‹ Lettres originales de J.J. Rousseau à Mme. deChapitre 6 sur 11 · DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

DE LUXEMBOURG

JYLadams»

Que vos bontés sont cruelles ! Pourquoi venez-vous troubler la paix d'un solitaire qui renonçoit aux douceurs de la vie pou^ n*en plus sentir les ennuis ? J*ai passé mea

^ Nota. Quoique cette première lettre se trouTa dans let GonfeMions , tom. IV , ptg. ^ « édition des Associés , nous a^oB» cru de?oir la joindra aux auties letties à madame do Luxeflftbourg qui K'itoiaiit pas imprimées»

(6.) jours, i chercher inutilement des attachemens solides; je n'en ai pu former dans les conditions auxquelles je pouvois atteindre :

est-ce dans la vôtre que f en dois trouver ?

Jamais je n*ai su résister aux caresses ; pourquoi m*attaquez>vous de concert par un foiblequ'il faudroit vaincre , puisque^ dans la distance qui nous sépare » les épanchemens des coeurs sensibles né doivent point rapprocher le mien de vous. Quelle reconnoisaance peut-il vous rendre y ce cœur qui ne Gonnoit pas deux manières de se donner , et ne se sent capable que d*amifié ? D'amitié , Madame M maréchale» ah ! voilà mon malheur ! il est beau à vous , à monsieur le xnaréchaly d'employer ce terme : mais que |e suis insensé de vous prendre au mot I iVous vous jouez , moi je m'attache , et la fin du jeu me prépare de nouveaux regrets.

Que je hais tous vos titres , et que je* vous plains de les porter ! Vous me semblez si digne de goûter les charmes de la vie privée ! Que n'habitez- vous Clarens ; j'irois y chercher le bonheur de ma vie : mais le çh&teau de Montmorency, mais l'hôtel de

Luxembourg !.

(6i) Laxembonrg ! est-ce là qu'on doit voir Jean- Jacques ? est-ce la qu'un ami de réga« lité doit porter les affections d'une amo sensible y qui, payant ainsi l'estime qn^onlui témoigne, croit rendre autant qu'elle reçoit? La vôtre est aimante et sensible aussi ; je l'ai vu y je le sais ; j'ai regret de n'avoir pu plutôt le croire : mais dans le rang où vous êtes , dans* votre manière de vivre , rien ne peut faire une impression durable; tant d'objets nouveaux s*e££açent successivement, qu'aucun ne demeure. Vous m'oublierez »

Madame , après m'avoir mis hors d'état de vous imiter : vous aurez beaucoup £iit pour vous rendre inexcusable.

k Montmorency , I« 39 octobre lySg^

V-/Ù étes-vous à présent , Madame la maréchale ? a Pans ? à TIle-Adam ? à Versailles ? car je sais que vous avez fait ce moisci tous ces voyages. Vous me trouverez curieox ; mais puisque cette curiosité mluié* resse , elle est dans Tordre. A Versailles »

vous parlez de moi avec monsieur le maréchal ; à nie- Adam , vous en parlez avec le chevalier de Lorenzi; mais à Paris, avec qui en parlez- vous ? Je m*imagine que c'est à Paris qu*on va oublier les gens qu*on aimé ; et comme je le hais , je 1 accuse de tous les maux que je crains. De grâce , Ma-:

dame la maréchale, songez quelquefois qull existe a Montmorency un pauvre herroite a qui vous avez rendu votre souvenir nécessaire f et qui ne va point à Paris. Mais en vérité je ne sais de quoi J0 m'inquiète ; après les bontés dont vous m*avez honoré , dois- je craindre d*étre oublié dans vos courses ? et dans quelque lieu que vous puissiez être y n*en sais-je pas un duquel vous no sçrtea poiat ?.

Vos copies ne sont pas encore commencées; mais elles vont Vitre. En tontes choses il faut saivre Tordre et la justice. Qadqu'un y vous le savez ^ est en date avant vous ; ce quelqu'un me presse, et il faut bien tenir ma parole, puisque vous ne voulez pas que je dise les raisons que j*aur9is de la retirer. Je vais Bnir la cinquième partie ; et avant de commencer la sixième, \e ferai an sorte de vous envoyer la première : mais , Madame la maréchale , quoique vous soyez sûrement une bonne pratique , je me fais quelque peine de prendre de votre argent : régulièrement, ce seroît a moi de payer le plaisir que j'aurai de travailler pour vous.

Grondez un peu monsieur le maréchal , je vous supplie 9 de ce que, dans l'embarras où il est , il prend la peine de m'écrire luimême» J'ai désiré d'avoir souvent de ses nouvelles et des vôtres , mais non pas que .

ce fût lai qui m'en donnât ; ne sait-il pas que je n'ai plus besoin qu'il m'écrive ? S'il m'écrit encore une fois de tout le quartier»

je croirai lui avoir déplu. Pour vous , Madame , il n'en est pas tout- à- fait de même*

Je croit qne j*ai encore besoin de quelques mou d'amitié; et puis, quand je serai sût également de tous deux , vous pourrez ne jamab m'écrire ni Tun ni l'autre que je n'en •erai pas moins content , pourvu que mademoiselle Gertrude bu M. Dubertier m'apprennent de tems en tems que vous voua portes bien.

Ce jeadi aS^

V oufl comptez par Us jours , Madame^ et moi par les heures; cela fait qne Tinter-* valle me parott vingt-quatre fois plus long qu'a vous , et les quinze jours qui restent jusqu*à votre voyage» font y selon mon calcul, encore un an tout entier.

Je ne vous croyois pas si vindicative:

pour avoir osé disputer un moment sur un panier de beurre • je m*en vois continuelle-! ment jeter des pots par la tète. Si la vengeance n*est pas dure, elle est obstinée ; et je Tendure avec tant de patience qu'elle doit me valoir enfin mon pardon.

