‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 7 sur 152 · XXXYJ ELOGE DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

XXXYJ ELOGE DE MONTESQUIEU

pour quelque grand intérêt de corps que ce puisse être-) ne doivent jamais être que magistrats , sans parti et*sans passion^ comme les lois, qui absolvent et punissent sans^ aimer ni haïr.

Il disoit enfin , à l'occasion des disputes ecclésiastiques#qiii ont tant occupe les empereurs et les chrétiens grecs, que les querdles théologiques, lorsqu'elles

cessent d'être renfermées dan^ les écoles, déshonorent infailliblement une nation aux yeux des autres. En ef£et, le méptiâ même des sages pour ces querelles ne la justifie pas, parce que les*sageè £siisant partout le moindre bruit et le plus petit nombrp, ce n'est jamais sur eux qu'une nation est jugée. I^ disoit qu'il y avoit très peu de choses vraies dans le livre de l'abbé du Éos sur X établissement de la monarchie française dans les Gaules, et qu'il en auroit fait une réfutation suivie s'il ne lui avoit fallu le relire une troisième ou une quatrième fois, ce qu'il regardoit comme le plus grand des supplices.

L'importance des ouvrages dont nous avons eu à parler dans cet éloge nous en-a fait passer sous silence de moins<x>nsidérab!es , qui servoient à l'auteur comme de délassedl^t, et qui auroient suffi pour l'éloge d'un autre. Ije plud remarquable est le Temple dé Gnide, qui suivit d'assez près les Lettres persoLnes. M. de Montesquieu ^ après avoir été dans celles-cî Horace, Théophr^te, et Lucien, fut Ovide et Anacréon dans ce nouvel essai. Ce n'est plus l'amour despotique de l'Orient qu'il se propose de peindre, c'est la délicatesse et la naïveté de l'amour pastoral, tel qu'il est

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dans uneame neuve cpie le commerce dès homme» n'a point encore corrompue. L'auteur, craignant peut-être qu'un tableau si étranger à nos mtsurs ne parût trop languûssant et trop uniforme, a cherché à l'animer par les peintures les plus riantes. Il transporte le lecteur dans des lieux enchantés, dont àla vérité le spec* tacle intéresse peu Tamant heureux, mais dpnt la description flatte encore l'imagination- quan4 les dé<^ sirs sont satisfaits. Emporté par son sujet, il,a répandu dans sa prose ce style animé, figuré et poétique, doat le roman de Telémaque a fourni parmi nous le .pre*mier modèle. Nous ignorons pourquoi quslqueft-cen* seurs du Temple de Gnide ont (ït à cette otoasion qu'il aurait eu besoin d'être en vers. Le style poétique, si on entend comme on le doit par ce mot un style plein de chaleur et d'images ^ n'a pas besoin, pour être agréable, de la marche uniforme et cadencée de la versification; mais si oome fait consister ce style que dans une diction chargée d'épitfaètes oisives, dans les peintures froides et triviales des ailes et du carquois de l'Amour, et de semblables objets^ la versification n'ajoutera presque aucun mérite à ces ornetfients usés; on y cherchera toujours en ^in l'àme et la vie. QMpi qn'il en soit, le Temple d^ Gnide étant une espèce de poème en prose, c'est à nos écrivjains les plus pélèbres en ce genre à fixer le riuig qu'il doit occuper : il mérite de pareils' juges, l^ous ox^yons dm moins que les^peintures de cet oUvrage soutiendroîent avec succès une des principales épreuves desdescrip«* tions poétiques, celle de les représenter sur la toile.

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Mats ce qu'on doit surtout remarquer dans le Temple de Gnide, c'est qu'Anacrëon mêmey esttoujoûrs observateur et philosophe. Dans le quatrième chant il paroît décrire les mœurs des Sybarites, et on s'aperçoit aisément que ces mœurs sont les nôtres. La préface porte surtout l'empreinte de l'auteur des iMîres persanes.YxL présentant Ze Temple de Gnàfe comme la traduction d'un manuscrit grec, plaisanterie défigurée depuis par tant de mauvais copistes, il en prend occasion de peindre d'un trait de plume l'ineptie des critiques et l^pédantisme des^ traducteurs, et finit par ces paroles dignes d'étré rapportées : «Si les gens «c graires désiroient de moi quelque ouvrage moins ce frivole, je suis en état de les satisfaire. Il y a trente a ans que je travaille à un livre de douze pages , qui a doit contenir tout ce que nous savons sur la méta- « physique, la politique et la morale, et tout ce que a de très gratfils auteurs ont oublié dans les volumes a qu'ils ont donnés sur ces Sciences-là. » .

Nous regardons cqpime une des plus honorables récompenses de notre travail l'intérêt particulier que M.. de Montesquieu prënoit à VEncyclopédiëi^ dont toutes les ressources ont été jusq]f'à présent dans le coursée et l'émillation de ses auteurs. Tous les gens de lettres, selon lui, dévoient s'empresser de concourir à l'exécution^de cette entreprise utile. Il en a donné l'exemple avec M. de' Voltaire et plusieurs autres écrivains célèbres. Peut-être le? traverses que cet ouvrage a essuyées, et qui lui rappeloient les siennes propres, l'intéressoient-elles en notre faveur. Peut-être étoit-il

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sensible, sans s'en apercevoir, à la justice que nous avions osé lui rendre dans le premier volume de VEn* cyclopédie, lorsque personne n'osôit encore élever sa voix pour le défendre. Il nous destinoitun article sur le Goût, qui a été trouvé imparfait dans ses papiers. Nous le donnerons en cet état au public, et nous le traiterons avec le même respect que l'fintiquité témoigna autrefois pour les dernières paroles de Sénèque. La mort Fa empêché d'étendre plus loin ses bienfaits à notre égard; et, pn joignant nos propres regrets à ceux de l'Europe entière, nous pourrions écrire sur son tombeau :

Finis vit» ejns nobis luctuosus, ^a/>*ia; tristis, extraneis etiam ignotifqne non sine cura fuit.

Tagit., in ÂgricoLy cap. xun.

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