‹ Lettres originales de J.J. Rousseau à Mme. deChapitre 5 sur 11 · A M" DE · texte numérisé non relu

A M" DE

Paris, 9 octobre lySi.

J £ xne flattois , Madame » d'avoir une aine à Tëpreuve des louanges; la lettre dont vous ,\ jm'avez honoré m'apprend à compter moins

,p f ur moi-même ; et s'il £Bmt que je vous voie ,

voila d'autres raisons d'y compter beaucoup ' ' moins encore. J'obéirai toutefois ; car c'est

l^ à vous qu'il appartient d'apprivoiser les

monstres.

y Je me rendrai donc a vos ordres , Ma«>

• dame , le jour qu'il vous plaira de me près*

crire* Je sais que M. d'Alembert a Thon* n^ur de vous £iire sa cour ; sa présence n^

(i6) me chassera point : mais ne troavez pai mauvais , je vous supplie y que tout autra tiers me fasse disparoltre.

Je suis avec un profond respect, Mi« dame ^ etc.

(»7) Montmorency , i3 octobre 1758*

wuoi , Madame , vous pouviez me soupçonner d'avoir perdu le souvenir de vos bontés ! C*éfoit ne rendre justice ni à vouj . ni à mo^ : les témoignages de votre estime ne s'oublient pas / et je n'ai pas un cœur fait pour les oublier. J'en puis dire autant de l'honneur que me fait monsieur Tambas* sadeur ; c'est un grand encouragement pour m'en rendre digne : l'approbation des gen»

de bien est la seconde récompense de kl vertu sur la terre.

Je comprends par le commencement de votre lettre» que vous voila tout-à-fait dane la dévotion. Je ne sais s'il faut vous en féli* citer ou vous en plaindre : la dévotion est un état très-doux » mais il faut des disposi* tions pour le goûter. Je ne vous crois pas Tame assez tendre pour être dévote avec extase , et vous devez vous ennuyer durant l'oraison. Pour moi , j'aimeroîs encore mieux " être dévot que philosophe ; mais je m'en tiens à croire en Dieu , et à trouver âfaot^

(.8) Fespoir d'une autre vie ma seule consolation dans ceUe-ci.

Il est vrai , Madame , que Famitié me fait payer chèrement ses charmes , et je vois que vous n*en avez pas eu meilleur marché* Ne nous plaignons en cela que de nousmêmes. Nous sommes justement punis des attachemens exclusifs qui nous rendent aveugles, injustes, et bornent l'univers pour nous aux personnes que nous aimons. Toutes les préférences de l'amitié sont des vols faits au genre humain , à la patrie. Les hommes sont tous nos firères ; ils doivent tous être nos amis»

Je, conçois les inquiétudes que vous donne le dangereux métier de monsieur votre Hls, et tout ce que votre tendresse vous porte à faire pour lui donner un état digne de son nom : mais j'espère que vous ne vous serea point ruinée pour le faire tuer ; au contraire, vous le verrez vivre, prospérer, hotiover vos soins , et vous payer au centuple de tous lés soucis qu'il vous a coûté. Voilà ce que son Age , le vAtre , et l'éducation ^u'il a reçue de vous , doivent vous lair#

attendre le plus naturellement. Au reste , pardonnez si je ne puis voir les périls qui vous effraient, du même œil que les voit une mère. £h l madame , est-ce un si grand mal de mourir? Hëlas ! c*en est souvent un bien plus grand de vivre !

ï'ius \e reste enfermé dans ma solitude f xnéins je suis tenté de llnterrompre par un voyage de Paris : cependant » je n'ai point pris lâ-deSsus de résolution. Quand le désir m'en viendra y je serai prompt à le satis^ faire ; mais il n'est point encore venu» Tout té qliô je puis Voui^dire sur l'avenir , c'est que si jamais je fais ce voyage , ce ne sera point sans me présénteîr chez votis ; et que dans' mon s3rstème actuel , j'aurai peut-être quelqu'e reproche a nie faire du motif qui ib'y conduira.

Recevez, Madame, les assnraxicei d^ ihon résjpect.

(lo) ' Montmorency, le i5 janTÎer lyS^-

Jbi N vérité , Madame y s*il ne falloit pas vous remercier de votre souvenir , je croîs que je ne vous remercierois point de vos poulardes. Que pouvois-je faire de quatre poulardes ? J*ai commencé par en envoyer deux à gens dont je ne me souciois guère.

