‹ Lettres neuchâteloisesChapitre 3 sur 48 · livre ne m'a pas plus coûté qu'une douzaine de lettres · texte numérisé non relu

livre ne m'a pas plus coûté qu'une douzaine de lettres

Prenons le Xoble pour ce qu'il est: le « badinage » d'une jeune fille de vingt-trois ans, qui ne sait que faire de son esprit et n'a d'autre ressource contre l'ennui du manoir paternel que de s'égayer des ridicules de son monde. C'est une simple esquisse, où il ne faut point chercher une sérieuse étude de caractères, mais qui nous divertit encore par la gaîté narquoise qui s'y donne libre cours. L'histoire de Julie et de son amant est aussi invraisemblable que les petits contes philosophiques de Voltaire; l'auteur ne se pique nullement de peindre la vie réelle: elle fait de la satire ; le récit n'est qu'un prétexte à décocher des épigrammes. Il y en a de fort piquantes, tout à fait dignes de celle qui, à seize ans, définissait ainsi la noblesse : « C'est le droit de chasser. » Mais ce qu'il faut admirer surtout, c'est la vive allure de cette prose, dont l'ironie légère et détachée égratigne en passant, et qui rappelle si bien le ton de Lesage, d'Hamilton, du Voltaire de Zadig. Tels sont en effet les maîtres qui ont enseigné l'art d'écrire à Belle de Zuylen.

Mais lorsque, un jour, s'élevant plus haut que le conte satirique, elle entreprendra d'observer la réalité familière, de tracer des caractères et de peindre des sentiments, c'est à un autre maître qu'elle empruntera ses secrets : dans les Lettres neiichâteloises elle se révèle disciple de .Marivaux. Nous savons combien elle goûtait les fines analyses morales de Marianne. Ce roman — trop négligé de nos jours — la charmait encore par celte vérité du détail et du cadre, qui ne se rencontre guère ailleurs à cette époque, et que Madame

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