‹ Lettres neuchâteloisesChapitre 30 sur 48 · SEIZIEME LETTRE · texte numérisé non relu

SEIZIEME LETTRE

A la même.

A Neuchâtel, ce janvier 178..

Je ne puis attendre ta réponse. Ma dernière lettre était si extraordinaire et si folle, qu'il faut que je t'en fasse l'apologie. Ou bien je t'en ferai des excuses, car, d'apologie, il n'y en a point à faire. Je suis revenue à mon bon sens ; mais j'en suis presque fâchée : car ces quatre ou cinq jours de folie étaient charmants. Tout ce que je faisais m'amusait : mon clavecin, ma harpe étaient toute autre chose qu'une harpe et un clavecin ; ils avaient vie : je parlais, et on me répondait par eux. Ma tête s'est remise, et il ne m'est resté qu'une curiosité assez naturelle de savoir si M. Meyer est aussi bon, aussi honnête qu'il en a l'air ; s'il a du sens, s'il est aimable : c'est ce que nous verrons et je te le dirai. Ne crains point que je fasse ni que je dise de folie : tu sais bien que j'ai toujours eu des moments

d'extravagance, et qu'il n'en est rien arrivé de bien fâcheux ; je crois que c'est la grande liberté que m'a laissée mon père, et aussi la grande liberté de ses discours, qui m'ont empêchée d'avoir la réserve et la timidité qui te siéent si bien. Adieu ; conservemoi ton indulgence, et crois que je ne la mettrai pas à de trop grandes épreuves.

M. DE LA Prise.

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