Je crois que M. Coindet m'aime beau-< coup; il met tous ses soins à me le prouver ; et moi je Taime encore plus de ce que vous approuvez mon attachement pour lui y et de ce qu'il m*apporte souvent de vos no«ivellesd Mais il m'a £eiit de votre part un reprocha qui me confond » sur le premier exemplaire de la Julie : en vous le promettant ^ ne l'aije pas promis à monsieur le maréchal ? en le lui donnant f ne vous Tai-je pas donné t.

if 66 )

T^otas auriez beau vouloir être deux, je n'admettrai jamais ce partage; mon attachement; mon resp^t^ne voutdictinguentplus Tun de l'autre; vops n'étea qu*undan9 le fond de mon cœur. Comme une copie étoît déjà dans vo$ main^ , je mis l'exemplaire dans les siennes; j'en aurcns pu faire autant dans tout autre cas : et toutes les fois que ye tiendrai à l'un ce que j'aurai pi^ms à Vautre , |e croirai toujours avoir bien leinj^Ii ma foi« Les Ximénès et les Voltaire, pejuvent ciri^ tiquer la Julie à leur aise; ce n'est pasieum qu'elle est curiepse de plaire ; et tout ce qui fâche à l'éditeur, de l^ujrs critiqua , c'e*| qu'ils les fassent de &i lç4n, Bw ïO«r , Mfr? dame la maréchale ; il faut abaplument que VOUS embrassîeaf monsieur le maréchal d« ma part. Pfiur vous ,. il £aut4e mettre k ge7 noux en lisant la fin de vos lettres , les .bain ser^ soupirer I et dire : Que n*e8tt elle i4 1 '

■^-ipi

Ce mercredi 6é

J S suif chargé f Madame , pBr l'abbé Marellet» àe vous témoigner ésl reconnoissance et ponr les soins que vous avez bien voulu prendre en sa faveur^ et pour la bonté avec laquelle vous l'avez reçu. Il m'a ëcrit de la campagne où il est , et il m'a marqué qu'après avoir eu Thûnneur de vous voir , il n'étoit plus surpris que vous fussiez exceptée de mon renoncement au monde et à ses pompes ; ce sont ses termes ; de sorte que , si l'on accuse encore ma conduite d'être en contradiction avec mes principes , j*aurai toujours ma réponse assurée quand il vous plaira d'en faire les frais *, très-sûr d'avoir autant réfuté de gens que vous aurez bien voulu recevoir de visites. M. d'Alembert me prie aussi d'être son interprète envers vous. Mais moi qui ai tant de choses à dire, qui sera le mien? mon silence.

Je n'entends point parler du retour de M. le maréchal; je vois bien qu'il faut renoncer à l'espoir de vous voir ici cet été.

yoilâ donc déjà Thiver venu^ et malheureux

(68) tement h printemps n*en est pas plus rapproché de nous. \ os voyages en ce pays zn'ont £Eiit perdre la montre d*£mile ; le tems ne coule plus également pour moi.

Montmorency, 5 man 176a

J S vons sers lentement et mal , Madame k maréchale ; il ne ÊEiut pas me le reprocher , il faut m*en plaindre. Je n*aurai jamais de tort envers vous ^ qui ne soit an tourment pour moi : c'est vous dire assez que mon tort est involontaire. Si je ne suis pas plus diligent à Tavenir y croyez que je n*au« rai pas pu l'être. En vérité je suis la dupe de Tétat que j'ai choisi. J'ai tout sacrifié A Tindépendance et j'ai tous les tracas de la fortune : je supporteroîs patiemment tout le reste; mais je murmure contre les occupations désagréables qui m'arrachent au plaisir de travailler pour vous.

Je viens de recevoir , par un exprès que vous avez eu la bonté de m'envoyer , une lettre de mon libraire de Hollande , sans que je sache comment elle vous est parvenue.

Je suppose que c'est par M. de Malesherbes ; mais j'auroîs besoin d'en être sûr.

Yous savez que je ne vous remercie plus de rien y ni vous , Madame, ni M. le maréchal. Yous méritez l'un et l'autre que je

ne vous dise rien de plus et que je vous laisse inti>rpréter ce silenct*

Les beaux jours approchent , mais ils viennent bien lentpifient. J*ai beau compter, ils n*en viennent pas plus v4te; ils ne seront venus que quand vous- serez ici. Je suislbrc^é de finir ; j'ai vingt lettres indispensables à écrire, dont pas une ne m*intf4'esse, et, ce qui vous J^a )uger de mon sortnrieuiL que tout ce que je ponrrois dire, )e n'en puis &ire de courte que celle cf.

Ce jeudi in«tiii<

J/APPRENDS'les plut tristes nouvelles , ou plutA^ elles se confirment ; oar madame de Yerdeiin m*avoit £éiit domier avis de la «oaladie de M. le duc de Montmorency , mais n'en sachant rien de personne de votre maison , je croyois la nouvelle faasse, et f avois déjà envoyé chec votre jardinier utte lettre où je parlois à< monsittur le maréchal de ces bruits et de mon inquiétude , lettre que celle de M. Dubettier me fait redrer.

Il me marque qo*on attend aujourd'hui des nouvelles décisives et me promet de m'en faire part. Je vous supplie , Madame la maréchale , de lui rappeler sà promesse , et de me faire instruire exactement de Tétat des choses tant qu'il y aura le moindre danger.

Je suis dans un trouble qui me permet a peine d* écrire : je ne vous dis rien de mon ' état; vous en pouvez juger puisque vous ne pie voye* pas»

A Montmorency ^ le i a décembre 1760.

Xii y a mille ans» Madame, que je n^ai ëcrît à vous ni à monsieur le maréchal.

Mille riens m'occupent journellement et jusqu'à prendre sur ma santé , sans qu'il me soit possible j comme que je fiasse » de me délivrer de cet importun tracas. Mais une autre raison bien plus agréable dé mon silence p est la confiance de pouvoir le garder sans risque* Si j*avois peur d'être oublié , les tracas auroient beau venir , je trouverois bien le moment décrire.

Il se présente plusieurs occasions de disposer de mon Tratlé de r éducation ^ et Taéme avec avantage. Je respecte trop Pengage»

ment que vous m'avez £ait prendre , pour traiter de rien sans votre consentement. Je vous le demande » Madame , parce que la diligence m'importe beaucoup dans cette afldire , et que, j'y mettrai un nouveau zèle pour mon intérêt que celui que vous voulez bien y prendre. D ailleurs vous serez instruite des conditions , et rien ne sera conclu que sous votre bon plaisir. Mon

libraire

(73) libraire doit arriver dans peu de jours k Paris ; si » comme je le désire , îl a la préférence y permettez-vous qu'il aille vous por* ter notre accord , et vous en demander la ratification 7

J'ai appris la perte qu^a faite madame la duchesse de Montmorency trop tard pour lai en écrire ; car quoique le chevalier de Lorenzi m*ait marqué qu'elle étoit fort affligée f î*ai jugé qu* en pareil cas une grande affliction étoit trop peu fondée poux* être dui^able , sur-tout quand on en est si bien consolé par ce qui nous reste , et même par ce qu'on a droit d'espérer.

Je vois s'avancer avec bien de Timpa-f tience le moment qui vous rapprochera d'ttn pas de Montmorency , en attendant* eelui qui doit vous y ramener. J'aspire tous lt% matins à l'heure que je passe' a causer avec monsieur le maréchal j près de votrelit.^ et tant que mon cœur sera sur ma langue ,■ je n'ai pas peur que mon babil tarisse au« près de vous : mais pour vos soupers , je n'aspire point à Thonneur d'en éire, à jnoins que vous n'ayez la charké de xn^jr

(74> recevoir gratis ; car je me sens moins an état qae jamais d'y payer mon écot , et qui fis est fort peu affligé de cette misère.

