LETTRE VI
80 noyembre 1836.
Commérage. — Les Jeunes Filles ambitieuses. — Junie épouseiait Nâroiu Virginie épouserait M. de Laboordonnaie.
On a comméré cette semaine sur toutes sortes de sujets. Beaucoup de fausses nouvelles nées subitement et plaisamment démenties; quelqu'un disait-il : Berryer est parti hier pour Goritz; au même instant la porte du salon s'ouvrait, et l'on voyait entrer M. Berryer. Savez -vous la nouvelle? lui disait-on, Berryer est parti pour Goritz. Et M. Berryer affectait un air d'hicrédulité. — Puis on parlait deia session prochaine, de la majorité, de la minorité. Les badauds politiques se frottent les mains et se réjouissent : La session sera fort intéressante, disent-ils; les gens sages haussent les épaules. Tant pis, répondent-ils, nous n'aimons pas les sessions ammanies; nous préférons de bonnes
lois ennuyettses à d'éloquentes querelles inutiles. Les députés ne sont pas faits pour divertir le pays^ volontairement du moins. — Nous pensons comme ces gens-là , et nous avons vu avec peine qu'en Angleterre on voulait accorder aux femmes la permission d'assister aux séances du Parlement. Nous croyons que tout ce qui donne l'air théâtre à la représentation nationale lui ôte de sa dignité. Les personnes qui assistent aux séances des Chambres sont de simples témoins^ nous ne voulons pas que Ton en fasse un public de galeries y en y joignant des femmes plus ou moins parées. Les Anglais ont tort de nous imiter. A quoi servent les brUlanles assemblées? à faire de la tribune un tréteau parlementaire; au lieu de députés qui discutent^ vous avez des acteurs qui posent; au lieu d'hommes d'affaires qui expriment consciencieusement et sans prétention les idées qu'ils doivent à leur expérience, vous avez des orateurs brillants qui choisissent dans leurs convictions, et quelqueiois au delà^ la phrase brillante qui doit produire le plus d'effet sur une brillante assemblée: Nous ne croyons pas que ces brillants succès rendent la situation du pays plus brillante.
On parle aussi de la guerre que l'ancien président du conseil va déclarer au ministère d'aujourd'hui. Les grands exploiteurs de petites haines font déjà leurs préparatifs; déjà les hostilités commencent^ grâce à leui's soins; ils courent chez M. Guizot : Thiers^ disent-ils ^ va vous attaquer vigoureusement^: il se propose de dire ceci, ceci; de dévoiler ça, ça. Puis ils reviennent chez M. Thiers : Ah! disent-ils, le ministère fait le brave; il s'attend à tout^ il se prépare à vous répondre fièrement; il répliquera ceci, ceci; il expliquera ça, ça... Et c'est pitié de voir la supériorité de deux hommes de talent que des circonstances passagères
34 hK VICOilXE DE LAUKAY
ont pu séparer un mameat^niMûs qui pownîsiitittBeoTO s'entendoe â .rintérêt .géntral .Fûiigeût, mîBéiablsiiieixt exploitée paries la^diiwntés les>pliis obscures. ^IBtfC^ s'appelle feire de.la^poliAttpe? SiMt... Hms eoBiiaBS64iii&de vieilles commères «pii .u'cmpimont pos .d'auteas nnoyeaBS pour révobUionneriaai^eqauliiX*
On.parle encore^ maissévèreiaent^fdelaniikâsBSiteTaison que les gcns.dn.g»uvenMUiumt vousdamoii cpoiand xm leur demande pourquoi la fasûlle foijAleme porte point le daiil de Charles X.'C'estjane:iaia»i politique. Vousneisa* TÊZ, point cela? Ceat^dans^la crainte de-iA^daireàJa^titeBe bourgeoise. La classe btui^geoiae^ dilton^ Teiraiiititamao* TaisoBil cette.GOAcessiûn aig:.idée&inonaT«htipies.iLaxUwse bourgeoise^messieuis^porite le4euiLde^«s pavente^'^b-c'^t uneiflaUeiie ângulièBe4][aiÏBitMttiheKaipcu,^qi]eo^Mfe une chose incouYenuite pour.lniplfllre.'Qnepenseriez-^iFous d'un homme qui ce, pisterait point le deuil de«oii ODêle^ parce que «on onde Faiiralt dfêdiérité. en mourant?' €>r^ ^si l'on doit porter le deuil des.pannts^aitim ii%éitte pecs^ à plus forte i-aison dok-on forterile.deuildeveuxidontxin'a hérité par anticipation. La peur de déplaire tf est >paB une peur plus noble que les autnea^il nous semble^ d'ailleurs^ qpie voUà assez Icmgtemps.qiieia peur sert deiprétexte^HUX actes du gouvemenaent. tGe prétexieest un peu lulérœ pourrait-on pas, en changer?
