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DOUZIEME LETTRE

Sommaire : les maisons d’accouchement (Maternités). Par

leur organisation Part des accouchements prend un plus grand essor. — Paris a eu la primauté, mais seulement pour l’instruction des sages-femmes. — Les Maternités en Angleterre.

— La création de celle de Strasbourg a été d’une grande importance pour l’Allemagne, parce que les médecins de ce pays y firent des études dans les commencements du siècle dernier.

— J. J. Pried. — Maison modèle pour toutes celles de ce genre.

— D’après ce type, Bœderer organisa, en 1751, l’établissement de Gosttingue. — Établissement de serTices de maternité à Vienne. — A Cassel et à Marbourg sons Stein l’aîné. — A léna sousStark. — Copenhague, 1760. — Mathias Saitorph,

— Ressources pour ceux qui, à cette époque, ne pouyaient se former dans des maisons d’accouchement.

Gœttingue, k septembre 1861.

Je VOUS ai déjà dit que l’art des accouchements n’a pris un véritable essor que du moment où les Etats (gouvernements) avaient créé des maisons d’accouchement, dans lesquelles des médecins donnaient une instruction pratique.C’est delà qu’est venue la lumière sur bien des points demeurés obscurs parce que la pratique était restée entre les mains des sages-femmes. C’est dans ces établissements que l’homme de l’art a pu prendre la nature sur le fait dans l’accomplissement de son œuvre, et découvrir ce qui doit être considéré

lettre xii.

comme normal. D’après cette «orme on put ap- Sr les anomalies et les aberrations de la napartant la manière de les traiter; les méthodes ient être améliorées; les observations se firem avec tous les soins possibles, et grâce a ce Sme, il se forma d’excellents accoucheurs

Dour la ville et la campagne.

^ Nous trouvons déjà, vers le milieu du clMans le plus ancien hospice de Pans, le œlehre Hôtel-Dieu, une école d’accouchement, mais

SaSenlpoârIessages-remmes.C-estcenoemle

qui devint plus tard la Maternité (1797). L instruc- Son pratique pour les hommes était donnée a Paris^ ainsi que je l’ai dit plus haut, par des mai- T™par.ieoUeri, daas leurs salles d'=e™uehement et sans contredit d’une maniéré tres-imparfaite’ Consultez là-dessus les Remarques de s. Frédéric Osiander, sur l’An *s occoucto^ en France, Haaorre, 1813 (l).Ce ae tut que P. Dubois organisa enfin,a laFdCulie de m decine, une clinique d’accouchement, qui combla,

jusqu’à un certain point, une lacune depuis Ion-,

^'Tuflfcrande-Bretagne, la sollicitude pour les femmes enceintes pauvres ces établissements. C’est ainsi qu’en 4748 on fonda à Dublin un hospice pour les femmes en couches cet établissement fut reconstruit cû iJJ, et encore

atrrandi en 1787 . Londres aussi possédait de pareils

fepUaùx depuis 1748; dans le Middlesex-Hospi-

m Osiander, Bemerkungen ûber die franzæmche GebJrUüIrTneôst einer ausführlichen Beschreibang der Maternité in Paris. Hannover, 1813.

tal, par exemple, il existait une fondation pour 20 femmes en couches ; dans le British Lying-in- Hospital, pour 60 (1749) ; et dans le City of London Lying-in-Hospital (fondé en 1750), pour 80 femmes. Ces établissements étaient seulement voués à la charité ; on n’y admettait que des femmes mariées, pauvres, et par conséquent, ils n’étaient d’aucune utilité pour l’instruction. Ce n’est qu’en 1775 que le Westminster Lying-in-Hospital, destiné à l’instruction pratique des accoucheurs, fut fondé par les soins de l’accoucheur John Leake, au moyen d’une souscription publique. On y admit également des femmes pauvres non mariées, et les accouchements étaient faits par les élèves sous la surveillance des professeurs de l’établissement Leake, Ford el Brickenden. Un pareil enseignement clinique ne pouvait qu’être trèsavantageux pour la formation d’accoucheurs capables. La pratique fut jointe à la théorie, et grâce à la grande étendue de la ville, les occasions ne manquèrent jamais. Plus tard, les maisons d’accouchement anglaises surpassèrent en luxe et en dispositions grandioses tout ce que l’on peut imaginer en ce genre. Je ne veux pas vous faire ici une description de ces merveilleux établissements ; je vous renverrai pour cela d’une part à mon Histoire, t. II, p. 767; d’autre part au Journal de Varrentrap. Par contre, je vous entretiendrai de la création des maisons d’accouchement de notre pays, en commençant par la maison-mère de Strasbourg; car il est curieux devoir que c’est