Je dois vous dire que j*ai fait lire la Julie à l'auteur * des Confessions , et ce qui m'a confondu est qu'il en a été enchanté ; il a plus fait , il a eu Tintrépidité de le dire en pleine académie et dans des lieux, tout aussi secrets que cela. Ce n'est pas son courage qui m'étonne ; mais concevez-vous M. Duclos aimant cette longue tralnerie de paroles emmiellées et de fade galimatias ?

Pour moi , je ne seroîs pas trop fâché que le livre se trouvât détestable , après que vous l'auriez jugé bon ; car comme on ne vous accuse pas d'avoir un goût qui se trompe , je sauroîs bi«n tirer parti de cette erreur.

Avant de parler de payer les copies, il faut, Madame , que vous ayez la bonté de me renvoyer la cinquième partie pour la corriger. Après cela vous me donnerez beaucoup d^'empressement pour être payé , si vous me promettez mon salaire la première fois que j'aurai l'honneur de vous voir.

*1I. Duc1q««

^ Lundi , I o ac Ar.

J £ VOIS avec peine , Madame la maréchale , combien vous vous en donnez pour réparer znei fautes ; y mais je sens qu* il est trop tard et que mes mesures ont été mal prises ; il est juste que je porte la peine de ma nëgli* gence , et le succès même de vos recherches ne pourroit plus me donner une satisfaction pure et sans inquiétude ; il est trop tard y il est trop tard : ne vous opposez point a Teffet de vos premiers soins , mais je vous «upplîe de ne pas y en donner davantage.

J'ai reçu dans cette occasion la preuve la plus chère et la plus touchante de votre amitié ; ce précieux souvenir me tiendra lieu de tout 9 et mon cœur est trop plein de vous pour sentir le vide de ce qui me manque.

Dans Tétat où je suis, cette recherche m'intéressoit encore plus pour autrui que pour ^oi ; et vu le caractère trop facile à subjuguer de la personne en question , il n'esk pas sûr que ce qu^eUe eût trouvé déjà tout formé, soit en bien soit en mal, ne fût pas devenu pour elle un présent funeste. Il eût

( 76 ) été bien cmel pour moi de* la laisser la vicr time d*un bourreau.

Vous voulez que je vous parle de mon état ; n'est- il pas convenu qrie je * vous en donnerai des nouvelles que quand il y en aura , et il n*y en a pas jusquHci. Si je puis parvenir à rebuter en&n les importuns consolateurs y et â jouir tout-â-£ait de la solitude que mon eut exige, j*aurai du moins le repos ; et c'est, avec le petit nombre d'attachemens qui me sont chers , le seul bien qui me reste a goûter dans la vie.

I I I iiii "

* ^e et c omit.

V aiTS savez mes regrets et vons me les • pardonnez : je ne me les reproche donc plus, y et Tintérét que vous y prenez me console de ma folie. Mon pauvre Turc n^étoit qn*iui chien , mais il m^aimoit , U ëtoit sensible , désintéressé y d*un bon naturel. Hélas ! comme vous le dites , combien d*amis prétendus ne le valoient pas I Heureux même si je retrouvois ces avantages dans la recherche dont vous vou* lez bien vous occuper ; mais quel qu'en soit le succès , j*7 verrai toujours les soins de Tamitié la plus précieuse qui jamais ait iiatté snon cœur; et cela seul dédommage de tout« J'ai été plus malade ces tems derniers ; YbI eu des vomissemens; mais je suis mieux , et il me reste plus de découragement et d'ennui que de mal : je ne puis m'occuper a rien; les romans même finissent par m*en« nuyer. J'ai voulu prendre Childéric ; il y Êiut renoncer. Ç en est âiit , je ne redon* nerai de ma vie un seul coup de plume ;

(78) mes vains efforts ne feroient qu'exciter votr« pitié. Il ne me reste qu'une occupation , qu'une consolation dans la vie ; mais elle est douce : c*est de m attendrir en pensant à vous.

Le landî a8 Jaîllct 1760.

V OTRK lettre, Madame la maréchale ^ in*a tiré de la peine où me tenoient mille bruits populaires , qui tous tendoîent a m*alarmer* Il me paroîtra toujours bizarre que )e me sois donné des attachemens qui m*in-« téressent aux nouvelles publiques ; mais, quoi qu'il arrive , ces nouvelles ne m'inté* resseront jamais guère par elles-mêmes , et je me soucierai toujours fort peu du sort de |a Normandie, quand monsieur le maréchal n'y sera pas. Tant qu'il y est, rien de ce qui s'y passe ne peut m'étre îndifff^rent. Sa santé, sa sûreté, son repos, sa gloire, me rendent attentif à tout ce qui s'y rapporte* C'est un des inconvéniens inévitables dans les attachemens inégaux , qu'on n'évite Tingratitude que par l'indiscrétion ; et je n'ai pas peur d'être jamais tenté de délibérer sur cette alternative I lorsqu'il sera question de vous* Je n'ai offert ni de suivre monsieur le maréchal , ni de vous aller voir. Vous ayez, là-dessus, très-bien dit à M»^» du Deffand que je ne me déplaçons pas ainsi. Vous av£z

' Montmorency^ 16 février 176k.

J E vous dois uii remerciement, Madame la maréchale, pour le beurre que vous mWez envoyé ; mais vous savez bien que je suis de ces ingrats qui ne remercient guère»

D'ailleurs ce petit panier m mquiète ; je m*attendois à un petit pot^ J*ai peur que vous ne m'ayez puni d'avoir dit ëtourdiment mon goût , en le contentant aux dépens du vôtre. En ce cas , on ne sauroît donner plus poliment une leçon plus cruelle.

J'ai reçu de bon cœur votre présent. Madame ; mais je ne puis me résoudre a y toucher : je croiroîs £aîi|^ une communion indigne ; je croîrois manger ma condamr nation.

La publication de la Julie ,mV jeté dans un trouble que ne me donna jamais aucun de mes écrits. J'y prends un intérêt d'enfant qui' me désole , et je reçois là-dès^us des lettres si différentes, que je ne sauroit encore a quoi m'en tenir sur son succès^ |i monsieur le maréchal n'avoit eu la bonté

de me rassurer. La préface est unar^me* ment décriée; et cependant telle est ma prévention , que plus je la relis , plus elle me plaiu Si elle ne vaut rien, il faut que j*aie tout à fait la tête a Tenvers. Il faudra voir ce qu'on dira de la grande. Il s en faut Lien , à mon gré , qu'elle vaille l'autre.

