POUR LES PALINODS DE L'ANNÉE 1640, QDI EMPOBTÈRENT LE PRIX DE LA TOUR
STAÎTCES.
Exécrables auteurs d'une fausse créance, Dont le sein hypocrite enclôt un cœur de fiel.
' T^dit. V. C. : » ... de ct'ttr nature... » « ... plus on le i'êsseiit. »
POESIKS • i'j\
Jetez vos faibles yeux sur l'arche d'alliance, Vous la verrez semblable à la reine du ciel.
Comparez leurs beautés et leurs effets étranges, Et puis vous confessez avec soumission Que la mère de Dieu, cette reine des anges, Ne peut être que pure en sa conception .
L'une tient en son flanc le bonheur de nos pères, Et l'autre dans le sien notre espoir le plus cher ; L'une par son pouvoir divertit leurs misères, Et l'autre par le sien nous garde de péchùr.
Si l'une a fait gagner plusieurs fois des batailles, Parce que dans son sein un trésor est caché ; L'autre ne fait pas moins, ayant en ses entrailles De quoi nous faire vaincre et dompter le péché.
L'arche sainte, conduite en un lieu plein de vice, Dès l'abord qu'elle y vient, renverse les faux dieux ; Elle en fuit la demeure, et répute à supplice D'habiter dans un lieu si peu chéri des cieux.
Si donc une arche simple et bien moins nécessaire Ne saurait habiter dans un profane lieu, Gomment penseriez- vous que cette sainte mère, Etant un temple impur, fût le temple de Dieu ^ ?
(Cécembre <64G.)
Remercîment fait sur-U-chnmp par M. de Com^tHe lorsque 1$ prix fut adjugé aux stances précédentes. Prince, je prendrai soin de vous remercier,
Pour une jeune musc absente; El son âge et sou sexe ont de quoi convier
JACQ[JELr\K PASCAL.
REMERCIMEINT
POUR LE PRIX DES STANCES, l'aNNÉB SUrVANTB.
Prince dont la bonté s égalant au mérite,
Au plus chétif objet rencontre des appas,
Recevant un bonheur que je n'espérais pas,
Trouvez bon que ma muse en revanche s'excite.
Je sens son mouvement ; mais dans cette fureur
Ma faiblesse ne peut exprimer ma ferveur,
Ni jusques à quel point cette faveur me touche ;
Et toutefois je veux qu'on sache par ma bouche
Les sentiments que j'ai du don que j'ai reçu.
Pour vous, dans cet honneur dont mes vers sont indignes,
Vous imitez Jésus dont les bontés insignes
Obligent les mortels qui ne l'ont jamais vu.
(Décembre iUi.)
COrSTKE yAMOUK.
Imprudent ennemi, vainqueur des faibles âmes,
Qui n'as pour nousdompter que d'impuissantes flammes,
Déité sans pouvoir comme sans jugement,
A porter jusqu'au ciel sa gloire eiicor naissante. De nos poètes fameux les plus hardis projets Ont manqué bien souvent d'assez justes sujets,
Pouf voir leurs muses couronnées.
Mais c'en est un beau qu'aujourd'hui
Une fille de douze années A seule de son sexe eu des prix sur ce puy (a).
{a) Voy. Appendice, ii" IV, une note qui explique ce qu'étaient \epuy, \espalinods ei aussi le juinoe auquel Corneille adresse son reniercînient. Ce personnage que VEdit. V. C. prend assez plaisamment au sérieux en l'appt'laiii le prince **% M'était que le princf {ou chef) de la confrérie de la Conception.
Amour, quitte cet arc dont tu nous veux connbattre :
Son usage inutile, en ton aveujîlement.
Ne peut blesser que ceux qui se laissent abattre.
Tes feux sont sans effet et tes flèches sans force, Quand le cœur a goûté d'une plus douce amorce, Et lorsque la vertu se le peut asservir ; C'est là le beau rempart qui doit garder une àme, Et c'est le seul moyen dont on se doit servir Pour garantir un cœur du venin de ta flamme.
C'est ce bel ennemi dont l'éclat te surmonte, Dont la beauté sans fard te chasse et te fait honte, A l'abord seulement qu'il s'empare d'un cœur ; Et c'est le seul lien qui retient ma franchise Libre de ton servage et de cette rigueur * Qui fait que la raison te fuit et te méprise.
L'esprit le moins subtil est vainqueur de tes charmes ; Il méprise tes feux sans redouter tes armes, Alors que la raison ternit tes faux attraits -. Qui veut te résister est aussitôt le maître, Et si peu de puissance accompagne tes traits , Que qui n'est pas vainqueur veut bien ne le pas être .
(Février 1642.)
SUITE DES STANCES COINTKE L^AMOUH.
▲ l|Ue DE BEUVRON, E5 LUI ENVOYANT LES VERS CONTRE l\\MOUK.
Ce n'est pas que par là je veuille faire entendre Qu'il ne soit point d'objet capable de nous prendre ;
• Edit. V. C: « ... cette vigueur... >> » Id. : ... les faux attraits., v
Que tous également nous soient indifférents : Les beaux yeux de Beuvron nous servent d'assurance Qu'il s'en peut rencontrer qui, sans être tyrans. Donnent des sentiments hors de l'indifférence.
n est vrai que ces yeux sont partout redoutables : Il est vrai que leurs coups, toujours inévitables, N'ont rien vu dans les cœurs qui leur pût résister. Mais ne te vante point, Amour, de cette gloire : Ces yeux , quoique assez beaux pour pouvoir tout dompter . Doivent à sa vertu l'honneur de leur victoire.
Ainsi les traits divins dont ils blessent les âmes Ne tiennent rien, Amour, des gênes ni des flammes Où tu fais succomber tes faibles partisans. Avec eux la raison conserve son usage, Et c'est par ses conseils que les moins complaisants Ont pour eux des respects qui vont jusqu'à l'hommage.
Gesse donc de prétendre à l'empire du monde : C'est à cette beauté, qui n'a point de seconde, Qu'est réservé l'honneur de vaincre l'univers. Ne combats point du sort les ordres infaillibles. Et pense qu'en cédant à tant d'appas divers, On cède à la vertu qui les rend invincibles.