LETTRE DE MADAME PERTER A M. VALLANT
A Glermont , ce 27e janvier f 670.
Il est bien temps, monsieur, que je m*acquitte de mon devoir et que je vous proteste qu'on ne peut pas être plus sensible que nous le sommes à toutes les obligations que nous vous avons. J'aurais bien de la confusion j'avoir été si longtemps à vous le témoigner, si je n'avais fiudes empêchements indispensables. Mais, en vérité, j'ai été depuis six mois dans un accablement que je ne saturais vous exprimer. J'ai eu toujours des malades depuis ce tenips-là, et j'en ai eu jusques à sept à la fois ; savoir : ]l{. de Robergues, mon fils aîné et cinq domestiques ; et ensuite des rechutes de tous ces gens-là, dont Anne que vous connaissez a été la plus tourmentée^ et elle n'en
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est pas encore quitte, depuis près de quatre mois» car on craint beaucoup Tbydropisie. Dans ce grand nombre de malades, nous en avons eu de toutes sortes, jusques à la fièvre quinte qui a duré six semaines bien réglée à une fille qui me sert à la cuisine. Enfin il ne nous a rien manqué, et lorsque les malades commençaient à guérir, je me suis trouvée moi-même indisposée, et M. Perier ensuite, qui est dans un grand rhume depuis quinze jours, qui lui a causé une fluxion sur une oreille, qui Vincommode extrêmement. Enfin je crois que nous n'en sortirons jamais. Tous ces embarras nous ont obligés de demeurer à la ville où nous sommes logés fort étroitement ; de sorte que nous n*avons pour coucber, mes filles et moi, qu'une cbambre où Ton mange et où Ton reçoit la compagnie. Ce défaut de logement et de domestiques a empêché ma fille aînée de faire aucun remède jusques à présent : cela me donne un chagrin et une impatience extrême. Elle ne parait pas être plus mal qu*à l'ordinaire, et même, à en juger par l'extérieur, on la croirait mieux, car elle a fort bon visage et elle marche avec assez de liberté. Hais vous savez qu'au mal qu'elle a tout cela n'est rien dire ; j'en suis bien inquiétée. L'autre a toujours son mal d'estomac ; il y a bien trois mois qu'elle n'a point soupe ; elle se porte assez bien du reste.
Vous voyez, monsieur, comme je vous rends compte de l'état de la famille, parce que je sais la bonté que vous avez d'y prendre part. C'est par cette même raison que je crois vous devoir dire que mon fils a été reçu à la charge de M. son père, il y a quelque temps, mais d'une
manière la plus agréable du monde par Vaccueil qu'on lui a fait dans la compagnie. M. le président même, avant que de l'interroger, lui fit un petit discours en très-beau latin, par lequel il disait que ce n'était que pour satisfaire à la coutume qu'il allait le faire, parce que toute la compagnie était persuadée de sa capacité par sa réputation et par la connaissance qu'on avait de son éducation et des exemples domestiques de science et de piété, etc. Ensuite tous ceux qui l'interrogèrent lui firent de petits compliments avant que de commencer; puis, au sortir du palais, MM. les présidents et la plupart des officiers vinrent le voir pour lui témoigner leur satisfaction, au lieu qu'il devait les aller tous remercier comme il fit ensuite. Je n'ai pu m'empêcher de vous faire part de toutes ces choses, parce que j'en ai de la consolation et que je crois que vous en serez bien aise. Je ne veux pas finir sans vous prier de me faire la grâce de me mander des nouvelles de M. Touret ; il est impossible que nous puissions en avoir par lui. Cela est étrange. Je vous supplie aussi très-humblement de nous faire la grâce de nous écrire un peu plus souvent, et de nous mander quelquefois ce qui se passe ; et je vous prie de nous donner une adresse bien précise et bien sûre pour vous écrire, car nous ne le faisons qu'au hasard. C'est ce qui m'oblige d'adresser ce paquet à M. Desprez S Tout le monde vous salue trèshumblement, et je suis plus que personne, monsieur, votre très-obéissante servante,