(1) Tagebuch einer medizinischen Reise durch England, etc. Frankfurt a/M., 1829, p. 169.

p^Ue ville, qui est depuis si longtemps sous

scentre de la France, que nous avons pris ce

^ lo^pnnitale a dédaigné à son plus grand prejuqaelacap Le motif se trouvait-il dans

SSfen» iesZx ^ Dans «

cï, U seraU très.blâmable. C’est me qnesueaque

La ^mlson^ d’accouchement de Strasbourg fut [ondée au commencement du siècle dernier, par Fr los de Klinglin, alors préteur royal. Dans cette nît Sioron devait former non-seulement des s^ges-femmes, mais aussi y admettre les etudiants e/médecine. Le premier professeur de cette ecole fat Jean-Jacques Fried, qui, à la vente, u a point laissé d’écrits d’une grande importance, mais qui s’est distingué par son activité dans 1 enseignement et Z soLèle, qu’il savait communiquer à ses disciples. Sous lui, l’école de Strasbourg acquit une grande

VPS avides de s’instruire dans lart ûes accou chements, affluèrent dans cette ville, qui en offrait la meilleure occasion dans son etablissement si bien organisé. Vous trouverez quelques détails donnés par Fried lui-meme, sur sa. méthode d’enseignement, dans le “J'

dicor 1731 ,'p. 321, où il dit entre autres : « JVegue tn postêmm ulli parcam industriœ, c^am, ne Ipussüartü hujus Untopere Parisios magnis sumtibus adiré » et « lUud “ prehendenZvàUores qmd Germmis ulla schola oh&tetriàa, qmm nostra sit, obtingere

^'?armi les élèves de Fried se trouvait a^si J. G. Rœderer, qui, après s’être perfectionne plus

tard à Paris, en Angleterre et à Leyde, fut appelé, sur le conseil de Haller, en 1749, à Gœttingue, pour y enseigner l’art des accouchements. En 17S1, Rœderer se rendit en effet à Gœttingue comme professeur d’anatomie et d’accouchement, et y fonda un établissement à l’instar de celui de Strasbourg. Cette maison fut tout d’abord très-restreinte, mais le zèle et le talent de Rœderer suppléèrent à ce qui y manquait en moyens matériels. Il mit une scrupuleuse exactitude à utiliser pour l’instruction tout ce qui se présentait dans ce petit établissement. C’était la meilleure manière, la méthode la plus sûre, d’enseigner l’art des accouchements pour la plus grande utilité des médecins débutants. Le tableau des naissances qui ont eu lieu dans la maison d’accouchement de Gœttingue depuis 17S1 jusqu’à 1762, etc., extrait du Journal de Rœderer par Fr. B. Osiander, nous fait connaître les heureux résultats qui y ont été obtenus. Malheureusement Rœderer mourut très-jeune; il succomba, à Strasbourg, à une fièvre nerveuse et bilieuse, le 4 avril 1763, dans sa trente-septième année, au moment où il se rendait à Paris auprès d’une dame de haut rang. Je vous transcris ici tes paroles de regrets et d’éloges du maître de Rœderer, ordinairement peu prodigue en ce genre : t 11 est inutile que je répète combien je reconnais « en général les mérites éminents de cet homme « instruit et judicieux, né pour l’observation, dont « je regarde le décès, arrivé à la fleur de son âge, « comme une des plus grandes pertes pour la * science.»Gœttingue avait obtenu par Rœderer une maison d’accouchement, qui plus tard a été transférée dans un édifice tout nouvellement construit.

