‹ Lettres neuchâteloisesChapitre 10 sur 48 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

pré, homme sensible et bon, s'étant retiré du service étranger, contracte un mariage un peu tardif. Sa femme ne fait nul effort pour entrer dans les convenances et les habitudes de ce mari déjà mûr : elle s'empresse, au contraire, de tout réformer dans la maison, en fait disparaître les meubles antiques, exile un vénérable portrait de famille, tue le chien Hector, renvoie un vieux serviteur ; bref, sous prétexte de mettre la maison au ton du jour, elle chagrine si cruellement M. Bompré, qu'elle le pousse au suicide : « C'est, conclut amèrement l'auteur, une femme comme, sans doute, il y en a beaucoup, un mari comme il y en a mille, un ménage comme ils sont presque tous. Quand on voudra la paix et le bonheur, ce n'est pas dans la vie des maris et des femmes qu'on ira les chercher. »

Une dame Caillât de Chapeaurouge, habitant Aubonne et dont le mari s'était donné la mort après un an de mariage, se crut visée par l'auteur : elle publia sa justification, étayée de certificats officiels attestant son innocence. M. de Constant déclara dans le Jouimal helvétique n'avoir point songé à la bonne dame. «Personne ne le crut », affirme Madame de Charrière, qui paraît admettre que la veuve Caillât ne s'était point émue sans raison... Ce qui est sûr, c'est que le Mari sentimental et sa contre-partie, Mistriss Henley, occupèrent assez vivement les esprits à Genève, et ailleurs dans la Suisse française. La question du mariage est de celles qui passionnent toujours les hommes, par quoi je veux dire surtout les femmes...

Que signifie au juste Mistriss Henley, ce « très petit ouvrage », comme l'appelle négligemment l'auteur ? Elle nous le dit dès le début : tout mari sera porté à se

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