Cela m^a fait penser combien il y a de dif»

férence entre un présent et un témoignage d'amitié. Le premier ne trouvera jamais en

moi qu'un cœur ingrat ; le second.

h Madame ! si vous m'aviez fait donner de vos nouvelles sans rien m'cnvoyer de plus , que vous m'auriez fait riche et reconnois-^ sant ! au lieu qu'a présent que les poulardes sont mangées » tout ce que je puis faire de mieux y c'est de les oublier : n'en parlons donc plttsf. Yoilâ ce qu'on gagne à me faire des présens.

J'aime et j'approuve la tendresse mater* nelle qui vous fait parler avec tant d'émotion de l'armée où est monsieur votre (ils ; mais je ne vois pas. Madame; ponrquoiil

tàut absolument que vou8 vous tuiniez pour lui : est-ce quWec le nom qu il porte et Tëducation qu*ii a reçue , il a besoin , pour se distinguer, de ces ridicules équipages qui

r font battre vos armées et mépriser vos offi-

ders ? Quand le luxe est universel , c'est par

r la simplicité qu'on se distingue ; et cette

distinction qi4 laisseroit un homme obscur dans la boue , ne peut qu'honorer un homme

I de qualiié. Il ne faut pas que monsieur

votre fils souffre , mais il faut qu'il n'ait rien de trop : quand il ne brillera pas par son équipage , il voudra briller par son mé-

i ^ rite; et c'est ainsi qu'il peut honorer et

' payer vos soins.

A propos d'éducation , j aurois quelques idée& sur ce sujet que je serois bien tenté de jeter sur le papier , si j'avois un pea 4l*aide ; mais il faudroit avoir là-dessus les observations qui me manquent* Tous êtes mère ^ Madame , et philosophe ^ quoique dévote ; vous avez élevé un Hls : il n'en fàlloit pas tant pour vous faire penser. Sî vous vouliez jeter sur le papier , à vos momens perdus ;, quelques réflexions sur cettt

matière et me les communiquer , vous se^ riez bien payée de votre peine , si elles m aîdoient a faire un ouvrage utile ; et c'est à de tels dons que je serois vraiment sensi* ble : bien entendu pourtant que je ne m'approprierois que ce que vous me ferles penser , et non pas ce que vous auriez pensé vous-même.

Votre lettre m*a laissé sur votre santé des inquiétudes que vous m'obligeriez de vouloir lev^r ; il ne faut pour cela qu'un mot par la poste. Votre ame se porte trop bien; elle vous use ; vous n'aurez jamais un corps sain. Je hais ces santés robustes , ces gens qui ont tant de force et si peu de vie ; il me semble que je n*aî vécu moi-même que depuis que je me sens demi-mort. Bon jour | Madame , il faut finir par régime ; car sûrement , si ma règle est bonne, je ne guérirai pas en vous écrivant.

A Montmorency , le 3e janTl«r 1761.

jyL A D A M B , votre lettre me plaît , me touche et m'alarme. On fait des compliment aux: gens ûidiffërens ; mais aux personnes qu*on aime , on leur parle de soi. Je vous ^ parlerai de moi aussi dans un autre tems ;

mais pour le présent parlez- moi de monsieur l'ambassadeur , je vous supplie : vous savez qu'il a depuis l<mg-tems tous les respects de mon cœur , et votre attachement pour lui me rend sa vie et sa santé encore plus chères. Vous pleurez la mort d'un ami :

je vous plains ; mais je connoîs des gens plus toialheureux que vous. £h I madame , c'est une perte bien plus cruelle d'avoir a pleurer son ami vivant !

A. Montmorency, le 5 février ifCr*

J e suis f Madame , pénétré de reconnoissance et de respect pour vous ; mais je ne puis accepter un présent, de Tespèce de celui que vous m^avez envoyé. Je ne vends pas mes livres ; et si je les vendois , je ne les vendrois pas si cher. Si vous avez retiré vos anciennes bontés pour moi au point do dédaigner un exemplaire des écrits que je publie , vous pouvez me renvoyer celui-là ; je le recevrai avec douleur , mais en silence.