M rois'occupte toujoiirs.assidteifflïtdestiatanxdu>Ma^ sée de YersaiUes. n passe des heures eoliflressàipQWowir ses immenses gaieries, etdes persoraïasile sa:»uttç, qu'une aussi iFive exaltation «eeontientipas, sont parfeiaextiénuées de fetjgue. Quandila nuit^ent, tes pronienadfis.jdaas ki»lais se conanuent aux flambeaux; .des candélabres ambulants, c'est-à-dir£ des hougies réunies sur un même pla-
LETTRE s PA«ISWNNE«- 35
teau, auçpel' tient un long mancbe qpt termine un' valet de pied, suivent le roi- dans tous se» mouvements^ et' se placent en cercle'autoTir de lui (juandi! s'arrêledevantîun tableau. Ces cariatides vagabondes, cette procession lUmi* neuse est d'un effet- magique dans ces galeries', qui -sont adinirabiès; Le Musée de Versailles" est une dès merveiUes dtL'inondei
Le nouveau'romandè Pàul'de Rock a pour titre 'Ztrzng ; cenom'csfd'imbon présage. La^ réputation de Paul de Kock grandit* cHaque jour^ malgré les dédains de nos arutèars à prétentions. Pour nous, qui croyons que le* commun* du genre ne nuit pas à là supériorité- dti talent, nous préférons un beau Téniers àunemauvaise imitation de Mfgnard. Nous préi&t)ns une^risette-qm parle |?wrcme?rt son langage à une princesse dfa G^fmnaseqni parle comme une ravaudeuse. Nous préférons enfin le petite monde peint avec vérité au faux grand' monde, k la bonne soméié qu'inventent nos auteurs à la mode^ ef'nous leur' dirons francbement qu'ils n'ont pas assez- d*imaginatièn' pour peindi-e la bonne compagnie.
M. lanin^a fiadt un artfcle fort amusant sur le nouveau dfame de^MMt Aticelèt et Paul Fouetter, représenté dernièrement au' Vaudeville. Ml Janin* reprocite à Ml de Mlzac d'avoir inspiré-: l** la* comédie de^madameAucelèt; 2* le ïiame de M. Ancelot; 3^ l'amour de toutes les femmes de qiu^ante ans. G'ést'bien dur! Sêlto lui', on^doit' à* M^ de Balzac la découverte dé la femme de quarante ans;* il rappelle lejèhristopbe Colomb de la femme de quarante ans. ff La femme de ti*entè a quarante ans^ dît-lH ét«iit'auti^ôis V une terre à peu pi-ès^ perdue peur la passion, c'est-à-dire » pouric roman et -pcurle «drame ;*mais aujourd'hui) grâfec » à* ces riantes découvertes^ la femme de quarante ans règne
» seule dans le roman et dans le drame. Celte fois le nou-
veau monde a supprimé l'ancien monde, la femme de » quarante ans l'emporte sur la jeune ûlle de seize ans. — p Qui frappe? s'écrie le drame de sa grosse voix. — Qui est » là? s'écrie le roman de sa voix flûtée. — C'est moi, réy> pond en tremblant la seizième année aux dents de perle, , » au sein de neige, aux doux contours; au frais sourire, au » doux regard : c'est moi! J'ai l'âge de la Junie de Racine, » de la Desdemona de Shakspeare, de l'Agnès de Molière, » de la Zaïre de Voltaire, de la Manon Lescaut de Prévost, » de la Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, C'est moi! y) j'ai l'âge, le bel âge fugitif et enchanté de toutes les >, jeunes filles de l'Arioste, de Lesage, de lord Byron et de » Walter Scott. C'est moi! je suis la jeunesse qui espère, » qui