VINGT IT UNIÈME LETTRE
SoitMAiÈfi : SUité : fassions de la fëliunèi Jalensie considé^
- rée comme ia sourêe première et presque unique de la haine, de rènwe et de la vengeance. — Peinture de ces passions èt leur infinenée 'sur là femme. — Elle h'esl peint capable d’nnë àmitié pure, — tës passions ne sont pas refrénées par l’édu* cations Dans tontes domine la seiualité.
Gœttingue, le 10 octobre 1861.
Qüë VàûConsidère les passions de lafetiime n’importe feous quelle face, on trouvera toujours que 1 alnour pour l’autre sexe én est le motif principal; sanèiîoute, souvent plus clairement et plus nettement exprime dans la jalousie, mais souvent aussi plus cache, plus dissimulé comme dans l’envie et la haine; ce à quoi l’art de la dissimulation. dans lequel la femme est passée maîtressej lui vient en aide. La Véfigeancé provient de la même source, mais la différence entre éettô derniere passion et les trois-que j’ai nommées 4Tins* lani, consisie en ce quë la femme n’est envieuse que d’une aUtrë femme qu’ellè hait alofs mortellement; qu’elle poursuit l’homme avec jalousie sans pour cela renoncer à son amourj tandis qu’elle harcèle l’objet même de sa jalousie de toutes les manières imaginables et s’efforce de l’abîmer sans pitié; que le désir de la vengeance, lorsqu’il s’allume dans le cœur d’une femme, la
fcETÏEE XXI-i 2H
porte, flans sa fureur aveugle, à sacrifier aussi bien rUoteme que la femme, suivant que eelui-là on celle-ci se présente â sa rage comme la cause de cette passion malheureuse.
La jalousie, la haine, l’envie et le désir de la vengeance sont les passions capitales ou plutôt les vices capitaux de la femme; elles la dominent, une fois qu’elles se sont emparées d’elle, de la même façon qu’elles dominent l’homme lorsqu’elles s’éveillent en lui ; mais l’homme n’en est pas subjugué, parce que le développement deses facultés intellectuelles, supérieur â celui de la femme, agit d’une manière décisive. Les facultés intellectuelles de l’homme l’accompagnent toujours dans ses passions et peuvent les maintenir dans de certaines limites; de même, les motifs des passions de l’homme sont souvent plus élevés : il envie peut-être l’homme meilleur, plus noble, plus perspicace, et justement à cause de ces avantages de son esprit; alors l’envie prend chez lui les proportions d’une noble passion qui le porte à s’efforcer d’égaler celui qu’il jalouse, afin de ne point lui rester inférieur. La haine de l’homme se porte souvent sur une créature vraiment mauvaise et pour un motif justifié ; elle n’est pas non plus aussi irréconciliable que celle de la femme; on arrive plutôt à accommodement avec lui, parce qU’il est beaucoup plus accessible que la femme aux raisonnements senses, soit qu’ils lui Viennent d’aUtrui, soit qu’il se les fasse à lui-même. Même le sentiment de la vengeance n’est pas aussi développé chez l’homme que chez la femme; il combat avec des armes plus loyales, il procède plus franchement, ne blesse point par derrière; il ne dissimule pas ses
griefs, et entre en lice la visière levée, les yeux fixés sur ceux de son antagoniste. D’ordinaire, le motif qui éveille dans l’homme le désir de la vengeance est plus grandiose et n’est point basé sur des raisons aussi puériles que chez la femme; à cause de cela il est plus pardonnable. Même la jalousie, quand cette malheureuse passion s’empare du cœur de l’homme, prend chez lui une autre forme que chez la femme : il reconnaîtra souvent les avantages intellectuels de son rival; quand ces avantages éloigneront de lui sa bienaimée ou sa femme, il s’efforcera de reconquérir un amour peut-être prêt à s’éteindre, en cherchant à surpasser en bonnes qualités l’objet de sa jalousie ; mais il se gardera d’employer pour cela les banalités auxquelles la femme jalouse se laisse si fréquemment entraîner, et qui lui font le plus grand tort. N’allez pas croire, mon cher ami, que je veuille embellir les passions de l’homme, ou que je cherche à les excuser; elles sont haïssables chez lui comme chez la femme; je veux seulement vous démontrer que chez l’homme elles ont un autre caractère, qu’elles n’occupent pas une place aussi grande dans sa vie entière, qu’elles ne changent pas sa manière de voir et de sentir comme cela arrive chez la femme, chez laquelle les passions se produisent plus spontanément et sont pour cela plus énergiques, plus opiniâtres, et exercent sur elle une domination sans limites et sans frein. Il y a vrai ment une profonde signification dans ce fait, que les anciens n’avaient que des furies de sexe féminin.
