HORACE^ PAUL DELAROCHE
4<^ Ueiistence d'un livre mystérieux qu'il sera défendu d'imprimer, qu'il serait impossible de lire, dont les hommes n'oseront parler, dont les femmes n'oseront rougir^ et dont le titre même ne peut se prononcer ;
5® L'opéra de Scribe et d*Auber, qui sera représenté samedi prochain, dont la musique est, dit -on, ravissante, et dans lequel madame Damoreau et mademoiselle Colon doivent lutter de grâce et de talent;
6<^ La riche exposition des tapis de M. de Salandrouze, qu'il a fallu prolonger de deux jours pour satisfaire la curiosité et l'admiration du public. Un tipis d'Aubusson, maintenant, c*est presque une tapisserie des Gobelins. Les tapis brochés d'or, les portières à brillants dessins sont dignes de rOi'ient, et pourtant tout cela est d'un prix fort parisien, c'est-à-dire très-raisonnable;
7® Les concerts de Musard, véritable emblème des plaisirs de notre époque; une harmonie délicieuse qui couvre de grossiers propos, des salons dorés tout remplis de boue.
Tout cela, joint aux événements politiques, pouvait suffire à une conversation de huit jours; eh bien ! on a encore trouvé le moyen d'inventer.
Les modes commencent à se dessiner; les femmes qui portent des robes de couleur se dépêchent d'adopter le vert, pendant que les légitimistes sont en noir. Nous avons vu une robe de bal en satin et crêpe vert-pomme, d'un efTet charmant; les manches étaient ornées de petites fleurs roees ùt blanches.
De fort jolies femmes. ont mis à la mode les capotes
(matées et piquées, et c'est ud grand tort. Voilà toates les autres femmes qui ont imaginé de mettre leur couvre-pied sur leur tête pour leur ressembler. D'autres ont été plus ingénieuses; elle se sont rappelé la douillette piquée et ouatée de leur grand-père^ académicien, musicien ou pharmacien, helléniste, botaniste ou économiste, et elles se sont fait de ce débris scientifique une capote à la mode. Ce n'est pas tout; elles ont posé deux plumes là-dessus : or ces capotes (d'origine allemande), qui ne sont gracieuses que comme négligé^ qui sont fort convenables en convalescence et en voyage, sont du plus mauvais goût offertes comme parure. Heureusement deux grosses femmes de notre connaissance viennent d'adopter celte mode. Ce ne sera pas long; à ces femmes-là, rien ne résiste.
On a toujours reproché à la cour des Tuileries son grand amour des étrangers : cette tendresse semble s'augmenter chaque Jour. Ce qu'il faut pour ôtre bien traité au château, ce n'est pas un grand mérite, une grande réputation, ni ' même un grand nom français; c'est un accent étranger quelconque : l'accent anglais surtout est un merveilleux talisman qui vous ouvre toutes les portes de la royale demeure. Nul n'est prophète en son pays, c'est une vérité reconnue; mais on trouve que les étrangers sont trop vite prophètes à Paris. L'hospitalité doit être accordée avec dignité, et non offerte avec complaisance; on ne se montre empressé que pour ceux dont on a besoin, et nous n*avons besoin de personne. Lord *** nous disait, il y a quelque temps : «J'ai diné aujourd'hui aux Tuileries; c'était un grand dîner d'étrangers. » Puis, il y a peu de jours, il nous disait encore : « J'ai aussi dîné aujourd'hui aux Tuileries; il y avait un grand dîner d'étrangers. » Comme tout le monde s'est mis à rire^ il a bien fallu lui expliquer pourquoi l'on riait, et
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lui (Mre que efaaqoe fbis qu'il y «voil «n grand dtberdb«v le roi^ c^était «q grené dîner dréti«nger9;'(p'em n'y a(iine(^ tait de Français que «eux qu'on ne pouvait se dispenaer èr seceiroir. Le fttit' est que le banquet rayai a tcrajoups Tal^ d'une, table d'bdte. luss étrangers, sont peu sensibles à eettepréfêrenee*; ils Deviennent paF ^es noas|wnr se voir enta* auE; ils s'aiitendent â trouver ehe^ le ror nos grande sei-^ gneurs à noms historiques^ nos beliës^ fleanaes^ nos beaux: talents^ nos homme» d'État, nos artAstcs célèbres^ tout ce", qui fait l'honneur d'un pays, tout ce qui dura une^ eoui» runçe, et non pas à veeonnaltoe là d*8ncy3ns visagçfs voyais geurs qu'ils ont d^à rencontrés dans tous les ooincrdeHEu»- Kope. On se trompe îcfti sî l'oneroit les séduire en agissant ainsi; on veut leur donner une hanta opinion: de-Fhospitelité de notre cour, en n'admettant qu^enxx sente a ses< ftveurs, et l'on ne parvient à Imir inspiFer que* celte' idée r qoû les grandes illustrations françaises que Ëi cenr de JltU^ let seraitflattëe de recevoir, ne seraient pasilattéesd'rvenip. Il nous semble qu'il est inuttle de faâro'tanl daUNiis pouv^ accréditer une idée fausse»
Le mond» se ranima ma^ré* le dfeuil : les l^ttmistiei' ont déjà pris lu mesins de leur douleur, eBe Ira jusqu*^ mois de jair?£er incktsrrement. Dès tes premiers^ jours- de février, les grandr salons seront ownerts;. ju§qoe4à les raeu^ (Fambassade seront les seuk plaisirs que se permettront ter ftaimesdeFancienne cour; Les temmes de Tautremonde.. mais ce n'est pa& p<^ : las femmes de Tautre rtve, se réunissent, le mardi, chea' Fancien présidient du conseil, dont la coquette demeure* est le rendeï-vous de tout le justemâitm courageux, opposant et de bon goût. Eh bien! on ne le croirait pas, cela est fort considérabte. A la vérité^ M. Thiers a tant d^avenir qu'on peut lui être ûdèle sans^
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danger. LflE seare chose qax M màse^ c*és1^ son entoorage politiqae. M. Tfaiers monterait dé j^las dignes flatteurs. ]f. Tiner9;déBeK-Tous des petits esprits^ dés petits conseils^ des petites haines: Qaand on est descendu dans la vallée^ 1er moindre buisson' peut tous cacher la montagne^ tandis qn^entre le»' plus hauts arbres on découvre tout Thorulbn.
