‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 101 sur 105 · PERIER · texte numérisé non relu

PERIER

Ce fut M. Pascal qui attaqua la morale des jésuites en 15S6, et voici comment il s*y engagea. Il était allé à Port-Royal-des-Champs pour y passer quelque temps en retraite, comme il faisait de temps en temps. C'était alors qu'on travaillait en Sorbonne à la condamnation de M. Arnauld, qui était aussi à Port-Royal. Tous ces messieurs le pressaient pour écrire pour se défendre, et lui disaient : Est-ce que vous vous laisserez condamner comme un enfant sans rien dire ? 11 fit donc un écrit, lequel il lut en présence de tous ces messieurs, qui n'y donnèrent aucun applaudissement. M. Arnauld, qui n'était point jaloux de louanges, leur dit: Je vois bien que vous trouvez cet écrit mauvais, et je crois que vous avez raison ; puis il dit à M. Pascal : Mais vous qui êtes jeune vous devriez faire quelque chose. M. Pascal fit la première lettre, la leur lut ; M. Arnauld s'écria : Gela est excellent; cela sera goûté ; il faut le faire imprimer. On le fit, et cela eut le succès qu'on a vu : on continua. M. Pascal, qui avait une maison de louage dans Paris, alla se mettre dans une auberge, pour continuer cet ouvrage, à l'enseigne du Roi David^ dans la rue des Poiriers, où il était inconnu sous un autre nom', c'était tout vis-à-vis du collège de Clermont, qu'on nomme à présent le collège Louis-le-6rand. H. Perier, son beau-

< UI« Recueil MS. du P. Guerrier, p. 232. * Il se faisait appeler : Monsieur de Mon$. (Yoy. la note au bas de la page 374, ci-dessus.)

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frère, étant allé à Paris dans ce temps-là, alla se loger dans cette auberge, comme un homme de province, sans faire connaître qu'il était son beau-frère. Le P. Defreiat, jésuite, son parent, et parent aussi de M. Pascal, alla trouver M. Perier, et lui dit qu'ayant l'honneur de lui appartenir, il était bien aise de l'avertir que l'on était persuadé, dans la société, que c'était M. Pascal, son beau-frère, qui était l'auteur des petites lettres contre eux, qui couraient Paris, .et qu'il devait l'en avertir et lui conseiller de ne pas continuer parce qu'il pourrait lui en arriver du chagrin. M. Perier le mercia, et lui dit que cela était inutile, et que M. Pascal lui répondrait qu'il ne pouvait pas les empêcher de l'en soupçonner, parce que quand il leur dirait que ce n'était pas lui, ils ne le croiraient pas, et qu'ainsi, s'ils voulaient l'en soupçonner, il n'y avait pas de remède. 11 se retira là-dessus, lui disant toujours qu'il fallait l'en avertir, et qu'il y prît garde. M. Perier fut fort soulagé quand il s'en alla; car il y avait une vingtaine d'exemplaires de la septième ou de la huitième lettre sur son lit, qu'il y avait mis pour sécher ; mais les rideaux étaient tirés, et heureusement un frère, que le P. Defretat avait mené avec lui, et qui s'était assis près du lit, ne s'en aperçut pas. M. Perier alla aussitôt en avertir M. Pascal, qui était dans la chambre au-dessus de lui, et que les jésuites ne croyaient pas être si proche d'eux.

4ôt MAEGVBllTB FIBIEB.

BXTaAlT D*UN mAmOIRB DB IIABGUBRITB PBBIEB BELATIf AUX DISCUSSIONS QUI BURENT LIEU ENTRB PASCAL ET MM* DE POBT* ROYAL, A L* OCCASION DU FORMULAIRE ^

... Il faut expliquer ce qui donna lieu àee différend entre M. Amauld, MM. de PorURoyal et H. PascaL Ce fat à roccasion de la signature du formulaire, que firent les religieuses de Port-Royal, ensuite du second nian' dément des grands«vicaires de H. le eardinal de Retz, où ces messieurs leur firent mettre une restriction en ces termes :

a Nous, abesse, etc., considérant que dans ri^norance où nous sommes de toutes les choses qui sont au-dessus de notre profession et de notre sexe, tout ce que nous pouvons faire est de rendre témoignage de la pureté de notre foi, nous déclarons très-volon-^ tiers par cette signature qu^étant soumises avec un profond respect à notre S. P. le pape, et n'ayant rien de si précieux que la foi, nous embrassons sincèrement et de cœur tout ce que Sa Sainteté et le p(ipe Innocent X en ont décidé , et rejetons toutes les en'eurs qu'ils ont jugées y être contraires. »