Je yeux essayer maintenant de dépeindre d’une manière plus détaillée les passions des femmes, et leur influence sur tout leur être.
J’ai commencé plus haut par nommerl’enwie, qui s’empare assez souvent de la femme et qui, arrivée à son plus haut degré, se transforme en une passion haïssable. Parles prétentions diverses qu’affichent les femmes, par les comparaisons constantes qu’elles font entre elles, il n’y a rien d’étonnant que l’envie se développe. Tantôt elles envient le bonheur d’une autre, surtout quand ce bonheur satisfait le penchant inné chez leur sexe, la vanité. Tantôt c’est la considération ou ce sont les honneurs dont jouit le mari d’une rivale, et qui rejaillissent sur elle. La vieille fille envie la position de la femme heureusement mariée, ou une plus jeune à cause du cercle de ses adorateurs, car c’est justement dans les années où les prétentions augmentent et où la satisfaction de ces prétentions diminue, que l’envie devient passion permanente. Il s’entend qu’à l’envie se joint la haine contre la personne qui semble favorisée.
Je nommerai ensuite la jalousie, qui joue un rôle très-important dans la vie morale de la femme, attendu qu’il n’est guère de femme qui puisse se soustraire complètement à cette passion. On la retrouve dans toutes les positions sociales, dans les conditions les plus diverses, à tout âge; elle est dans ses conséquences la plus malheureuse de toutes, car elle agit de la manière la plus nuisible et la plus dévastatrice sur la santé, sur le bonheur intérieur, sur le contentement, bref, sur tout ce qui a rapport aux agréments de la vie. * Ne nous donnez pas des motifs de jalousie, » s’écriera la femme en présence de laquelle on parlera de cette passion. Et en effet, soyons justes; ne faisons point un crime
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à la femme> quand nous lui donnons de vrais motifs de jalousie, si elle fait valoir ses droits d’amante, d’épouse, surtout quand ces droits sont rééllement blessés par nous, et que la femme a de justes raisons de se plaindre de notre négligence ou d’autres méfaits de notre part. Mais je ne veux pas parler ici d’une jalousie justifiée, je m’arrête à cette passion jalouse à laquelle les femmes s’abandonnent sans motif réel, ou dont le motif supposé est de bien peu d’importance; de celte jalousie qui porte la femme à méconnaître la position de son mari dans le monde, dans la société, dans son cercle d’activitéj qui la porte à interpréter à mal la moindre parole aimable adressée par son mari à une autre femme, qui la pousse à espionner,—et en cela elles sont magnifiques, —‘ tous ses regards dès qu’il se trouve en présence d’une autre femme; qui, en l’absence de ce pauvre mari, se fait rendre, par des créatures à elle, un compte détaillé de ses faits et gestes ; qui ne recule devant aucun moyen, fût-il même indigne d’une personne bien élevée, pour aliinentér sa passion, et qui pour ceia a recours à toutes les entremetteuses, qui lui font des rapports verbaux et par lettres ; qui, ne laissant plus ni paix ni trêve à son mari, le tourmente par des reproches, des paroles amères, où tout au moins par des allusions, des mots piquants, lui enlève l’amour de ses enfants et empoisonne ainsi sa vie et celle des autres. Voilà, mon cher ami, ce que je nomme là vraie jalousie, la passion malheureuse dont Schleiermacher donne une si spirituelle définition (1).
