‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 31 sur 105 · LETTRE DE MADAME PERIER A BLAISE PERIBR SON FILS · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME PERIER A BLAISE PERIBR SON FILS

Ce18«marsiQ80. ;

Vous connaissez trop mes sentiments^ mon très-cher , pour en douter en cette rencontre ; et je sais que vous êtes trop instruit pour n'être pas persuadée que vous regarderez la grâce que Dieu vous fait de vous appeler à son service comme une faveur très-singulière et un effet de sa pure miséricorde. On doit regarder le bonheur d'un état et par les avantages qui s'y rencontrent et par les horribles peines de l'état contraire. Je ne m'étends pas là-dessus, cela me mènerait trop loin. Dieu sait, et je crois devoir vous rendre ce témoignage de moi-même, que je n'ai jamais eu d'autre bien dans l'éducation de mes enfants que de les rendre dignes de lui être consacrés ; que je les lui ai offerts au moment de leur naissance ; que je n'ai jamais révoqué cette offrande et que je ne saurais avoir une plus grande joie

* n** Recueil MS. du P. (^uenriei, p. Sa.'

•10S MADAMB PERIER.

que de la voir acceptée. Il sait aussi que ce qui s*est passé au contraire dans ma famille ^ ne s'est pas fait par mon mouvement ni par mon inclination, mais par la crainte que j*ai eue de manquer à ses ordres ; j'aurais possible mieux fait de suivre mes sentiments que de me laisser aller à la timidité de mon naturel. Mais ce n'est pas à nous à raisonner sur la conduite de la Providence ; je reviens à vos affaires, mon très-cher fils. Vous ne devez pas douter que je ne fasse tout ce que je pourrai pour obtenir ce que vous souhaitez , mais nous craignons d'y trouver bien de la difficulté, ou si l'on n'ose pas refuser, j'appréhende qu'on s'avise d'une autre voie pour vous tourmenter, qui sera d'écrire à H. de Paris pour l'avertir de vous faire faire des difficultés à l'officialité : il sera aisé de vous reconnaître. Je m'appelle d'un nom connu et noté ; votre parrain * et votre marraine portent le même nom. Votre attestation sera de M. le curé de Saint-Jacques et du séminaire de Saint-Magloire r tout cela pourra bien vous rendre suspect, et je crains même que cela ne fasse penser à vous pour vous faire donner des ordres comme aux autres. Vous ferez là-dessus les réflexions que vous jugerez à propos avec M. le curé et vos amis. Nous avons ici grande difficulté pourvotre acte baptistaire. Après la mort de M. Lavigner , ses parents se sont saisis des registres des baptêmes, des morts, des mariages, etc., pensant que le successeur leur donnerait de l'argent pour les

> Le mariage de son fils aîné. ( Note du P. Guerrier. ) * Biaise Pascal. ( Note du P. Guerrier, )

ravoir. Cependant, comme cela ne s'est pas fait, les choses en sont là. Ces parents ne demeurent pas à Clermont ; il fout pour cela envoyer sur les lieux ; et nous ne savons comment il faudra faire, car un extrait de ces gens-là ne fait pas foi. Votre frère s^est chargé de s'informer si cet extrait, étant fait par un notaire des lieux, sera valable. On n'y perdra point de temps ; et c'est à quoi on s'em* ploiera, en attendant l'attestation du père Ghampflour. On fera pour le mieux. Adieu. Je suis toute à vous; pries pour moi. Personne ne vous écrira aujourd'hui que moi, parce que vos sœurs sout dans une occupation qu'elle ne peuvent pas quitter. Je vous prie de dire à M. de Rebergues que j'ai reçu sa lettre, que je le remercie de ses nouvelles, et que s'il revoit madame la duchesse de LafeuilladeS il m'obligera bien s'il veut avoir la bonté de l'assurer de mon respect, que j'ai bien du déplaisir du mal de ses yeux, et qu'aussitôt que j'appris la mort de M. Doublet je pensai à elle. Je serais bien aise de savoir des nouvelles de messieurs ses fils et de mademoiselle sa fille. Adieu, encore une fois, mon très-cher fils. Je vous embrasse de tout mon cœur, et votre frère aussi.