n y ff deux salons po^ques à Paris après celui de S; ThiersT le salon de la comtesse de FTahault et celui dé la princesse de Lieven. Madame de FTahauita choisi la carrière politique-comme cefle cfuicontenaitle mieux à son activité; ce n'est pas diez elle ime rocation^ c'est une résolution. En général^ les* mdndres actions d'une Anglaise sont Teffet dTune résolution. Les Anglaises ne connaissent point les' ^ entrainemento de la nonchalance ou de la vivacité ftan- ^ise^ eVies ne (bnt pas une chose pRitôt qu'une autre indîfi^kemment; tottt^ chez elles^ est Pœnvre d'une décision : leur manière de marcher, de parler, d'aimer et de prier. Efies ne. d^h^nt jamais, eDe? veulent; elle? ne se promè* nent pas, elles marchent, parce qu'ellèsront résolu de mar> diep; ellts vont diroit... à rien; elles partentpour aller... raille paît.. Hais n^importe, elles sont décidées, elles y arriveront^ et leur manière dts marcher même semblé dire : Je n'irai certainement pas ailleurs. Elles ont des lois intimes qui les régissait; elles ont un arbitre intérieur qui décide promptement de tout, sans appel. Chez elles tout esl volontawe; tout décèle un parti pris, un effbrt> des préparatife' comme pour un voyage; eW^s Rembarquent pour ttiutes* choses. Cela tient peut-être à leur ile dont on ne peut sof* tir par hasard et par distraction, qu'on ne peut quitter qn'avee une ferme résolution, qu'avec la nécessité dépasser smr le continent. Cet esprit résolu, qui manque de grâce
lorsqu'il s'applique aux choses légères et indifférentes de la vie, est d'une grande valeur, appliqué à des intérêts plus graves. Madame de Flahault est douée d'une haute intelligence^ d'une véritable capacité; si l'on dit femme aiUeure, nous dirons que madame de Flahault est ime femme administrateure. Son influence est visible, vivace et volontaire; elle se maintient par l'activité, elle s'éteindrait dans l'inaction. L'influence de madame la princesse de Lieven est plus réelle, peut-être parce qu'elle est plus voilée. Madame de Lieven a le calme de la puissance, la sécurité d'un droit acquis, la patience d*ime volonté qui sent sa force, qui sait attendre parce qu'elle sait prévoir. En elle, point d'agitation, rien qui trahisse l'intrigue, rien qui ressemble à un pédantisme politique; c'est une planète qui a des satellites parce que c'est son métier de planète; mais qui ne fait aucune démarche pour se les attirer. Madame de Lieven est la femme du monde qui s'entend le mieux à semer une conversation, et cela naturellement, sans culture extraordinaire. Si elle parle, ce n'est pas pour vous imposer ses opinions, c'est pour vous offrir l'occasion d'exprimer les vôtres. La société de madame de Lieven semble le type de la politique dans une époque de haute civilisation; politique élégante, simple, froide, causerie de salon et non plus bavardage de club; terrain neutre où toutes les idées sont également représentées, où le passé se fond dans Tavenir, où les systèmes vieillis sont encore respectés, où les pensées nouvelles sont déjà comprises; refuge pour ceux dont on ne veut plus; asile pour ceux que l'on redoute. Madame de Lieven a choisi le seul rôle politique qui convienne à une femme : elle n'agit pas, elle inspire ceux qui agissent; elle ne fait pas de la politique, elle permet que la politique se fasse par elle, et puisqu'il faut que tout le monde ait dit ce
nsi^là une fois en sa yie^ nous dirons que dans son salon ettè règne et ne gouverne pas.
Nous vous demandons mille fois pardon, mesdames, d'avoir osé parler de vous; mais c'est bien un peu votre faute. Nous respectons l'obscurité des femmes qui se contentent des plaisirs de la famille et des querelles de ménage ; mais vous, qui vous mêlez des quereUes de l'Europe, TOUS sortez des lois ordinaires. En faisant tout ce qu'il faut pour acquérir une grande influence, vous nous avez donné le droit de la constater.