‹ Lettres obstétricalesChapitre 3 sur 29 · I.NTBODÜCTIO · texte numérisé non relu

I.NTBODÜCTIO

Strasbourg, Paris, etc. Il forma surtout des relations suivies avec Naegelé, de Heidelberg, qui, à à cette époque, s’occupait beaucoup du mécanisme de l’accouchement naturel, et vantait les thèses de Solayrès, maître de Baadelocque. Il est probable que Naegelé engagea alors Siebold de donner, en sa qualité de philologue et de littérateur, une nouvelle édition de la première Dissertation de Solayrès, qui fut, en effet, publiée par lui en 1831. {Commerdatio de partu viribus maternis absoluto. Dénué edidii nec non præfatione et annotationibus instruxit E. G. J. de Siebold, Berolin. Gr. in-8®).

Déjà en 1732, après la mort de Mendé, titulaire de la chaire, Siebold fut appelé à Gœttingue, ce qui remplit un de ses vœux les plus chers. Siebold avait toujours conservé pour Gœttingue une grande prédilection. C’est là qu’il avait commencé ses études sérieuses, qu’il avait retrouvé le goût de la littérature, perfectionné ses connaissances en général, etc. Il quitta Marbourg le 5 avril 1833, et prit possession de sa nouvelle chaire le 12. Il était alors âgé de 32 ans seulement, et avait conséquemment par devers lui une longue série d’années d’activité à exercer dans une des universités les plus estimées de l’Allemagne. « Son amabilité, son esprit, son tact, sa connaissance des hommes, et surtout son activité, lui acquirent en peu de temps, dit Spiegelberg, non-seulement la plus haute estime de ses collègues; mais avant tout aussi l’affection de ses élèves. i

Siebold aimait extraordinairement Gœttingue, où il s’était promptement formé de nombreuses et d’excellentes relations. Aussi, quand en 1843,

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après la mort de d'Outrepoat, on lui offrit la chaire de Wurtzbourg, il déclina cette offre, quoiqu’il eût toujours eu une certaine préférence pour le midi de l’Allemagne.

A Goettingue, il logeait à la Maternité, bâtiment magnifique qui a été construit à la fin du siècle dernier d’après les plans d’un architecte français, le chevalier de Nerciat. La bibliothèque, où il trouvait réunis les trésors de toutes les sciences, l’attirait particulièrement. La réunion des différentes Facultés et des collègues éminents de l’Université lui offraient des ressources diCficiies à rencontrer ailleurs, même dans une ville capitale. Aussi, Siebold se livra-t-il avec ardeur à ses études favorites des lettres et de l’histoire.

Le premier fruit en fut la publication du premier volume de son Eistoire de l’art des accouchements, sous le titre modeste de Essai : (Yersuch einer Geschichte der Geburtshulfe), qui parut déjà en 1839. Ce volume contient l’histoire qu’on pourrait appeler ancienne, et dont on fixe généralement les limites à l’apparition du premier ouvrage spécial sur les accouchements, imprimé à Strasbourg en 1512. Le second volume ne fut publié qu’en 1845. Il contient l’histoire de l’art des accouchements, des xvi% XVII® et xviii® siècles. On s’accorde à dire que cet ouvrage est le plus complet, le plus important, le mailleur, en un mot, des traités de ce genre.

Dans l’intervalle (en 1841), Siebold écrivit un Traité sur Part des accouchements à l’usage de ses auditeurs. (Lehrbueh der Geburtshulfe), et un Traité de médecine légale (Lehrbueh der gerichtliche Medizin 1847.) L’enseignement de la médecine lé-

EiTEODCCnON.

VU

gale était dévola, non sans beaucoup de raisons, au professeur d’accouchemenL Eu 1836, il rédigea, de concert avec le conseiller médical Kaufmann, un Traité d’accouchements pour les sagesfemmes du Hanovre.

