PREFACE XV
Les Lettres neuchdteloises avaient paru au commencement de 1784. Elles furent suivies de fort près par l'autre petit roman, dont l'auteur parle ainsi dans la lettre, déjà citée, à son ami de Hollande :
«J'étais allée à Genève, après avoir donné à un imprimeur bourreaudeur de Lausanne les Lettres neiichâteloises, et je dus les faire réimprimer '. Le Mari sentimental occupait les Genevois. Une femme dont le mari venait de se tuer jetait les hauts cris ; l'auteur déclara n'avoir pas pensé à elle ni à son mari ; personne ne le crut, mais la dame se calma. J'écrivis Mrs Henley, qui causa un schisme dans la société de Genève, Tous les maris étaient pour Monsieur Henley; beaucoup de femmes pour Madame ; et les jeunes filles n'osaient dire ce qu'elles en pensaient. Jamais personnages fictifs n'eurent autant l'air d'être existants, et l'on me demandait des explications, comme si je les eusse connus ailleurs que sur mon papier. J'ai entendu des gens très polis se dire des injures à leur sujet. J'en fus quelquefois embarrassée... »
Ceux qui ont lu notre livre : Madame de Charrier e et ses amis, n'ont pas besoin que nous leur expliquions cette page. Le Mari sentimental, roman de Samuel de Constant, avait fait quelque bruit. Si le style en est médiocre, la donnée en est originale. Un certain ^\. Bom-
* Cette phrase est d'une rédaction négligée et peu claire ; lauteur veut dire qu'elle se rendit à Genève pour faire réimprimer les Lettres neuchdteloises, dont la première édition, publiée à Lausanne, était pleine de fautes. La seconde est, en effet, beaucoup plus correcte ; c'est la seule qu'elle ait avouée. — Quant au mot bourreauder (faire œuvre de bourreau), c'est un verbe dont on use couramment à Neuchâtel ; M""' de Charrière, qui aimait les mots locaux, avait adopté celui-ci. et son dérivé bourreaudeur.