Je la suppose actuellement entre vos mains; pour moi , je ne l'ai pas encore. Elle devoic paroître aujourd'hui^ et je n'en ai point de nouvelles. ^

Vous savez sans doute que M™«- de BouF-* Uers est venue me voir. Elle ne m'a point ' dit que vous lui aviez parlé ; mais je ne me suis pas trompé sur cette visite , et die m'a fait d'autant plus de plaisir. Le chevalier de Lorenzy m'a écrit deux fois , et je n'ai pasencore trouvé le moment de pouvoir lui répondre; mais il doit savoir que j'aime plui^ que je n'écris; pour lui, je crois qu'il fai^ le contraire.

Il soufHe un grand vent qui me fai|| beaucoup de plaisir; parce que les venta de cette espèce sont les précurseurs dm

(84) printems. Cette saison commence « Ma«> dame , le jour de votre arrivée ; il me semble que le vent me porte à pleinea :?oiIe4 au 19 de mars.

(85) Mommortiicy , a;a octobre 1761.

J 'il reçu. Madame la marëcliale» une trè$énergique réponse de M. le maréchal , et j*âime à me flatter que cette réponse voua est commune avec lui, d'autant plus que vous m*en faites quelques-unes de ce ton là»

au papier près que vous n'y mettez pas. Il est vrai qu*nne réponse que vous écrivez »

parle pour dix que vous n'écrivez point ; et si j*étois moins insatiable , une seule de vos lettres sufEroit pour alimenter mon cœur pour toute ma vie : maïs c'est précisément leur prix qui m'en rend avide ^ et je trouve que vous n'avez jamais assez dit ce que je me plais tant » entendre et à lire. Au moyen de la correspondance nouvellement établie, j'espère que vous me dispenserez plus libéralement des grâces qui me sont chères ; il ne vous en coûtera qu'une feuille de papier et une adresse de votre main : car il me faut 9 s'il vous plait, quelques mots que vous ayez tracés, et qui me donneront la confiance de supposer^ dans la lettre» tous ceux qui n'y seront point, mais que vos

(86) bontés pour moi et mon attachement pour vous m'y feront supposer. Nous gagnerons t0U5 deux à cet arrangement , Madame la maréchale ; vous aurez la peine d'écrire de moins , et moi j'aurai le plaisir de lire des lettres , moins agréables peut-être que vous ne les auriez écrites , mais en revanche aussi tendres qu'il me plaira.

A Montmorency, lo i3 décembre 176/.

J £ ne voulois point , Madame la niarécbale/ vous inquiéter de l'histoire de mon malheur ; mais puisque le chevalier vous en a parlé et que vous voulez y chercher remède , je ne puis vous dissimuler que mon livre est perdu. Je ne doute nullement que les jésuites ne s'en soient emparés avec le projet de ne point le laisser paroitre de mon vivant, et, sûrs de ne pas long-tems attendre, d*en substituer, après ma mort, un autre toujours sous mon nom, mais de leur Êibrique , lequel réponde mieux à leurs vues. Il faudvoit un mémoire pour vous exposer les raisons que j*ai de penser ainsi.

Ce qu'il y a de très*sùr, au moins, c'est que le libraire nïm prime ni ne veut imprimer y qu'il a trompé M. de Malesherbes , qu*il vous trompera , et qu*il se moque de moi avec l'impudence d'un coquin qui n'a pas peur et qui se sent bien soutenu. Cette perte , la plus sensible que } aie jamais faite, a^is le comble à mes maux et me coûtera la vie: mais je la crçis irréparable ; ce qui

(88) tombe dans ce gouffre là n'en sort plus i ainsi je vous conjure de tout laisser là et de ne voua pas compromettre inutilement.

Toute£Dis ^ si tous voslea absolnmeat parler au^libraire, M. de Maleaherbes est au bit et lui a parlé; il s«roit peut-être i propos qu*il vcms wk auparavant» Si , contre touteattente de ma part , il est possible d'avoirmon manuscrit en rendant tottt, iBnites»

Madame k maréchale , et je vcrtis devrai plus que la vie. Les quinze cents- lîrrtncs que j'ai reçus ne doivent point faire d*ebstBcle; je puis les retrouver et vous les renvoyer >au premier signe.

Ce dimanch» aG octobre.

ir EBMETTEz , Madame la maréchale ^ que je vous envoie le bulletin de ma journée d'hier. J'appris le matin que vous deviez passer à St. - Brice o:itre midi et une heure : je dinû é onte heur^ et demie ; et de peur d*anrîver trop tard, voulant gagner le tems du relai, j'allai couper le grand cbe-* min au barrage de Pierre-Fite ; de là je remontai au petit pas jusqu'à la vue de St.-« Brice. Là , les premières gouttes de pluie m'ayant surpris , je fhs me réfugier chez lé curé do Groslay , d'oà voyant que la pluie ne faisoit qu'augmenter y je pris enfin le parti de me remettre eh route , et j'arrivai chez moi mouillé jusqu'aux os , crotté jus* qu'au dos p et , qui.pis est , ne vous ayant point vue. Je voudi^ois bien » Madame lama-»

réchale , que tous cèi maux excitassent votre pitié et me valussent un petit emplâr tre de papier blanc*

Ce mardi matin, «

XJon (lieu ! Madame, quelle lettre ? quel style ! Est-ce bien à moi que vous écrivez ?

est-ce une plaisanterie et vous moquezvous de mes frayeurs ? J^aurob ce soupçon , peut-être , s'il ne faisoit que m 'humilier ; mais il vous outrage , et je Tétouffe. Non , non 9 plus d*alarmes , plus d'Inquiétudes ; cet état est trop cruel et sans doute il est trop injuste : j*y renonce pour la vie ; je zne livre dans la simplicité de mon cœur à toute la bon^é du vôixe; et je suis bien sûr, quelque ton que vous puissiez prendre , que je ne mériterai jamais que vous quit*.

tlez celui de l'amitié.

Mais quoi , toujours des torts ! Yous m'en reprochez d'autres au sujet du livre.

Quai-je donc fait? Que vous m'affligez!

oui y Madame la maréchale , si je vous ai promis quelque chose que j'aie oublié, il faut que je sois un monstre : je ne sens pas en moi que je sois fait pour l'être ; en vérité , je croyoîs être en règle. Je vais toat

(90 quitter à Tlnstant pour me mettre â vos co^

))iesy et je vouspromets , et je ro*en souviendrai , que >e ne les suspendrai point sans votre congé.