Vous Tne marquez qu'on trouve ce livre dangereux ; je le crois en effet dangereux aux ûipons , car il fait aimer les choses honnêtes. Vous devez concevoir là-dessus combien il doit être décrié y et vous ne devez point être fâchée pour moi de ce décri ; il me seroit bien plus humiliant d'être approuvé de ceux qui me blâment. Au reste, ei vous voulez en juger par vous-même , je «rois que vous pouvez hasarder de lire ou

parcourir

(a5) parcourir les trois derniers volumes : le |m« aller sera de suspendre votre lecture aussîtdt qu'elle vous scandalisera.

Vous n*ig)iorez pas y Madame , que je n'ai jamais fait grand cas de la philosophie , et que je me suis absolument détaché du parti des philosophes. Je n'aime point qu*on prêche l'impiété : voilà déjà de ce c6té-li un crime qu'on ne me pardonnera pas. D'un autre côté » je blâme l'intolérance , et je veux qu'on, laisse en paix les incrédules ; or le parti dévot n'est pas plus endurant quel'au»

tre* Jugez en quelles mains me voilà tombé;

Par-dessus cela^ il faut vous dire qu'une équivoque plaisante de M. de Marmontel m'en a fait un ennemi personnel ^ furieux et implacable 9 attendu que la vanité blessée ne pardonne point. Quand ma lettre contre les spectacles parut, je lui en adressai un exemplaire avec ces mots : If on pas à tauùeùr du Mercure , mais à AL de Marmontel.

J'entendois par-là que'j'envoyois le livre à sa personne et non pas pour qu'il en parlât dans son journal; de plus, je voulois dira 'c[ue M. Mam^omeHtçU capable de mieux

(»6) que de Élire le Mercure de France. C'ëtoit un compliment que je lui faisois ; il y a trouvé une injure ; et d'après cela vous pouvez bien croire que tous mes livres «ont dan- j gereux tout au moins. j

Tels sont les dignes défenseurs des mœurs et de la vérité. Je me suis rendu justice ep in*é] oignant de leur vertueuse troupe ; il ne falloit pas qu'un aussi méchant homme déshonorât tant d'honnêtes gens. Je les laisse dire , et je vis en paix; je doute qu'aucun d'eux en Bt autant à ma place.

Je me flatte que le bon St.-Louîs m'« trouvé le même que j'étois quand vous m'honoriez de votre esiime. H me seroît cruel de la perdre , Madame ; mais il me seroit encore plus cruel de lavoir mérité.

Quelque malheureux qu'on puisse être , Il est touJQurs quelques maux qu'on peut éviter. Bon jour , Madame: vous avez raison de me renvoyer à ma devise ; je continue âme servir démon cachet sans honte, parce qu'il est empreint dans mon cœur.

J*apprends avec grand plaisir l'entier rétablissement de M« l'ambassadeur ; m^lt

(*7) ^us me parlez de votre santé d*un ton qui

m'inquiète; cependant St. Loiiîsme dit que vous êtes assez bien. Pour moi , la solitud* m^ôte sinon mes maux , du moint mes soucis; et cela fait que j'engraisse : voilà tout le changement qui s'est fait en moi*

(a8) A Montmorency , aS féTrîer X76&

lYJ. A D A M E , je VOUS dois bien des réponses : j'aime à recevoir de vos lettres ; j'ai du plaisir a vous écrire; j« voudrois vous écrire long - tems ; il me semble que j'ai mille choses à vous dire s mais il m'est impossible de vous écrire à mon aise quant à présent ; les tracas m'absorbent , me tuent ; je suis excédé. Permettez que je renvoie à un tems plus tranquille le plaisir de m'entretenir avec vous. Je prends part à tous vos soucis : les miens ne sont pas si graves ; mais ils me touchent d'aussi près. Si vous effectuez jamais le projet d'aller vivre à la campagne p ne me laissez pas ignorer votre retraite ; car fussiez- vous au bout du royaume , si vous ïie rebutez pas ma visite , j'irai de mon.

■ pied faire un pèlerinage auprès de vous.

