‹ Lettres obstétricalesChapitre 25 sur 29 · VINGTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LETTRE

Sommaire : Bésir de plaire et Tanité de la femme. — Sa dissimulation et sa ruse. - Sa curiosité. - Sa légèreté, bien souvent par la faute des hommes. - Sentiments religieux chez la femme. — Rêveries, exaltation, superstition.

Gœttingue, le 4 octobre 1861.

Tous les efforts de la femme tendent à plaire, ceci est la conséquence naturelle de la propension à l’amour dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre : la femme veut captiver et conquérir, c’est ce qui explique son désir de plaire joint a une haute dose de vanité. La femme connaît parfaitement les armes avec lesquelles il lui est facile de subjuguer l’homme, elle sait très-bien que je grand nombre sont attirés par les formes extérieures et la beauté. Tout ce qui peut relever les unes et mettre l’autre sous un jour favorable est utilisé et employé par la femme, qui pour ce motif est toujours préoccupée de sa personnalité, et tout ce qui se rapporte à l’ornement du corps est pour elle de la plus grande soùt du luxe et la coquetterie s y rattachent ega fement ; et tandis que la femme s efforce de plaire aux autres, elle se plaît le plus a trouve incomparable, et s’estime naturellement

trop haut. Du reste, la vanité féminine n’est qu’une faiblesse qu’on peut lui pardonner dans bien des circonstances; car enfin elle contribue à l’amabilité du sexe, elle augmente le charme des femmes, dont les petites coquetteries ont une si grande force d’attraction. En attendant, cette petitesse d’esprit peut devenir la source de bien des maux : la coquetterie de la femme peut devenir, entre autres, une charge pour le mari, l’entraîner a de grandes dépenses et ruiner la maison. Elle peut devenir la source de plus de mal encore; la femme est accessible à toutes les flatteries, et celui qui se montre habile à encenser la coquette, qui lui rend hommage soit en paroles, soit en actions, auxquelles invite justement ce défaut, peut beaucoup sur le sexe faible; plus d’un cœur de femme, et souvent cela va plus loin qu au cœur, a été conquis par des bijoux brillants, par un châle précieux, et autres objets de ce genre; i c’est là mon côté faible, » pourrait dire la femme.

La coquetterie de la femme peut encore prendre une autre direction dont il faut que je fasse mention, parce que, en qualité de médecins, nous y sommes intéressés au plus haut degré.

Nous avons enregistré dans nos annales médicales des cas où des femmes se sont soumises à de douloureuses opérations nécessitées par des accidents on des objets qu’elles avaient fait naître sur elles ou qu elles avaient introduits dans leur corps. Il y a eu des femmes qui se sont enfoncé des aiguilles dans le bras, qui n’ont pu être extraites que par des incisions douloureuses; d’autres ont fait entrer par les ouvertures naturelles des objets que les médecins

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ne ponTâient extraire ou éloigner qu’au prix des plus grandes souffrances de la femme, et tout cela par vanité, pour devenir l’objet de l’intérêt médical, pour faire parler d’elles. Nous possédons rbistoire d’une Rahel Herz, l’héroïne de l’art de la dissimulation hystérique, qui pendant dix-neuf ans a mené une existence des plus douloureuses qu’elle s’était attirée elle-même, purement par des extases égoïstement vani- .teuses.

Un autre trait du caractère féminin est la dissimulation accompagnée de la ruse. La dissimulation des femmes est poussée à un point extraordinaire; elles sont capables de tout dans cet art, et, comme s’exprime un auteur; elles le poussent souvent si loin, que le plus sûr moyen de n’êlre pas trompé, est de croire l’opposé de ce qu elles disent. Aussi un ancien médecin expérimenté, Stoll, dit : « Mulieri et ne mortuæ quidem credendwm. » ...

Une autre faiblesse du sexe, c’est la curiosité; que l’on doit considérer comme un péché originel des filles d’Ève, mais qui peut dégénérer en une véritable passion chez elles et ne fait qu’augmenter avec l’âge. Ce sont surtout les vieilles filles qui sont atteintes de cette manie de tout savoir, tout apprendre, et de préférence le mal qui concerne le prochain, — le bien ne les interesse point.—Aux vieilles filles ajoutez les veuves et les femmes sans enfants ; chaque endroit, pourrais-je dirCi a sa société privilégiée de commerage, et ce métier est souvent formellement organisé. Malheur au pauvre diable qu’elles ont choisi pour leur victime; comme à l’Acteon de

la fable, elles lui font souffrir mort et passion, jusqu’à ce qu’il se présente un nouvel objet qui leur semble plus digne de leur attention, et auquel elles vouent l’éloquence venimeuse de leurs langues ; elles se précipitent alors sur leur nouvelle victime; car jusqu’en ceci les femmes aiment le changement.