Note du P. Guerrier. J'ai transcrit toat ce qai est de ces trois cahiers snr ies pièces originales que W'^ Perier a données aus PP. de roratoîre de Clermont.

LfiTTRB DE MADAMl PERIER A BC* VALLANT *.

J'ai cru, monsieur, que je ne devais manquer de vous

' Autrefois mademoiselle de Roannez.

* PorfefeuiUes VMara.

440 MAIMLiai FBBIER.

mander tinè houreUéqui sAnidoute yoUb touQhA^a ; €ui la mort dd M. Laporte, médecin» que voub cob&aiasiet et eaiimiei* Nous ravons perdu le Si de ce mois | et ôe qui est d'autant plus sensible» c'est qu'il est mort par un accident qu'il n'y avait pad lieu de craindre qui dût avoir une suite si terrible. C'est un coup de pied de che* val sur l'os de la jambe, qui emporta une pièce du bas de la chaussette et de la peau, sans fraiiture d'os ni autre chose qui pût donner le moindre sujet d'appréhendsi^. Gependanti peu à peu, les accidents que lui«méme pré* voyait sont venus l'un après l'autre» le dévoiement^ la fièvre» dei frissons déréglés qui étaient proprement des trémoussemeilts. La plaie s*est séchée, et enfin il est mort le vingt-*sixième de sa blessure, quelque soiti qu'il ait pris lui-même de se faûre faire les ihcisidns et toutes les choses qu'il croyait nécessaires pour prévenir leul e^ qu'il prévoyait; et, eo&tre l'avissouveot de messieurs s^s ciHifrères» il a pourvu 4t donné des ordres jpedr sa eonsdience et pour ses afiaires où ils eroyatettt qu'il ss pressait ti^p* Je m'assure, mondeur» que fOUs jugéi bien que nous avons senti cette perle de la miinièfi qm nous le devions. Un médecin habile et ami est une perte qu'il est bien malaisé de réparer. Pfie^ fKeU pouf lUi^ s'il vous plaît, et pour nous qui en avons gràiid besoin. Mes deux fils sont présénléîhenl depuis quinze jours à la campagne avec la plus jeune de leur^ sœursi Us y ont fait nos vendanges, et ils y sont restés pour compter av^ les gens qui nous doîveûl et pour mettre dfes bornes à nos héritages, parce que tout le monde empiète sur nous de tous côtés. Vous ne sauriée mlAftWàté la

peine que nous avons à conserver notre bien. Nous avons vendu la charge ; je vous remercie, monsieur, de la part que vous avez voulu y prendre. Nous l'avons donnée pour rien, mais nous nfe laissons pas de regarder cela comme une bonne affaire, parce que nous en étions embarrassés, que nous ne jouissions de rien et qu'il fallait donner dô i*ârgenl pour là conserver. NousTavons vendue à un homme très*riche, et qui nous payera quand nous voudrons et plus tôt que nous ne voudrons. Je voudrais en avoir fait autant de SO ou 60)000 fr. qui nous sont dus, pour lesquels il faut continuellement faire des procédures et discuter des biens ; c'est^^à^dire que je souhaiterais d'avoir cédé tous mes droits, quoi-' que très-sûrs, à quelqu'un qui voulût s'en charger en lui en quittant une très-grande portion, afin de déchar*» ger mes fils des peines et des soins que cela leur cause» et du temps qu'ils y perdent et qu'ils emploieraient mieux, ce me semble. Je vous avoue> monsieur, que j'ai une douleur sensible de voir des jeunes gens,qui ont renoncé à tous les avantages et à tous les honneui^s du monde pour se donner à Dieu, être accablés de toutes les peines et de tous les chagrins que donnent les établissements les plus embarrassants, au moins pour les affaires. Mais j'espère que Dieu y pourvoira et qu'il nous fera la grâce de nous en tirer plus tôt que nous ne croyons. Je reçus hier une lettre de Mi le curé pour mes fils, que je leur ai envoyée aujourd'hui.

Adieu, monsieur ; je me recommande de tout mon cœur à vos prières . Ma fille foUs salue très « hum* btemeut, le suis, de toute l'étendue de mon cœur»

'Il 2 MADAME PBRIBR.

monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante.

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