(l) Elle cherche arec empressement ce qui fait souf-
EEÏTHE XXI.
2iS
Da reste, la jalousie fait partie de l’ifldividualité féminine. D’un côté, elle est intimement liée à l’amour; très^souvent aussi elle se joint à la Tanité et à l’esprit de domination, qui ne souffre pas de rivale. Cette passion se présente donc sous deux formes; je serais tenté de nommer la première la forme douloureuse, caractérisée par une tristesse silencieuse, des procédés extraordinairement délicats et tendres, souvent par de basses flatteries, pendant que la seconde forme, la forme active, violente, transforme la femme en une furie, éclate en explications rageuses, ne met point de bornes au martyre et aux tour* ments qu’elle fait endurer à elle et aux autres, poursuit avant tout, avec les armes les plus inimaginables, l’objet de sa folle passion, et n’a de repos que quand elle l’a anéanti ou croit l’avoir rendu incapable de lui nuire. Le tempérament et l’éducation, bien souvent aussi les années, contribuent au développement de l’une ou de l’autre de ces formes. La forme active se rencontte plus souvent dans les tempéraments sanguins, bilieux et à un âge plus avancé ; tout cela n’a pas besoin de plus amples explications.
Si vous trouvez, mon bien cher ami, que pour peindre cette passion J’ai choisi des couleurs trop vives, si vous trouvez que j’ai été trop impitoyable en disséquant ce côté du caractère féminin, c’est qu’il s’agissait, au point de vue médical et esthétique, d’une passion qui, sons les. deux rapports, fait une ombre terrible dans la vie d’une
frir. — En allemand, nn jeu de mots qnî ne peut se rendre dans notre langue.
femme. Médicalement parlant, elle détruit la santé et abrège la vie; sous le rapport éthique, elle trouble le bonheur domestique au plus haut degré, elle mine la paix intérieure, et amène non seulement la ruine de la femme, mais aussi celle du mari.
A la forme active ou violente de la jalousie se rangent les deux autres passions, la haine et la vengeance.
Dans un tableau où il y a beaucoup de lumière, il y a aussi beaucoup d’ombre; grand est l’amour de la femme, puissante est sa haine. Celle-ci a d’ordinaire pour objet d’autres femmes, plus rarement un individu du sexe masculin; quand ce dernier cas a lieu, les femmes se montrent plus conciliantes, parce que l’homme, qui a intérêt à la faire cesser, trouve à son service mille moyens pour amener à une réconciliation : il n’a qu’à flatter une de ses faiblesses et l’utiliser comme une brèche pour rentrer en vainqueur dans la place. Il en est autrement quand la haine existe entre femmes; ce sont surtout les rivales qui ont à supporter tout le poids de cette passion. La haine est d’autant plus caractérisée chez la femme, que celle-ci est incapable d’une amitié vraie, telle qu’il en existe parmi les hommes; le proverbe justifie ce que j’avance ici; l’essence de l’amitié réside dans le mot « ami » dont l’homme se sert vis-à-vis d’un autre homme.
L’homme seul peut avoir un ami dans la vraie et noble acceptation du mot. Quand la femme parle d’un ami, nous savons ce que cela signifie; parlet-elle d’une amie, cela peut se traduire ainsi : « Je suis en relations avec elle, nous nous promenons
LETÏUE XXI.
