‹ Lettres parisiennes (volume 4)Chapitre 23 sur 31 · SÎ · texte numérisé non relu

SÎ

VOUS savez écrire? — Non; mais nin fille m'a appris à griffonner ce nom-là. — Hélas ! c'est le nom du candidat

constitutionnel Les agitateurs sont furieux; car les

agitateurs sont toujours contre les ministres : ils étaient contre M. Laftîttc, ils étaient contre M. Guizot, ils étaient contre M. Mole; mais, rassurez-vous, ils reseront contre M. Tliiers , ils reseront contre le maréchal Soult, ils reseront contre M. Guizot , ils seraient contre M. Barrot. Ils vivent ainsi dans une opposition continuelle que ne motivent pas même leurs intérêts, et dans une haine permanente qui change tous les ans d'objet. Ils passent leurs jours à fumer et à jouer au billard, en médisant de ceux qui travaillent. Dans les provinces où le bon sens domine, on se moque d'eux ; on sait leur vie, ils n'ont aucun crédit; mais dans les pays où les passions sont ardentes, dans les grandes villes où les envieux espèrent, — car il y a des envieux partout, mais ils n'ont pas partout les mêmes chances de succès, et le désespoir les rend tranquilles; — dans les grandes villes, disons-nous, où toutes les ambitions sont excitées, les paresseux agitateurs sont tout-puissants; il faut les craindre. Moins nombreux que leurs adversaires , ils l'emportent cependant sur eux, à force de paroles et de mouvements ; ils ne représentent pas le pays , mais ils nomment trop souvent ceux qui doivent le représcntei-, et qui, choisis par eux, ne retracent que leur pauvre image. Oh! si les travailhurs insouciants voulaient un jour se réveiller de leur sommeil d'hommes de bien : s'ils se lassaient de voir toujours leur ouvrage détruit , leur place usurpée, leur avenir perdu ; si ceux qui labourent faisaient taire ceux qui pérorent; si ceux qui vendent fnisniont enfermer ceux qui doivent; si les

abeilles chassaient les frelons, nous serions sauvés. Courage donc, indolents travailleurs! sortez de votre léthargie dédaigneuse ; mêlez-vous au bruit, prenez la parole à votre tour; défendez vos droits que l'on usurpe, vos intérêts que l'on oublie, votre repos que l'on compromet; conduisez vous-mêmes les grands travaux politiques ; mettez enfin la main à l'œuvre et rivalisez d'activité avec les paresseux.

Il est encore une autre classe d'hommes d'Etat sans état qui méritent un regard de l'observateur ; nous voulons parler de ces mauvais sujets en retraite qui se font puritains de journaux ; tout sert à leur vertu, tout jusqu'à leurs plus joyeux souvenirs. Un front chauve avant l'âge , une vieillesse précoce, leur valent une précoce vénération. D'une voix enrouée par les veilles, ils tonnent contre le vice, ils le voient partout, ils le poursuivent avec acharnement ; et cela se conçoit, ils ont de bonnes raisons pour lui en vouloir ; les coquettes vieillies se font dévotes, les tapageurs retirés se font journalistes vertueux. La carrière est complète; on mène jusqu'à trente-neuf ans joyeuse vie, on abuse de tous les plaisirs, on est le héros de toutes les mascarades, l'orateur de toutes les orgies ; on se fait entrepreneur de succès de coulisse et promeneur d'actrices plâtrées, on ne se refuse rien tant qu'on peut ne rien se refuser, et puis quand l'heure de s'arrêter arrive, quand on a perdu dans ce tourbillon de folies, santé, fortune et considération, on se fait homme politique, et l'on s'établit professeur de moralité. — 0 moralité, il faut que ton autorité soit bien grande pour que ton manteau puisse couvrir les infirmités de tels apôtres. Et toi, public, qu'es-tu donc, niais ou complice?

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