INTRODUCTION VII
milieu de ce bouquet^ éclatant avec un fracas lumineux » cette bombe à plaie d'argent fut moins remarquée qu'elle ne le serait aujourd'hui dans notre ciel vide et noir.
Les premiers vers de ce poème, qui est un roman, et dont les chants sont des chapitres^ contiennent un portrait qui ressemble au moins autant à madame Emile de Girardin qu*à l'amie qu'elle veut peindre.
Elle était mon amie, — et j'aimais à la voir
Le matin exaltée et moqueuse le soir;
Puis tour à tour coquette, impérieuse et tendre.
Du grand homme et du sot sachant se faire entendre;
Sachant dire à chacun ce qui doit le ravir.
Des vanités de tous sachant bien se servir;
Naïve en sa gaîté, rieuse et point méchante.
Sublime en son courage, en sa douleur touchante.
Ayant un peu d'orgueil peut-être pour défaut.
Mais femme de génie et femme comme il faut.
Notez, s'il vous plait, ce « femme comme il faut; » elle était bien l'un et l'autre assurément, mais elle tenait plus encore au dernier hémistiche qu'au premier. Peut-être même, pour la perfection de son talent, eût-elle du sortir plus souvent du salon. Elle vit trop la société, et pas assez la nature.
Pour nous, Napaline est une personniûcation de madame de Girardin, transposée dans des événements imaginaires» mais trè»-exacte et très-fidèle. Nous y retrouvons même ce beau rire argenté de la jeunesse qui choqua Lamartine lorsqu'il rencontra Delphine avec sa mère au bord de la cascade de Terni.
Combien nous avons ri quand nous étions petites De ce rire bien fou, de ces gaîtés subites, Que rien n'a pu causer, que rien ne peut calmer. Riant pour rire, ainsi qu'on aime pour aimer!
Ce rire, madame Emile de Girardin l'avait gardé, et même longtemps aprés^ lorsqu'elle ne riait plus, elle savait encore le faire naître : car cette belle femme, si majestueuse, si royale.
Mil LNTRODUCTION
qu on abordait presque eo tremblant, et dont le inasqoe semblait moiilë sur celai delà llelpomène aotiqne, avait le seDtitTient du eoiHiqoe et du boufïe à uo haut degré, ce qui ne rempècbaii pas d'avoir gardé un certain faible littéraire pour 0$^a[d et \en héros bien frisés dout elle se moquait elleméiJiej à roccasioo, plus spirituellemeot que personne.
Celle noble nature avait Tamour du beau, du bien, du yrai ;
elle abhorLali: le mensonge et la lâcheté. — En face de l'un
ûu de l^a litre, elle manquait absolument de cette facile indal-
géiiee du monde; et quand elle trépignait sur une pensée
basse, elle avait des attitudes d'archange irrité foulant la
craupe tortueuse du diable; et pourtant qu'elle était bonne et
facile HUTL erreurs, aux égarements, aux fautes même qui
pouvaient «ioniier la passion pour excuse! comme elle savait
dislraiie une douleur parfois méritée, en jouant autour du
cœui* avec sa vive et tendre causerie! Que souvent elle nous
a consolé dans dos défaillances d'artiste, dans nos découra-
Çements de poète par un de ces mots sentis, par un de ces
«ogesqui relèvent! Que d'heures pesantes elle nous a rendues
^fSeres! Que de fois nous sommes sorti joyeux après être
n^^ '^^^^^ ^''^ abattu et triste! Vous doutiez de votre esprit,
lous renvoyait spirituel; vous vous croyiex épuisé^ tari,
saiis idée^ elle vous en faisait naître mille.
fiUe'^à^^^ Pf« ferons pas du Lorqnm, des Contes d^unetneUle
de / ^r^^ ^^^eux , de Jlfonnmr le marquis de PontangeSy
trouve e ''*''' "^^ ^' ^^ ^^^^^' Tout le monde les a lus : on y
îrotiîcT *^^ "^*^^^pge de sensibilité romanesque et d'observation
matiaine ?"* .^'^^^ngae, à dater de celte période, le talent de
Je moud "^''^ ^® Girardin. Dans ces romans et ces nouvelles^
chose as ^ P^'i^l par quelqu'un qui Ta vu et qui en est;
êlades e ^f-**^*'^ parmi les auteurs de profession, que leurs
Ji'c?st pag 1 '"^"nent ordinairement à Técart. Celte fois, ce
dame tle G ^'* . J"5^ du fond d'un cabinet. La prose de ma-
ques I eche '^^'^**^*î ^* netle, vive, acérée, claire, malgré quel-
<*'%muliie o^ *^ ^^Sénieuses, d'une texture excellente, d'une
ï^^^Oèlent ses ^"^"^ne n'a rien à réclamer si parfois ses vers
^«linirations du moment.