ensemble, elle me lient compagnie, nous sommes très-inlimes, — c’est-à-dire, nous pralii^uoDS ensemble le noble mélier des coups de langue,—mais elle ne connaît aucun de mes secrets. » Il est particulier que les femmes, dès qu’il s’agit de confidences, leur laissent un libre cours tant que ces confidences consistent en histoires sur leur prochain, histoires qui leur ont été racontées sous le sceau du secret; pour leurs propres affaires, surtout pour celles du cœur, elles sont muettes. Le contraire a lieu chez l’homme : il sait garder les secrets d’autrui; pour ce qui le regarde en particulier il est confiant et ouvert. Ce que je viens de dire à l’instant, que les femmes sont incapables d’amitié entre elles, — nulle part les amitiés ne se rompent plus fréquemment que parmi les femmes, et pour des riens, — fait qu’il existe de femme à femme un degré plus ou moins grand d’indifférence, qui louche même au mépris, et comme la créature a plutôt du penchant pour le mal que pour le bien, il s’ensuit que de celte indifférence la femme arrive bien plus vite à la haine qu’à l’amitié. La haine de la femme, surtout quand elle est liée à la jalousie, comme cela arrive d’ordinaire, est très-opiniâtre; vienne peut la vaincre; elle dégénère parfois en haine du sexe entier, pour lequel, du reste, la femme n’a que peu d’estime, parce qu'elle le connaît parfaitement par elle-même et sait ce qu’il vaut.
L’homme estime son sexe, la femme n’a que de l’indifférence ou du mépris pour le sien. Pour ce c}ui concerne la violence de cette passion, la femme âgée hait à un plus haut degré et elle est moins conciliante, parce que le sentiment affectueux de l’amour est éteint en elle, ce qui n’est pas en-
ÎIEBOLD.
core le cas chez une femme plus ou moins jeune. Aussi, quand cette dernière éprouve de la jalousie et que la haine l’enflamme, elle a la conscience des moyens qui lui restent pour reconquérir l’amour de l’homme qu’elle croyait perdu. La femme âgée ne peut plus conserver cet espoir, et le sentiment de son impuissance augmente sa passion haineuse, qui peut aller jusqu’à la fureur et à laquelle elle associe la vengeance.
Le désir de la vengeance, ou le penchant qui nous entraîné à causer du préjudice ou à faire du mal à celui qui nous a offensé ou dont nous nous croyons offensé, se montre bien plus vif chez la femme que chez l’homme, parce que la femme est plus irritable et que la raison ne domine pas autant chez elle que chez l’homme. Grâce à sa force intellectuelle, l’homme reconnaît mieux les suites qui pourraient résulter pour les deux parties de la vengeance assouvie; il est trop préoccupé de ses devoirs, de sa position et de ses affaires, pour pouvoir donner suite à ses idées de vengeance contre des offenses reçues; il ne se vengera pas d’une femme, et quant à la vengeance envers un homme, l’estime qu’il professe pour son sexe, ainsi que tous les autres moyens qu’il possède pour se procurer satisfaction, l’arrêtent, ce qui amène facilement une réconciliation. Tout cela est bien différent chez la femme. Les bornes de son esprit ne lui permettent pas d’autre pensée que celle d’anéantir ou de rendre impuissant l’objet de sa haine; cette pensée domine tous ses autres sentiments et les étouffe. Elle n’estime pas son sexe, ainsi que nous l’avons vu. La cause déterminante de sa vengeance est d’ordinaire la jalou-
sie celte grande dévastatrice; faut-il s’étonner si la femme ne connaît plus alors ni mesure ni limites ! Quand elle en est arrivée là, elle devient dangereuse, terrible, et donne un libre cours a toutes les mauvaises qualités de son cœur. Voilà la femme dont Jésus Sirach dit : « Je préférerais le voisinage des lions et des dragons à celui d’une méchante femme. » Toute autre méchanceté est peu de chose en comparaison de celle de la
femme.