Siebold avait continué la publication du Journal d’accouchement de maladies des femmes et des enfants, de son père; et dans ce journal, il a inséré une série de mémoires dogmatiques et pratiques qu’il faut chercher dans les tomes IX, XI, XII, XIV, XV et XVIt. Ayant ensuite fondu son journal avec le Nouveau Journal d’obstétricie (Neue Zeitschrift fur Geburtskunde), il y continua ses publications qu’on trouvera dans les tomes IX, XI, XIII, XVI, XVII, XVIII, XIX, XXI, XXII, XXIV, XXVI et XXVIII.

Ce nouveau journal fut transformé en 1833 en Journal mensuel (Monatschrift fur Geburtskunde und Frauenkrankheiten), et Siebold déposa de nouveau le fruit de son expérience et de ses réflexions dans les tomes IV, VI, XII, XIV, XV, XVI, XVII et XVIII. En outre, il a inséré une foule d’articles dans les journaux de Jahn, Schmitt, Wagner, Hencke; dans le Dictionnaire encyclopédique, dans le Journal de la Société médicale de Vienne, dans les Mémoires de la Société royale des sciences de Gœttingue, etc., etc.

Une des publications les plus intéressantes de Siebold et des plus instructives, ce sont ses Comptes rendus sur les cliniques obstétricales de Berlin, de Marbourg et de Gœttingue, au nombre de seize, insérés dans son journal d’accouchement, dans le nouveau jourual d’obstétricie (Neue Zeitschrift) et dans le journal mensuel (Monatschrift).

yni

INTROBÜCTION.

Si nous possédions des comptes rendus de la Clinique de la Faculté et des salles d'accouchements des principaux hôpitaux de la capitale, quel butin! quels enseignements!...

De 184S à 1860 Siebold a rendu compte dans le Journal annuel des progrès de la médecine, de Canstatt (Jahresberichte uber die Fortschritte der gesammten medizin), des progrès de la science et de l’art des accouchements.

Il faut encore compter parmi ses œuvres intéressantes ses comptes rendus et ses analyses de livres, qui sont de véritables travaux qui mériteraient d’être imités chez nous,

N’êtes-vous pas un peu fatigué, cher confrère, rien que par l’énumération des nombreux écrits de Siebold? Si l’on réfléchit qu’il était à la tête d’une Maternité considérable, dont il avait à soigner tous les détails (car, en Allemagne, le médecin d’un pareil établissement n’en est pas seulement le professeur, mais encore directeur et comptable); qu’il était souvent appelé la nuit, que ses leçons l’obligeaient à un travail incessant, qu’il avait une clientèle en ville et dans un grand rayon autour de Gœttingue, qu’il était père de famille; on a peine à comprendre où il prenait le temps pour étudier et écrire.

Et cependant Siebold ne se bornait pas à l’étude et à la propagation de la science obstétricale et à la pratique de sa spécialité médicale; il cultivait toujours encore les lettres et les arts. Il aimait surtout beaucoup les lettres latines, et étudiait avec un soin particulier les satiriques, vers lesquels son esprit fin et un peu caustique l’attirait. II en a essayé des traductions. Celle qu’il a

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faite de la sixième satire de Juvénal est parfaitement réussie (Des Junius Juvenalis sechste Satire mit Einleitung und üebersetzung. Braunschweig 1854). Il justifie la préférence qu’il a donnée à la sixième satire, en disant que l’étude de la femme, sous le rapport moral, est encore de la compétence de l’accoucheur.

Ce travail remarquable, il l’a dédié à son ami Hermann, professeur d’éloquence à Gœttingue.

Le développement qu’il a donné à la dédicace est déjà une œuvre littéraire; mais l’introduction savante qui précède la traduction, et qui donne l’analyse de la satire, me paraît une belle leçon d'éloquence. Quant à la traduction elle-même, elle est presque littérale et d’un mérite généralement reconnu.

La musique a été une autre des passions de Siebold. Il vous raconte lui-même avec un humour parfait, qu’on lui avait fait apprendre à battre le tambour pour lui délier les doigts. Plus tard il échangea le tambour contre les timbales, qu’il allait faire résonner jusque dans les concerts publics. Enfin, devenu homme plus sérieux, il chantait encore fort agréablement en s’accompagnant sur le piano.

