‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 53 sur 105 · POUR UNE DAME · texte numérisé non relu

POUR UNE DAME

AMOUREUSE d'uN HOMME QUI n'eN SAVAIT RIEN ^

•TAMCES.

Imprudente divinité, Injuste et fâcheuse chimère, Dont le pouvoir imaginaire Tourmente une jeune beauté ; Amour, que ton trait est nuisible, Et que tu parais insensible A tant de plaintes et de vœuxl Alors qu'Amarante soupire, Tirsis est exempt de tes feux Et ne connaU point ton empire.

* Il parait que Jacqueline avait adressé ces stances à Bensserade; du moins on les trouve imprimées dans les œuvres de Bensserade (a), et à la suite vient immédiatement la pièce suivante :

Réponse aux vers préeédents, par M. de Bensserade.

Que ce trait d^un esprit adroit comme le vôtre Est délicat et doux !

Et que vous feignez bien de parler pour un autre. Quand vous parlez pour vous !

Que vos vers sont ardents ! que leur pompe est brillante,

Et quMls sont radoucis I Il n*en faut point douter, vous êtes TAmarante,

EljesuisleThyrcis.

Ils sont de vous à moi ces vers que chacun loue,

Et ne le niez plus.

Pensez à la rougeur qui vous a peint la joue

Dès que je les ai lus.

(a) Deux voL in-45, l«7. Tome !•% p. 77.

Tandis que ses yeux innocents Enchantent le cœur d'Amarante Et que cette flamme naissante A déjà des effets puissants, Cette belle par une œillade Montre qu'elle a Fesprit malade Et qu*elle chérit sa langueur.

Hais ta rigueur incomparable (end cet adorable vainqueur Autant insensible qu'aimable.

La grâce qu'on voit en son port, Et sa douceur incomparable,

Pendant que je voyais cette œuvre (importance,

D*un jugement bien sain, Tons tâchiez d*observer si mon intelligence Allait jusqu*au dessein.

A la fin mon esprit d*ne adresse assez prompte, En a trouvé le nœud, Et j'ai vu dans vos yeux je ne sais quelle honte Parmi beaucoup de feu.

Aussi quoique ces vers soient exempts dHnfamie

Pour être trop parfaits.

Il est bon d'assurer que c'est pour une amie

Que vous les avez faits.

Un semblable prétexte est bon pour peu qu'il vaille,

Et doit être permis; Qoand j'écris de votre air, je dis que je travaille

Pour un de mes amis.

Qu'une fille à treize ans (a) d'amour soupire et pleure,

C'est souvent un défaut ; Hais pour une qui fait des vers de si bonne heure.

C'est vivre comme il faut.

(a) Lfis stances de Jacqueline, dans le NS. da P. Guerrier, portent la date de «•4S : iaeqoeline avait alors dix-hait ans et non treize.

45t JAGQOBLIlfl FABCAL.

Est un éouMl inévitable Où sa raiscn p«rd son effort.

Son ardeur qui toujours augmêatt^ Devient enfin ai véhémente Qu'elle ne la peut plus oeler.

Chacun de nous la voit paraître, Et le seul qu'elle veut toucher, Est seul qui ne la peut connaître.

Peut-être s'il savait un Jour L*ardeur de cette belle flamme,, La pitié ferait en son âme Ce que n'a jamais pu Tamour.

Mais tant de soupirs qu'elle pousse, Par une voix plaintive et douce, Ne découvrent point ses désirs ;

Encore qne Je tienne à hrenv singulière

L'aveu fait en ce Jour; Tai bonté qn^nne fille ait été h première

A me parler d^amour.

Que de fâcheux détours ma ptstloa évils I

Mon espérance rit De voir que tout se hâte, et que fe cœur va vite

pe même que l*esprit.

Nous sommes Tun pour l*antre, et noe âmes blessées

Font de pareils soupirs, Le ciel même en naissant Qi rimer vos pensées

4veç(|ue ines désirs.

Joignons-nous donc enfin d*un tien nécessaire

A la postérité.

Bb tràrainant tous deux nous ne saurfons rien Mf^

Que pour rétemité.

San Tirtis n'y peut H^ eomprea^M, Et ae peusi^ point de seapirs Puisqu'il ne les sait pas sntendre.

Jem» et aaprioieiui aifant, Que itt ta vaa donner do blAme. Pour avQV pu vaincre une fomina, Crpis^iU ta voir plus triomphant ?

Non, non \ mais par cette injustiqe Tu montres bien que ta ipalice Est jointe avae peu de pouvoir.

Si la ferea suivait tes armes, Tirsis pourrait s*en émouvoir Ou du moins oonnattre leurs charmes.

Et toi, dont j'ai dépeint Tardeur,

Aimable et divine Amarante,

Si ton âme n*en est contente

D faut en blâmer ma froideur.

Si ce qui te rend insensée

Pouvait échauffer ma pensée,

J'y travaillerais plus d'un jour.

Mais ne m*en donne point de blâme,

Puisqu'il faut avoir de Tamour

Pour mieux discourir de ta flamme.

(Septembre te43 )

Bomn

FAIt AMÉl UM MNW.

Vos discours rigQurew me do^paat cfe I4 pfwr; Mais malgré vos mépris j'aurai cet avantage,

Qtia voira ^1 a toni^ir s la dooeaur an pûna§e

440 MGQUBLINB PASCAL.

Pour adoadr mon mal par un regard flatteur.

Je sers vos doux attraits avecque tant d'arifeur Et trouve tant de charme en leur rendant hommage. Que quand j'y souffrirais un insigne dommage y Je croirais en mourant recevoir de Y honneur.

Mon âme est pour vos coups une iUustre matière * Qui pour vous contenter se donne tout entière A des traits qui jamais ne furent sans effet.

Je meurs pour satisfaire à votre injuste envie; Mais jetez un soupir, et mon âme ravie Recevra le trépas^ comme un bonheur parfait.

. (Octobre 464S.)

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