L’éducation, la culture de l’esprit et la position sociale sont impuissantes pour mettre un frein a la haine ; au contraire, on dirait qu’une éducation soignée développe encore ce mauvais sentiment, car les femmes mettent un point d’honneur a satisfaire leur haine d’une façon éclatante; leur amour-propre en est flatté, et elles ont du plaisir à en faire parade. Il n’y a que cette seule différence, que la femme du peuple se venge plus brutalement; mais sa haine n’est pas aussi redoutable que celle des femmes d’un rang plus eleve, dont la vengeance est plus raffinée, plus meurtrissante, et pour ce motif ses effets sont plus douloureux et plus durables. Dans la vengeance qui naît de la jalousie, l’homme est aussi sacrifie, parce que la femme qui se venge ruine tellemen sa rivale ou la tue, moralement parlant, a un tel point, que l’homme, qu’il soit coupable ou non — dans l’un et l’autre cas il faut qu’il prenne fait et cause pour la victime, — est entraîne plus ou moins dans cette ruine, ce qui n’entre pas toujours, mais quelquefois cependant, dans les cal¬
culs de la femme. • m
Telles sont les passions principales qui som-
meillent dans le cœur féminin ei qui, une fois éveillées, se font jour d’une façon effrayante, comme j’ai essayé de vous le dépeindre. Vous voyez que le caractère fondamental de la femme, celui qui la porte vers l’autre sexe, prédomine dans ses passions comme dans ses faiblesses; ces deux tendances ont la même source, la même racine : elles peuvent conduire la femme au bien, mais aussi au mal.
Certes, mon cher ami, vous en avez assez pour aujourd’hui.
Portez-vous bien.
VINGT-BEUXIÈME LETTRE
Sommaire : Conclusion. — Vertus de la femme qui l’élèvent considérablement. — Bonté, douceur et patience. — La bonté donne naissance à la pitié la plus sincère pour la souffrance d’autrui; la douceur vis-à-vis de l’homme est la plus belle qualité dans l’état du mariage ; et enfin la patience angélique qui fait supporter à la femme les souffrances les plus pénibles, et la lait ressembler aux anges. — Littérature ; et pour conclusion, jugement de Rudolpbi sur la femme en comparaison avec l’homme.
Gœttingue, le 12 octobre 1861.
Vous demandez si, dans ma dernière lettre sur les défauts-de la femme, je n’ai pas exagéré les choses et si je ne vous ai pas représenté l’idéal d’un monstre féminin tel qu’il pourrait être, mais tel qu’il n’en existe pas; s’il existe effectivement des femmes telles que j’en ai dépeintes, ou si j’ai fabriqué de toutes pièces, afin de bien faire ressortir les contrastes? Voici ma réponse : Je n’ai rien imaginé, rien inventé, et je me ferais fort, si le cas l’exigeait, d’appuyer par des preuves la vérité de tout ce que j’ai dit. Mais je veux imiter le chirurden qui, après avoir fait une plaie parce qu’il y était obligé, y applique des baumes propres à la cicatriser, ou des onguents bienfaisants. Je vais vous nommer quelques-unes des bonnes qualités do coeur féminin, pour ne point vous
laisser sous une trop mauvaise impression au moment où nous allons quitter ce tableau psychologique. Sous ce dernier rapport, il me reste la consolante certitude que ni vous ni la jeune génération actuelle n’ajouterez foi d’une manière complète à mes paroles, et je trouve cela tout naturel; car vous n’avez point appris à connaître le sexe féminin comme je vous l’ai dépeint; songez que son plus grand espoir se fonde sur les jeunes hommes, ce qui fait que les mères et les filles sont d’accord pour ne se montrer à la jeunesse masculine que sous les dehors les plus brillants et les plus aimables. Mais le voile tombera aussi un jour pour vous; alors j’aurai la satisfaction, quand je serai dans un monde mei Heur et inconnu, que vous direz après moi : « Il avait cependant raison. »
Pour terminer ma caractéristique de la femme, je vais vous faire faire connaissance avec quelques-unes de ses bonnes qualités.