J’ai encore à mentionner la légèreté qui réside dans la femme, défaut qui repose sur leur impressionnabilité nerveuse et qui est en outre lié à leur manque d’expérience et à l’absence de tout discernement des choses du monde. A la légèreté se joignent l’inconstance et les caprices du caractère féminin, qui peuvent remplir d’amertume là vie d’un homme.

Il ne faut cependant pas se dissimuler que ces deux derniers défauts sont souvent imposés à la femme par des circonstances extérieures. La beauté, qui lui attire bien des adorateurs, la position particulière de quelques femmes dans la société, de malheureuses expériences en amour, la négligence de la part des maris, toutes ces causes peuvent produire la légèreté la plus grande chez la femme qui en porte déjà en elle le germe. Pour ces motifs, nous ne voulons pas longtemps, insister sur ces faiblesses; nous y sommes d’autant moins autorisés, que nous ne pouvons pas nous absoudre totalement non plus, attendu que c’est précisément notre légèreté et notre inconstance dans le domaine de Paphos qui amènent ces mômes défauts chez la femme. Il y a à dire que ces défauts sont chez nous plutôt des attributs de la jeunesse, qui se perdent ordinairement dès que noos avons appris à connaître le côté sérieux de la vie.

LETTRE XS.

Chez la femme, au contraire, ils persistent souvent leur vie durant; les femmes légères sont même en plus grand nombre que les jeunes filles légères, tandis que parmi les hommes c’est le contraire. D’un autre côté, la légèreté des hommes n’a pas les mêmes conséquences que celle des femmes. Notre légèreté à nous cesse dès que nous avons pris possession du poste que le sort nous a assigné, et s’il en restait des traces datant de notre jeunesse, — car nous ne voulons non plus prétendre que nous sommes parfaits, — c’est que nous réfléchirions pourtant avant de nous y laisser aller, pour savoir où il faut s’arrêter pour ne pas compromettre notre position dans le monde, et pour ’ne pas manquer aux devoirs que cette position nous impose. La nature, nous ayant doué de forces intellectuelles plus grandes que celles des femmes, notre perspicacité nous préserve des suites fâcheuses qu’entraînerait notre légèreté, et nous met à même de brider nos faiblesses. La femme, moins- circonspecte que l’bomme, ne s’arrête plus une fois qu’elle est entrée dans la mauvaise voie, elle s’y précipite toujours au contraire davantage, ainsi que Juvénal le dit si bien dans sa sixième satire :

.« rabie secur incendente feruntur

Præcipites ; ut sana fugis abrupta, quibus mons

Subtrahitur ; clivoqoe eatus pendente recedit. »

Ce serait aussi ici le moment de dire quelques mots sur les sentiments religieux de la femme, et de rechercher dans quels rapports ces sentiments se trouvent avec ceux de l’homme, de se demander enfin si les différences peuvent égale-

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ment s’expliquer par la différence d’organisation physique. Abstraction faite des scrupules qui pour* raient s’élever à l’idée de traiter une question aussi essentiellement délicate que celle de la religion, abstraction faite du conflit qui pourrait naître fa* cilement à la suite de pareilles recherches et de pareilles discussions, je ne veux en parler que d’une manière générale. Je puis errer dans ces régions, que je n’aborde qu’avec crainte ; mais ce sont les erreurs les plus pardonnables celles qui sont commises quand il s’agit de la foi, ou pour mieux dire, quand il est question de théologie; l’expérience journalière nous apprend que c’est sur ce terrain qu’on erre le plus. Les oppositions les plus rudes se sont élevées et s’élèveront encore à ce sujet, et pourtant il ne peut y avoir qu’une vérité, car il serait trop triste de penser que, tout le monde fût dans l’erreur.

La religion occupe chez la femme le sentiment; elle s’adresse à l’esprit de l’homme ; c’est pour cela que la femme aime tant les cérémonies extérieures du culte, tandis que l’homme s’édifie de préférence par la prière mentale, dans la solitude, et trouve une satisfaction intérieure dans l’accomplissement fidèle et loyal des obligations qui lui sont imposées par sa position, par ses devoirs comme fonctionnaire et comme père de famille, ce qui le retient delà fréquentation des églises. Lafemme les fréquente d’autant plus assidûment; ses sentiments la portent à unir ses prières à celles de la foule fervente ; elle cherche aussi, en tant que sexe faible, dans la religion un appui sur lequel elle puisse se reposer. La femme se laisse moins gouverner par la raison quand il s’agit de