A Montntorency , le 7 jsin 176a.:

J E VOUS remercie. Madame^ de Tavîs qae vous voulez bien me donner ; on me le donne de toutes parts : mais il uVst pas en mon usage ; J. J. Rousseau ne sait point se ca* cher. D'ailleurs je vous avoue qu'il m*est impossible de concevoir à quel titre un citoyen de Genève , imprimant un livre en Hollande, avec privilège des Etats- généraux y en peut devoir compte au parlement de Paris. Au reste, j'ai rendu gloire adieu et parlé pour le bien des hommes. Pour une si digne cause, )e ne refuserai jamais desoufi frir. Je vous réitère mes remerciemens , Madame , et n'oublierai point ce soin do votre amitié.

A Moitié is-Trarers , 1« Si juillet 1764^

T OU S ne m'auriez pas prévenu , Madame, ti ma simatîon m'eût permis de vous faire souvenir de moi; mais si dans la prospérité l'on doit alJer au-devant de ses amis, dans l'adversité il n'est permis que d'attendre.

Mes malheurs , Tabsence et la mort , qui ne cessent de m'en ôter, me rendent plus précieux ceux qui me restent. Je n*avoîs pas besoin d*un si triste motif pour faire valoir votre lettre; mais j'avoue, Madame, que la circonstance où elle nl*est venue ajoute encore au plaisir qu'en tout autre tems faurois eu de la recevoir. Je reconnois avec joie toutes vos anciennes bontés pour moi dans les vœux que vous daignez faire pour ma conversion. Mais quoique je sois trop bon chrétien pour être jamais catholique, je ne m*eu crois pas moins de la même religion que vous: car la bonne religion consista beaucoup moins dans ce qu*on croit que dans ce qu'on fait. Ainsi , Madame , restons comme nous sommes ; et quoi que vous en puissiez dire» nous nous reverrçns bien plus

( 3, ) \ purement dans l'autre monde que dans ce-

I, lui-cL C'eût été un très-grand honneur pour

)> votre gouvernement que J* J. Rousseau j

vécût et mourût tranquille : mais l'esprit ëtroit de vos petits parlementaires ne leur a pas permis de voir jusque-là; et quand ils lauroient vu, l'intérêt particulier ne leur eût pas i>ermis de chercher la gloire nationale au préjudice de leur vengeance jésui* tique , et des petits moyens qui tenoient à ce projet. Je connois trop leur portée pour les exposer a faire une seconde sottise ; la première a suffi pour me rendre sage. L'air de ce lieu-ci me tuera, je le sais : mais n'importe; j'aime mieux mourir sous l'autorité des lois que de vivre éternel jouet des petites passions des hommes. Madame, Paris na me reverra jamais; voila sur quoi vous pouvez compter. Je suis bien fâché que cette certitude m'ôte l'espoir de vous revoir jamais qu'en esprit; car je crois qu'avec toute votre dévotion 9 vous ne pensez pas qu'on se revoie autrement dans l'autre vie. Recevez, Madame , mes salutations et mon respect ; et soyez bien persuadée , je vous supplie, que# mort ou vif ^ je ne vous oublierai jamais.

▲tt Temple, le S jenTîer lyGiL

J K reçoit votre lettre. Madame , en arrivant d'une course , et j*y réponds à la hâte , en repartant pour une autre. L'air maKsaih pour moi de mon habitation, et l'importanité des désœuvrés de tous les coins du inonde , me forcent à chercher le soulagement et la solitude dans des pèlerinages con-^ tinuels.

AU Temple » U 3 jânTÎer 1766.

JLj e désir de vous revoir , Madame , forinoit un de ceux qai m'atliroient à Paris* La nécessité , la dure nécessité qui gouverne toujours ma vie, m'empêche de le satisfaire* Je pars avec la cruelle certitude de ne vous revoir jamais : mais mon sort n*a point changé mon ame ; l'attachement , le respect»

la reconnoissance , tous les sentimens que j'eus pour vous dans les momens les pluf heureux , m'accompagneront dans mes richesses f jusqu'à mon dernier soupir*

Ce dimtBcbe niâfin*

J E sens. Madame, après de vains efforts, que traduire m'est impossible ; tout ce que |e puis iîiire pour vous obéir , c'est de vous donner une idée de l'ëpîire désignée , en l'écrivant à peu près comme j'imagine qu'Horace auroit fait s'il avoit voulu la mettre en prose françoîse , à la différence ptès de Tinfériorité du talent et de la servitude de l'imitation. Si vous montrez ce ibarbouiilage a Monsieur l'ambassadeur , il »'«n moquera avec raison , et j'en ferois de bon cœur autant ; mais je ne sais pas dire mieux d'après un autre, ni beaucoup mieuj^ fje moi-même.