Je vous nommerai trois|vertus que noos trouvons dans le caractère féminin : la bonté, la douceur et la -patience. Ce sont là des qualités que l’homme ne possède pas de la même manière; — si cela arrive, c’est une exception; — et c’est parce que ces qualités forment un véritable contraste avec les nôtres que nous les apprécions extrêmement chez la femme. Elles sont, du reste, la conséquence de son organisation délicate et du développement particulier de son système nerveux. C’est pour ce motif que nous trouvons chez elle une si grande pitié pour les maux d’autrui. La misère éveille chez la femme la plus grande compassion; elle est infatigable dans l’exercice de la bienfaisance : on en trouve la preuve la plus
lettre XXII.
eonvainquante dans l’organisation des sociétés charitables. . . , t
La douceur s’allie à la bonté chez la femme. La douceur, aussi bien que la patience, est en rapport iutime avec la destination de la femme comme épouse et comme mère. L’homme, qui ne compte ms précisément la douceur parmi ses vertus, a besoin de trouver à ses côtés la femme douce, et là où la manière rude du maître, son opiniâtreté, la vivacité de son caractère se font jour, il faut que sa compagne s’interpose comme médiatrice, conciliatrice, soit qu’il s’agisse dereducaüon des enfants ou des affaires de son époux. G est par la' douceur de la femme que la nature atteint
le but qui consiste à établir l’équilibre entre les deux
sexes, ce qui est d’une grande importance dans
les rapports conjugaux.
Enün la nature a donne a la femme, pour 1 accompagner dans le sentier de la vie la patience, qui est la plus belle et la plus utile des qualités, une vertu qui est d’un prix inestimable. Mais qui mieux que l’accoucheur pourrait porter un jugement sur cette vertu, lui qui voit la femme patienter des journées entières, en se résignant aux plus grandes douleurs de l’enfantement. Voyez comme elle supporte les incommodités de la grossesse et les suites souvent fâcheuses d’un accouchement pénible, suites dont il reste quelquefois des traces pendant le reste de sa vie! Avec quelle patience elle dirige la première ^dncation de 1 enfant, supporte la mauvaise humeur de son mari, et le soigne dans ses misères quelquefois de^ années entières, avec une égalité d’humeur vrai- S anS^el C’est là le côté du sexe féminin
que le médecin apprend plus particulièrement à connaître et à apprécier; c’est à lui qu’est réservée l’occasion la plus fréquente d’admirer la persistance et la force morale de la femme, qui parfois touche à l’incroyable, et qui le remplissent pour elle de sympathie et de la plus haute estime.
: Pour terminer ces esquisses psychologiques, je voudrais vous indiquer encore quelques écrits qui ont traité la question eæ professa. Il me sera d’autant plus agréable que vous compariez l’un ou l’autre de ces écrits avec ce que je vous ai communiqué ici, et ce que mon expérience m’a appris, que je pourrai me laver ainsi du reproche possible d’exclusivisme ou d’appréciations exagérées au sujet du sexe féminin. Tous les auteurs qui se sont aventurés à étudier le caractère de la femme reconnaissent que cette étude est rendue très-difficile par sa réserve, sa concentration innée, son talent de dissimulation, sa vanité, etc. Sous ce rapport, le médecin, et surtout le médecin des femmes, a cet avantage sur tout autre observateur, que la femme se montre à lui sous son jour le plus vrai et le plus exact, et quand elle se confie au juge médical, elle fait taire bien des considérations qu’elle croit devoir faire valoir dans d’autres circonstances; il s’ensuit que le médecin est le plus capable.de donner des descriptions psychologiques impartiales de la femme, qui, quelque imparfaites qu’elles puissent être, se rapprochent encore le plus de la vérité. Nous devons aussi toujours, quand il s’agit d’écrits sur les femmes, établir une différence entre ceux qui proviennent de médecins ou de non-médecins, ce qui est une considération pour le jugement à por-
LETTBE XXII.
ter sur le contenu et sur tout l’ensemble de l’œuvre. Du reste, la littérature n’est pas très-riche en productions de ce genre, et cela indique la difficulté du problème à résoudre.
Je vous nommerai d’abord quelques ouvrages que vous pourrez considérer comme préparatoires :
Meiner. Qeschichte des weiblichen Qeschlechts, (Histoire du sexe féminin). 4 Thle, Hanovre, 1788- 1800, in-8.
Cet ouvrage est presque entièrement historique; il dépeint la position politique des femmes sous divers peuples, depuis le> temps anciens jusqu’aux temps modernes, et ne fournit, à cause de cela, que des matériaux à une psychologie du sexe féminin; mais ces matériaux sont abondants.
