QUATRIÈME PARTIE
LE l'KRE HEKRI-DOMINIQUE LACORDAIRE
DES FRERES PRECHEURS
« Heureux (/ui snne le bien et le vrai, la moisson ne lui manquera pas. »
Avant de commencer son noviciat de frère prêcheur, Lacordaire quitta Rome, revint en France et voulut s'arrêtera Dijon, oii le rappelaient ses souvenirs les plus cliers.
Ladey se proposa de lui donner l'illusion de leur jeunesse en groupant autour de lui les amis dont l'absence, le temps et la mort avaient respecté la fidélité et le nombre. A son appel, Théophile Foisset quitta sa maison des champs et Boissard, non moins empressé, sortit de ses Ibrèls jurassiennes. Quant à Lorain, il fut ravi de joie.
Mais le plus heureux, le plus ému, sinon le plus démonstratif, fut assurément Victor La- l, dey. Au deuil qui suivit la mort encore récente d'un père qu'il avait beaucoup aimé, succédait un bonheur longtemps attendu, l'idéal réalisé d'un foyer plein de charme. M"" Ladey avait dix-huit ans ; si elle souriait au projet qui réjouissait son mari, si elle attendait pour les réunir à sa table Lacordaire, Foisset, Larain et Boissard, la renommée du célèbre i)ré- (licaleur la troublait un peu.
iMais en sa présence, celte impression fit place à un contentement profond. A sa dignité de personne et de caractère, Lacordaire unissait quelque chose d'affable, de très cordial, plus marqué encore à cette courte halte sous le toit d'un ami. N'entrait-il pas dans une vie plus austère, très détachée, moins ouverte aux épanchements de l'amitié.
L'œuvre considérable qu'il allait entreprendre lui paraissait plus considérable encore^ 1res difficile, à mesure qu'il avançait vers son achèvement et sa consolidation. Aussi cette réunion avec ses premiers amis lui semblait être la dernière joie, le dernier repos permis à sa maturité, et comme le testament d'un cœur qui se donne tout entier avant ses renoncements définitifs.
Lacordaire à Lorain, à Dijon
I Paris, 28 novembre 1838.
(( Mon cher ami,
« Je suis plongé jusqu'au cou dans mes frères prêcheurs. Tout va admirablement de tous côtés. J'ai eu hier une conversation avec le garde des sceaux et je suis fondé à croire que le Gouvernement nous tolérera. Je travaille à un Mémoire qui paraîtra avant mon départ, et qui, je crois, fera notre position bonne dans l'opinion.
« Et ton mariage? Il est évident qu'il faudra le concours des trois pouvoirs pour te marier, et qu'à moins d'une loi tu resteras sans lien. Adieu, vilain célibataire. J'espère bien que tu en seras puni à moins que lu ne le fasses dominicain. C'ost une ressource. Adieu. .Mille compliments à Ladey et mes hommages respectueux à sa femme.