‹ Lettres obstétricalesChapitre 11 sur 29 · SIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIÈME LETTRE

SoMMiiRE : Description de llarbonrg. — collègues.— Excellente institution d’at très-exiguë, pourvue d’une riche collection de b.......... ... - —

truments. - Activité et amour du travail chez les etu&anfs. Grande sociabUité parmi les habitants de toutes les classes. — Mes études et mes lectures publiques. — Voyage à Heidelberg en 1830, pour taire la connaissance de Nægelé. — Traits caractéristiques de la personnalité de cet homme extraordinaire — Travaux littéraires. — Publication de Solayrès de Renhac. - Voyage à Paris et en Normandie en automne 1831. — Appel à Gœttingue en novembre 1832. — Je quitte Marbourg en 1833.

Gœttingue, le 8 août 1861.

Nous fûmes bien désagréablement impressionnés, ma femme et moi, de la différence qui existe entre la ville de Berlin, cité grandiose, et la petite ville de Marbourg, si mal bâtie. Nous en souffrîmes surtout les premiers jours, n’y connaissant personne, et étant préoccupés de la recherche d’un logement. Nous ne restâmes cependant pas trop longtemps sans en trouver un, qui laissait toutefois beaucoup à désirer à des gens habitués à un certain comfort. Je vois encore la figure consternée de ma femme lorsqu’elle m’annonça un jour qu’elle avait été obligée de faire couper la belle glace apportée par nous de Berlin,, parce

qu’elle était trop grande pour son appartement. En revanche, les délicieux environs de Marbourg nous indemnisaient de la laideur de cette ville escarpée, renfermant une quantité considérable de maisons en torchis, qui ressemblent à des nids d’hirondelles collés aux flancs de la montagne autour de laquelle s’étend Marbourg. Néanmoins, de chaque maison on jouit d’une vue magnifique. Nous trouvâmes surtout une grande compensation dans l’amabilité des habitants, qui nous accueillirent avec la plus sincère cordialité. Je fus pour ma part bien sensible à l’amicale réception de mes collègues, et j’estimai à sa juste valeur ce qui avait été fait avant moi comme excellente organisation dans l’institution. J’eus, à la vérité, à regretter de ne pas trouver dans l’établissement même, ou à proximité, un lopment pour moi ; mais à cette époque j’étais jeune, je jouissais d’une santé robuste et ne redoutais pas les sorties de nuit pour aller à mon devoir. Il y avait d’ailleurs un assistant logé dans la maison, qui pouvait me suppléer dans les cas extraordinaires. L’institut possédait une très-belle collection dîQS-trumenls à la formation de laquelle Stein l’aine avait déjà travaillé, puis une collection très-interessanie de bassins. J’avais apporté moi-même de Berlin non-seulement des instruments et des bassins, mais encore de nombreuses préparations d’ovules, d’œufs, d’embryons, de monstres, de môles, de parties sexuelles; le tout bien conserve dans de l’esprit de vin. Je possédai ainsi reuni pour mes leçons et mes démonstrations un materiel précieux, comme il ne s’en trouvait guère que dans les plus giands établissements.

Le 21 octobre 1829, je commençai ma clinique d’accouchements avec 2S élèves. Je fis un cours d’opérations obstétricales sur le mannequin, et un autre sur la médecine légale, qui, à Marbourg, était réunie à la chaire d’accouchement. Le cours de médecine légale me causait toujours le plus grand plaisir, et je ne le confiai jamais à d’autres. Plus lard, à Gœltingue, je le trouvai aussi réuni au professorat d’accouchement. Je réussis bien vite à m’attirer la confiance de mes auditeurs marbourgeois, auxquels je ne rends que justice en disant qu’ils se distinguaient par un grand zèle et un goût scientifique très-prononcé. Il se forma, pour ces motifs, entre le maître et les élèves des rapports très-intimes et tout de confiance, et je suis persuadé que tous mes anciens élèves marbourgeois pensent à moi avec les mêmes sentiments de dévouement et d’amitié que j’éprouve en pensant à eux. Du reste, comme je l’ai déjà dit, l’existence était des plus heureuses à Marbourg. Il régnait une grande sociabilité dans toutes les classes d’habitants, le ton y était naturel, personne ne songeait à primer. Les professeurs de l’Université, les membres du barreau et les militaires formaient une seule grande société, et on se voyait presque chaque soir dans une de ces réunions familières à laquelle on avait été invité soit chez un des membres, ou bien dans un lieu public. Cette manière de vivre me plaisait beaucoup, ainsi qu’à ma femme, et nous ne manquions à aucune de ces réunions. De petits voyages à Francfort-sur-le-Mein ou à Cassel, pendant les vacances de Noël et de Pâques, suffirent pour varier une existence qui, à la longue, eût pu devenir monotone.

