‹ Lettres parisiennesChapitre 21 sur 49 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

UiaivierlfliT.

L'ascea&on de }H. Qreen. -^ Bal de l'ambassade d'Autriche.'— Bal Kmmois du fanbonig Saint^ermain. — Bal Matard.

La dernière ascension de M. Green et le grand M et TambasErade d'Autriche sont les événements de la sentUne qui ont le plus occupé le monde parisien; plas d'âne mer* vetUeuse a joui de ces deux plaisirs. Le matin aisisl^ «a départ d'un ballon pour les cienx, et le soîr briller dnw l'une des plus befles fêtes de Tannée! C'est là de l'élégance s'il en fut jamais. On raconte même qu'un des Toyagems aériens^ jeune valseur fort à la mode, a commencé sesii^ vitatioDS du haut de la nacelle; ayant reconnu parmi les spectateurs la belle dnchesse de S..., il l'a, dtt-on^ pi4ée l valser pour Je bal du soir^ et il s'est envolé en disant ; « La première valse, madame, ne l'oubriez pas. i» Et le s^ mémo il était au bal; et certes, en le voyant valser d'un air si paisible, on n'aurait jamais deviné qu'il tHA prîs «n si long chemin pour aller se promener à Bondy.

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Un autre tayageiw da btlioa avait eu um idée moins ékéfpaj^, celle de jeter et l'eau (sur la têle des spectateurs «a moment de raseension; mais le prince P.... an^ive du SmU du Niagara^ i^esi un petit souvenir de cascade qu'à £aui lui pardonner. Quand la nacelle a frappé contre un pan de murale cri de la foulea été superbe : c'était un bel efliroi unanime ; ceux qui n'avaient pu voir le daoger étaient ainsi effrayés que les auii^ea, tant l'émotion était eomoniBitaure; vmm elle fut bientôt dissipée : oa -vit M. Green agiter soo drapeau, et puis on ne vit plus rien du tout Et les spectateurs assis sur les totis, sur les murs^ se retirèrent, at ia fo4le qui reo^^sait la cour de la Caserne Poissard niire, où avait eu lieu Tascension/ s'écoula leatemeai, ob! très-knâementy car il nous fallut attendre notre voiture au mom une demi-heure. Les soldats de la cMerne retoumèlenl dans leurs appariemenls; l'un d'eux nous avait fort gnnsés un moment avant fasoension : « Tiens ! tiens! s'é» tait-il écriée une dame à ma fenêtre ! dans ma petite diam^ lirel > Et SA joie était si vive, qu'elle était fort i^sai^. Noua pttisoos qu'il a été un des premiers à veioonter dans son apparkment. Mats que tout cda était mal anungë! ^idle boue dans la cour de la caserne! quel désordre pour y entrer, pour en sortir! que de jolis pieds mouillés, que de douces voix enrouées, que de peines pjM^^wj^i^H On dirait tanjoiurs qu*à Paria les entrepireneurs de fêtes sont avoeiéa avec les médecins^

Cette dermère ascension de huit voyageurs nous rappelle kl première de ce genre qui eut lieu en 1784, et qui mit en rumeur toute la ville de Lyon. Le janvier, Joseph Hontgolfier, le prince de Ligne, le comte de Laurencin, le marw çns de Dampierre et M. Lenoir montèrent aux Brotteaux, ilve gaxicbe du Rhône, dans une montgolfière gonflée à la

fumée. Le ballon, composé d'un réseau de ficelles^ collé intérieurement et extérieurement de papier, fui soumis pendant vingt jours^ par un temps affreux, à une série d'expériences auxquelles toute la population de la ville s'intéressa. Le ballon s'éleva enfin en présence de plus de deux cent mille personnes accourues de trente lieues à la ronde; car c'était un événement alors que l'ascension d'un ballon. Un incident étrange faillit compromettre la vie des voyageurs. Un jeune bomme de dix-neuf ans^ nommé Fontaine, intimement lié avec la famille Monigolfîer, avait en vain sollicité l'bonneur d'être du voyage; M. Josepb Montgolfier l'avait impitoyablement refusé. Le jeune bomme eut alors recours à un moyen désespéré , ruse effrayante de bardiesse, mais admirable puisqu'elle réussit; il alla se percber sur le point le plus élevé de l'enceinte , et lorsque le ballon, en quittant la terre, passa près de lui, il se précipita dans la nacelle par un élan prodigieux, et tomba juste au milieu des voyageurs, fort étonnés de celte manière nouvelle de rattraper la diligence; l'ébranlement que le ballon reçut alors détermina la rupture de quelques mailles du filet. Le mouvement d'ascension n'en continuait pas moins; mais, la rupture augmentant toujours, les voyageurs se voyaient au moment de tomber dans le Rbône, dont ils suivaient le cours ; la nacelle aérienne tremblait de devenir aquatique , et la foule inquiète les contemplait avec effroi : au même instant, sans un ordre, sans une parole, par un mouvement spontané et unanime, le Rhône se couvrit de barques dans toute son étendue, et Ton vit chaque batelier, immobile , épier dans les airs ceux qu'il 8*apprêtait déjà à sauver dans l'eau. Pendant ce temps, Joseph Montgolfier et le jeune Fontaine, au milieu de la consternation de leurs compagnons, se hâtaient d'activer le