Je vous ai fait connaître Siebold aussi bien qu’il m’a été possible d’après mes souvenirs et d’après les renseignements que j’ai pu me procurer. Je ne puis résister à l’envie de vous parler de ma dernière entrevue avec l’aimable et savant professeur, qui m’avait honoré de son amitié.

Vous vous rappelez que Siebold dit quelque part dans ses lettres qu’il est venu à Strasbourg en 1836, et qu’il me fit une visite. Cette visite, je

iîs'TaODÜCTION.

n’ai malheureusement pu la lui rendre qu’en 1834, c’est-à-dire dix-huit ans après, à l’occasion du congrès .scientifique allemand, qui a eu lieu cette année-là à Goettingue. Pendant ce long intervalle de temps nous nous étions écrit rarement ; mais nous avons renouvelé promptement connaissance. -

Je fus reçu on ne peut mieux par Siebold et .par sa famille. Durant tout le temps de mon séjour à Goettingue nous nous voyions journellement plusieurs fois ; le matin, à la Maternité, puis à la section obstétricale du congrès que Siehold présidait, après midi en séance générale, et le soir en famille.

Nous eûmes beaucoup de choses à nous dire, comme bien vous pensez, concernant nos études communes. Je visitai avec lui sa bibliothèque, ses collections ; il me montra quelques livres intéressants, des pièces d’anatomie pathologique rares. Un jour il me conduisit à la bibliothèque de l’Université, où je fus émerveillé des trésors amassés, de la manière dont ils sont conservés et de la facilité avec laquelle on peut en prendre connaissance. Chaque professeur de l’Université est en droit de demander qu’on fasse l’acquisition du livre dont il voudrait connaître le contenu. Ce livre est acheté n’importe à quel prix. Hélas! que n’en est-il de même chez nous !

Le soir, après la séance générale et les fêtes qui étaient offertes aux membres du congrès, Siebold recevait quelques collègues de Goettingue et des étrangers que le congrès avait attirés, et là, en famille, on causait dans la plus grande intimité. C’est dans ces cercles de famiUe que je vis

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les deux filles de Siebold, charmantes personnes, toutes deux fiancées à de jeunes américains qui étaient à Goettingue pour y faire leur droit. Oui, d’Amérique on était venu dans la petite ville de Goettingoe: Cela ne se voit plus chez nous. Autrefois, les étrangers venaient aussi en France pour y faire leurs études. Strasbourg était surtout favorisé sous ce rapport. Allemands, Russes, Anglais, affluaient pour entendre les professeurs célèbres de nos Universités. Aujourd’hui, la présence d’étrangers à nos cours est une exception. Cela prouve-t-il que nous avons déchu? Nullement. Les causes ou les motifs d’absence sont 4’un tout autre ordre.

Mais revenons à Siebold. C’est dans ces réunions intimes que le caractère ouvert et l’amabilité de cet excellent collègue se faisaient jour. Ses causeries, toujours intéressantes, étaient écoutées par tous avec une grande attention. Presque chaque soir aussi nous acquerrions la conviction que Siebold n’avait pas tout à fait abandonné les muses. Parfois il se mettait au piano et nous chantait une romance pathétique ou comique avec un charme et une perfection qui enlevaient tous les suffrages.

J’ai toujours compté ce voyage à Goettingue parmi les plus agréables que j’aie faits dans ma vie, et c’est à Siebold que je dois en grande partie ce bon souvenir.

C’est à cette occasion, cher confrère, que j’ai vu Siebold pour la dernière fois. Je me promettais bien de lui faire d’autres visites, tout comme il m’a promis lui-même de revenir à Strasbourg (vous savez par ses lettres combien il aimait les

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voyages), mais la maladie l’a empêché de mettre ses projets à exécution, et la mort est venue l’enlever à un âge où il pouvait espérer de vivre encore longtemps. Il a prévu sa fin, puisqu’il a écrit sa biographie dans ses lettres obstétricales. A peine avait-il achevé cet ouvrage, qu’il s’est éteint le 27 octobre 1861.

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