Il ne me fallut qu’un semestre pour être tout à fait habitué à ma nouvelle position. J’étais dans les meilleurs termes avec mes collègues et je remplissais fidèlement les devoirs de ma charge, à laquelle était venue s’ajouter, outre la médecine légale, l’inslruction des sages-femmes. Je ne laissai pas chômer non plus le travail de cabinet. J’étudiais principalement les manuels d’Osiander, de Boër, de Joerg, de Stein le jeune, afin d’être au courant de toutes les opinions et de modifier les miennes suivant que j’acquerrais de nouvelles convictions; car je devais faire, pendant le semestre d’élé, un cours théorique d’accouchement; telle était l’habitude de Marbourg. Je m’y préparai solidement pendant mes vacances, ce qui était d’autant plus nécessaire que ce cours devait occuper dix à douze heures par semaine. Mes notes de Berlin n’étaient pas arrangées en conséquence; il fallut les compléter pour pouvoir remplir le temps réglementaire. J’y ajoutai des notes historiques, dont je fis usage plus tard pour mes travaux littéraires. De plus, il était d’usage à Marbourg que les professeurs fissent des cours poulie public. Je choisis pour sujet du cours du scmeslred’été les maladies des nouvelles accouchées, et pour cela je fus obligé de composer un cahier spécial. Que de travaux pour le début de ce semestre 1 Je ne négligeai pas non plus d’assister autant que cela m’était possible aux accouchements qui avaient lieu à la Clinique, et m’appliquai surtout à bien étudier l’accouchement naturel et à soumettre à un examen scrupuleux le mécanisme de la parturitioa, après avoir relu à plusieurs reprises le classique Mémoire de Nægelé.

Ce travail fit naître en moi le désir de faire la connaissance personnelle de cet éminent ac^ucheur Je mis ce projet à execution pendant les fêtes de la Pentecôte en 1830; je fus accompagné dans ce voyage par un de mes élèves favoris, aujourd’hui médecin-physicien de la ville de Marhourg, le docteur Stadler. Ce fut avec un grand enthousiasme que je vis pour la première fois cette route de la montagne (Bergstrasse), et la situation charmante de la ville de Heidelberg et de son romantique château. Toutes ces beautés ont été si souvent et si bien décrites que je n’en parlerai pas davantage, à vous surtout qui connaissez Heidelbere. Qu’il vous suffise donc d’apprendre que pendant notre court séjour qui a duré six jours, nous fîmes journellement l’ascension du Schlossberg et une série d’excursions dans les environs. Notre voyage avait pour but de faire une visite au coryphée de l’art des accouchements. Dès le lendemain de notre arrivée nous nous transportâmes chez l’illustre Nægelé. Il nous reçut trèsbien, et comme il était sur le point de se rendre à la campagne avec un de ses élèves pour visiter une malade, il nous invita à l’accompagner dans cette excursion, qui devait nous montrer un des plus beaux sites des environs de Heidelberg. A peine fûmes-nous sortis de la ville que Nægelé mit la conversation sur les accouchements. Il s’adressa tout d’abord à mon compagnon de voyage et élève Stadler, et entreprit avec lui un examen approfondi sur divers points de l’art, absolument comme s’il avait voulu lui faire subir l’examen ngorosum. Je compris parfaitement où le rusé compère voulait en venir : l’examen me concer-

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nait. Il développa dans cet entretien ses idées sur le bassin, sur le mécanisme de l’accouchement spontané et sur d’autres branches encore. Chaque fois que mon élève lui faisait des réponses évasives ou en désaccord avec ses principes (réponses qu’il avait naturellement apprises de moi), il s’erciait ; « Comment pouvez-vous avancer cela en présence de deux professeurs d’accoucheîoent !...»