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choses religieuses ; c’est pourquoi elle les scrute moins p^rofondément que l’homme : elle veut être dirigée et remuée profondément, soit par ce qu’il y a d’imposant dans un brillant service religieux, qui surexcite l’àetivité naturelle de son imagination; soit par l’éloquence d’un bon orateur, qui s’entend à faire Vibrer certaines cordes de l’àme et des sentiments de la femme. En cela elle obéit souvent à son propre jugement, qui n’est pas toujours d’accord avec celui de l’homme. De tout temps, on a vu certains prédicateurs être excessivement goûtés par les femmes, sur lesquelles ils savaient produire une impressloû durable, tandis qu’ils ne parvenaient pas à toucher les hommes. Le sentiment religieux plus développé chez la femme que chez l’homme la rend aussi plus accessible au mysticisme religieux, et bien souvent de rusés sectaires ont abusé du sexe féminin en l’attirant à eux pour en faire le noyau d’une pieuse association. La superstition, la croyance aux esprits, la connaissance de l’avenir, la chiromancie, etc., viennent de la même source. Déjà chez les anciens peuples, c’étaient les femmes qui rendaient les oracles, faisaient les sibylles, les pythies, etc.; car la femme seule est capable de tomber dans ces états extatiques qui étaient considérés comme la meilleure preuve de la révélation. Les magnétiseurs de notre temps pratiquent leur art presque exclusivement sur des femmes; elles seules croient au somnambulisme, et au moyen âge nous rencontrons assez souvent lés rêveries religieuses dans les sorcières, toujours du sexe féminin.

Mais" dans l’antiquité bien plus encore que de

notre temps, on voit Jes femmes faire fausse route poussées par une exaltation du sentiment religieux! Le christianisme et ses enseignements sublimes ont éclairé la religion, et par la pureté de la foi chrétienne la superstition a été éloignée,—ne m'objectez pas que l’enseignement catholique y ramène, il se base sur la parole de l’Évangile aussi bien que l’enseignement protestant; des deux côtés la Bible prêche contre la superstition et autres erreurs pareilles; — la culture de l’esprit et du cœur que la jeunesse trouve dans les instructions religieuses préserve en grande partie notre époque de toutes ces fausses interprétations. Quelle différence avec l’antiquité païenne ! La femme, à l’époque de la décadence de l’empire romain surtout, n’obéissait qu’à l’impulsion de ses sens. Abusée par des prêtres rusés, des augures et des devins de toute espèce, elle se laissait aller à la superstition la plus grossière; elle n’entreprenait rien sans consulter d’abord les tables astrologiques, les prêtres, surtout les égyptiens; elle faisait examiner par les augures les entrailles des animaux sacrifiés, etc., etc. Il était facile de l’entrainer, dans ces circonstances, aux plus grandes cruautés, au crime même; il nous est prouvé que la nature, en douant la femme d’un goût inné pour tout ce qui a une apparence merveilleuse, et surnaturelle, a misjn elle une source inépuisable d’erreur et d’inconsTance, qui, d’après les évènements, peuvent avoir des suites plus ou moins fâcheuses.

Tout ce que je vous ai communiqué jusqu’à présent à ce sujet doit être mis sur le compte des faiblesses naturelles du caractère du sexe fémi-

niû. Ces faiblesses lui ont été imprimées par la nature, ou bien elles se sont développées par l’effet de l’ensemble de sa manière de sentir et d’agir, sans que nous puissions dire qu’elles le rendent méprisable ou indigne d’être aimé. Une femme légère, coquette, animée du désir de plaire, peut, malgré cela, encore posséder un assez bon nombre de qualités naturelles. La femme exaltée, superstitieuse, ne perd pas non plus pour ce motif toutes les autres qualités séduisantes, pour qu’elles ne puissent faire équilibre avec ses erreurs et la faire compter encore parmi les créatures estimables. C’est pourquoi ce ne sont que des faiblesses, qui éloignent sans doute la femme de l’idéal et de la perfection, et qui nous rappellent que nous avons affaire à des hommes et non à des anges, quelque envie que nous ayons de donner ce nom aux femmes. Mais.... mais.... ces mêmes faiblesses peuvent dégénérer d’une façon effrayante, elles peuvent se transformer en des états que nous appelons, à cause de leur caractère violent, parce que la raison ne parvient plus à les dominer et que ceux qui en sont affectés se trouvent dans un état voisin de la maladie, des passions. Les faiblesses en question sont les avantcoureurs de ces dernières. v.

Voilà pourquoi je vous en ai parlé tout d abord. Je me réserve de décrire ces passions elles-mêmes dans ma prochaine.

Portez-vous bien.

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