éprouva quelque temps les maux inséparables du gouvernement militaire , bien que mitigés par la sagesse et la magnanimité de celui qui exerçait le suprême pouvoir. Les souvenirs de Y histoire napolitaine , au commencement du XIX'' siècle, sont bien difiérents , et le gouvernement militaire dés Piémontais n'est pas fait pour les détruire. Aucun ne pouvant contester les droits de la légitimité, quand même on trouverait un roi dans une pépinière de petits princes, en fera-t-on un Tarquin, un Augustule, un roi Théodore ou un comte Capo-d'Istria ?
Aucun prince étranger ne pourrait poser d' une main ferme les assises de l'avenir. L'heure des écroulements venue, l'heure
des recoDsIructioDs pourrait encore tarder à venir. Le gouvernement d'un nonveau prince, fondé sur de nouvelles bases , devrait bientôt se ressentir de l' incertitude de son origine et fdtire concevoir des doutes sur sa des*tinée. Tout gouvernement a besoin de celte force morale sans laquelle la résistrance matérielle est moins une sauvegarde qu' un danger de plus. La tranquillité , au début d'une nouvelle dynastie, paraîtrait assurée, mais les troubles politiques seraient toujours profonds. Les esprits resteraient assombris , les intérêts alarmés. Regardez ce qu' éprouve le Piémont. Les puissances V ont reconnu comme royaume d' Italie, quelques unes Font puissamment aidé, la presse européenne Ta longtemps soutenu, les tribunes de quelques Etats Tout applaudi ; Y or des banquiers ne lui a pas manqué, le principe de la non intervention Ta garanti ; le nouveau royaume d* Italie a formé une armée nombreuse , le gouvernement a pour lui le parti de la révolution qu' il a placé à la tête de Y administration et qui a conscience de combattre pour sa prope existence. La vapeur, les chemins de fer, la télégraphie décuplent ses forces militaires. Tout lui a été perinis, la conspiration, la violation des traités, Tarbitraire, les emprison^ nements iniques , les incendies , les massacres. Eh bien , où en est-il? Qu a-t-il recueilli? La haines, doB rancunes implacables et la persuasion que, le moment venu, à la première crise européen* ne, tout le peuple des Deux-Siciles se lèvera comme un seul homme pour le renverser I G est qu' il lui a manqué le prestige de la stabilité. Or , où donc une nouvelle dynastie implantée dans le royaume de Naples trouverait-elle le calme et la persuasion de sa durée? Les nouvelles dynasties ont besoin de tranquillité et des bienfaits du temps. Un prince nouveau peut bien se tracer un cfa^ min, peut bien entrevoir le port, mais lui sera-t*il toujours permis de saisir le vent favorable et d' éviter les écueils? Que fera-t-il entre des partis, dont chacun réclamera le triomphe de ses propres opinions ?
S appuierd-t*il sur le parti piémontijte exécré de tdus? Il n'y trouverait que des ambitions excessives , des préteiUions exagérées et le mécontentement général. U n'aurait Ml que se substi^
taer au Piémont, sans avoir pour lui le prestige de la gloire et de la grandeur de Y Italie.
S'appuiera-t-il sur le parti de la révolution? La révolution se masquerait-elle encore une fois derrière un titre de roi? La tromperait-il on s'en servirait-il habilement? Comment en supporterai t-il les exigences et Taudace? Vouloir régulariser la révolution, c'est chercher à discipliner le désordre. Le nouveau gouvernement se* rait, dès le premier instant, moins embarrassé de ses adversaires que de ses fougueux défenseurs. La révolution ne lui permettrait pas de professer la liberté autrement qu'elle et à tout autre profit qu'au sien. Un prince qui a besoin d' une faction pour gouverner ne peut pas s'arrêter. Le pays se consumerait en agitations siéri* les , car la révolution ne se modère pas au gré de ceux qui s' en servent; ayant sa part d'action, elle revendiquerait sa part de profit. Gomment se soustraire alors à la fatalité de rendre méfiance pour méfiance ? La nouvelle dynastie ( Y histoire de Y Europe est là toute récente encore pour nous l'apprendre ) pourait bien entendre crier contre elle à la trahison et à la vengeace. Le nouveau prince qui voudrait fonder son pouvoir sur les multitudes serait toujours incertain , embarassé , placé entre le parti de la raison et de la passion. Comment dominer les consciences et dé' truire les convictions , le souverain légitime étant toujours là , en présence du peuple, avec son droit et ses souvenirs? Où trouver une noblesse conservatrice qui fournit un point d'appui quand lui manquerait l'ancienne? Une aristocratie vigoureuse , apte à jouer un rôle politique, ne s'improvise pas ; il faut qu'elle ait des racines dans une tradition respectée. Où s'arrêterait-il? Pourrait-îl avec liberté profiter des idées modernes sans détruire les anciennes sur lesquelles la monarchie , depuis des siècles , était fondée? Pourrait*i1 deviner les nécessités politiques de son régne pour céder ou résister à propos?
