TREIZIÈME LETTRE
Sommaire : Encore quelques mots sur l'instruction donnée dans les maisons d’accouchement.
Gœttingue, le 7 septembre 1861.
Vous avez conuaissance, mon honoré ami, des fameuses discussions de l’Académie de médecine de Paris qui commencèrent en février 1858 et continuèrent jusqu’au mois de juillet de la même année; elles avaient pour objet la fièvre puerpérale, sa nature, sa prophylactique et son traitement. Les célébrités les plus considérables de la capitale y prirent part, et donnèrent chacune leur opinion, à la vérité souvent très-divergentes. On ne put s’entendre complètement et arriver à une conclusion uniforme. Par contre, quelques voix s’élevèrent pour proposer la suppression des maisons d’accouchement, ou au moins la répartition des femmes enceintes des grands établissements spéciaux dans d’autres plus petits, parce que l’expérience a démontré que la réunion de tant d’acconchées développait et répandait rapidement la maladie dans ces grandes Maternités. Cet avis ne pouvait être adopté. « C’est la fièvre puerpérale qu’il faut tâcher de chasser de ces établissements, et non les malades, » a dit Mattéi, dans une brochure publiée après la clôture
LETTRE XIII
de la discussion. El, en effet, les conséquences de
la suppression totale les graudesMaternilés seraient
bien plus désastreuses que la fièvre puerpérale qui y règne de temps à autre. Ce n’est pas avec des armes pareilles qu’on parviendra à supprimer les maisons d’accouchement, et personne n’y pense sérieusement je crois, à moins que ce ne soient quelques esprits déviés qui, sous prétexte de moralité, s’indignent de voir bâtir des asiles destinés, disent-ils, à encourager le vice, ou bien qui cherchent à arrêter la nouvelle érection d’un pareil établissement parce qu’il se trouverait dans le voisinage d’un institut d’aveugles, dont les pensionnaires pourraient souffrir dans leurs mœurs d’un pareil rapprochement! Facta loquuntur!
Mais il y a un autre écueil qu’un directeur et professeur d’une maison d’accouchement doit éviter d’une manière intelligente s’il veut que ses élèves profitent de l’enseignement clinique, c’est qu’il ne perde jamais de vue que ce ne sont pas des médecins d’hôpitaux ni des professeurs qu’il a à former, mais qu’il doit en faire des accoucheurs pour le public, des praticiens pour la ville et la campagne, ut que le publie réclamera d’eux un traitement basé sur des principes tout différents de ceux qu’ils auront vu appliquer ou qu ils ont peut-être pratiqués eux-mêmes. Ni le maître, ni les élèves ne se rendront coupables de rudesse, de brutalité; le maître ne livrera jamais les femmes confiées à ses soins comme des mannequins à ses élèves; il procédera toujours avec ménagement dans les cas où ses patientes devront devenir des sujets d’étude. Néanmoins, il y a quantité de choses qui se présentent autrement
ioO LETTfiES OBSTÉTRICALES.
dans la pratique privée que dans un hospice, et cette différence, qui est connue du maître, ne l’est pas encore de l’élève, et devra lui être enseignée afin qu’il n’entre pas aveuglément dans la pratique avec tout ce qu’il a vu et appris à la clinique; ou bien il se heurterait partout, ou il perdrait la confiance, ou enfin, malgré sa science et son habileté, il serait supplanté par des hommes très-inférieurs à lui.
Je veux tâcher d’être plus clair encore en vous cilant des exemples.
Un professeur a inventé un pelvimètre très-ingénieux ; une branche s’applique sur l’angle sacro-vertébral par le vagin, l’autre par le canal de l’urèthre derrière la symphise pubienne. L’introduction de cette dernière branche n’a pas fieu sans douleurs, quelquefois même sans perte de sang et de l’ardeur en urinant pendant quelques jours. Personne n’en voudra au professeur s’il fait usage de son pelvimètre à sa clinique, ou s’il permet à ses élèves de l’appliquer. Mais malheur à celui d’entre ces derniers qui, devenu accoucheur dans une petite ville, voudra se servir de ce pelvimètre sur une de ses clientes! Nous croyons pouvoir lui prédire qu’il n’aura plus de sitôt l’occasion de mesurer un bassin. Voilà pourquoi il est du devoir du maître de prémunir ses élèves contre l’application de pareils instruments dans la pratique particulière, et de leur conseiller de n’en faire usage qu’à la dernière extrémité, et de s’en tenir de préférence aux moyens plus doux et moins douloureux. Il en est de même pour la dénudation du corps, quand il s’agit de palpation ou autres opérations de ce genre. La femme, dans une mai-
lettre xtii.
son d’accouEbetnenl, est obligée de se soiime tre à tou^ on Ini dirait de se mettre sur la tete L’eUe croirait devoir le faire, dans la «rainte,
«i elle hésitait, d’être renvoyée. Mais les dames de la c enSe privée, il faut s’y prendre à leur egard avecTrplus grande décence; elles ne permettent üls volontiers qu’on découvre la moindre partie de leur corps? Ne sommes-nous pas obliges, quand
fois aSns une femme dans un accoucbemem
normal, de donner toute notre assistance yns soulever les couvertures; soutenir le voir l’enfant, etc., etc.; tandis que, dans les mai sons d’accouchement, précisément Pa^’^e ^ sont des cliniques pour 1 etude, nous observons la marche des choses en découvrant la femme aussitôt aue le travail touche a sa fin? Lest pourquoi\ est du devoir du maître de riser^l’élève avec la manière de donner des soms - à la femme qui accouche sans soulever les couvertures De même je voudrais voir appliquer tout ce que ie feus de dire aux maladies des femmes enœintes, accouchées, et à leur f;
n’y a-t-il pas de petites miseres dont le médecin d’hôpital ne s’inquiète nullement, ^t centre jesquelles il n’a pas à prescrire la plus PJ^te dro.ue^ parce qu’il sait d’avance qu’en P^u dej^rs en moins de temps peut-être encore, l® dispa raîtra de lui-même? C’est ce que le maître peut montrer à ses élèves expérimentalement, mais il est de son devoir d’ajouter que dans la pratique particulière il est nécessaire d agir eotrement les malades ne se contentant
surances données par le médecin sur J mutihie d’une prescription dans des cas parei ,
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des remèdes, qu’il ne faut point refuser, dans la crainte de perdre la confiance. Il e^t aussi à remarquer que les malades que l’on soumet à un régime diététique, qui est souvent te plus salutaire, sont disposés à l’observer bien plus exactement si on leur prescrit en même temps des remèdes, parce qu’alors elles sont convaincues que le médecin prend leurs maux à cœur. Ces remèdes doivent pour le moins être indiqués par le professeur lorsque des cas semblables se rencontrent à la clinique, quand même il ne.juge pas à propos de les prescrire.
J’espère que vous avez maintenant bien compris ma pensée, en disant que dans nos cliniques nous n’avons pas à former des directeurs de maisons d’accouchement, mais bien des accoucheurs praticiens pour la ville et la campagne, et que c’est dans ce sens que nous devons organiser notre cours d’instruction. Je voudrais qu’il en fût de même pour certains livres élémentaires dans lesquels l’élève trouve souvent décrits des moyens de traitement qui peuvent sans doute être appliqués dans des établissements, hospitaliers mais qui dans la clientèle privée deviendraient sûrement une pierre d’achoppement. Exempla sunt odiosaî
Tout à vous.