‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 22 sur 105 · PASCilL · texte numérisé non relu

PASCilL

LETTRE DE tflDÂHE PERIER A M. BEURRIER, GURi DC SAIIVT«iTIB!flfE-Dn*MONT '.

Monsieur,

Si je n*avais tout sujet de croire que vous êtes persuadé du profond respect que j'ai pour vous^ et de la reconnaissance que je conserve des obligations sensibles que nous vous avons, je n'oserais pas prendre la liberté de vous écrire en cette occasion. C'est, monsieur, sur le sujet de Tentretien que vous avez eu avec M. Ta^chevêque de Paris, touchant la disposition de feu mon frère sur les contestations présentes. Je ne suis pas surprise, monsieur, de ce que mon frère vous ayant témoigné qu'il était mal satisfait de la conduite de MM. de P.-R., vous en ayez conclu qu'il n'approuvait pas leur doctrine ; tous ceux à qui il a fait le même discours qu'à vous, et qui ne savaient pas ce qui le portait à en parler de la sorte, en ont fait un pareil jugement.

Gela m'oblige, monsieur, de vous éclaircir de la vérité de toutes choses. Mon frère a toujours eu une estime très-particulière pour ces messieurs ; il les a toujours regardés comme des personnes non-seulement très-catholiques, mais encore tout à fait zélées pour la défense des principales vérités de la morale et de la foi, et il est toujours demeuré parfaitement uni avec eux

' I«' Recueil MS. dn P. Guerrier, pag. errui.

jusqu'au mois denovembre de Tannée 1661 , que les religieuses ayant signé le second mandement de MM. les grands vicaires avec une restriction, mon frère trouva qu'elle n'était pas assez claire, parce qu'elles n'y avaient pas mis en termes exprès qu'elles ne condamnaient pas le sens de Jansénius, ou la grâce efficace» ce qu'il voyait être la même chose, et ces messieurs soutenant qu'il n'était pas nécessaire de faire celte exception. La diversité de leurs sentiments en cette rencontre produisit entre eux une contestation qui alla si avant, qu'il y eut des écrits de part et d'autre ; dont je ne vous puis rapporter autre chose, sinon que tous ceux qui furent faits par mon frère se réduisaient à ce point : que quiconque est persuadé que le sens de Jansénius et la grâce efficace sont la même chose, ne peut, en conscience, signer la condamnation de Jansénius, parce que cette condamnation enferme celle de la grâce efficace. Et ces messieurs s'étant toujours tenus fermes dans leur première pensée, qu'il n'était pas nécessaire de s'expliquer là-dessus, mon frère en fut extrêmement touché; et comme il avait un amour et un zèle extraordinaire pour la vérité et pour la sincérité, il ne put s'empêcher de s'en plaindre à tous ses amis ; et il se servait même de paroles si fortes, comme de dire qu'il s'étaitengagé si avant dans les affaires de ces messieurs, et autres discours semblables, que cela faisait croire à ceux à qui il en parlait toute autre chose que ce qu'il voulait dire. Cependant il est certain, et il est aisé de le juger par le récit que je viens de faire du sujet de leur différend, qu'il n'a jamais douté de la sincérité de leur foi, et ne les a ja-

mais soupçonnés d'aucune erreur contre la foi ; mais qu'il a cru que la tendresse qu'ils avaient pour les religieuses de P.-R.9 et la crainte de les voir exposées à tous les périls dont on les menaçait les portaient à consentir à ces tempéraments pour sauver la maison.

Voilà» monsieur, le véritable sujet des plaintes que mon frère a faites contre ces messieurs. Vous savez que je n'ai plus en cela d'autre intérêt que celui de la vérité» puisque ma sœur» qui était religieuse, est morte il y a quatre ans, et que mes filles, qui n'y étaient que pensionnaires, en sont sorties avec toutes les autres ; d'ailleurs, monsieur, je crois qu'ayant l'honneur d'être connue de vous autant que je le suis, vous me faites bien la justice de croire que je ne suis pas capable d'avancer un fait de cette importance contre la vérité. Il y a cent personnes d'honneur, et de toutes les conditions, qui peuvent vous dire la même chose; et je suis certaine que la sœur Flavie même, qui me connaît et qui a su tous les sentiments de mon frère pendant ce différend, ayant lu une partie des écrits, ne saurait dire que mon frère ait accusé ces messieurs d'aucun sentiment hérétique, mais seulement de s'être relâchés dans leurs expressions, et de ne pas soutenir présentement les choses avec la même vigueur qu'ils avaient fait autrefois. Au reste, monsieur, je vous assure que ces contestations n'ont jamais altéré la charité entre ces messieurs et mon frère. M. Arnauld le vint voir pendant sa maladie, à qui il fit toute sorte de protestations d'amitié ; et la veille de sa mort, vous ayant demandé plusieurs fois, on lui dit que vous étiez à Nanlerre; et comme il vit qu'il était tard,

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et que vous na venies point, il envoya quérir M. de Sainta*MaFthe à qui il se eonfessa, et tous lui donnâtes les saevements la nuit suivante, Ge procédé vous doit faire juger combien il était éloigné de la pensée que ces messieurs fussent engagés dans des sentiments hérétiques, puisqu'il mettait sa conscience entre leurs mains lorsqu'il se voyait prêt de mourir. J'ai cm» monsieur, être obligée en conscience de vous donner ces éclaircissements, parce que j^ai su qu'on prétendait de se prévaloir de ces différends contre ces messieurs qui ne manqueront pas d^alléguer pour leur justification tout ce que je viens de vous dire, parce que c'est la vérité. Et je serais fâchée que cela arrivât sans que je vous en eusse averti. Je puis vous assurer, monsieur, que mon frère pe les a jamais accusés d'aiicune mauvaise doctrine, mais seulement d'un trop grand amour pour la paix et d'un excès de rabaissement dans l'approbation qu'ils ont donnée pour les signatures ; et je dis que je puis vous en assurer, parce que mon frère m'a toujours fait la grâce de vivre avec moi sans aucune réserve, et de me communiquer les plus secrets sentiments de son cœur. Ainsi, monsieur, je vous supplie très-humblement d'avoir la bonté de repasser dans votre mémoire toutes les paroles que mon frère vous a dites, et vous verrez que, quoique la conséquence que vous en avez tirée que mon frère croyait que ces messieurs allaient trop avant dans les matières de la grâce, soit tout à fait juste à cause des expressions dont il se servait, néanmoins il avait dessein de vous faire entendre le contraire, et qu'il voulait dire qu'ils reculaient et quUls

fi Y pliaient plus si ^yant qu^autrefoia, ^e^ p^rple^ étant aussi capables d'pn sens que de T^Tilrp, q\\d^r\i an sait ce qui s'était passé entre ei)x.

J'abuse longtemps de votre patience, mopsiepr ; mais j*^i cru que Vimportance du sujet me servirait d'excuses, et que vous ne trouveriez pas mauvais que je vous ouvrisse mon oœur en cette occasipn comme à une des personnes du monde pour qui j'ai le plus de respect et d'estime, et que je me serve de cette occasion pour vous demander la continuation de votre souvenir dans vos saintes prières, pour moi et pour toute ma famille qui TOUS est très-parfaitement acquise. Je suis

Copié sur roriginal écrit de la main de M<"« Perier. ( iVol« <lu P. G\Mrrier. )

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