Parviendrait-il à être ainsi soutenu par une aristocratie ralliée» par une bourgoisie puissante , par une armée forte et dévouée? D pourrait y avoir pour quelque temps un prince fort , mais le système serait toujours faible. On aurait à combattre la coalition
instantanée de la révolution et du piémontisme. Et comment , alors, pourrait-il comprimer par son autorité privée les mouvements désordonnés auxquels un Etat nouveau çsl toujours exposé , les combinaisons des sociétés secrètes et les calculs de la démagogie ? n 11* arriverait ce qui est toujours et partout arrivé. Le plus petit mécontentement lui semblera un présage de révolution, toute émeute une rébellion. Il voudra que tous ceux qui Tentourent ressentent les sentiments qui le torturent ; il aura un gouvernement soupçonneux et vindicatif; ce sera Y héritier légitime du gouvernement plémontais. Ses succès même seraient vains : il triompherait sans s'affermir. Et quand même il ne rencontrerait plus de résistance , il sera contraint de tendre de plus en plus les ressorts du pouvoir ; il ne pourra pas repousser la responsabilité écrasante qui pèsera sur lui , et n*aura jamais de racines dans le sol. Et les forces matérielles , où les puiserait-il ? Il voudra disposer d* une armée nombreuse pour se garantir des réactions populaires et des entreprises du prétendant légitime. Quand même ceux qui se font massacrer pour reconquérir leur patrie n' auraient rien de politique , leur ôlera-t-on le prétexte de la nationalité et de Y indépendance? Se laisseront-ils tomber les armes des mains, parce qu'un prince étranger $e sera substitué à un autre prince également étranger? Le peuple, indifférent au début de la révolution^ ne tardera pas à se soulever contre un maitre étranger, parce qu'il les craint tous.
Si ce prince a besoin d* une forte ai*mée , où trouvera*t-il des ressources dans un pays épuisé, grevé dcdettes? À la dissolution du royaume d' Italie , les Deux-Siciles se trouveront accablées d'une dette qui absorbera , pour les simples intérêts , les deux tiers de l'ancien revenu de r Etat. Est-ce le peuple qui fournira ces ressources , surtout s' il a Heu d'en redouter l'emploi contre lui-même? On ne pourra obtenir une armée sans le calme et la paix , tandis qu'on ne pourra pas rétablir la paix et le calme sans une armée.
Le nouveau prince sera-t-il le pupille d' une puissance étrangère? Mais cette puissance devrait se faire la protectrice immédiate de la nouvelle dynastie, non seulement contre les autres puissan-
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(Mt nuiis «Atre 8M DOBvraa 8iq0l#« fit 1m m^
ses cbevcterMt «ton è 0icUw w à atillier leg mé^ piiliiire9 au profit de leani cmbinaisoi» poUtiqim. Et quand ôft* me lee jalouam i' Infloence n'eucouiager^at paa les trovUesdu royauiM , m Elal qui perd la ooaeidéraUoa au driiora est hieulAt troublé au dedai». Et d'iâlaurê, à quelle porte frapper pour trouver cette puiasaoee pretectriee? Jacques l^, qui était réellemeut rd d'Angleterre, euyoyût des ambassades à droite et àgau* che sans pouvoir trouver un allié. Qu'm serait-il, d'uu roi de Najdes qoi aurait aliéné son indépendance en devenant Tagent d'une cour étrangère? Toutes les portes se formeraient au-dehors, toutes les rivalités s'agiteraient au dedans. U y aurait à Naples une lutta diplomatique incessante , envenimée par les discordes intérieures , et le pouvoir n'en serait que plus Êdble , plusdécon* sidéré et pins compromis.
Oui , Milerd , la restauration peut seule assurer la paix de rUalie et de l'Europe. La révduiion s'arrêterait découragée devant la restauration. Sa domination violente n'aurait dévoilé que r impuissance de $es idées et son incuraUe inaptitude ^ coadJîer les institutions libres avec la paix intérieure et le sentiment mor narcbique du pays^ Avant que la révolution puisse se remettre h FcBuvre, il s'écoulera bien un quart de siècle: c'est Tiptervalle que notre Vésuve emploie à amasser les matières avant d'édaler. Force loi sera d'atlendre une nouveiUe génération. Le parti (pii aura aidé un des Etats italiens i absorber pour lui seul ce qui devait nourrir tout le <M)rps , se verra trop abborré ppur pe pas s'e&rciM' de se faire oublier ou amnistier. Le pays rendu àbijr même ^ les armes tomberont de toutes les mains , et la réactiiw disparaîtra comme les bandits disparur;ent devait Cliiarles III, et le l^gaodage devant Ferdinand ]l^^ h^ réactiw ^Q pr(ViQnça en 1799 contre la république au nom di} roji , ell9 résSfitii 4^ puis 1806 jusqu' à 1810 aux Français pour la cause du roi légitime. Mais, en 1815^ les Autrichiens qui ramenaient le Roi ne rencontrèrent pas la moindre velléité de résistance. Un mouvement