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A Vienne ce fut Van Swieten qui ût preuve de zèle pour l’érection d’un établissement d’accouchement, qui fut fondé en 1733 à l’hôpital Saint- Marc et confié à Crantz et à Rechberger. En 1754 ce même établissement fut transféré dans le grand hôpital général, élevé par ordre de l’empereur Joseph, qui s’intéressait avec beaucoup de sollicitude à tout ce qui concernait la médecine en Autriche. Le directeur de la Faculté de médecine, de Stœrk, obtint une ordonnance en vertu de laquelle aucun médecin ou chirurgien ne pouvait exercer son art dans les campagnes, sans avoir suivi pendant quelque temps le cours d’accouchement de la Maternité et sans avoir subi un examen public sur les matières de cet enseignement. Par la fondation de ce grand établissement a Vienne, l’Allemagne se vit en possession dun Institut grandiose dont les directeurs eurent l occasion de faire la source de leur propre expérience, tandis que pour les étudiants il s’ouvrait un vaste champ où leurs connaissances ne pouvaient que se développer par l’observation de la nature. Les fondateurs de cet établissement ne furent donc pas trompés dans leur attente, car son érection eut une heureuse influence sur le soulagement de 1 humanité et sur le progrès de la science.

Un élève de Rœderer et de Levret, aux mérites duquel il faut attribuer les progrès remarquables que l’art de l’accouchement fit en Allemagne dans la deuxième moitié du xviii® siècle, progrès tels qu’ils purent entrer en concurrence avec la science française; 6. W. Stein, obtint en l/6o la direction d’une maison d’accouchement nouvellement érigée à Cassel {Vhôpital CaroHnum) ; plus

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tard, en 1792, il fut employé à l’üuiversité de Marbourg, où il fonda aussi une maison d’accouchement, et où sa renommée attira beaucoup d’élèves i^ui voulaient se perfectionner dans l’art des accouchements sous la direction du célèbre professeur.

Il faut encore mentionner dans le dernier siècle la maison d’accouchement de Jéna, qui était bien petite, mais qui, par la clientèle de la campagne qu’elle avait à soigner, possédait un vaste cercle d’activité, ce qui lui attira une masse d’élèves ; il faut ajouter toutefois que son célèbre directeur, J. Chr. Stark, y fut pour une grande part.

Pour ce qui est des pays étrangers, Copenhague était déjà en 1760 en possession d’une maison d’accouchement admirablement organisée. La remarquable division d’accouchement dans l’hôpital Frédéric {Nosocomium Fridericianum) fut cédée à la Faculté de médecine pour en faire une école pratique. Ce fut là qu’enseigna le fameux Berger, et après lui Matthias Saxtorph, dont le nom dispense de tout éloge.

C’est là un aperçu des premières maisons d’accouchement qui furent créées dans lesièele dernier. Bientôt les écoles supérieures d’Allemagne en établirent d’autres, et de nos jours il n’est plus d’université qui en soit privée Je n’ai pas besoin de faire ressortir l’utilité de ces établissements, ni de vous faire remarquer combien le développement de la science obstétricale est lié à leur existence ; mais pour terminer cette lettre, je veux vous dire ce que trois accoucheurs de pays différents m’ont raconté, et notez qu’ils m’ont dit tous trois la même chose. Leur entrée en pratique correspondait à une

LËTTRE XIÎ.

énoque où il n’y avait encore aucune maison d accouchement à leur disposition, à moins qu us ne visitassent celles dont ils étaient bien éloignés, Strasbourg par exemple, etc. Vous allez voir comment et où nos devanciers ont appris à accoucher ! Il ne leur restait d’autre moyen que de s’adresser a des barbiers-chirurgiens qui, outre leur profession habituelle avaient obtenu l’autorisation de pratiquer l’art des accouchements et possédaient un large cercle d’activité. Ils envoyaient leurs élèves, inu- • nis de forceps et de perforateurs, auprès des clients pour lesquels ils ne voulaient pas se deranger, et c’est ainsi que les jeunes prêtres de Lucine s’exerçaient à accoucher sans direction ni surveillance, jusqu’à ce qu’ils se crussent assez instiuits et assez capables de pratiquer à leur propre compte. Ceci me fut raconté par un vieux professeur de sages-femmes de Wittenberg, le docteur Muller, conseiller médical ; par Jœrg de Leipzig, et par Nægelé de Heidelberg. Je me rappel e encore fort bien le récit comique que me fit Nægele de la manière dont son seigneur et maure, qui l’avait envoyé faire une version, lui expliqua comment il devait s’y prendre, et la lui démontra au moven d’une poupée faite avec une servie! e enroulée. Arrivé auprès de la parturiente, ISægele trouva en effet le fœtus en présentation transversale ; la version réussit, mais pendant l’extraction l’opérateur ne put parvenir à dégager le second bras. « Cassez-le, monsieur le docteur, lui du a l’oreille la vieille sage-femme, je le raccommoderai. » El ainsi fut fait!! Ü

Portez-vous bien.

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