On s’enfonça tellement dans la science obstétricale que la vue de cette belle contrée (nous parcourions la vallée de Neckarsteinach) fut perdue pour nous. Nægelé vivait surtout pour sa spécialité, et toutes ses préoccupations s*y rattachaient sans cesse. Ainsi, quelques années plus tard, me trouvant avec lui au théâtre de Mannheim, où l’on jouait Fideüo, tandis que J’écoutais religieusement la voix magique de la célébré Schrœiler-Devrient dans la scène du cachot, nioment où cette cantatrice entraînait tout son auditoire, Nægelé, qui était assis à mes côtés, s ecria :

« Très-bien! très-bien!... » Mais tout aussitôt U ajouta plus bas : « Mon ami,croyez-vous veritable- « ment que la tête de l’enfant puisse jamais, dans O l’accouchement, se placer directement dans le « diamètre antéro-postérieur de l’entree liu^as- « sin’ » Avec cela il possédait une telle facilite d elocution qu’on l’écoutait avec bonheur, soit qu i traitât des choses ordinaires de la vie, soit qu touchât à des sujets scientifiques; aussi, dans ses lectures publiques et dans ses cours d abouchement, il entraînait irrésistiblement ses eleves par son esprit critique et pétillant; et il navait pa^ l’habitude de le ménager. H ne détestait rien au-dessus d’un discours ennuyeux. En me par-

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lant un jour d’un de ses collègues : ce Tenez, s’écria-t-il, cet homme vient dans la matière médicale immédiatement après Topium...-il possède en lui au plus haut degré le principe narcotique! » Il aimait à relever sur-le-champ la plus légère faute de langage,comme le plus léger lapsus linguæ. J’étais présent lorsqu’un jour un de ses collègues l’invitait à venir voir un beau cas d’%-

perexostose du fémur.Nægelé répéta avec une

certaine accentuation: «Un cas d’hyper...exostose du fémur?... Bien... bien... j’irai. » Mais à peine le collègue était-il sorti que le grand savant, s’adressant à moi: «...Dites-moi, ce n’est donc point assez d’une exostose, pourquoi donc faut-il une hyperexostose?... » Mon honorable collègue Henlé me racontait un jour que Nægelé, auquel il avait offert un exemplaire de son ouvrage de pathologie générale (1), l’avait vivement complimenté sur ce qu’il avait omis un s dans un adjectif, qui devait s’écrire non avec deux s mais avec un seul. La chose la plus insignifiante lui fournissait l’occasion de faire briller son esprit. En voici encore un exemple. Peu après mon arrivée à Heidelberg, Nægelé eut l’obligeance de me faire visiter son établissement d’accouchement. 11 me fit voir aussi sa collection d’instruments. « Vous reconnaissez bien ce forceps, me dit-il en m’exhibant un exemplaire du forceps Siebold (lequel exemplaire était, par parenthèse, fort mal exécuté sous plusieurs rapports). — Cela ne doit-il pas être le forceps de

(1) Henlé. Eandbuch der ratimellm Pathologie. Band 1, Eîoleitung und allgem. Theil. Braunschweig,

mon père? » lui dis-je. En même temps je lui fis remarquer combien on s’élait éloigné de'l’original. Nægelé déposa l’instruinent en ajoutant ; Vdus faites bien de me dire cela. J’eus à peine quitté Heidelberg qu’il raconta dans une de ses leçons, que nous avions en ce moment une telle quantité de forceps, que le fils d’un accoucheur renommé, lui-même professeur d’accouchement, n’avait pas reconnu l’instrument inventé par son père ! Combien d’historiettes de ce genre ne pourrais-je pas vous raconter encore! mais celles que je vous ai communiquées vous suffiront pour caractériser le savant qui a tant fait pour l’art obstétrical, que son nom ne sera jamais oublié aussi longtemps que la science existera. Pendant les quelques jours que je passai à Heidelberg, je jouis tous tes soirs de la société de cet homme aimable. Avec quelle assiduité j’écoutais ses communications! Il trouvait toujours moyen de parler de feu son ami Wigand. J’aimais surtout ses remarques littéraires et historiques, ou ses panégyriques sur le vieux Deventer; sur Rœderer, de Gœttingus, qu’il estimait au-dessus de tous. Il me [)arla aussi du français Solayrès de Renhac, qui fut le maître de Baudelocque,ei qui est mort si jeune; de JBoèr, devienne; de l’excellente madame Lachapelle, etc.