(S5) lettres sans date à la mêmei

Ce mercredi matin,

J B ne vais point vous voir, Madame 9 parqtf que f ai tort avec vous, et que je n'aîme pat k faire mauvaise contenf\nce; je sens pour^ tant qa*aprës avoir eu l'honneur de vou4 connoitre , je ne pourrai me passer long-) tems de celui de vous voir; et quand i^ vous aurai fait oublier mes mauvais pror cétiës, je compte bien de ne me plus mettra dans le cas d'en avoir d'autres à réparer.

Je commençai ]a traduction immédiate'*' tnent en sortant de chez vous ; je Vi\ï sus^ pendue, parce que je souffre beaucoup^ eC ne suis point en état de travailler : je l^chc'* verai durant le premier calme , et m*eit( servirai de passe-poxt pour me préseuteiK à vous.

fS6)

Ce samedi*

J'AI travaillé huit jours , Madame, c'està-dire huit matinées. Pour vivre, il £aut que je gagne quarante sols par jour : ce sont donc seize francs qui me sont dus , et dont je prie votre exactitude de différer le paiement jusqu*à mon retour de la catnpngne. Je n*ai point oublié votre ordre ; mais Monsieur Tambassadeur étoit pressé , et vous m'avez dit vous-même que je pouvois également faire à loisir ma traduction sur la copie.

A mon retour de Passy j'aurai Phonneur de vous voir : le copiste recevra son paiement ; Jean* Jacques recevra , puisqu'il le faut y les complimens que vous lui destinez ; et nous ferons ^ sur l'honneur que veut m»

faire Monsieur Tambassadeur , tout ce qu'il flaira à lui et à vous«

Ce mardi i6^

Je VOUS remercie 9 Madame, des injustices que vous me faites ; elles marquent au moins un intérêt qui m'honore j et auquel |e suis sensible. J*ai un ami dangereus^itnenc maliade , et tous mes soins lui sont dus. Avec une telle excuse, je ne me croirois point coupable d*avoir manqué à ma parole , quel que scrupuleux que )e sois sur ce point Mais 9 Madame , j*ai promis que vous ver riez avant le public ma lettre sur M. Gautier, et c*est ce que j*exécuterai ; j'ai promis aussi de vous porter mon opéra , et je le ferai encore : nous n'avons point parlé du \em^ et pour avoir différé de quelques jours , je ne crois pas être hors de règle à cet égard.

Si vous vous repentez de la confiance dont vous m'avez honoré y ce ne peut être que pour ne m'en avoir pas trouvé digne.

A regard de la défiance dont vous me taxez sur mes manuscrits , je vous supplie de croire que j'en suis peu capable , et que je vous rends sur tout beaucoup plus de

(.30) justice qne vous ne paroisses m'en rendre a moi- même. £n ua mot , je vous snpptie de croire que , de quelque manière que c»

puisse être , ce ne sera jamais volontaire-ment que j'aurai tort avec vous.

Je suis avec un profond respect ^ Ma- |3âme , vQtre » etc»

Ce landi att,

JMoir, Madame, je ne dirai point qu'est-c# que cela me fait ? je serai , comme je l'ai toujours été, touché , pénétré de vos bontés pour moi ; mes sentimens n'ont jamais ea de part à mes mauvais procédés, et je veux travailler à vous en convaincre*

Le discours de M. Bordes , tout bien pesé.

Testera sans réponse : je le trouve , quant à moi, fort au-dessous du premier; car il faut encore mieux se montrer bon rhéteur de collège que mauvais logicien. J aurai peut-»

être occasion de mieux développer mes idées sans répopdre directement.

Yoici, Madame y 2e livre que vous demandez. Je ne sais s'il sera facile d'en recouvrer quelque exemplaire ; mais voue m'obligerez sensiblement de ne me rendre celui-là que quand je vous en aurai trouvé un autre.

Adieu , Madame ; je n*ose plus vous parler de mes résolutions : mais vous aggravez si fort le poids de mes torts envers vous , que je sens bien qu'il ne m^est plus possible d« les supporter.

