‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 79 sur 97 · INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE

DE SŒUR JACQUELINE DE SAINTE-EUPHExMlE (paSCAL), SOUS-PRIEURE ET MAITRESSE DES NOVICES *.

Après m'avoir demandé mon nom et fort loué Sainle- Euphémie, il me demanda si, depuis que j'étais dans la maison, je n'avais point vu quelque changement dans la doctrine. Je lui dis qu'il n'y avait pas bien longtemps que j'y étais, mais que tout ce que je pouvais lui dire était que Ton ne m'avait rien dit ici touchant la foi que je n'eusse appris dès mon enfance.

D. Avez-vous appris en votre enfance que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes?

R. Je ne me souviens pas que cela fût dans mon catéchisme.

D. Depuis que vous êtes ici, ne vous a-t-on rien enseigné là-dessus ?

R. Non.

' Histoire des persécutions des religieuses de Port-Royal, écrite par elles-mêmes. Viliefranche, 17ôô, in-4", page 167.

D. Qu'en pensez-vous?

R. Je n'ai pas accoulunié (l'approfondir ces matières, qui ne vont point à la pratique ; néanmoins, il me seml)le que l'on doit croire que Nolre-Seigncur est mort pour tout le monde : car je me souviens de deux vers qui sont dans les Heures que j'avais étant au monde, et que j'ai gardées longtemps depuis que je suis ici, où il y a en parlant à Noire-Seigneur :

Tu n'as pas détlaigmS pour sauver tout le monde, D'entrer dans l'humble sein d'une viercçe féconde.

Il sourit un peu à cela, et me dit : Voilà qui est bien. Mais d'où vient donc qu'il y en a tant qui se perdent éternellement?

R. Je vous avoue, monsieur, que cela me metsouvent eu peine, et que d'ordinaire quand je suis à la prière, et particulièrement devant un crucifix, cela me vient à l'esprit, et je dis à Notre-Seigneur en moi-même : Mon Dieu, comment se peut-il l'aire, après tout ce que vous avez lait pour nous, que tant de personnes périssent misérablement? Mais quand ces pensées-là me viennent, je les rejette, parce que je ne crois pas que je doive sonder les secrets de Dieu. C'est pour([uoi je me contente de prier pour les pécbeurs. Il répliqua : Cela est fort bien, ma fille. Quels livres lisez-vous?

R. Présentement, ce sont les morales de saint Basile, qui est Iraduil depuis peu, et le plus souvent ma règle.

D. Quel emploi avez vous?

R. Avant qu'on eût fait sortir les novices et les postu-

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