Enfin il fallut se quitter. J’acceptai avec empressement l’invitation amicale de revenir bieutôt. Pour y répondre, je fis en 1831 deux fois le voj'age d’Heidelberg. Une active correspondance s’établit entre Nægelé et jmoi. En 1848 je renouvelai ma visite. Ce fut la dernière fois que je le vis. 11 mourut le 21 janvier l8ol, dans sa 74® année.

De retour à Marbourg, je me remis à mes occu-

nations avec une nouvelle ardeur. J’avais rapporté de Heidelberg, et notamment de l’examen qu’avait subi mon élève, matière à réflexion. Le livre élémentaire de Nægelé, à l’usage des sagesfemmes, venait de paraître (1); je l’avais emporté avec moi, et, comme il contenait les principales opinions de l’auteur et que, par l’ordonnance des matières qu’il renfermait, il était parfaitement propre à servir de base à l’enseignement supérieur, je l’étudiai soigneusement. Une étude en amenait une autre. Je relus avec empressement Wigand, les écrits de madame Lachapelle (2),ceux du fameux accoucheur W.-J. Schmitt, de Vienne (3), et par là j’acquis des connaissances nouvelles. C’est ainsi que se développa en moi cette prédilection particulière pour le côté littéraire et historique de la science auquel je me vouai si activement plus tard. La publication de la thè'-’e de Solayrès de Renhac, intitulée : « De partu viribus maternis absoluto (4), » fut la conséquence de mon excursion à Heidelberg. Celte thèse était si rare qu’il fallut toute la persévérance de Nægelé pour la faire connaître et apprécier. Le bibliothécaire en

(1) Nægelé, Lehrbuch der Geburtshülf'e, qui a eu 8 éditions et a été traduit deux fois en français.

(2) M“e Lachapelle. Pratique des accouchements ou Mémoires et observations choisies sur les points les plus importants de cet art. Paris, 1825.

(3) W. J. Schmitt, Gesammelte obstetricische Schrif- /e». Wien, 1820.

C4) Solayrès de Renhac, Commentafio de partu viribus maternis absoluto. Quam denuo edidit nec non præfaiione et annotationibus instrnxil E. C. J. de Siebold. Berolini, 1831. *

chef de Gœltingue, M. Reuss, homme du plas grand mérite, était parvenu à me déterrer un exemplaire à Paris. On ne pouvait obtenir celui que Nægelé avait en mains, parce qu’il était toujours lui-même préoccupé de sa réimpression.

Dans mes entretiens avec lui, il fut souvent question de Solayrès, mais comme il différait de rééditer sa thèse, je l’entrepris moi-même en 183i, en y ajoutant un commentaire latin. Plus tard, je fis à Marbourg et à Gœttingue des commentaires verbaux sur cet auteur. Je publiai encore pendant mon séjour à Marbourg une nouvelle édition du Manuel des sages-femmes de mon père, la cinquième, qui a paru à Wurtzbourg en 1831. Pour célébrer la cinquantième année de doctorat du doyen de la Faculté de Marbourg, J.-D. Busch, je publiai le programme suivant ; Nexum jurisprudentiam int£r etmedicinam exhibens. Marbourg, 1831, in-4°. Malgré tous ces travaux, je ne négligeai point mon journal, dans lequel j’insérai maint travail sur des faits pratiques d’obstétricie, etc.

