LETTRE V
23 noTembre 1899.
Charles X. -^ Il voulait régner sous prétexte qu'il était roi. — La cour i porte point le deuil.
Quand un palmier tombe au dësert frappé de la foudre^ toute la tribu le regrette; chacun pleure en lui ce qu'il aimait^ chacun lui rend l'hommage d'un souvenir^ et ces regrets^ d'accord dans leur ensemble^ sont dififérents dans leur sujet; l'un s'écrie : C'était l'orgueil de la montagne; l'autre dit : Son ombre venait jusqu'à nous 1 Celui-ci reprend : Il abritait l'eau de la source; celui-là : 11 servait de guide au voyageur perdu ! Et chacun expliqua sa douleur par une plainte motivée^ tandis que les petits enfants^ sans comprendre l'étendue de la perte qu'on apprécie^ ignorants de leurs propres regrets^ cherchent en vain sur le sable stérile les dattes savoureuses qui n'y tombent plus. Ainsi^ tandis que les partis politiques qui divisent la France , proclamant la mort de Charles X , déplorent leurs prétentions évanouies et calculent les résultats de cet événement^ nous^ enfants de Télégauce et de l'harmonie^ que les querelles fatiguent et que la politique endort, nous
pleurons pour nous-mêmes et sans prétention le roi de la Tieille France, de la France chevaleresque, brillante et poétique, de la France dame de qualité^ de la Fr^ice enfin ^ui n'est plus; et, comme les enfants qui ne savent pas si le palmier tombé était utile par sa hauteur ou par son ombre, nous regrettons ses irniXs; et nous cherchons en vain dans la France bourgeoise^ette fleur de courtoisie, ce parfum de. royauté, ce tte majestueuse bienTeilianca. qui tombaient de l'arbre monarchique él que nous ne retrouverons plus.
Les bonnes actions ont, dit-on, remplacé les bonnes manières, et cela vaut mieux. Le roi-citoyen con\ient plus à nos mœurs qae le roi gentleman. Le vaisseau de l'État n'est plus un superbe navire aux voiles dépendantes que les vents capricieux font voguer au hasard ; c'est un lourd bateau à vapeur, chargé de charbon et de pommes de terre, partant à heure fixe, arrivant à jour fixe au port qui lui est assigné. Il ne dit pas, comme Âgamemnon :
Mais tout dort, et rarmée, et les vests, et Neptune !
Que lui importe à lui? tant que le charbon brûle et que les patates cuisent, il roule, car le vaisseau de l'Etat ne vogue plus. Gela vaut mieux sans doute pour le passager et pour tou{ le monde, pour vous surtout qui vivez de petits amendements et de longs rapports, vous qu'une loi de tabac et de betteraves intéresse des mois entiers ; mais pour nous, qui n'aimons que les arts et les plaisirs, nous regrettons le beau navire et le vieux monarque des temps passés, parce qu'il emporte avec lui nos souvenirs, parce que nul ne savait mieux dire une gracieuse parole et faire plus à propos un noble présent, parce qu'il était éminemment royal, ce qui était quelque diose dans sa position^ parce
qu^enûn il avait hitmdUion, comme on dlt^uttiéâtrej et gue la tradition se perd avec M.
: Maintenant que Charles X est mort^ on lui rend juàtiee; on comprend que ses fautes si séyèrement puiiîes n'ëtaient que nobles qualités; par ^malheur, ces qualités n'étaieilt plus de notre époque^ ette fut là son crime; car c'est une vérité misérable qu'il fautbien avouer : comme'les habits, les vertus subissent la mode, cela ferait croire qu*éllestne sont que des parures. U est telle .vertu surannée qui^peut nuire à un.galant^homme.; jadis la fermeté était une vertu de roi, aujourd'hui cela^'appelle une tendance-arbitraire; jadis la clémence élaitbelle toiijours, aujourd'hui on en fait une faute politique, et le plus insi ^ifiant TniT]iatrp n o p?^- ' donneras è un roi deiaire grâee malgré ses avis. Le bien elle mal ne se devinent pas par instinct comme autrefois, maintenant c'est Jinefétude qui demande toute la vie, et encore voit-on de noMes âmes s*y tromper. A l'âge de Charles X il était bien tard pour revenir sur ses idées et pour se re^Biire des croyances nouvelles. /Nous n'étions pas pour lui un peuple éclairé qui réclame ses droits^ nous étions des sujets révoltés dont il fallait réprimer Tinso-
j lence. Que voulez-vous? îl n'avait point perdu l'illusion
des « fidèles sujets, » Il ne comprenait tien aux légales insuTrections des Chambres, il avait encore le préjugé de la couronne; en un*mot, il voulaitrégner sous prétexte qu'il était roi. C'est pourquoi il est moît comrae'il a vécu : dans. Texil. Oh! c'est triste de voir 'toujours les rois proscrits,
I guillotinés, assassinés pour des malentendus de peuples !