d' intérêt et dé sympathie des esprits ea apparence les pins hostiles entraîna tout le monde vers la restauration. Le Roi rétabli se trouva à cette époque plus aimé de son peuple qu'aucun de ses prédécesseurs', plus qu' il ne Tavait été avant ses malheurs. Comment ce peuple n'accueillerait-il pas un jeune Roi qui reviendrait après avoir traversé toutes les vicissitudes de la fortune; un Roi » une Reine héroïque qui auraient passé de la grandeur et du luxe du palais à une vie de camps , de dangers et d'eiil ? Ce serait un courant d'enthousiasme, car le Roi viendrait délivrer le pays d' un intolérable esclavage , rétablir Y indépendance nationsde et la splendeur de la monarchie sans favoriser aucun parti. Dans cette œuvre glorieuse, mais bien plus difficile que celle de Charles III, qui eut à réformer et non à refaire, le Roi légitime se trouverait naturellement placé dans une situation heureuse pour devenir l'arbitre et le modérateur des partis. Et il a reçu de la nature un heureux caractère et des qualités excellentes pour remplir une tâche si glorieuse. Il serait accueilli comme votre Charles n et comme Louis XYIII , mais il aurait la magnanimité d' Henri IV. C'est une tâche immense que la reconstitution d'une société profondément secouée. Mais c'est sous son sceptre, Milord, qu'on pourrait obtenir l'union du prince avec le peuple , l'alliance de la religion et de la liberté. Par son influence réelle sur les esprits , il pourrait seul faire prévaloir un système qui découlerait de l'histoire et du travail des siècles. Le clergé sauvé de tant de persécutions, le parti royaliste victime d'une si longue oppression, les libéraux modérés bannis de la vie publique , tous se réuniraient autour du trône, parce qu'ils formeraient des courants d'idées qui toutes, répondraient à des besoins réels. Toutes les opinions comprendraient que la monarchie n'aurait pas trop de tous ces éléments pour vivre et pour se consolider après avoir été si terriblement ébranlée par la révolution ; qu'elle ne pourrait tomber qu'au profit du désordre, et que
si Pergama dextra
Defendi possent
ce serait par l'union de tous les partis et de toutes les opinions.
Le Roi légitime pourrait se consacrer sans appréhenrions et ayec moins d'entraxes à la prospérité dn pays , parce que la restauration amènerait arec elle le sentiment de la stabilité. Le commerce, rindostrie reprendraient leur confiance dans l'ayenir, parce qu' ils retrouveraient dans la restauration la paix et la sécurité. L'expérience a guéri, à l'heure qu'il est , les plus crédules ; la révolufion ne les séduirait certes plus.
Le Koi légitime n'aurait aucun prétendant à combattre. Les relations avec l'étranger seradent renouées dès le premier jour : la restauration n'aurait qu'à reprendre ses relations diplomatiques , ses traditions et les traités qui n'auraient été que suspendus. N'étant ni harcelée au dedans, ni suspecte au dehors, elle reposersdt sur les anciennes garanties européennes. L'Europe se serait Tue entraînée trop prés du précipice pour n'être plus en garde contre une ambition conquérante ou contre l'hydre révolutionnaire. Le Roi légitime pourrait cicatriser les plsdes de son malheureux pays sans avoir besoin d'une armée nombreuse qui absorbât les revenus de l'Etat ; de son côté, le pays s'imposerait volontiers toutes les charges possibles pour procurer des ressources à un gouvernement national et avoir une armée nationale. Cette armée serait dévouée au Roi du Vulturne et de Gaête, sans devenir un poids accablant pour l'Etat ou un danger pour le pays. Le Roi légitime seul pourrait, sans hésitation et sans danger, réformer les lois , épurer le personnel , rendre l'administration éclairée , active et probe , s'entourer d'hommes d'expérience et mettre à contribution les lumières de ses sujets. Il pourrait seul adopter un système de réformes et de concessions graduelles qui portersdent leurs fruits en y persévérant jusqu'à la maturité. Après le rétablissement de l'autonomie du royaume de Naples , Y Italie cesserait d'être un foyer de révolution menaçant pour la paix du monde.
Le royaume des Deux-Siciles, Milord, a été frappé dans sa richesse, dans son crédit, dans sa sécurité. Il n'a* joui qu'en songe des avantages dont on l'avait flatté et a perdu les biens réels dont il jouissait. Triste leçon de l'expérience! Âh! sans doute, les
plaies du royaume saigneront encore; le crédit public et le crédit privé sont trop appauvris pour que l'industrie et le conunerce n'en souffrent pas longtemps. Le seul qui puisse guérir les maux du pays est François II , et telle est la confiance du peuple qu il ne laisse passer aucune occasion d'exprimer à son Roi ses vœux et se& espérances. Des Adresses signées par des milliers d'hommes marquants dans les lettres , les sciences , la propriété , le commerce sont chaque année déposées au pied du jeune monarque. La confiance ne repose que sur ce prince qui a montré tant de prudence, de courage et de fermeté aux milieu des troubles , des révolutions et de la guerre. Il n' avait pas songé , vous pouvez m'en croire, Milord, à briguer un rôle dans la politique du monde; il prit le sien des mains de la nécessité , et le temps , qui mûrit les opinions des hommes, confirmera cette opinion.
Rome, le 5 novembre 1863.
A LORD lOBN B188EL, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES,