VIII PREFACE
dent que, dans la société d'Utrecht et de La Haye, on fit soigneusement disparaître une brochure qui causait une sorte de scandale: cela seul peut expliquer qu'aucun exemplaire de ce conte subversif ne soit parvenu jusqu'à nous. L'auteur en possédait un à Colombier, et le prêtait assez volontiers à ses amis neuchâtelois ; mais celui-là aussi a disparu, nous ignorons comment.
Aujourd'hui, cette boutade contre la noblesse nous paraît anodine. Elle l'était moins en 1763, dans le monde un peu gourmé où vivait Belle de Zuylen. Sa réputation d'enfant terrible, de jeune fille émancipée, ingouvernable, impossible à marier, date surtout du Noble.
Elle l'écrivit et le publia, sans nom d'auteur, vers la fin de 1763. Elle fit alors un séjour à La Haye : « Je m'y suis très bien amusée, écrit-elle, le 10 janvier 1764, à Constant d'Hermenches ; les femmes les plus aimables m'ont très bien reçue. Les hommes, vous savez que je ne suis point mal avec eux. On m'a beaucoup demandé si j'avais écrit le Noble : j'ai dit non aux uns, et oui aux autres, mais en confidence. Je veux que cela soit toujours un soupçon dans le public, mais point une certitude. Vous l'avez lu sans doute, sinon il faut le lire. La Sarraz [un ami de d'Hermenches] me disait: « Je vou- « drais l'avoir écrit. » Cela se peut bien ; mais pour l'auteur qu'il a, il y règne un air trop libre ».
D'Hermenches, qui ne connaissait pas le Noble, reprocha à sa jeune amie de ne lui en avoir pas fait confidence. Elle réplique: « Je vous assure que j'ai plutôt oublié de vous en parler que je n'ai voulu vous en faire un mystère. C'est un badinage dont l'auteur ne devait pas être connu. Vous verrez que ce petit