Ce mercredi nutîn aS.

J B compte les jours ^ Madame , et je senA mes torts. Je voudrois que vous les sentissiez aussi ; je voudrois vous les £sdre oublier. On est bien en peine quand on est coupable eC qu*on vent cesser» de l'être. Ne me félicites donc point de ma fortune » car jamais je ne [^M A misérable que depuis que je suis riche.

Ce mercredi o3,

V OU S me forcez, Madame , de vous faire un refus pour la première fois de ma vie.

Je me suis bien étudié ^ et )*ai toujours senti que la reconnoissance etTamitié ne sauroient compadr dans mon cœur. Permettes donc que )e le conserve tout entier pour un sentiment qui peut faire le bonheur de ma .vie , et dont tous vos biens ni ceux de personne ne pourroient jamais me dédom*, mager.

J'étois allé hier a Passjr, et ne revînt ique le soir; ce qui m*empécha de vous Aller voir. Demain , Madame , je dlnend chez vous avec d'autant plus de plaisir, que vous voulez bien voua passer d'un troisième.

J-iE meilleur moyen y Madame, de me £alr« rougir de mes torts et de me contraindre à les réparer y c'«st de rester telle que vous êtes. Je ne pourrai. Madame, avoir Thon* xieur de diner dimanche -avec vous ; mais ce De sont point mes richesses qui sont causa de ce refiis , puisqu'on prétend qu*elles ne sont bonnes qu*à nous procurer ce que nous désirons. J'espère avoir Thoniieur clé vous voir la semaine prochaine ; et s'il n# faut , pour mériter le retour de votre estime et de vos bontés ^ que jeter mon trésor par les fenéti>es, cela sera bientôt fait; et je crcârû pour le coup être devenu usurier.

Ce Mmedt natîn.

J'ai regret , Madame ^ de ne pouvoir profiter lundi de rhonneur que vous ma fûtes. J'ai pour ce jour-là Tabbé Kaynal et M. Grimm à dîner chez moi.' J'aurai sûrement rhonneur de vous vok dans le ooun de la semaine y et je tâcherai de vous coivvaincre que vous ne sauriez avoir Jtant àé bonté pour moi que je n'aie encore plue de désir de la mériter.

Je suis avec un profond respect , Madame ^ votre, etc.

Ce ttmedi 6.

J E viens , Madame , de relire votre der« tiière lettre , et je me sens pénétré de vos bontés. Je vois que je }Oue un rôle très- ridicule» et cependant je puis vous protester -qu*il n*y a point de ma faute ; mon malheur veut que/ aie Faîr de chercher des défaites dans le tems que je voudroîs beaucoup faire 'pour cultiver Tamitié que vous daignez *i'of]frîr. Si vous n'êtes point rebutée de mes torts apparens , donnez-moi vos ordres pour f êudi ou vendredi prochain , ou pour pareils jours de l'autre semaine , qui sont les seuls où je sois sûr de pouvoir disposer de moi.

J'espère qu'une conférence entre nous éclair* cira bien des choses, et sur-tout qu'elle vous désabusera sur la mauvaise volonté que vous avez droit de me supposer. Je finis, Madame, sans cérémonie , pour vous marquer d'avance combien je suis disposé â vous obéir en tout.

Ce âîmaocba matin.

JNoir , Madame, je n*ai point utè de dé^ îàhe avec voui; quant au mensonge, je tâche de n'en user avec personne. Le dfner dont je vous ai parlé est arrêté depuis plus de huit jours ; et si j 'a vois eherchë à éluder pour lundi votre invitation , il n*y a pas de raison pourquoi je l'eusse acceptée le jendi ou le vendredi. J'aurai l'honneur de dtnef avec vous le jour que vous me prescrire* , et la nous discuterons nos griefs ; car j'ai les miens aussi, et je trouve dans vos lettres nn ton de lou/inges beaucoup pire que celui de cérémonie que vous me reprochez , et dont je n'ai peut-être que trop de facilité à me corriger.

