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ONZIÈME LETTRE

Sommaire : L'histoire de l’art des accouchements. — Elle doit faire l’objet d’une étude particulière. — D’abord l’art luimême, puis son histoire. — Epoque à laquelle il convient le mieux de l’aborder.— En tout cas elle n’est pas à négliger. — Conséquences d’un pareil oubli.

Gœttingue, 30 août 1861.

Il y a un point que je n’ai pas touché dans ma dernière lettre, cependant je ne puis complètement le passer sous silence; et comme, peut-être, l’occasion d’en parler ne se présentera plus, je le mentionne maintenant d’autant plus volontiers qu’il forme, pour ainsi dire, une suite au contenu de ma dernière. Il s’agit de savoir ce qu’il y a à faire au début des études obstétricales relativement à l’histoire de l’art.

Il y eut un temps où les Manuels d’accouchements commençaient par l’histoire de la spécialité; ce sujet était traité d’une manière plus ou moins étendue. Dans tel Manuel on y a consacré tout le premier volume; dans tel autre quelques feuilles seulement; un autre auteur la présente sous forme de tableaux, etc. De même on exposait autrefois d’abord la partie historique à l’ouverture des cours. Il est impossible d’approuver cette manière

de faire. Comment l’auditeur serait-il capable, lorsque la brandie qu’il veut étudier lui est tout à fait inconnue encore, d’en comprendre et d en annrécier l’histoire, lors même qu’elle serait présentée de la façon lapins concise? Est-ce que nous commençons nos études médicales, en general, par l’histoire de la médecine? C’est quand nous avons terminé nos études académiques, que le moment est venu d’approfondir toute la science médicale sous le point de vue de l’histoire ; alors aussi cette étude nous est profitable. D ordinaire le praticien débutant n’est pas encore tellement occupé qu’il ne lui reste pas le loisir nécessaire pour des études tranquilles. Qu’alors donc il porte son attention sur l’histoire de son art, et il y trouvera en même temps une grande satisfaction et

un véritable profit. , j

Il en est de même pour l’histoire de 1 art des accouchements. Pour comprendre les divers chapitres de la science, l’historique n’est pas necessaire à l’étudiant; mais pour en comprendre 1 histoire, il faut qu’il en connaisse à fond toutes les particularités. Ainsi, qu’il ne soit nullement question d’histoire dans les cours d’accouchement, et surtout pas pour servir d’introduction à cette étude; tout au plus pendant le développement des chapitres isolés, parce qu’alors l’élève est capable d’apprécier ces notices historiques ; par exemple, quand il est question de la découverte, d’instruments remarquables, des pelvimètres, du forceps, etc., ou de l’emploi d’opérations majeures, comme de l’accouchement prématuré artificiel, de la eéphalotripsie, etc. De pareilles remarques historiques faites en temps opportun sont utiles, peu a

peu les élèves apprennent à connaître ceux des hommes éminents ipii ont fait époque dans l’art des accouchements. Plus d’un auditeur deviendra désireux de connaître plus complètement l’histoire de l’art qu’il étudie; enfin, quand il sera versé dans toutes les branches de cet art, il pourra pénétrer dans les riches mines de l’histoire, et il en retirera un ample butin.

Par contre, pour le professeur, l’étude de l’histoire de sa spécialité est d’une indispensable nécessité ; et cependant, mon cher ami, il y a des professeurs qui l’ont complètement négligée, et qui par là se sont exposés aux plus sévères critiques comme auteurs : ils jettent même un regard de mépris sur ceux de leurs collègues qui marchent dans une voie opposée. Il arrive de là qu’ils annoncent souvent des inventions, font des propositions, etc., connues depuis longtemps et même déjà abandonnées, ou bien, quand ils produisent quelque chose de convenable, ils passent pour des plagiaires, ou pour avoir fait semblant d’ignorer ce que d’autres avaient fait avant eux; iis jettent de la poudre aux yeux à ceux qui n’ont pas plus qu’eux de connaissances historiques, jusqu’à ce qu’enfin la vérité se fasse jour et qu’un jugement sévère soit porté sur cette classe de savants.

Pour ce motif, je me suis toujours fait un devoir d’éveiller chez mes auditeurs l’amour et l’intérêt pour la partie historique de notre art. Chaque fois que l’occasion s’en est présentée, je leur ai parlé des mérites des anciens, sans leur cacher leurs erreurs et leurs fautes; j’ai fait mention de tout ce qui s’est accompli à notre

LETTBE XI.

éDoqne de droite et de gauche; j’ai été narrateur fidèle et j’ai émis mon jugement sans detour; je n’ai rien passé sous silnnce soit comme professeur, soit comme auteur. Toujours j ai pr s à cœur ces paroles ; « Honore ton semblable et rends-lui la justice qui lui est due, et tu seras honoré à ton tour et tu obtiendras les éloges que tu mérites.. Je vous ai déjà dit dans mes

lettres précédentes, que de temps en temps J ai

fait des leçons spéciales sur 1 histoire de l ^rt d^ accouchements, et que j’ai eu le plaisir de tes voir suivies très-assidûment. J ai conduit plus d un jeune adepte sur la voie historique et littéraire de notre partie, en lui citant la maxime de Nescire quid antequam rrntus sis accident, %d semver esse pmrum, et en lui prouvant que ce qu’U apprendrait de ses devanciers ne surchargerait eu rien sa mémoire, qu’au contraire il en retirerait le plus grand profit pour les progrès de son instruction. On peut être un praticien excellent, remarquable même, sans avoir la moindre notion de l’histoire de l’art; mais dans ce cas on ne peut pas prétendre au titre de savant.

Je vous ai dit, dans ces quelques lignes, mon opinion sur l’étude historique et littéraire de lart des accouchements; considérez cette lettre comme un complément de la précédente et croyez toujours, etc.

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