J^ëcris ces mots à la hâte pour vous renvoyer plutôt votre exprès ; je voudrois qu'il eût des ailes pour vous porter ce témoignage de ma reconnoissance et de mon repentir. Mais pourtant je ne puis avoir re« gret au souci que ni*a donné ma mauvaise tête , puisquHl m'attire un soin si oUigeanI de VQtre part.

Ce mercreâî x8.

Voici, Madame , une quatrième partie qae vous devriez avoir depuis long-tems ; mais mon libraire çt d*aatres tracas dont je vous rendrai compte , ne me laissent pas le tems d'aller plus vhe , quelque effort que je fasse pour cela. Tons les tracas du monde ne justifieroient pourtant pas mon silence , et ne m*anioient pas empêché d'écrire il M. le maréchal et à vous. Mon excuse est d'une autre espèce * et plus propre à me faire trouver grâce auprès de vous. Dans le commencement de mes attachemens^ j'écris fréquemment pour les serrer ,• pour établir la confiance ; quand elle est acquise^ je'n*écfis plus que pour le besoin ; il me semble qu*alors on s'entend assez sans se rien dire. Si vous trouvez cette raison va* lable , voici » Madame la maréchale , com<*i ment vous me le ferez connottre : c^est en vous faisant y pour répondre, la même règle que je me fais pour écrire. Quand un honnête homme indifférent a llionneur d'écrire i Mme. la maréchale de Luxembourg , sa

(93) politesse pent lui faire on devoir de rëpoiH dre ; mais quand elle ne répondra pas exac-) tement a celui qu'elle honore d'une estimé particulière , ce silence ne sera pas équivo^ que et vaudra bien une lettre. Je n'aime pas tout ce qui se fait par règle , si ce n'est n en point avoir d'autre que son cœur; et je suis bien sûr que sans me dicter de fréquentes lettres^le mien ne se taira jamais pour vous* I^apprends à l'instant la désertion de ce malheureux St. - Martin : la plume m'en tombe des mains. Oh ! si vous avez des fri* pons à votre service^ qui jamais aura d'honnêtes gens ? Que je vous plains ! que je gé-> mis de ce qui fait l'admiration des autres l Que la providence , en vous rendant si bons, ai aimables ^ si estimables , vous a tons deux déplacés ! Ah, vous méritiez d'être nés obs-> curs et libres , de n*avoir ni maîtres ni va* lets p de vivre pour vous et pour vos amis ; vous les auriez rendus heureux, et vous l'au^ riei été vous*mAmes«

A Montmorency , le piem'ier «eptembr« 1761»

Xl est vrai , Madame la maréchale, que j a vois grand besoin de votre dernière lettra pour me tranquilliser, d'autant plus que p par une fatalité qui me poursuit en toutes choses , celle.de M. le maréchal , qui auroic fait le même'effet , s'est égarée en route , et ne m*est parvenue que depuis quelques jours. Depuis que vous ayez daigné me rassurer , je n'ai plas besoin de réponse ; je saurai d^ailleurs des nouvelles de votre santé ; et puisque vos bontés pour moi .sont toujours les mêmes , il ne me faut plus do nouvelles sur ce point -là. J*aî pourtant un peu votre dernier mot sur le cœur ; vous me reprochez de l'avoir moins tendre que vous. Madame la maréchale , à cela je n^ai qu^un mot â dire; à dieu ne plaise que je vous cause jamais le quart des inquiétudes et des peines que vous m'avez fait souifrii; depuis deux mois.

A Montmorency, le a4 décembre 1761.

J E sens vivement tous mes torts et je les expie. Oubliez-les y Madame Ja maréchale , je vous en conjure ; il est certain que je ne saurois vivre dans votre disgrâce : mais si je ne mérite pas que cette considération vous touche , ayez , pour m'en délivrer 9 moins d'égard à moi qu'à vous. Songez que • tout ce qui est grand et beau doit plaire a votre bon cœur, et qu'il n'y a rien de si grand ni de si beau que de faire grâce. Je voulois d'abord supplier M. le maréchal d'employer son crédit pour obtenir la mienne ; mais j'ai pensé que la voie la plus courte et ]a plus simple étoit de recourir directement à vous y et qu'il ne falloit point arracher de votre complaisance , ce que j'aime mieux devoir k votre seule générosité. Si l'histoire de mes.iautes en faisoit l'excuse , je repren* drois ici le détail des indices qui m'ont alarmé et que mon imagination troublée a changés en preuves certaines : mais ^ Madame la maréchale 9 quand je vous aurai * montré CQmme quoi je fus un extravagant i»

(96) je n'en serois pas plus pardonnable de Tétre ; et je ne vous demande pas ma grâce parce qu'elle m*est due^ mais parce qu'il est digue de vous de me Taccorder. '

Ce

Ce lundi i8,

J 'a VOIS espéré I Madame la maréchale , de vous porter hier moi-même de mes nouvelles à votre passage à St.-Brice ; mais vos . relais n'étant pcHnt venus » Tiieure étant incertaine et le tems menaçant de pluie, je n*osâi 9 n'étant point encore bien remis »

hasarder cette course sans être sûr de vous rencontrer. Vo\is êtes trop en pe^ae d^^mon ëtat: il n'est pas si mauvais quou^yc^s la fait; j'ai plus d'inquiétudes que dr douleurs , et les alternatives qui se succèdent, ' me font croire que f poiur cette fois , il .

n'empirera pas considérablement. Si vous étiez actuellement au château ^ je vous irois voir k Tordinaire ; et je ne serai pas assez ' malheureux pour ne le pouvoir pas quand .

|4^ vous y serez. Ce voyage » dont j'espère pro-

[ . iiter , fait mon espoir le plus doux , et je

[ puis vous répondre que mon cœur n'est

V point malade. Quant à mon corps | s'il n'est

' pas bien, c'est une espèce de soulagement

pour moi de savoir qu'il ne peut être mieux , ou du moins que cela ne dépend

(98) pas des hommes; par-]à }*évîte la peine et la x gène attachée a la crédulité des malades et é la charlatanerie des médecins. Je ne veux plus ajouter la dépendance de ces messieurs là , à celle de la nécessité dont ils ne disr pensent pas , quoi qu'ils fassent ; comme j'ai pris mon parti là - dessus depuis longtems , j'attends de l'amitié dont vous m'honorez I que vous voudrez bien ne m'en plus parler. Bon jour , Madame la maréchale ; conservez votre santé , et venez m'aider à rétablir la mienne. Si >^otre présence et celle de monsieur le maréchal ne guérit pas mes souffrances , elle me les fera oublier.

Ce Teadredi a8.

Voila, Madame la maréchale , la Julie anglaise. Si M™«' la comtesse de BoufQers prend la peine de la parcourir et d'y faire des observations , }e lui serai fort obligé de vouloir bien me les communiquer : le libraire anglais m'en demande pour une nouvelle édition » et je n'entends pas assez la langue pour me fier aux miennes.