Pendant les vacances do 1831, je me décidai à visiter Paris. J’avais toujours déploré de n’avoir pas pu, comme c’était l’usage, après la terminaison de mes études académiques, entreprendre des voyages scientifiques. Cette lacune devait être remplie, et pour commencer je visitai tout d’abord la capitale de la France. Comme nous n’avions pas encore d’enfants à cette époque, ma femme fut mon compagnon de voyage. Pendant un séjour de six semaines, j’eus le loisir d’étudier cette grande ville sous tous les rapports. Je visitai fréquemment les hôpitaux et fis la connaissance des hommes les plus célèbres, en assistant à leurs

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cours.Parmi ces célébrités, je citerai; Dupuytreu,. Lisfranc, Yelpeao, Louis, Bresehet, Andral, Alibert, Esquirol, Cruveilhier, Ricord, Civiale. Pour ma spécialité, j’eus des relations suivies avec le respectable Deneux, les deux neveux de Baudelocque, dont l’un est l’inventeur du Céphalotribe ; avec Maygrier, madame Boivin, l’aimable Dugès, de Montpellier, qui était justement à Paris. Deneux surtout me paraissait un homme très-bien élevé et très-instruit ; il possédait une bibliothèque remarquable qui contenait une quantité d’ouvrages rares. Le possesseur de cos trésors m’en accorda l’usage avec la plus grande générosité; il me permit même d’emporter des livres, aussi dois-je à sa bienveillance de connaître bien des raretés de la littérature française. Je ne dois pas oublier Alex, de Humboldt, qui se trouvait aussi à Paris à cette époque. Je lui fis ma visite, et, grâce à ses recommandations, je vis tout ce que la capitale renfermait de curieux. Cela n’était pas toujours facile aux étrangers.

Par contre, je fus peu satisfait de l’état des choses concernant ma spécialité à Paris. Je fus très-désagréablement impressionné par les affiches placardées à tous les coins des rues et annonçant des cours d’accouchement par tel ou tel professeur. J’avais été très-froidement reçu par les Français auxquels je me présentais comme professeur d’accouchement en Allemagne, jusqu’à ce qu’un de mes amis me conseilla de m’annoncer en qualité de professeur de la Faculté de médecine de Marbourg. Dès lors je fus généralement accueilli avec bienveillance. Cela se comprend. A Paris tout le monde est professeur. 11 y a des professeurs

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de dause^ d’escrime, d’écriture et des professeurs pour les chiens. J’en ai rencontré de ces derniers sur le pont Neuf, où ils stationnaient avec leurs élèves qu’ils mettaient en vente après les avoir éduqués. A cette époque, Paris n’avait pas encore d’établissement public où les étudiants en médecine pussent aller étudier les accoucbements. Ce fut Paul Dubois qui, en 1835, organisa le premier l’instruction pratique. Jusque-là la pratique s’apprenait dans des salles dites d’accouchement, où des femmes pauvres prêtes à devenir mères étaient amenées par des sages-femmes. Aussitôt après leur délivrance, on les*emmenait. Même des sagesfemmes annonçaient par des enseignes, des écriteaux, des écussons, qu’elles tenaient des cours d’accouchement à l’usage des étudiants. J’ai copié une de ces annonces qui m’avait frappé. Elle était ainsi conçue :

« MAD.4ME DUTILLEQX, maîtresse sage-femme t jurée, reçue par la Faculté de médecine de Pa- « ris, enseignant avec autorisation depuis nom- « bre d’années la chirurgie des accouchements * pour Messieurs les Elèves en médecine, tant na- « tionaux qu’étrangers, continue ses cours jour- « naliers de théorie et de pratique pendant toute « l’annéescolaire.MadameDutilieux continue aussi » de recevoir comme pensionnaires les dames en- » ceintes à toutes les époques de la grossesse. Elle U est visible tous les jours dans son cabinet, rue « du Paon, n° 2, depuis dix heures du matin « jusqu’à une heure. » A ma question pourquoi on manquait d’un établissement aussi nécessaire aux étudiants, sans lequel toutes les leçons ne pouvaient être que théoriques.on me

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répondit à différentes reprises : * C’est contre la moralité! • La moralité et Paris!... Grâce aux efforts de Paul Dubois, cette lacune est maintenant comblée. Par contre, je vis le grandiose établissement de la Maternité, consacré spécialement à l’instruction des sages-femmes; mais là même je ne parvins à pénétrer qu’avec peine et seulement après avoir décliné à la sage-femme en chef, madame Legrand, mes titres de professeur de Faculté et de directeur d’un établissement d’accouchement, et encore ne m’accorda-t-on qu’une inspection très-superficielle, ce qui m’engagea à prier Cruveilhier, alors médecin de l’établissement, de me permettre de l’accompagner dans sa visite quotidienne, ce à quoi il consentit avec beaucoup de bonté.

