‹ Lettres neuchâteloisesChapitre 5 sur 48 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

pareil livre. « Essayez », lui dit son père. L'on pensa que j'avais voulu peindre de mes parents, mais cela ne leur ressemble pas du tout. C'est pour dépayser. Les Genevois me jugèrent avec plus d'esprit; pas tout le monde. Une femme très spirituelle, très genevoise, dit à une autre : « On dit que c'est tant bête, mais cela m'amuse. * Ce mot me plut extrêmement. »

Nous avons raconté dans notre biographie de Madame de Charrière le bruit que firent les Lettres neuchâteloises, dans la petite ville où chacun prétendait reconnaître les divers personnages mis en scène. L'auteur a sûrement peint d'après nature son héroïne, qui ressemble fort à la charmante Julie de Mézerac ; elle a dû voir de près la petite «tailleuse» dont elle note d'une façon si amusante les allures et le langage. En cet original appelé le Caustique, les contemporains reconnurent à bon droit le très spirituel monsieur de Marval, avec qui Madame de Charrière entretenait alors des relations suivies. Nous avons loué la savoureuse peinture des mœurs neuchâteloises, peinture si juste, qu'aujourd'hui encore on peut distinguer, chez les petits-fils de ceux qui ont servi de modèle à l'auteur, les qualités, les défauts et les ridicules qu'elle a gentiment notés au vol.

Mais, pour le lecteur d'aujourd'hui, cela importe moins que certains mérites plus durables ; l'œuvre, après plus d'un siècle, conserve l'aimable fraîcheur de son coloris, et semble palpiter encore des sentiments fiers et délicats qui l'ont inspirée. Les Lettres neuchâteloises se reliront toujours; leur charme est impérissable : il pénètre le lecteur d'aujourd'hui, qui a lu pourtant nombre de pages plus dramatiques et plus violentes.

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