Je ne vous dirai point que fai le cœur * plein de votre voyage , de tous vos soins ^ de toutes vos bontés; en ceci^ plus on sent, moins on peut dire. Je ne sais si vous n'ap* pelez tout cela qu'une omelette, mais je sais qu'il faut un estomac bien chaud pour la digérer. £n vérité , Madame , il faut toute la plénitude des sentimens que vous m'avea inspirés , pour sufBre à la reconnoissance tans rien 6ter à l'amitié.

Ta

( ïoo )

Ce mercredi soir.

J 'a X beau relire le passage que vous aves transcrit , il £aut ^ Madame , que je vous avoue ma bêtise ; je n'y vois point ce qui peut vouB ofifeiiser ; je n*y vois qu'une plai>« sauterie , mauvaise « la- vérité , mais non pas criminelle, puisque la seule volonté fait le crime : je n^ trouve à blAmer que de vous avoir déplu ; et sans ce malheur , je ^ pourrois Êûre encore , et ne me la reprocherois pas plus qu'auparavant. Daignei donc vous expliquer davantage ; dites •moi précisément de quoi il fiiut que je me rer pente , et tenez-le déjà rétracté.

Vous voulez savoir des nouvelles de ma santé; je me proposois de répondre au jour-»

d'hui là-dessus an petit billet que monâeur le maréchal me fit écrire mercredi dernier pour s'en informer. Trouvez donc bon que cette réponse vous soit commune , ainsi qi^Te tous les sentimens de mon cœur. Je me porte moins bien depuis quelque tems ; les approches de l'hiver ne sont point pour moi sans conséquence; les premières gelées se

sont fait sentît; si vivem^it^ qne je me sois cm tout à £alt arrêté. Cependant je suû snîeux depuis dtt]± on tcois jours : le relàcli«meiit (ie Vùt m'a beauccmp sonbgé ; et si cet état fiOAtînne , je n'aurai pas plus à me plaindre da ma lanté depuis Vétè der« Qî^r qu'ejlle étoii si bonne t que de mon sort depuis que le suis aimé de youi«

(un)

Vendredi a8 nuf.

V ous saveE, Maâtme la maréehale, qix*if y a une édition contrefaite de mon livre , laquelle doit parc^tre ces fêtes. Il est certain que si cette édition se débite, Duchesne' est ruiné ,• et qUe si les auteurs n*en sont pas découverts, je snis déshonoré. Quelque nouvel embarras qoe ceci vous donne , il ne faut pas qu'il puisse être dit qu'une affaire entreprise par M»»», la maréchale de Luxeml^ourg ait eu une si triste fin. J'ai écrit hier à M. de Malesherbes ; mais j'ai quelque frayeur , je^ lavoue j qu*on n'ait abusé de sa confiance, et que l'auteur de la fraude ne soit plus près de lui qu'il ne pense. Car enfin, cet auteur est l'imprimeur, ou le correcteur , ou l'homme chargé de cette affaire, ou moi. Or, il est bien difficile que ce soit l'imprimeur , puisqu'ils étoient deux , lesquels n'avoient aucune communication ensemble ; le correcteur est l'ami du libraire , et même toutes les feuilles n'ont pas passé par ses mains. Bestéroit donc k chercher le fripon entre deux. homine&

(io3) dont je suis l'un. J'écris aujourd'hui à monsieur le lieutenant de police » et je vous envoie copie de ma lettre. J'auroîs voulu me trouver a votre passage au retour de risle-Adam; mais je nai pu venir a bout de savoir si c'étoit aujourd'hui ou demain que vous deviez venir ; et je suis si foible ^ si troublé ', si occupé, que y ne sachant pas non plus Theure , je ne tenterai pas même de m'y trouver , espérant me dédommager mardi prochain. Je vous excède , Madame la maréchale ; j'en suis navré : mais si cette affaire n'est ëclaircie» il faut que j'en meure de désespoir.

Tous comprenez qu'il ne faudroit pas montrer ma lettre à M. de Malesherbea^ mais seulement le prier de vouloir bien regarder lui-même à cette affaire. Le premier colporteur saisi chargé d*un exemplaire de la &usse édition , donne le bout de la pe* Jotef ; il n'y a plus qu'à dévider.

A Monunorency, le i8 février 17$».

V otr ft été», Madame la maréchale, comme k divinité, qui ne parle aux mortels que par les soins de sa providence et les doiâ de sa libéralité: quoique ces marques de votre souvenir me soient trës-^précieuses , d*aur très me le sennent encore plus ; mais quand on est si riche on ne doit pas être insatiable ^ et il Êiut bien , quant à présent, me con* tenter du bien que vous me faites en signe de celui que vous me voulez. Avec quel empressement je vois approcher le tems'de recevoir des témoignages d*aznitië de. votre bouche , et combien cet empressement.

.n*augmenteroit*iI pas encore , si mes maux , me donnant un peu de relâche, me laissoient plus en état d'en profiter ! Oh ! venez, madame la maréchale : quand , aux approches de Pâques, j^aurai vu monsieur le maréchal et vous , en quf/lque âmaiion que je reste , je chanterai d'un cœur content le cantique deSiméoa.

M. de Malesherbes vous aura dit , ma* dame la maréchale , qu'il se présente sur la

( io5 ) .

ublication de mon ouvragd quelques dlEEklfés que j'ai prévues depuis long-tems , qu'il faudra lever par des changement (ur la partie qui est imprimée ; mais quant partie qui ne Test pas, je souhaité fort»

pt pour la sûreté du libraire que pour ma Dpre tranquillité , qu elle ne soit pas im* limée en France. Ce même libraire ne Jevant plus Timprimer lui-même , H est Inutile qu*il en reste chargé pour la faire ^ imprimer en pays étranger par un autre ; et toutes ces cascades diminuant mon inspection sur mon propre ouvrage ; le lais* sent trop à la discrétion de ces messieurs là. Yoilâ ce qui me fait désirer , si vous l'agréez^ que le traité soit annnllé pour cette partie f que les billets soient rendus a Duchesne^ et que le reste de mon manuscrit me soit aussi rendu. J*aime beaucoup mieux supprimer mon ouvrage que le mutiler ; et s*^i lui demeure > il faudra nécessairement qu'il soit mutilé , gâté , estropié pour le faire paroitre ^ ou , ce qui est encore pis y qu'il reste après moi à la discrétion d'autrni, pour être ensuite publié sous mon

(io6) nom, dans Tétat où Ton voudra le mettre.