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’outre ces occupations scientifiques, je ne négligeai rien pour connaître la vie de Paris en général; que jevisilai' tout ce qu’il y avait de remarquable à voir ; que je üs des excursions à Versailles,Meudon, Sèvres, Saint-Cloud,Vincennes, etc., etc. Mon compagnon fidèle dans les hôpitaux, comme dans les parties de plaisir, fut le docteur Cohen, de Hanovre, dont je fis la connaissance à Paris, aujourd’hui conseiller médical et praticien très-occupé. Je passai une semaine entière dans la belle Normandie, à Rouen, et surtout au Havre. Dans notre voyage de retour, nous consacrâmes quelques jours à Strasbourg. J’y fis la connaissance de Flamant, de l’aimable Stoltz et d’Ehrmann; je visitai l’ancien établissement d’accouchement, le premier de tous ceux qui furent fondés sur le sol allemand — et pourquoi ne considérerions - nous pas l’Alsace

LETTRE TJ.

comme une province allemande?. J’admirai

surtout le riche musée d’anatomie de cette ville. Je revins par Heidelberg, où je revis Naegelé, auquel je rendis compte de mon voyage, et de là nous nous dirigeâmes vers VAlma Philippina pour y reprendre les occupations ordinaires.

Mon amour pour les anciens auteurs classiques ne s’était pas le moins du monde amoindri pendant mon séjour à Marbourg. Pour me délasser, je relisais l’un on l’autre des anciens auteurs. Je suivis môme pendant le semestre d’été i832 les leçons sur les satires de Perse du professeur K. Fr. Hermann, qui venait de quitter Heidelberg pour se fixer à Marbourg en qualité de professeur de philologie et qui devint un de mes meilleurs amis. A cette même époque, je fréquentai les cours de mon collègue Rehm, sur l’histoire ancienne.

En 1832, je fus élu par mes collègues Prwecteur de l’Université pour un an. Cette charge ne me sourit que médiocrement, quoique le prorecteur de Marbourg jouît d’une indépendance assez grande, parce qu’il en résultait pour moi un surcroît d’occupations. Rien ne pouvait donc m’arriver plus à propos que ma nomination, à Gœttingue, en qualité de professeur de médecine et d’accouchement, de directeur de la Clinique et de l’école d’accouchement des sages-femmes, que je reçus en novembre 1832 ; car abstraction faite de la réalisation de mon vœu le plus cher d’être un jour professeur à Goettingue, abstraction faite que le nouveau cercle d’activité qui s’offrait à moi dans cette université de premier ordre était bien plus étendu, je me vis ainsi délivré, dès le printemps, de la pénible charge du prorectorat, charge

LETTRES OBSTÉTEICALES.

qai m’avait déjà causé bien des ennuis et qui m’en promettait de plus grands encore dans un avenir prochain. Rappelez-vous seulement les préoccupations qu’entraînèrent les affaires constitutionnelles de la Hesse électorale et l’élection de Jordan par l’Université. Je donnai en conséquence ma démission comme professeur, qui fut acceptée. Je déposai mes pouvoirs de prorecteur le 24 mars 1833; je mis ordre à mes affaires, et le & avril, je quittai Marbourg, non sans regretter ce lieu où j’avais reçu de toutes parts tant de preuves d’amitié et de bonté, et où, je le puis dire, j’ai passé les plus heureuses et plus joyeuses, années de ma vie. Le 12 avril 1833, j’arrivai à mon nouveau poste. Là-dessus je vous parlerai dans ma prochaine.

En attendant, je reste.....

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