M. Pascal, qui était extrêmement exact pour tout ce qui regarde la religion, désapprouva beaucoup cette restriction, disant qu'elle n'était point suffisante; qu'elle manquait de sincérité et qu'elle ne mettait pas la vérité assez à couvert. Il fit même un petit écrit par lequel il montrait que comme dans la vérité le sens de Jansénius n'est autre chose que la grâce efficace , le pape

' IIP Hecueil MS. du P. Guerrier, p. 248. •— Ce mémoire est intitalé : Sur JKf . Pa$eal

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Alexandre VII ayant condamné le sens de Jansénius et le formalaire Texprimant ainsi, on ne pourait empêcher que celte condamnation ne tombât sur la grâce efGcace, ni même se défendre d'v avoir consenti en le souscrivant, à moins que d'excepter formellement la grâce efGcace et le sens de Jansénius ; d*où il concluait que les religieuses ne Tayant pas fait et s'étant cob-* tentées de marquer qu'elles ne souscrivaient qu'à la foi» leur signature pouvait être prise pour une con** damnation de la grâce efficace, puisqu'elles se soumet-' taient à tout ce que les papes en ont décidé; et il disait que les papes ayant condamné le sens de Jansénius sans l'expliquer, et le sens de Jansénius étant certainement le sens de la grâce efficace, il fallait nécessaire* ment excepter formellement le sens de la grâce efficace et celui de Jansénius.

Ces messieurs firent aussi un petit écrit pour com^ battre celui de M. Pascal, où ils disaient entre autres choses que les papes, en condamnant les 5 propositions^ n'avaient point eu intention de condamner la grâce efficace; qu'ils l'avaient même déclaré; qu'il était cer^* tain que le pape et les évêques, en condamnant le sens de Jansénius, n'entendaient pas la grâce efficace, mais un autre dogme qu'ils supposaient être dans Jansénius et qu'ils appelaient pour cette raison le sens de Jansé*^ nius. M. Pascal disait qu'il fallait donc expliquer quel était ce dogme qu'ils condamnaient, pour ne point laisser un doute que ce fût le sens de Jansénius, qui contient la grâce efficace, qui fût condamné; et il disait : « Je veux bien croire que les papes n'ont point eu intenn

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tion de condamner la grâce efficace et même qa*ils Font déclaré, mais comme il n'y a point d*acte anlhentique qui atteste cela, et que le formulaire qui est un acte authentique condamne le sens de Jansénius sans expliquer quel est ce mauvais dogme qu'on lui attribue, le sens de Jansénius étant certainement le sens de la grâce efficace, on ne peut point signer le formulaire, même pour ce qui regarde la foi, sans excepter formellement le sens de la grâce efficace et celui de Jansénius. »

Ces messieurs de leur côté disaient que c'était faire injure au pape et aux évoques que de donner lieu de les accuser d'avoir condamné la grâce efficace, et qu'il n'y avait rien de plus désavantageux à cette doctrine que de laisser croire qu'elle fût réduite à un petit nombre de défenseurs, et qu'elle fût abandonnée de la plupart des évêques.

M. Pascal soutenait toujours qu'il ne fallait point laisser de doutes et rien d'équivoque dans ce qui regarde la foi, comme paraissait être la condamnation du sens de Jansénius; et qu'il fallait lever ce doute, surtout pour les personnes ignorantes dont le nombre est plus grand que celui des personnes savantes; et qu'il fallait absolument excepter le sens de la grâce efficace par elle-même. M. Arnauld disait : Si on fait cela, ils condamneront la grâce efficace. M. Pascal répondait : Ils y regarderont à trois fois avant que de la condamner, et enfin s'ils la condamnent, ce sera leur faute et non pas celle de ceux qui Vauront soutenue. Ainsi il le faut faire.

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Ces messieurs ayant donc fait ainsi quelques petits écrits pour prouver chacun la vérité de son opinion, M. Amauld} M. Nicole et quelques-uns de ces messieurs s*assemblèrent un jour chez M. Pascal pour examiner cela. Chacun expliqua son sentiment. M. Pascal représenta l'importance du sien, et que Tamour que Ton devait avoir pour la vérité ne permettait pas de laisser ce doute dans une signature ; que dire n'ayant rien de si précieux que la foiy nous embrassons sincèrement et de coeur tout ce que les papes en ont décidé, c'est dire nous condamnons les propositions au sens de JanséniuSy puisque les papes le prononcent ainsi dans le formù^ laire. Or, le sens de Jansénius étant le sens de la grâce efficace, c'était tacitement condamner la grâce efficace, et il soutint toujours très-fortement qu'il fallait nécessairement mettre cette exception \ que sans cela on ne pouvait signer en conscience, et que c'était abandonner la vérité.

