‹ Lettres parisiennes (volume 3)Chapitre 2 sur 6 · I.cs ailleurs changent de caraelere maintenant : tan · texte numérisé non relu

I.cs ailleurs changent de caraelere maintenant : tan

dis que l'incrédule conteur de la Cucaratcha parle avec bonne foi d'une belle action, le paresseux historien de Grangeneuve, le rêveur paysan d'Aulnay, l'homme aux fraîches et poétiques émotions, que le bruit d'un ruisseau, le parfum d'une fleur, font vivre tout un jour

travaille! On vante encore son dernier roman,

France et Marie y et déjà un nouveau livre se prépare. Le découragement patriotique est depuis quelques années la muse de M. de Latouche. Grangeneuve est victime de son dévouement inutile aux croyances républicaines; Roger est victime de sa fidélité aux croyances monarchiques; le héros du roman futur est, dit-on, victime de l'absence de ces deux croyances. Cette misère dépeint bien le temps où nous vivons. Un de nos amis a eu l'indiscrétion de copier, sur la table de l'écrivain distrait, les lignes suivantes, qui sont la pensée du livre : «Il appartenait à ce siècle de créer pour la a jeunesse une mélancolie plus dévorante que les re- « grets de Werther, un ennui plus rongeur que le mal de « René: c'estle supplice de sentir inhumer dans sonàme (( toute passion enthousiaste. A Werther, il manquait « l'amour ; à René, la poésie ; c'était une patrie qui man- « quait à Aymar. »

Cette dernière phrase nous fait penser à ce jeune prince, prisonnier à Strasbourg, dont nous étions loin de prévoir l'audacieuse entreprise. Louis Bonaparte est plein de loyauté et de bon sens; l'ennui seul de l'exil a pu lui inspii-er la folle idée de venir être empereur en France. Le pauvre jeune homme, il a mieux aimé risquer d'être captif dans sa patrie que de rester libre chez l'étranger. L'oisiveté est lourde quand on porte un pareil nom, quand on nourrit dans ses veines un pii-

reil sang. Si on lui un ait donne en tranco droit de eitoven, il s'en serait peut-être contenté. JNous lui avons souvent entendu dire que toute son ambition était d'être officier français et de gagner ses grades dans notre armée; qu'un régiment le séduirait plus qu'un trône. Eh ! mon Dieu, ce n'est pas un royaume qu'il venait chercher, c'est une patrie !

Souvent nous l'avons vu rire de l'éducation royale (ju'on lui avait donnée. Il nous contait un jour avec gaieté que lorsqu'il était enfant, son grand plaisir était d'arroser des fleurs, et que madame deB..., sa gouvernante, dans la crainte qu'il ne s'enrhumât, faisait remplir d'eau chaude les arrosoirs : « Mes pauvi-es fleurs , disait le prince, la fraîcheur des eaux leur était inconnue; j'étais bien enfant, et déjà ce soin me paraissait ridicule. » Il ne pouvait parler de la Fi-ance sans attendrissement; c'est un rapport qu'il a avec le duc de Bordeaux. Nous étions ensemble à Rome lorsqu'on nous apprit la mort de Talma; chacun alors de déplorer cette perte, chacun de se rappeler le rôle dans lequel il avait vu Talma pour la dernière fois. En écoutant tous ces regrets, le prince Louis, qui n'avait pas encore seize ans, frappa du pied avec impatience ; puis il s'écria les larmes aux yeux : Quand je i)cnse que je suis Ei-ançais et ((ue je n'ai jamais vu ialma !

On raconte (jue le jour de son apparition à Strasboing, le prince Louis, enivré du succès de la première heure, envoya un courrier à sa mère pour lui annoncer (ju'il était maître de Strasboui'g , et (fu'il marchait sur Paris; trois joins après, il reçut dans sa prison la réponse de la <luchesse de Saint-Leu, (pii, le croyant dcja vain((U(iir, hii i-ecommandait de préserver contre la

fureur de ses partisans la famille royale, et de traiter le roi avec tous les égards qui lui sont dus. Cela prouve jusqu'où peuvent aller les illusions de ceux qui vivent loin de nous , et que les princes exilés sont trompés comme les autres.

Les bonapartistes purs ont vu avec indignation l'expédition du prince Louis. Notre Empereur légitime, s'écrièrent-ils avec enthousiasme, c'est Joseph. Le mot légitime estcharmantàproposd'un Bonaparte! Ilsne saventdonc pas que Napoléon n'était pas un roi ! c'était un héros. Le fils d'un héros peut lui succéder, la gloire du père a des reflets qui rejaillissent sur le fils ; mais les rayons de ce soleil ne s'étendent point jusque sur les neveux. Le duc de Reichstadt était légitime non par la force d'un droit, mais par la toute-puissance d'un prestige. Hélas! ce prestige est mort avec lui, des parents ne peuvent le faire revivre. Les successions de gloire ne se chiffrent pas; il n'est pas de notairepour enregistrer les lauriers. Un aigle a des aiglons et n'a point de collatéraux.

Grande nouvelle que personne ne soupçonne encore ! grande surprise pour les fêtes du premier jour de l'an I Artistes, réjouissez-vous; braves vétérans, relevez vos moustaches; conducteurs de Gondoles, de Coucous et d'Accélérées , cochers de Parisiennes, de Lutéciennes, d'Éoliennes, de Sylphides, de" Zéphirines, de Citadines, d'Atalantes, de Vigilantes et d'Obligeantes , préparez vos fouets, vos phrases et votre avoine, la route est belle; vous la ferez plus d'une fois! Nobles étrangers, qui neveniezvoir que Paris, réjouissez-vous, nous avons maintenant deux capitales 1 La ville de Louis XIV va retrouver sa splendeur; le roi donne aux Français de maunifiques étrennes cette année ! Un beau keepsakc

dont chaque page est une flatterie ! un riche album dont chaque dessin est une de nos victoires I C'est bien connaitre son pays que de le prendre ainsi par son orgueil et de lui faire un tel présent ! Aujourd'hui, vivent les l'ois pour savoir flatter! Cette grande nouvelle, la voici :

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