Je vous supplie , Madame la maréchale , de peser ces considérations » et de décider lâ« dessus ce que vous jugez â propos qui se fasse ; car mon plus grand désir, dans cette a£fdire , est qu'il vous plaise d*en être l'arbitre , et que rien ne soit ùàt que sur votr« décisign.

A Montmorentym - le 1 9 fôyrier 176a.'

J E vois , Madame la maréchale , que vous ne vous lassez point de prendre soin de mon malheureux livre ; et véritablement il a grandbesoin de votre protection et de celle de M. de.Malesherbes , qui a poussé la bonté jusqu'à venir même à Montmorency pour cela. Je crains que le parti de iBnire imprimer les deux derniers volumes en Hollande ne devienne chaque jour sujet à plus d^inconvé* nîens y parce que Ikichesne, paresseux ou ' diligent toujours mal à propos , a commencé ces deux volumes , quoique je IhI eusse écrit de suspendre : mais comme de peur d*en trop dire je ne lui ai écrit que par forme de conseil j il n*en a tenu compte ; et ce sera du travail perdu dont il faudra le dédommager, à moins qu'il n'envoie lei( feuilles en Hollande » auquel cas autant vaudroit peut-être qu'il achevât et prit le même parti pour le tau t. Je soufû'e véritablement. Madame la maréchale ^ du tracas que tout •eci vous donne depuis si long-tems ; et moi;

( io8 ) de mon cAté, j*en suis aussi depuis dnq moit dans des angoisses continuelles , sans qu*il xne soit possible encore de prévoir quand et comment tout ceci finira. Voici une petite note en réponse i celle que M. de Maies»

herbes m*a envoyée, et que )e suppose que vous aurez vue. Je vous supplie de la lui communiqué quand il Sera de retour.

Vous me marquez , et monsieur le maréchal me marque aussi , que vous nue cherches un chien* En combien de manières ne vous occupez-vous point de moi ! Mais , Madame , ce n*est pas un autre chien qu'il ine faut, c'est un autte Turc ; et le mien étoit unique : les pertes de cette espèce ne se remplacent point. J'ai juré que mes «ttachemens de toutes les sortes seroient €lésormals les derniers» Celui-là dans son espèce étcnt du nombre ; et pour avoir un diîen auquel je ne m'attache point , je Tainte mieux de toute autre main que de la V^tre. Ainsi ne ^on^ez plus de grâce à m'en chercher un. Bon jour , Madame la maré^ ichale, bon )our , Monsieur le maréchal ; je Ae vous écris jamais i Tun ou à l'autre > sans

m'attendrir

( J09 ) m'attendrir sur cette réflexion ^ qu^il y a

long-tems que je n*ai pluî de momens heureux de la part des hommes que ceux qui nie viennent de vous.

(no)

X Montmorency, le 35 fiuii 1762.

lii faut, Madame la maréchale, que je vous confie mes inquiëtades ; car elles troublent mon cœur à proportion qu'il tient à sesattachemens. Monsieur le maréchal ayant été incommodé, et M. Dubettler ayant bien voulu m*informer de son. état ^ je Tavois prié de continuer jusqu'à son entier rétablissement; et précisément depuis ce moment il ne m*a pas récrit un mot : le même M, Dubettiev est venu hier à Montmorency , et ne m'a rien £ait dire. J'ai écrit en dernier lieu à monsieur le maréchal , et il ne m'a pas répondu : le tems du voyage approche ; il avoit accoutumé de me ré-^ jouir le cœur en me l'annonçant , et cette fois il a gardé le silence ; enHn tout le monde se tait, et moi je m^alarme. C'est un défaut très-importun ^ je le sens bien , aux personnes qui me sont chères , mais qui tenant à mon caractère , est impossible à guérir , et que la solitude et les maux ne font qu'augmenter. Ayez-en pitié , Madame la ii3ar(fchal« » vous qui m'en pa^dpnnes

tant d^autreiy et sur qui tant de marques d'intérêt et de bonté que j*ai reçues de vous en dernier Ueu m'empêchent d'étendre mes craintes: engagez de grâce monsieur le maréchal â les dissiper par une simple feuille ^e papier blanc. Ce témoignage si chéri, si désiré » me dira tout ; et en vérité j'en ai besoin pour goûter sans alarmes l'attente du moment qui s'approche » et pour me livrer sans crainte à Tépanouissement de cœur que j'éprouve toujours en vous abordant.

Ca

A Montmorency y le 19 mai 176a.

J £ ne croyois pas ^ Madame la maréchale > que notre livre pût paroitra avant les Ëètes ; mais Duchesne ipe marque qu'A compte pouvoir le mettre %n débit la semaine prochaine I et vous penses ^en que je vob ce qui Ta rendu diligent. J*avois destiné pour vos distributions et celles de monsieur le maréchal^ les quarante exemplaires qui ont été stipulés de plus qu^ les soixante que je me réserve ordinairement ; mais mes distributions indispa[isables ont tellement augmenté, que je me vois forcé de vous en yoler dix pour y suffire; sauf restitution cependant f si vous nVn avez pas assez : encore aije espéré que vous voudriez bien en fiiire agréer un à M. le prince de Conti et unautre â M. le duc de Yilieroi, désirant qu'ils reçoivent quelque prix auprès d'eux de la main qui les offrira. Je voudroisbien en présenter un exemplaire à M. le marquis d'Ar« mentières , qui m'a paru prendre intérêt à cet ouvrage ; mais ne sachant commentle lui entoyer , je vous supplie , Madame la mare*

(1x3) chale f de vouloir bien » si vous le jugez à propos, vous charger de cet envoi , et f en remplirai le vide.

J*ai écrit à Duchesne d'envoyer les trente ^emplaires à Thâtel de Luxembourg, dans' le courant de la semaine, et de l^ommencer, dimanche prochain aS , mes distributions , dpnt je lui ai envoyé la note^ Si vous voules bien , Madame la maréchale , n'ordonner les vôtres que le même jour , cela fera que moins de gens auront à se plaindre que d'autres aient eu le livre avant eux. Au reste, quel que soit s6n snccès dans le monde , mon dernier ouvrage ayant été publique* ment honoré de vos soins et de votre pro^ tection y je crois ma carri^e très-heureusement couronnée ; il étoit impossible de 'iaieux finir.

Pour éviter tout double emploi , je croîs devoir vous prévenir"*i Madame la maréchale , que j'enverrai un exemplaire à madame la comtesse de Boufflers y ainsi qu'au chevalier de Lorenz^.

Motier-Travers , ai Jaîllet 176a.

