‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 32 sur 105 · LETTRE DE MADAME PERIBR A M. AUDI6IER · texte numérisé non relu

LETTRE DE MADAME PERIBR A M. AUDI6IER

J'ai été bien surprise, monsieur, d'apprendre qu'un petit mémoire que j'ai fait, il y a vingt ans, de quelques particularités de la vie de mon frère, et qui me fut dérobé dès ce temps-là, vous étant tombé entre les mains, vous avez eu la pensée de le faire imprimer. Je suis persuadée, monsieur, qu'étant amis comme nous sommes depuis si longtemps, vous n'avez pas cru me désobliger en cela. Ainsi je n'ai pas désisté de vous dire à vous-même mes sentiments, sachant bien qu'aussitôt que vous les connaîtrez, vous changerez de pensée. C'est un petit ouvrage que j'ai fait pour ma famille et pour quelques amis particuliers qui m'en avaient prié. Cependant, comme contre mon intention il s'en est publié plusieurs copies, il est arrivé souvent que des personnes qui me connaissaient et d'autres qui ne me connaissaient pas, ayant cru que le public pourrait être édifié de cette lecture, ont pris le même dessein que vous ; mais ni les uns ni les autres n'ayant voulu le faire sans ma participation, je les ai priés de se dispenser de cette peine, parce que si je voulais que cette pièce parût, je

* I^ Recueil MS. du P. Guerrier, pag. uv. La date de cette lettre n'est pas indiquée, mais il résulte d*une lettre de Domat qu'elle est de janvier 1682.

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le ferais moi-même et je la mettrais en un autre état qu'elle n'est. Ainsi personne ne l'a encore fait. Mais comme j'ai vu que j'étais souvent dans ce danger, j'ai obtenu un privilège fort ample pour m'en servir quand je voudrais pour imprimer cet ouvrage en la manière qu'il doit être, ou pour empêcher par là qu'il ne se fasse ri en contre mon gré et contre mon intention. Je m'as« sure, monsieur, que je n'en aurai pas besoin contre vous et que vous voudrez bien me laisser la maîtresse d'un bien qui m'appartient par tant de titres. On m*a mandé aussi que vous aviez dessein d'y joindre une préface où vous vouliez parler d'une chose qui est fou** dée sur un bruit qui est extrêmement contraire à lavérité,etsur quoi je vois bien que vous n'êtes pas informé. Mon frère ne s'est jamais rétracté et n'a jamais eu besoin de le faire, n'ayant eu toute sa vie que des sentiments très-purs et très-cathpliques ; et la déclaration sur laquelle on a fondé cette calomnie ne dit pas un mot de rétractation. J'en ai une copie authentique qui m'a été envoyée par feu M. l'archevêque de Paris, et celui qui a donné cette déclaration a eu bien du déplaisir de l'abus qu'on en a fait. Il a reconnu lui-même qu'il s'était trompé, ayant pris les paroles de mon frère dans un sens contraire à celui qu'elles avaient. Ce sont les propres termes qu'il emploie dans les lettres qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire sur ce sujet, et qu'il m'a permis de faire voir à tout le monde, et même de les rendre publiques s'il était nécessaire. Mais comme il est encore vivant et qu'il est à Paris, vous pouvez vous en assurer par vous-même. Son témoignage propre sera

144 MADAKB PBRIER.

dç plus gr{md poids qpxe le mien ; c*e«t un bamme d'une

a^ffez graqde considération dans le monde et dans son

of dre pour être cru. C'est à lui que je yous renvoie. Je

YQHil SHPl^ie epppre une fois, monsieur, de vouloir vous

çn tenir là. ^'espère que vous ne me refuserez pas cette

grâce, et que vous m'obligerez par là d'être de plus en

plus» comme j'ai tqujours été, à vous et à toute votre fa-

Pille, liionsieur, votre, etc.

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