SA SŒUR
Gloire à Jésus ^ au très'Saint sacrement.
Le 25 juin 1655.
Je pensais continuer à répondre à cet article de votre lettre dans le même style que vous Tavez écrite ; mais je n'ai pu me résoudre, parce que je n'ai plus de gaieté, quand il faut venir sur ce chapitre. C'est pourquoi je vous supplie très-humblement de croire tout ce que je vous en dirai à la lettre; car je parle de mon plus sérieux. Je ne doute point qu'on ne vous ait fait l'emploi que j'ai plus grand qu'il n'est, et c^est une des raisons qui me fait vous en parler sérieusement ; car après tout ce n'est rien du tout, et je crois qu'une autre que moi ne s'en apercevrait presque pas ; mais c'est beaucoup pour moi, qui n'ai cherché qu'à me faire cacher, et qui ne suis capable que de faire quelque ravauderie dans une petite cellule, ou de balayer la maison car je suis devenue fort experte en ce métier, à laver les écuelles et à filer; voilà ce que j'ai fort bien appris. Vous saurez* donc que l'emploi qu'on m'a donné est d'être résidente dans le noviciat, pour avoir l'œil sur les petits manquements que les postulantes nouvelles venues, dont on ne man-
> IP Recueil MS. du P. Guerrier, page 16. .
s Edit, y. C. : « ... tous savez donc... >
quç f[uftre çéftps, peuyent feire Q^ftQpe dp sftVQjr les coutumes et les ordres d^ la maison, pour le^ e^ ayertir, et les leur apprendre peu à peu. J'ai soin aussi de la plupart de leurs petits besoins extérieurs , pour les pourvoir de seuliers, de chausses, d'épingles, de fll, etc., et parce que la mère Agnès, qui est notre maîtresse, comme vous sgvçj, (car je pepgeque vqïi§ ^?iv§z aussi que je suis encore du noviciat,) et la sous-maitresse (qui est une excellente personne dont je n'ai pas pu m'empéeher de vous parler une fois, parce qu'elle était alors la première maîtresse des petits enfants) ont trop d'occupations pour se charger de l'instruction de celles qui sont si ignorantes qu'il leur faut apprendre le premicF alphabet de la foi, c'est à moi à qui on a donné ce soin. Et afin que vous n^ayez plus sujet de vous plaindre de mon silence, je vous avoue ingénument c^u'on m'a aussi obargée de leur conduite dans ce qui regarde la conscience, en sorte qu'elles n'ont que moi pour conseil dans la maison , car dehors elles ont leur confesseur. Voilà en quoi consiste proprement ma charge, et pourquoi il est besoin', non pas d'un petit mulet S comme vous dites, mais de quelque chose de plus que ce que j'ai. Vous voyez bien néanmoins que ce n'est pas grand'chose en soi, puisque je n*ai qu'à recevoir des autres ce que je leur dois donner, et que ma sœur Madelaine,
^ Edit, V. C. : « ... non pas d^un peU( malet... » Ce mot qui v!^ pas de sens n*est qu^une erreur du deuxième copiste, et se trouye, en çffet, (laps le f^ai. S^ppl. /i»«n?., n^ i^f
Sans doute madame Perler avait écrit, en faisant aUusion aux occupaUons de sa sœur, qu'elle lui paraissait chargée comme un fetit mMU$,ei c'est à cela que répond ici Jacqueline.
qui ej9t toujours présente, peut me redreips^r dans las fautes que j'y fais» et a l'œil sur elles cou^me sur moi, et que les pauvres filles, qui sont si u)al pourvues de conductrice , peuvent^ quand bon leur semble , s'a«dresser à elle et même à la mère Agnès S Hais avec tout cela je m laîssçi pas de bi§n trembler, quand je considère que j'ai entre les mains la vocation de cinq ou six filles, s'il faut ainsi dire, et qu'elle dépend en quelque sorte de mon peu de charité et de lumière, qui fait souvent que je préfère mon repos à leurs besoins, faute de les connaître ou de les vouloir soulager.
Je vous dis la vérité : voilà naïvement ce qui en est. Je vous avoue que l'ouverture de cœur qui doit être en nous, m'a souvent donné du scrupule sur le secret que je gardais avec vous eu cela, pendant que vous étiez ici, et que vous me demandiez si souvent quel emploi j'avais ; et j'avais même écrit sur mon agenda pour savoir de la mère Agnès si je ne vous devais pas cetta confidence ; mais Dieu a permis que je l'aie toujours oublié. Gela a fait que je n'y ai plus pensé depuis que vous êtes partie. Je n'en ai rien dit non plus à mop frère. S'il le sait, c'est comme vous, par d'autres que par moi. Il y a un grand avantage en cet emploi, en ce que sa principale obligation consiste à faire con« naître Dieu aux autres, et à leur inspirer et leur imprimer sa crainte et son amour ; mais vous avouerez qu'il y a aussi un grand danger, parce qu'il est bien difficile de parler de Dieu comme de Dieu, et qu'il est bien dan* gereux de donner aux autres de sa disette, au lieu dQ
* Edit. F. C. ; f ... à elle ou à la mère Agnès. »
son abondance. Priez Dieu qu*il regarde mes deux deniers comme les grandes aumônes des riches, et qu1l me fasse la grâce de m'inslruire moi-même en instruisant les autres. Adieu, ma chère sœur, je suis toute à vous en Notre-Seigneur.
Sœur Euphéhie, religieuse indigne.