Autrefois un honmie déplaisait au prince, qui l'envoyait à
I la Bastille ; aujourd'hui 6'eàt le prince qui déplaît au peuple,
I ct.le peuple absolu »le proscrit. La ferre de l'exil est donc
: laDaslilledesrois.
fBETimiES rPÂRISIENNES 34
tlkiiîovnial qui Toudiadt ôtie méchant » et qui n'e^t tjiie leadxe^ {àblîe daos sondemier luunéix) une lettre ou plu- Ifthim fltlLsle'signé Miiiiis><]lAiouRB^ que nous û'^yons pu ItersaBsëèMineiiient; en efiet^^uous ne oomprencws pas 9ie]ie'.ijifiiie&ee peut escore-exercepsur le parti légitimiste ■UMiBBietla princesse» de Lucdusi^PàUl. Depuis son macittge^ Ue réte de madame la^diichesse^ de Berri eftt ^ è'oos fÇHK^^eatièreni^t diangé. MAUs-CiiBo&fNE^ Teuve ifan fsjaue UraBçais assassiné. parmi nons^ eouveile «nacré du noble sang de son mari, était use «xilée. française dont le malheur nous inspirait la plus religieuse pitié; Marie-Caroline^ femme de M. de Lucchesi Palli^ n'est plus maintenant pour nous qu'une princesse étrangère^ une nouvelle mariée heureuse, dont nous admirons toujours le courage et rhéroisme, mais dont neus À'aYons plus le droit de nous occuper. Il nous semble que si le duc de Bordeaux doit toujours voir en elle sa mère bien -aimée, sa mère politique est maintenant madame la jduchesse.d'Angouléme, dont le .caractère est une^sainte garantie lonadame la Dauphine attend noblement de la Providence ce que d'autres démantelée la<giierreeîii^; dans'sesaialheurs elle s'est toujours Mavenie ifu'elle était fille de Pranee; nous^feronst)omme éUe,:neus ne; l'oublierons jamais. .
id*a onrrn&^porte point le^uil, oe qid nous^^paréAtassez éiraDge. Les fêgitisMifctes k po?teTont pendant six mois, fouritrois laisons rxem-ci par religion pour une perte l6eUeœ€Dt'$eiitie;€eux*là*par polttique^et pour se* compter; Jos wiArespa]>éc6aomie. Quant aux gens d'^esprit ifld^ yemâaatsquiiQiit^tTop debonae^fôi pour se faire remor- ^ttr-par aucun •parti, <pii ne*^ont point 'à latour parce qne lesrévérenees'lesiennuieiit, qui si^-entourcnt de* toutes les^pinions paree<^ue^l'espritde tous les amuse^ sans-étre
en deuil, ils se mettent en noir poui* ne choquer personne. Quelle différence voyez-vous là dedans? dira-t-on. La nuance est très-grande, nous pouvons le prouver. C'est la dififérence du crêpe au satin, d'une profonde douleur à une douce mélancolie, d'une affection malveillante à une convenance délicatement observée. Une femme en grand deuil de Charles X (quand nul devoir de position ne l'y oblige) nous fait aujourd'hui le même effet que nous faisait en 1830 une fenmie couverte de rubans tricolores; en général, nous n'aimons pas la politique des biffons.