Ce n'est pas sérieusement « sans doute > que vous parlez de venir dans mon galetas; non que je ne vous croie assez de philoso* phie pour me faire cet honneur ^ mais par* ce que n'en ayant pas assez moi-même pour TOUS y recevoir sans quelque embarras , je ne vous suppose pas la malice d'en vouloif

(46) Jouir. Au surplus, je dois vous avertir qa'A l'heure dont vous parlez , vous pourriez trouver encore mes convives, qu'ils ne manqtteroieht pas de soupçonner quelque Intelligence entre vous et moi, et que s'ils me pressoientdeleur dire la vérité sur ce point, je n'aurois jamais la forée de la leur cacher' H folloîÉ fons prévenir H^esius pour étt^ h-anquilJe TOr.lVvénement. A wndredi donc, Aîadame ; car j'envisage ce point dé vue avec plaisir.

Ce dimancli^ mtttiu

Vous m'aCBigOBy Mtdaaie, e^ «^«rant d^ moi une choie qui m'est deTenoe tmpost àh\e. Elle pest .un iaor ceàer^ do i,*dtrei Tous les obscurs complots des ihonumm ^ leurs longs succès , leurs ténébreux triom^ phes y ne me feront jamais désespérer de la providence ; et si son œuvre se fait de mon vivant , je n'oublierai pas votre demande ni le plaisir que j'aurai d*y acquiescer. Jusque* là , permettez^ Madame , que je vous conjure de ne m'en plus reparler.

Ma femme est comblée de l'honneur que vous lui faites de penser à elle , et de votre obligeante invitation. Si elle étoit un peu plus allante, elle en profîteroit bien vite, moins pour voir le jardin que pour falrfe sa rêvé- • rence à la maltresse ; mais elle est d'une pa-» ' resse incroyable à sortir de sa chambre ; et j'ai toutes les peines du monde à obtenir ^ cinq ou six fois Tannée , qu'elle veuille bien venir promener avec moi. Au reste elle partage tous mes sentimens , Madame , et

ce

sur-tout ceux de respect et d'attachement dont vnon cœur. est et sera pénétré pour vous fusqu^â mon dernier soupir.

Je mè ^roposois de votis porter raa réponse moi-même , mais des contrariétés mo font prendre le parti d'envoyer tou^urs co mot devant*. '

Ce ytnireài maho.

V o u S ne m^imposez pas , Madame , une.

tâche aisée» en m ordonnant de vous montrer Emile dans cette tie où Ton est vertyeux sans témoins et courageux sans ostentation.

Tout ce que j'ai pu savoir de celte Uô étrangère , est qu'avant d'y aborder on n'y voit jamais personne, qu*en y arrivant on est encore fort sujet à s'y trouver seul ; mais qu'alors on se console aussi sans peine, du petit malheur de n'y être vu de qui que oe soit. En vérité , Madame , je crois que pourvoir les habitans de cette île^ il faut lés chercher soi-même et ne s'en rapporter jamais qu'à soi. Je vous ai montré mon Emile, en chemin pour y arriver ;. le reste de la xoute vous sera bien moins difficile à faire, feeule , qu'à moi de vous y guider.

Je vous remercie, Madame ^ de la çhan-, son que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et je vous demande pardon de ne l'avoir pas trouvée, à' ma propre lecture ; liussi jolie que quand vous nous la lisiez. Lak

versificaiion m^enparoit contrainte; jen*]r trouve ni douceur ni chaleur. Le pénultième* couplet est le seul où je trouve du naturel et du sentiment. Dans le premier couplet , le premier vers est gâté par le second : les deux premiers vers du quatrième couplet sont tout-â-fait louches ; il fàlloit dire : Si ton ne parle (telle à tout moment , on parle une langue 4)Ui fn^èst étrangère» S* il Aut être clair quand on parle y il faut être lumineux quand on chante. La lenteur du chant efïace les liaisons du sens , à moins quMIes ne Soient très -marquées. Je ne renonce ptmrtam paâ'â faire Tair que vous désirez; mais, Madame ^ je voudroîs que vous eussiez la bonté de faire faire quelques corrections aux paroles ; car pour moi , cela ^ xn'est impossible ; et même si vous ne trou* vez pas mes observations justes , je les abanr donne , et ferai l'air sur la chanson tellflr ' qu'elle est. Ordonnez ; j'obéirai.

Ce msTcli matio.