Dans les ouvrages suivants, nous trouvons des peintures de mœurs des femmes, à diverses époques, chez divers peuples.
Thomas. Essai sur le caractère, les mœurs et Vesprit des femmes dans les différents siècles; écrit en 1772, dans ses œuvres complètes, par Garat, t. IV. Paris, 1822, in-8, page 1.
Jos. Alex. Ségur. Les femmes, leur condition et leur influence dans l’ordre social chez différents peuples anciens et modernes. 3 vol. Paris, 1803.
Sur la femme grecque, nous trouvons :
Fried. Schlegel. Heber die Barstellung der Weiblichkeit in den griechischen Dichtern. In dem Werke ; Die Griechen und Rœmer, oder Mstorische und kritische Versuche über das klassische Alkrthum (Des femmes chez les poètes grecs. Dans l’ouvrage : Les Grecs et les Romains, ou essais critiques et his-
toriques sur l’antiquité classique). Neustrel, 1797, iii-8, p. 327.
Dans le même livre, le mémoire Sur le Biotima de Platon.
Sur les femmes romaines de la période de l’empire :
Meiner. GescMchte des Verfalls der Sitten, der Wissenschaft und Sprache der Rœmer in dem ersten Jahrhundert nach Christ. Geb. (Histoire de la décadence des mœurs, des sciences et de la langue des Romains dans le i®'' siècle après la naissance de Jésus-Christ). Wien und Leipzig, 1791, in-8. Cap. III, Sur les voluptés des deux sexes.
Les œuvres suivantes appartiennent particulièrement à la psychologie des femmes.
Brandes, TJeber die Weiber (Sur les femmes).
Leipzig, 1787, in-8.
Plus tard, le même auteur publia une exposition plus détaillée, sous le titre :
Betrachtungen ûber das weibliche Geschlecht und dessen Ausbildung in dem geselligen Leben (Considérations sur le sexe féminin et son développement dans la vie sociale). Z parties. Hanovre, 1802, in-8.
G. Fr. Pockels. Versuch einer CharaMeristik des weiblichen Geschlechts{Essai d’une caractéristique du sexe féminin). Nouvelle édition; Hanovre, 1806, in 8; a d’abord paru en 1799.
Œuvre mélangée :
Jacq. L. Moreau (de la Sarthe). Histoire naturelle de la femme. Paris, 1803.3 tom. En allemand, par Rink et Leune. 4 Bande. Leipzig, 1809-1810. Pour ce qui nous concerne en particulier, 2® vol. : Des quatre âges et des tempéi^aments de la femme.
Il y a une œuvre considérable qui ne doit pas
LETTRE XXII
être négligée pour l’étude de la psychologie du sexe féminin ; c’est Fr. W. Bas. de Raradohr, Vénus Urania. üeôer die Natur der Liebe, uber ihre Verendlang und Verschænerung (Sur la nature de ramour, sur son ennoblissement et son embellissement). 4 vol. Leipzig, 1798, in-8.
Les deux derniers volumes sont surtout intéressants; ils traitent de l’union des sexes et de l’amour dans les temps anciens et dans les temps
modernes.
Quelques ouvrages plus nouveaux :
Fr. Ehrenberg. Weiblichcr Sinn und weibliches Leben, Charactei'zûge, Gemælde und RefLexionen{La vie et les tendances de la femme;'traits de caractère, peintures, tableaux et réflexions). Berlin 1818, in-8. Ce livre a été composé par un prédicateur de la cour. Quelles études a-t-il pu faire
sur la femme!
J.-S. Sachs. Âerztliche Gemælde des weibhchen Lebens im gesunden und kranVJiaften Zustande, aus physiol., intellect, und moral. StandtpunUe (Veinture de la vie de la femme dans l’état de santé et do maladie, au point do vue physiologique, intellectuel et moral). Berlin, 1829. in-8. .