Il arriva à M. Pascal dans cette occasion une chose fort extraordinaire. Tous ces messieurs qui étaient là, dont je ne puis pas dire les noms, car je ne les sais pas sûrement, sinon M. Ârnauld et M. Nicole ; tous ces messieurs donc, après avoir entendu les raisons de part et d'autre, par déférence ou par conviction se rendirent au sentiment de M. Ârnauld et de M. Nicole; car c'étaient eux qui avaient trouvé cette restriction. M. Pascal, qui aimait la vérité par-dessus toute chose , qui d'ailleurs était accablé d'un mal de tête qui ne le quittait point, qui s'était efforcé pour leur faire sentir ce qu'il sentait lui-même, et qui s'était exprimé très-vivement

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saintes qui sont le fondement de la piété et de la confiance chrétienne, vérités qui sont niées par plosienrs, même dans le sein de l'Eglise catholique, et qui sont attaquées par la constitution unigenituSj et pour toutes les autres vérités auxquelles cette même constitution donne atteinte, que je m'unis de cœur et d'esprit à l'appel qui en a été interjeté au concile général par les quatre évéques, le 1*' mars 1717, et autres appels qu'ils ont interjetés depuis, protestant de mon attachement inviolable à l'Eglise, et de ma soumission parfaite à toutes ses décisions, et de mon obéissance aux pasteurs selon les saints canons, sans me départir jamais du respect dû au saint-siége, et au chef visible de l'Eglise, qui est le pape. Ce sont mes sentiments dans lesquels je veux vivre et mourir avec l'assistance de la grâce de Dieu, que je lui demande très-humblement, par l'intercession de la très-sainte Vierge, mère de Dieu, de mon saint ange gardien et de tous les saints et saintes du paradis. Fait ce vingtième octobre mil sept cent trente-deux.

M. Perier.

Note du P. Guerrier : « W^^ Perier est morte le U* avril 1753, sar

les 10 heures du soir, &gée de S7 ans et 9 jours. Cette profession de foi est entre les mains de M. Descbamps, exécuteur testamentaire de la demoiselle. »

RELATION DU ?• GUERRIER, DE l'ORATOIRE DE GLERMONT^

Mademoiselle Perier m'a dit aujourd'hui, 27 février 1752, que M. Pascal, son oncle, avait un laquais

1 III. Recueil MS. du P. Guerrier, p. 234 et 293.

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nommé Picard, très-fidèle, qui savait que son maître composait les Lettres provinciales. C*était lui qui pour l'ordinaire en portait les manuscrits à M. Fortin, prin* oipal du collège d*Harcourt, qui avait soin de les faire imprimer. On assure qu'elles ont été imprimées dans le collège même.

Item, elle m'a dit que messieurs les curés de Paris avaient accoutumé dans ce temps-là de s'assembler tous les mois, et qu'à Toccasion des Lettres provinciales et de l'Apologie des casuistes, ils proposèrent de demander la condamnation de la morale relâchée, et de nommer quelqu'un de leur corps pour écrire contre. Personne ne paraissait fort disposé à se charger de cette commission; mais M. Fortin, principal du collège d'Harcourt, homme fort zélé, qui connaissait particulièrement M. Mazure, curé de Saint-Paul, lui persuada d'accepter cet emploi, lui promettant de faire composer ses écrits par des personnes très-habiles. En effet, M. Fortin s'adressa à MM. Ârnauld, Nicole et Pascal, qui sont auteurs des écrits qui ont paru sous le nom de messieurs les curés de Paris. Depuis ce temps-là, il fut défendu aux curés de Paris de s'assembler tous les mois, comme ils avaient accoutumé auparavant.

Mademoiselle Perier m'a dit que M. Pascal, son oncle, portait toujours une montre attachée à son poignet gauche. Quand M. Quesnel, frère dupèreQuesnel, eut fait le portrait de M. Pascal qui était mort depuis plusieurs années, on montra ce portrait à un grand nombre de personnes qui avaient connu ce grand homme. Tous le trouvèrent parfaitement ressemblant. Mademoiselle

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Perier le fit voir à un horloger de Paris qai avait tra«vaille assez souvent pour son oncle, et lui demanda s'il reconnaissait ce portrait : C'est, dit l'ouvrier, le portrait d*un monsieur qui venait ici fort souvent faire raccom* moder sa montrot mais je ne sais pas son nom ^

KXTRArrS D UN MANUSCRIT ANONYME CONCERNANT LA VIE DE

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