‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 80 sur 97 · INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE

laiites, j'avais soin de celles (jiii élaienl ici. Mais pour celle heure, il n'y a au novicial que quelques professes, une novice et quelques sœurs converses.

D. C'a élc une rude épreuve pour vous de vous ôter vos novices? — Pour réponse, je m'étendis beaucoup là-dessus, sans pourtant paraître aigrie, mais seulement touchée de la douleur qu'elles avaient eue et du danger où elles étaient dans le monde. Il en parut aussi attendri, et ensuite il me dit : Apprenez-vous aux novices que Notre-Seigneur est mort pour tous les hommes, et pourquoi il y a des bons et des méchants ?

R. Comme je ne m'embarrasse point de ces choses-là, je n'ai garde d'en embarrasser les novices. Je tâche, au contraire, de les tenir le plus que je puis dans la simplicité. Il répliqua : Cela est fort bien. Mais ne leur dites-vous pas que quand on pèche c'est par sa faute ? Et ne le croyez-vous pas aussi ?

R. Oui, monsieur, et je le sens bien par ma propre expérience ; je vous assure que quand je fais des fautes, je ne m'en prends qu'à moi seule, et c'est pourquoi je lâche d'en faire pénitence. Il me dit : Voilà qui est fort bien, Dieu soit béni, car je crois que vous parlez sincèrement.

R. Oui, monsieur, comme devant Dieu. Il ajouta :

Je le crois, j'en suis assuré, Dieu en soit béni ; ma fille, demeurez toujours dans cette foi-là, quoi qu'on vous dise, et apprenez bien cela aux novices. Je remercie Dieu de tout mon cœur de vous avoir préservée de toute erreur; car cela est horrible, qu'il y en a qui disent que Dieu tire les uns de la masse corrompue, et qu'il y laisse

périr les autres, selon qu'il lui plail. Cela esl horrible. Mais Dieu soit loué de vous avoir garantie d'une si grande erreur. N'avez-vous point de plaintes à faire?

R. Non, monsieur ; par la grâce de Dieu, je suis parfaitement contente. Il me dit: Mais cela est étranûre; quand je vais quelquefois voir des religieuses, elles me tiennent des deux heures de suite à me faire des plaintes, et je ne trouve point cela ici.

R. Il est vrai, monsieur, que par la grâce de Dieu nous vivons dans une grande paix et une grande union. Je crois que cela vient de ce que chacune fait son devoir sans se mêler des autres. Il s'écria sur cela : Ah î que cela est bien ! Dieu en soit béni, ma fille î Faites-moi venir celle qui vous suit.

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