feu de paille dans la nacelle pour maintenir Téquilibre du ballon avec la masse d'air. Arrives au confluent du Rhône et de la Saône ^ un coup de vent^ venant du bassin de la Saône^ les poussa vers les marais de Genissieux, où ils allèrent tomber rudement. M. de Laurencin eut un bras foulé^ M. Montgolfier eut trois dents cassées, les autres voyageurs reçurent des contusions plus ou moins fortes. Ramenés en triomphe à Lyon^ ils parurent tous le soir au spectacle dans la loge du gouverneur; ils furent accueillis avec un enthousiasme qui tenait du délire. Le frère de M. MontgolOer^ qui était au paiterre, ayant été reconnu, les spectateurs lui firent subir à son tour une ascension triomphale, et relevèrent dans leurs bras jusqu'à la loge du gouverneur, où on le força de s'asseoir avec les héros de la journée. Ce qui n^empêcha point les mauvais plaisants du pays de faire sur cette aventure plus d'une chanson, que les canuts savent encore, et où Ton tourne en ridicule ces audacieux partis pour les deuXy qui n'ont pu sauter plus hiut que les grenouilles dans les marais de Genissieux.

Maintenant que nous en avons fini avec les ballons de i837 et de 1784, disons que le bal de l'ambassade d'Autriche était éblouissant de diamants. Les diamants et les cheveux sont redevenus à la mode. Des diamants! on en met tant qu'on en a et même plus qu'on n'en a; des cheveux J on en porte à profusion, on fait valoir tous ses cheveux et même aussi ceux des autres. Pendant le bal, on ne parlait que des magnifiques diamants de la duchesse de S... « Les avez-vous vus? disait-on, elle en a au moins pour deux mUlions sur la tête; » et l'on parlait, et l'on traversait la salle de danse et les salons pour aller voir le magnifique diadème; et l'on se pressait et l'on entourait madame la duchesse de S..., dont les beaux yeux et le charmant

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tisagc dimiiaieiit bien des distraetiei» à ceux qtd étaient Tenus pour admirer sa parure.

Paris danse^ Paris saute^ Paris s'amuse de tous cAtés; et il se bâte, car le mercredi des cendres est à la porte. Tous les quartiers sont en émoi; le foubouiçSaInt-Honoré saute^ TOUS le savez; c'est un effet du gaz déjà connu^ msds il danse aussi maintenant; les grands bais commencent. Le faubourg Saint-€ermain ne saute pas, ini, il croule; mais il valse aussi, car il a Jugé convenable de Ikire trêve au deuil de cour et de coeur en faveur ées jeunes personnes. On donne de petites soirées modestes qui évitent tout ce qûà ressemble à nn bal, la danse par exemple; on n'y danse pas, mais on y valse; e'est plus triste, <fest i^us convenable, cela semMQ un basard. Quelqu'un se met au piang, joue uiœ vidse peur elle-même, parce qu'elle est jolie : alors chacun l'admire; on la fait répéter, on l'admire encore; puis, à force de l'apprécier, on finit par lui rendre la seule jttsUce que demande un air de valse, c'est-à-^ire de valser en mesure en l'écoutant; et la soirée se passe ainsi en phlsir de contrebande : on n'a point donné de bal, on n'a pas fait d*invitations, les mères étaient tontes en deuil, seulement les jeunes personnes, vêtues de robes blanches, ont fait qu^ques tours de valse pendant que MUf. de X... ou Léon de B... étaient au piano. On a beau dire, l'esprit de parti a des ressources que les autres esprits n'ont pas.

Quant au quartier du centre de Paris, il ne valse ni ne danse, ii ne saute ni ne croule ; il tourne, il roule, il tombe, il se rue, il se précipite, il s'abîme, il tourbillonne, il fond comme une armée, il vous enveloppe comme une trombe, . il vous entraîne comme une avalanche, il vous emporte comme le seymoun ; c'est l'enfer qui se déchaîne, ce sont les démons en congé; c'est Charenlon qui jouit de la vie;

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