‹ Lettres neuchâteloisesChapitre 12 sur 48 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

Est-ce même un roman ? C'est la confession — très sentie — d'une femme qui décrit tout ensemble la déception qu'elle ressent et celle dont elle est la cause. M. Henley, homme « calme et doux » (tel M. de Charrière), mesuré dans toutes ses paroles, réfléchi dans tous ses actes, est un sage que jamais sa sagesse n'abandonne : c'est là précisément ce qui exaspère à la longue cette créature de sensibilité vive et passionnée qu'est M" Henley. En épousant ce veuf qui désirait donner une mère à sa fille, elle a cru mettre dans cette union toutes les chances favorables. Elle était si sincèrement résolue à donner tout ce qui est en elle! Et voici que cet élan même de son cœur généreux vient se briser dès le premier jour contre la froide raison du mari ! Bientôt, la jeune femme s'énerve, s'affole de n'être pas mieux comprise ; elle cède à sa vivacité naturelle, laisse échapper des mots trop sincères, dont M. Henley, toujours maître de lui, sourit avec une indulgence plus insupportable que la colère ; elle a des boutades suivies de crises de larmes, qui lui donnent l'apparence d'un enfant gâté. Le malentendu s'aggrave de jour en jour, et la grossesse de M" Henley n'est pas pour y porter remède...

Mais là s'arrêtent les confidences de l'épouse désemparée. Qu'adviendra-t-il ? Saura-t-elle devenir raisonnable et heureuse ? Nous n'en savons rien ; l'auteur ne tient pas à nous dire comment ses histoires finissent ; il lui suffit d'avoir éveillé notre réflexion et mis en activité notre pensée.

Chacun, à Neuchàtel, reconnut dans les époux Henley Monsieur et Madame de Charrière. On estima généralement que celle-ci, en se peignant, n'avait eu garde de se flatter. Une amie lui écrivait: « Madame,

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