MYSTÈRE DE LA MORT DE J.-C
ce qui me contraint de prendre quelque part aux choses de la terre, et qu'il faut que la haine véritahle que je conserverai dans mon cœur pour ces choses, en m'y soumettant néanmoins, fasse qu'elles me soient vraiment une rude croix, afin que mourant au monde je ne tienne plus à la terre, comme mon Sauveur, que par l'instrument de mon supplice ^
XIL Jésus est mort tout environné de douleurs et de plaies horribles, et néanmoins la pensée de plusieurs est que ce ne sont pas les douleurs qui Font fait mourir, n'ayant pu le faire si tôt *.
Cela m'apprend qu'encore que je fusse environnée et accablée de maux dans le monde, ils ne doivent pas être le motif de ma mort au monde, et que comme il ne m'est pas commandé d'y vivre poury souffrir plus longtemps, il ne m'est pas permis d'y mourir seulement pour les éviter.
XIII. Jésus est mort hors la ville. • — Cela m'apprend que la première chose qu'il faut faire est de sortir du milieu du monde, pour mourir au monde.
XIV. Quoique Jésus mourut hors de la ville, il fut néanmoins accompagné de beaucoup de monde.
Cela m'apprend qu'encore que je ne puisse pas m'en séparer entièrement, ni quitter tout à fait les lieux où il habite, je ne dois pas laisser d'y mourir généreusement.
XV. Il est mort publiquement devant tous ceux qui l'ont voulu voir.
' Edit, V. C. : « ... notrQ sauveur... » t ... notre supplice. » * En marge : Sur ces paroles : il rendit V esprit, qui marquent Tactton de la volonté et non la contrainte de la nécessité; et sur rétonnement de Pilate quand on lui rapporta qu'il était déjà mort.
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J'appreads 4e là qu'encore que mi^ condition m'expose aux yeux de tout le monde, cela ne me doit pas empêcher d'y mourir,
XVI. Jésus meurt tout nu. — Cela m'apprend à me dépouiller de toutes choses.
XVII. Encore que Jésus ait bien voulu souffrir ee dépouillement, il ne s'est pas néanmoins dépouillé soimême.
Cela m'apprend non-seulement à me dépouiller dd toutes choses, mais à souffrir que Dieu m'en dépouille par quelque voie que ce soit.
XVIII. La mort de Jésus l'a rendu méprisable aux méchants : elle leur a été un voile pour cacher à leurs yeux la Divinités et leur a fourni une horrible matièr» de blasphémer ; mais elle a été pour les bons une mi'» tière de la reconnaître et de la confesser publiquement. * Elle a été un sujet de scandale pour les uns, et de componction pour les autres *.
Cela m'apprend à me préparer à cette honte, étant sans doute que lès hommes charnels me mépriseront, et attribueront à faiblesse, à stupidité et à folie mon renoncement au monde, que de plus spirituels pourront attribuer au mouvement de l'esprit de Dieu, en être touchés et l'en glorifier.
* Edit, F. C. : « .... eUe leur a été utile pour cacher à leurs yeux sa divinité... »
' Idem omet : Elle a été un suj^ de $CQ,ndale pour let uns et de componction pour les atUree*
' En me^rge : U a sau?é les autres et ne se peut saaTor s^hiakwk — Véritablement eet homme était iUs de Dteu.
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XIX. Jféstis^Ghrist, comme il le dit paf la botiehe du prophète, a été l'opprobre des hommes et l'objet da mé« pris de son peuple. — Ainsi, sa mort ayant été honteuse à regard du monde S j'apprends de là à supporter avec joie le mépris que le monde fera de moi en cet état.
XX. Jésus est mort dans l'insensibilité de tous letf maux, quoique son corps soit tout environné de plaies.
Cela m'apprend à être insensible à tous les événe^ ments fâcheux.
XXI. Jésus est insensible à tous les événements bons et mauvais, et ainsi dans une parfaite tranquillité.
Cela m'apprend l'égalité avec laquelle je dois recevoir toutes les agitations du monde, bonnes ou mauvaises selon sou jugement, pour être par ce moyen dans un parfait repos.
XXU. Jésus est mort, non-seulement dans l'insensibilité, mais aussi dans la privation de tous les plaisirs de la vie.
Cela m'apprend que je dois, non-seulement ne retenir aucune véritable indifférence, mais aussi me priver actuellement de tous les plaisirs du monde.
XXin. Jésus étant mort est effectivement dans une insensibilité parfaite au regard de toutes les choses du monde, de ses biens et de ses maux, etc. ; mais la Divinité demeurant unie à ce corps insensible ^, le Saint-Esprit
> E4U. K. C. omet: Ànm sa mort a^ni été hont&i*$& à Véidird du monde.
' Edit, F. C. : ff .... à ce corps sentihlê^*. »
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résidant en lui y a ses désirs, ses sensibilités et ses passions, pour ainsi dire, de sorte que ce corps insensible étant pénétré de la Divinité, et rien que de la Divinité S n*a plus aucun sentiment pour les choses de la terre ; et tout ce qui est sensible en lui ne Test que par le sentiment unique de l'esprit de Dieu, puisque ce n'est autre chose que lui-même.
J'apprends de là que l'insensibilité qui me doit rendre immobile à tous les événements du monde, bons ou mauvais, ne doit pas me rendre incapable de sentir plus aucune joie ou tristesse, mais seulement de celles du monde, me rendant d'autant plus sensible aux choses qui regardent Dieu, que n'étant nullement occupée de celles de la terre , je n'aurai à penser qu'à celles-là, parce qu'ayant fait une abnégation entière de mon esprit propre, je ne dois plus agir que par le mouvement de l'esprit de Dieu. ,
XXIY. Encore que Jésus dans tout le temps de sa mort n'ait aucunement de vie, néanmoins ses pieds et ses mains par leurs plaies, sa bouche même et sa langue par l'attouchement du fiel, et enfin toutes les blessures de son corps étaient autant de langues et de voix qui, par un langage très-intelligible autant qu'elles en étaient capables sans sortir de leur état ^ publiaient les grandeurs de Dieu qui avait exigé une telle satisfaction, €t reprochaient aux hommes les péchés qui avaient eu
■ Edit. V. C. omet ces mots : pour ainsi dt're, et ceux-ci : el rien que la divinité, * Idem : « ... de son état... »