X PREFACE
de Charrière a su mettre, elle aussi, dans l'attachante histoire de M'" de la Prise.
Recueillons les confidences qu'elle nous a faites sur la composition de ce petit chef-d'œuvre. Nous les trouvons dans une lettre écrite à un ami hollandais, M. TcCts d'Amerongen ^ :
« Vous me faites rire en me parlant de mes ouvrages. La belle collection à faire! J'essaierai pourtant de me rappeler tout ce qui ne sera pas trop indigne d'attention.
« Je vous ai parlé du Noble : l'ennui fut alors ma muse, si toutefois il est question de muses pour l'invention d'un mauvais petit roman. Longtemps après, un autre ennui, ou plutôt le chagrin et le désir de me distraire me firent écrire les Lettres neuchâteloises. Je venais de voir dans Sara Burgerhart (roman hollandais) qu'en peignant des lieux et des mœurs que l'on connaît bien, l'on donne à des personnages fictifs une réalité précieuse. Le titre de mon petit livre fit grand peur ; on craignit d'y trouver des portraits et des anecdotes. Quand on vit que ce n'était pas cela, on prétendit n'y rien trouver d'intéressant. Mais ne peignant personne, on peint tout le monde. Cela doit être, et je n'y avais pas pensé. Quand on peint de fantaisie, mais avec vérité, un troupeau de moutons, chaque mouton y trouve son portrait, ou du moins le portrait de son voisin. C'est ce qui arriva aux Neuchâtelois, et ils se fâchèrent. Je voudrais pouvoir vous envoyer l'extrait que fit de mes lettres M. le ministre Chaillet dans son journal; il est flatteur et joli. L'on m'écrivit une lettre anonyme très fâcheuse. L'on dit de très bonnes bêtises. Mademoiselle ** dit que tout le monde pouvait faire un
' Nous l'avons publiée dans le Journal de Genève du 14 mai 1906.