Le titre porte : Pour l’instruction des femmes en Allemagne. Cela dit assez; car, quand meine les femmes doivent pouvoir entendre la vente, u n’est point d’habitude de dédier ff^lcrkS œuvre sur les femmes, cette œuvre fût-elle ecn e du reste avec le plus grand amour de ven^ plus grande fidélité d’observation de la nature .
la galanterie le d L’œuvre la plu n’â point encore
s récente, la plus détaillée et qui paru complètement est de Gus-
LETTEES OBSTÉTEICALES.
tave Klemm. Die Frauen {Les femmes). Leipzig, 1855. Jusqu'a présent 6 volumes, le dernier de 1859. Dédié à la reine de Saxe,eet ouvrage ne renferme point d’études psychologiques, il se conforme à son titre ; CulLurgeschichtliche Schüderungen des Zustandes imd Einflusses der Frauen in den verschiedenen Zonen [De la position des femmes et de leur influence sous les diverses zones et dans les divers âges du mondé).
Vous voyez, mon cher ami, que notre hutin dans le domaine littéraire n’est pas riche ; il nous faut donc compléter par nos propres études ce que nous ne pouvons apprendre dans les livres; toutefois il faut être prudent lorsqu’il s’agit de pareilles études de la nature, et bien choisir afin de ne pas tomber sur des ouvrages qui corrompraient à tout jamais notre goûtent nous ôteraient l’envie d’étudier le beau côté du domaine de la • gynécologie.
Enfin, laissez-moi vous transcrire ici, cher et honoré ami, au moment de prendre congé de vous, lés paroles d’une si haute portée de mon professeur Rudolphi, dont le souvenir ne s’effacera jamais de ma mémoire, paroles qui se rapportent à la comparaison des deux sexes, dans ses Eléments de physiologie {Grundriss der Physiologie), t. I, p. 259. La description est d’un style brillant et d’une vérité au-dessus de tout éloge.
« Le corps de l’homme est plus grand, plus solidement bâti dans toutes ses parties; ses contours sont plus anguleux; plus forts aussi sont les 03, les liens, les muscles et les nerfs qui le composenf. Son cerveau est plus grand ; l’organe de sa voix, ceux de la respiration, de la circulation.
LKTTRE XXII.
de la digestion, ont plus d’ampleur et de force. L’homme est moins irritable, moins impressionnable; partant, moralement plus fort et plus apte à toute espèce de tension d’esprit. Il obéit plus à la raison qu’au sentiment; il se pousse de lui-même ; il est capable de l’amitié la plus noble envers son semblable; il se montre souvent despotique et injuste à l’égard de la femme, malgré cela il est habituellement trompé et dominé par elle; il est plus calme, d’humeur plus égale envers les enfants, et par là meilleur éducateur; dans ses passions il éclate violemment, quelquefois avec dureté et avec rudesse, mais revient plus facilement à la raison; il est plus ouvert, vrai et grand dans sa manière d’agir. >
« La femme est plus délicatement et plus mollement constituée ; son organe de la voix et son système respiratoire sont moins développés, mais plus mobiles; elle est plus irritable et plus susceptible, par contre plus faible, plus changeante, plus indécise, plus lunatique, plus obstinée, plus vaniteuse, plus craintive, plus superstitieuse, plus rusée, plus cruelle; presque incapable d’amitié envers les personnes de son sexe, romanesquement dévouée à l’homme, elle s’attache passionnément les enfants par l'amour, et se montre prête à faire pour eux les plus grands sacrifices souvent de la manière la plus touchante. La femme bien élevée surpasse l'homme en modestie, endouceur,en humilité,en patience et en piété; elle développe des beautés de l’âme qui obscurcissent toutes les beautés du corps. La femme mal élevée peut devenir une furie, une hyène, et surpasser l’homme dans tous les vices. »
Eû ai-je dit trop ou trop peu dans mes précédentes descriptions?
Quant à vous, mon très-cher ami, Je souhaite que vous trouviez au plus tôt la perfection! C’est là un vœu qui part du cœur.
Adieu, portez-vous très-bien.