J B me hAte de vous apprendre » Madame la maréchale , que mademoiselle Levasseur es arrivée ici hier en assez bonne «anté » et le cœur plein de nouveaux sentimens qu'elle m'auroit communiqués » si les miens pour vous étoient susceptibles d'augmentation , et si vos bontés et celles de monsieur le maréchal n*avoient pas dès long*tems -attdnt la mesure oii les augmentations n'ajoutent plus rien. £)le m*a apporté un reçu de M. de Rougemont , d^une somme trop considéra-, ble pour être fort bien en règle , puisque entre autres articles ^ M. de la Roche rembourse en entier les six cents ârancs que jelui remis au voyage de PAque, sans faire aucune déduction des déboursés qu*il a faits * pour mes habits d'Arménien; erreur sur laquelle j'attends éclaircissement et redressement.

Yous avez su , Madame la maréchale , que pour prévenir l'ordre qui venoit de m'étre signifié de sortir du canton de Berne sous quinzaine 9 je suis venu p avant Tintimation

(.i5) de cet ordre^ meréfagîer daiisle»ét9U.d4 roi de Prusse , où niUord maréchal d*£cossey . gouvernear du pays , m*a accordé, avec toute sorte d'honnêtetés » la permission de demeurer jusqu'à ta réception des ordres du roi , auquel il a donné avis de mon ar<rivée. En attendant, voici le second ménage dont je commence rétablissement ; si Ton me chasse de celui-ci » je ne sais plus où aller , et je dois m'attendre qu'on me refusera le feu et Teau par toute la terre.- L'équitable et judicieux réquisitoire de M* Joly de Fleuri a produit tous ces effets : il a donné une telle horreur pour mon livre^ qu'on ne peut se résoudre à le lire , et qu'on n'a rien de plus pressé à faire qne de proscrire l'auteur comme le dernier des scélérats. Quand enfin cpelque téméraire ose faire cette abominable lecture et en parler , tout surpris de ce qu'on trouve et de ce qu'on a fait , on s'en repent comme il est arrivé à Genève , et comme il arrive actuellement à Berne ; on maudit le réquisitoire et son Êit auteur : mais Tinfortuné n'en demeure pas moins proscrit ; et vouj

(ij6) ttvez que la maxime la plus fendamentale de tout gouvernement , est de ne jamais revenir des sotiises qu*îl a faites. Du reste , c'est le polichinelle Voltaire et le compère Tronchin qui , tout doucement et derrière la toile y ont mis en jeu toutes les autres marionnettes de Genève et de Berne : celles de Paris sont menées aussi , mais plus adroitement encore, par un autre arlequin que vous connoissez bien. Reste à savoir s*il y à aussi des marionnettes à Berlin. Je vous demande pardon de mes folies ; mais dans Tëtat où je suie , il 'fâtut 8*égayer ou s^éi «orger.

J'ai envoya ci-devant, i monsieur le ma* récbal , copie d'une lettre d*un membre de notre conseil des deux cents au sujet de mon Contrat social. Cette lettre ayant fait beaucoup de bruit , Fauteur a pris nobleanent le parti de la reconnoitre par-devant nos quatre syndics : aussitôt Tàffaire est devenue criminelle ; et Ton est maintenant occupé et embarrassé peut- être à former un tribunal pour la Juger. Trop intéressé dans tout cela , je suis suspect en jugeant mes

jcigôs; itiaîs j'âvotie que le) Genevois me imroiiseiit deyeitus fous. Quoi <^^il en soit qu'on fasse tout ce qu'on voudra ; je ne dirai fièn, je n'écrirai point, je testerai tranquille : tout ceci me parolt trop violent pour ppuvoir durer.

Excusez ,> Madame la maréchale , mes longues; jërimôiâes* Avec qui ëpancheroisje mon cœur , si ce n'étoit avec vous ? Jia n'ai paft peur qu'elles vous ennuient , mais qp'«ll«ft ne. vous tchagrinent : encore un coup ceiclne sanrbit durer. Âpres les peines vient le repos ; cette alternative ïi'a jamais xaanquë. dans* ma vie.: et il m% reste un espoir très- solide ; cVst que mon sprt ne peut plus changer qu'en mieux ^ à moins que voùi ne vinssiez a m'oublief , malheur que j'ai d'autant moins à craindre que je ne J en^durerôis p«s J[<Mig*4;ems.^ Apr^s vos bontés et celles de monsieur le maréchal »

rfen n'a tant pénétré mon ame que celles que M. le prince de CoAti^a dâ^né étendre jusqu'à mademoiselle Levasseur. Pour madame la comtesse de BoufHers , il faut Vadoren £h ! pour<iuoi me plaindre de mes

(ii8) malheurs ? ils m'ëtoient nécessaires pour sentir tout le prix des bieos qui m'étoient laissés. .

On pent m*écrire en droiture A Motier^ • Travers , sous mon nom , on » si Ton aime mieux, sous le couvert de M. le major Giraidier; mais il faut que les lettres soient affranchies jusqu'à Pontar lier. Il ne m'çst encore arrivé aucune malle.

♦ Quand M. de la Tour a voulu Éaira graver mon .portrait , je m'y suis opposé ; j'y consens maintenant » si vous le jugez â propos» pourvu qu'au lieu d'y, mettre mon nom y l'op n'y mette que ma devise : casera désormais assez me nommer.

Le nom de ma demeure doit être écrit.

ainsi :

A MoUer^Travers j par^PorUarlier.

* Sar le dos d» U \tnn%

' ''Xïrje, le.i6«pûri^6^,

Je compte si paclaifein^nt , Madame la-

znai^chaieySar la coptimiiatkNti de tçut^ vos^ bontés povir moi , qne je viens y; recourir avec la plus p^fai^ cop^ace , entvoàssuppliant d obtenir de M. lie prince àe-^CoMhr la permission de quitter ce séjour sans encourir sa disgrâce. J'ose désirer encore de savoir si le gouvernement approuve ou non que je m'établisse dans quelque coin du royaume, où je puisse vivre et mourir en paix sous la protection de Sr ^. , ou si je dois continuer ma route pour chercher un asile ailleurs. Je vous conjure , Madame la maréchale» par une mémoire respectable et si chère à votre cœur , de vouloir pren* dre les informations nécessaires pour me tirer de l'incertitude où je suis sur ce quM m'est permis de faire ; car ma résolution est de n'accepter plus de logement gratuit che^ personne. Le grand prince qui a bien voulu m'en accorder un , sera mon dernier hôte ; et je crois devoir à l'honneur qu'il m'a fait ^ de n*en accepter pliv àe personne un senui»

(Âo) llabla. Mais poiu oier me donner nn asile indépendant, il ÙLUt, quelque obscur et re*> iculé qn^il soit et queiqcie incognito que je^ garde t qne faie quelque sûreté d'y être laissé en paix* Ah { Madame , que fe vous doive le vepos des derxûers fours de ma yie ; il ni^en paroltrà eent Ibis plus doux.

LETTRES

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