VIE DB JACQUELINE
me souvenir de le lui dire, ou quand elle viendrait man ger, ou quand nous irions à l'église où nous allions tou* jours ensemble ; et c'était le temps où j*avais le plus d'occasion de lui parler, qui était bien court, car nous n^avions pas grand chemin à faire. Ce n'est pas qu'elle refusât l'entrée de sa chambre ni à moi ni à personne, ni qu'elle refusât son entretien ; mais c'est que quand on la détournait pour lui parler de choses qui n'étaient pas tout à fait nécessaires, on s'apercevait que cela là contraignait et l'ennuyait si fort qu'on évitait autant que l'on pouvait de lui faire cette peine.
Il y avait à Clermont un Père de l'Oratoire dont la vie était exemplaire : ce bon homme venait voir ma sœur assez souventi et elle y prenait plaisir parce qu'il lui faisait des discours d'édification. Ce bon Père lui dit un jour qu'il était bien raisonnable que puisque son esprit avait autrefois travaillé pour le monde, il s'exerçât maintenant à faire quelque chose pour Dieu : qu'il avait ouï dire qu'elle faisait des vers, et qu'il avait pensé de lui donner occasion d'en faire pour la gloire de Dieu, en lui traduisant en prose les hymnes de l'Eglise qu'elle mettrait après en vers. Elle lui dit sim« plement qu'elle le voulait bien. Il lui apporta donc d'abord l'hymne de l'Ascension : Jesu nostra redemp^ tio, que l'on chante tous les jours à l'Oratoire. Elle la mit en vers ^ ; il trouva cela si beau qu'il l'exhorta à continuer : mais elle fit réflexion qu'elle avait entrepris ce travail sans prendre avis, et cela la jeta dans
* Cette pièce ee troufe dao» la suite de ee Tolume.
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le scrupule. Elle écrivit à la mère Agnès qui lui lit une belle réponse et lui manda entre autres choses : « G*est un talent dont Dieu ne vous demandera point « compte ; il faut Tensevelir '. » Dès qu'elle eut reçu cette lettre elle me la montra, et pria ce bon père de la dispenser d'en faire davantage sans lui en dire la raison» mais seulement qu'elle ne pouvait pas continuer ; et ainsi elle se remit à ses exercices ordinaires, gardant toujours exactement sa solitude, sans en sortir que par nécessité. Hais cette retraite n'était point oisive, car outre son office qu'elle disait régulièrement et la lec* ture qui l'appliquait beaucoup parce qu'elle faisait des recueils, elle occupait le reste de son temps à travailler pour les pauvres. Elle leur faisait des bas de grosse
■ Le II« Recueil MS. du P. Guerrier contient des extraits assez nombreux des lettres que la mère Agnès écrivit à Jacqueline Pascal, durant le séjour de celle-ci à Glermont, pour la conseiller et la soutenir dans sa vocation. Voici les passages relatifs à cette partie du récit de M™« Perier :
« rai demandé à *** (M. Singlin ) son sentiment sur ce que vous « me demandez. Pour la première» il dit quMl ne faut point que des c religieuses travaillent pour la vanité; qu'il vaut mieux que vous y « travailliez peu-à-peu pour tous occuper. Pour la seconde, il vaut « mieux que cette personne (a) cache le talent qu*elle a pour cela « que de le faire valoir, car Dieu ne lui en demandera point compte, < puisque c'est le partage de notre sexe que Thumilité et le silence. » (Lettre du 22 juillet 1650.)
« Je suis bien aise que vous ayez prévenu le sentiment de M. Sinc glin* Vous devez haïr ce génie et les autres qui sont peut-être cause c que le monde vous retient, car il veut recueillir ce qu'il a semé. « N. S. fera de même quand il lui plaira : il demandera le fruit de c la divine semence qu'il a jetée dans votre cœur, qui se sera beauc coup multipliée par la patience. C'est tout ce qu'il nous demande « pour le présent. • (Lettre du 5 août 1650.)
{a) C'est mademoiselle Pascal elle-même. (Note du P. Guerrier.)