JVIa besogne n'est point encore faite , Ma* dame; le tems qui me presse et le travail qui me gagne, m'empêcheront de pouvoir vous la montrer avant la semaine prochaîne. Puisque vous sortez le matin , nous prenârons raptès-mldi qu'il vous plaira, pourvu que ce ne soit pas plutôt que de demain en huit, ni jour d'opéra italien : comme lalec-^ ture sera un peu longue si nous la voulons ^îre sans interruption ,* il £audra que vous ayez la bonté de faire fermer votre porte.

3 'ai tant de torts avec vous. Madame, que )e n'ose pas me justifier, même quand j'ai rai- Son ; cependant je sais bien que sans mon travail je n'aurois pas' mis cette fois si longr tems i vous aller voir.

Ce rtniniu

Il est vrai, Madame , que je me présentai hier à votre porte. L'inconvénient de vont trouver ven compagnie, ou , ce qui est encore pire , de ne vous pas trouver chez vous p me fait hasarder de vous demander la permission de me présenter dans la matinée au lieu de Taprès - midi , trop redoutable pour moi , à cause des visites qui peuvent survenir.

Il €st vrai aussi que je suis libre; c'est un bonheur dont j'ai voulu goûter avant que de mourir. Quant a la fortune , ce n'eût pas été la peine de philosopher pou'r ne pas apprendre à m'en passer. Je gagnerai ma vie et je serai Iiomme : il n'y a point de fortune au-dessus de cela.

Je ne puis , Madame , profiter demain de riionneur que vous me faites ; et pour vous prouver que ce n'est point M. Saurin qui m'en détourne , je suis prêt à accepter un dîné avec lui tout autre jour .qu'il voua plaira de me prescrire.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect , Madame , yotre, etc.

C« mar^ 7.

luoussEAu peut assurer Mn«* la marqniié

de • • que tant qu'il croira trouvet

chefe elle les sentimens qu'il 7 porté , et dont le retour lui est dû , loin de comptev et regretter ses pas pour avoir Thonneur de la voir y il se croira bien dédommagé da cent courses inutiles par le succès d*une seule. Mais en tout autre cas, il déclara qu'il regarder<^t un seul pas comme indi-^.

gnement pei;duy et ses visites reçues comme une fraude et un vol , puisque l'estime ré^ ciproque est la condition sacrée et indis-' (pensable sans laquelle , hors la nécessité des afj&ires» il e^t bien déterminé à n'en jamait honocer volontairement qui que ce sent, . Je reçois chez moi, j'en conviens , des gens pour qui je n'ai nulle estime ; mais je lei reçois par force : je ne leur cache point mon dédain ; et comme ils sont accommodans , ils le supportent pour aller à leurs fins. Pour moi , qui ne veux tromper ni trahir per<^ sonne 9 quand je fais tant que d'aller chea quelqu'un, c'est pour l'honorer et en étrci

(54) honoré. J^ lui témoigne mon estime en j allant; il me témoigne la sienne en me re- CtfVani. SU a le malheur de me la refaser, et qu*il ait de la droiture, il sera bientôt désabusé, on bientôt délivré de moi. Yoili met sentimens; s*ils a accordent avec cens

dé Ma«* la marquise de , j'en serat

comblé de joie ; s*ib en diffèrent, j'espère fn'eUe voadsa biesi médire en quoL Si elle almë mieUx.ae me rien dife, ce sera parler très^tkiffemeat. Je la supplie d*agréer ioi ■les sentintens et mon respect ,

HoirssEAu.

Ce billet fut écrit a la réception de eelu!

que Mme. la marquise de m'a £sic

écrire ; mais ne voulant pas le confier i la petite poste , j'ai attendu que je fusse en état de le porter moi-même.

BivOKSE DB M««- D S .

J *Avo0B que }e ne croyois pat que met précautions pour ne pas manquer de rece*- Toir M. Rousseau fussent susceptibles d*in« terprétation ; je ne les prendrai plus , puis« qu'elles m^attirent des billets si peu conformes aux sentimens d'amitié que je lui ai voués. J'ai, toujours cru qu'on m'honoroit beaucoup en venant chez moi, et que )'ho« norois infiniment en y recevant , je n*al pas plus â rectifier me$ idées en ce poini gu'en tout autre*

LETTRES

Om G IN A'LES

PE J. J. ROUSSEAU

A Mn- LA MARÉCHALE

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