est innocente, qui jette sans peur dans l'avenir un » regard beau comme le ciel I j'ai l'âge de Cymodocée et » d'Atala, l'âge d'Eucharis et de Chimène ! J'ai l'âge de tous » les chastes penchants, de tous les nobles instincts, l'âge » de la fierté et de l'innocence. Donnez-moi place, monsei- » gneuri Ainsi parle le bel' âge de seize ans aux roman- ' » ciers et aux dramaturges; mais aussitôt romanciers et » dramaturges de répondre : Nous sommes occupés avec » votre mère, mon enfant; repassez dans une vingtaine » d années , et nous verrons si nous pouvons faire -de vous » quelque chose. »
Eh! mon Dieu! estn» la faute de M. de Balzac, si l'âge de trente ans est aujourd'hui l'âge de Tamour? M. de Balzac est bien forcé de peindre la passion où il la trouve; et, certes^ on ne la trouve plus dans un cœur de seize ans. Aulefois, une jeune fille se faisait enlever par un mousqueïnn ' ft l^""^"^^^^ ^" <^u^ent par-dessus le mur, à l'aide une echeiîe; et les romans de cette époque étaient rem-
plis de couvents, de mousquetaires, d'échelles et d'enlèvements. Julie aimait Saint-Preux à dix-huit ans; à vingtdeux, elle épousait par obéissance M. de Volmar : c'était le siècle. Dans ce temps-là le cœur parlait à seize ans; mais aujourd'hui le cœur attend plus tard pour s'attendrir. Aujourd'hui Julie, ambitieuse et vaine, commence par épouser volontairement, à dix-huit ans, M. de Folmar; puis à vingt-cinq ans, revenue des illusions de la vanité, elle s'enfuit avec Saint-Preux, par amour. Car les rêves du jeune âge maintenant sont des rêves d'orgueil. Une jeune fille n'épouse un jeune homme qu'à la condition qu'il lui donne un rang dans le monde, une belle fortune, une bonne maison. Un jeune homme qui n'a que des espérances est refusé; on lui préférerait un vieillard qui n'a plus rien à espérer. Vous parlez des auteurs anciens, ils peignaient leur temps. Laissez M. de Balzac peindre le nôtre. La Junie de Racine, dites-vous? — Mais aujourd'hui elle choisirait bien vite Néron pour être impératrice. — Manon Lescaut? — Mais vous la voyez mettre à la porte Desgrieux pour un vieux maréchal de l'empire. — Virginie? — quitterait Paul pour épouser M. de Labourdonnaie. — Atala? — Atala, ellemême, préférerait au beau Chactas le père Aubry, si le vieillard n'avait fait vœu de pauvreté. — Mais voyez donc uo peu les femmes passionnées qui, de nos jours, font parler d'elles : toutes ont commencé par un mariage d'ambition ; toutes ont voulu être riches, comtesses, marquises et duchesses avant d'être aimées. Ce n'est qu'après avoir reconnu les vanités de la vanité qu'elles se sont résolues à l'amour; il en est même qui ont recouru naïvement après le passé, et qui, à vingt-huit ou trente ans, se dévouent avec passion au jeune homme obscur qu'à dix-sept ans elles avaient refusé d'aimer. M. de Balzac a donc raison de
iO LE VICOMTE DE LAUNAY
3® La naissance du fils de Paul Ddarocbe^ enfant né le lendemain d'une mort! espéiance qui vient adoucir un regret. Héritier doté de quatre noms glorieux : joseph^ garle,