‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 66 sur 97 · On a grand soin de ne les pas entretenir dans la · texte numérisé non relu

On a grand soin de ne les pas entretenir dans la

délicatesse : les exhortant de manger de tout indifféremment; de commencer parcelle de leurs portions qu'elles aiment le moins, par esprit de pénitence, et de se nourrir suffisamment pour ne se pas laisser affaiblir. C'est pourquoi on prend bien garde si elles ont mangé.

4. Elles doivent toujours avoir les yeux baissés sans regarder de côté ni d'autre, écoutant paisiblement la lecture; et puis, elles disent grâces avec les sœurs, et sortent au même ordre qu'elles sont entrées.

De la récréation.

1. Au sortir du réfectoire, on fait la récréation oii les petites sont toujours séparées d'avec les grandes, afin de donner lieu aux grandes de s'entretenir plus doucement et plus sagement : ce qui ne se peut quand les petits enfants y sont, leur âge leur permettant de jouer à des jeux qui ennuieraient les grandes.

2. Si la récréation se fait à la chambre, les grandes s'arrangent tout en rond autour de leur maîtresse^ s'entretenant modestement et familièrement selon leur portée.

5. Il ne faut pas leur demander des discours si sérieux, ni qu'elles parlent toujours de Dieu : ce n'est pas qu'avec discrétion on ne puisse jeter quelques bons discours à la traverse, et si Ton voit qu'elles y prennent goût, on les continue.

4. On les peut laisser jouer à quelques petits jeux innocents, comme à des osselets, volants, ou quelques

autres. Ce n'est pas que cela se fasse parmi nous présentement ; car, hors les plus petites, qui jouent toujours, toutes travaillent sans perdre leur temps ;^ et elles y ont pris une si bonne habitude, qu'il n'y a rien qui les ennuie tant que les récréations des fêtes, comme je l'ai déjà dit.

5. On ne leur permet point d'être séparées les unes des autres, quand ce serait dans la même chambre, et encore moins d'être deux ou trois ensemble, ni de se parler en sorte que l'on ne les entende point. Tout ce qu'elles disent doit être entendu de leur maîtresse, et on entretient toujours la coutume que l'on a prise, qui est qu'en quelque lieu que ce soit, ou leur fasse dire tout haut ce qu'elles ont dit bas, à moins qu'elles disent humblement qu'elles supplient qu'on leur permette de ne le dire qu'en particulier à leurs maîtresses; car il pourrait arriver que ce serait quelque chose qui porterait grand dommage d*être entendu de toutes. Pour cette raison, elles sont instruites dans le particulier de ne dire jamais tout haut ce qu'elles auraient dit bas qui serait mauvais, et qui pourrait mal édifier ou blesser la charité et il leur serait autant imputé à faute de l'avoir dit haut, que si elles avaient celé ce qui devrait être dit.

6. Quoique la discrétion se trouve peu dans la jeunesse, on les y accoutume beaucoup à toute heure et à toute rencontre, mais particulièrement à la récréation où il semble qu'elles ont droit de dire beaucoup de choses pour se divertir et se récréer. C'est pourquoi leurs maîtresses ont soin de leur parler et de s'entrete-

ilir avec elles, afin de les aider à dire des choses raisonnables qui leur ouvrent l'esprit.

7. On ne souffre point qu'elles parlent de ce qu'on leur a dit dans la confession ni dans le particulier, quand ce qu'elles voudraient dire serait de grande édification. Car il se pourrait faire qu'il y en aurait quelqu'une à qui on n'aurait jamais rien dit de semblable, et cela leur donnerait de la jalousie.

8. Elles ne parlent point du chant des sœurs, en disant qu'une sœur chante mieux que l'autre, ni des fautes qui auraient été faites au chœur, ni des communions des sœurs ; et on a soin de les accoutumer à ne point faire de discernement pour cela, et à ne point croire plus saintes celles qu'elles verraient communier plus souvent, ni plus imparfaites celles qui le feraient moins. On leur dit dans les rencontres que chacune suit le don de Dieu, et ce qui lui est commandé par sa supérieure; et qu'il ne faut pas louer celles qui le font souvent, ni condamner celles qui le font rarement, mais laisser le tout au jugement de Notre-Seigneur.

9. Elles ne parlent point aussi de ce qui se fait au réfectoire, comme si quelque sœur avait fait quelque pénitence, ni même de celles qu'elles auraient faites elles-mêmes ou leurs compagnes.

10. On leur défend aussi de parler des pénitences qu'elles demandent en général quand on les instruit, de peur qu'elles n'en fassent un jeu ou qu'elles s'intimident l'une l'autre.

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